La chanson de la semaine

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lundi 8 mars 2010

New Seasons


Il n'est pas interdit, maintenant que les tops sont bouclés, de revenir sur un groupe anecdotique, mais pourtant très sympa, des années 00. Les Sadies ne sont pas connus dans l'Hexagone et ne le seront pas davantage à la suite de cet article, je le crains. Non que ce soit une lacune immense dans la culture musicale française mais ce petit groupe, qui a été épaulé par Jon Spencer (la tournée 2008 avec Heavy Trash), vaut le détour si d'aventure vous aimez les Byrds et Gram Parsons. Parce qu'alors là, vous tapez dans le mille. C'est exactement ça. Parfois trop même, mais qu'attendre en terme d'innovation d'un groupe qui au fil des ans s'engouffre plus profondément dans la country (voir leur myspace, et aussi leur disque avec John Doe)?
Nonobstant cette obsession vieillotte, cela fait un moment qu'on attend un nouveau disque des Sadies seuls. Les récentes collaborations, avec Jon Spencer, avec John Doe mais aussi pour le projet des sessions Jeffrey Lee Pierce, semblent en avoir retardé l'échéance. Il faut dire qu'en side-band, les Sadies trouvent un rôle taillé sur mesure. L'album avec John Doe, même s'il m'avait l'air ennuyeux, laissait voir l'humilité du groupe: talentueux pour la composition, virtuoses de la guitare, ils préfèrent offrir leur service plutôt que de s'obstiner à vivre dans une petite bulle fragile qu'ils savent de toute façon condamnée à rester secondaire. Les Sadies, c'est le groupe qu'on aimerait avoir pour nous accompagner sur disque. Ils se trouvent qu'ils ont quand même sorti, en 2007, un album assez magnifique, surprenant par ses emprunts à la musique psychédélique et sa parenté avec le Brian Jonestown Massacre, ce qui ouvre des horizons plus larges que la musique du village. Une belle pochette rougeoyante et une douzaine de bons morceaux plus Byrdsiens que McGuinn, dont un instrumental magnifique (Wolf Tones), avec ça on est loin de l'horrible Pink Mountain Rag de John Doe!

vendredi 5 mars 2010

We Are Only Riders


Après une bien longue absence, motivée par un impondérable de taille, le retour sur Between the Lines of Age ne pouvait se faire sur une semi-déception (comme l'album des Strange Boys). Plutôt que de choisir entre les nouveautés que je n'ai pas écoutées, j'ai préféré vanter le mérite d'un disque à part. Qui s'occupe des tributes? A fortiori, qui dira l'intérêt d'écouter un disque hommage à un artiste qu'on ne connait pas? Pas familier du Gun Club - ce qui ne saurait tarder - c'est le nom des invités, et le caractère vraiment exceptionnel de leur rencontre, qui m'a attiré dans cet obscur Jeffrey Lee Pierce Sessions Project. Nick Cave, David Eugene Edwards, Mark Lanegan, les Raveonettes et les Sadies sur un même disque: la nouvelle surprend (mais pas tant, une fois qu'on a compris ce qui les reliait).

Quiconque connait les discrets Sadies - hélas virés country pure et dure depuis un moment - ne voudrait pas rater ça. Pris séparément, chacun des invités n'a pas la même place, évidemment, dans ma discothèque et je ne me vanterai pas d'avoir écouté ou acheté systématiquement leurs derniers disques. La dernière livraison des Raveonettes par exemple ne m'a pas emballé. Si le dernier album de Nick Cave et des Bad Seeds a ses moments (More News From Nowhere) je n'ai pas éprouvé le besoin compulsif de me le procurer. Quant à la chanteuse de Blondie, elle aussi de la partie, son nom n'est pour moi qu'une légère plus-value. Bref, c'est l'aspect collectif qui a attiré mon attention plus que le nom de Jeffrey Lee Pierce.
Les connoisseurs, en revanche, auront bien d'autres raisons de venir picorer ici, car en effet les morceaux présents sur ce tribute n'avaient jamais été diffusés auparavant. Ils viennent d'une vieille cassette qu'un proche, Cypress Grove, a déterré de son grenier. L'enregistrement défectueux empêchait la diffusion mais en revanche les chansons inachevées se prêtaient parfaitement au jeu de la reprise. Du coup, chacun avec des approches différentes, ces trois morceaux, Ramblin' Mind, Constant Waiting et Free To Walk, sont déclinés trois fois, dans des versions assez différentes pour écarter toute lassitude. Le procédé, bien sûr, reste assez contestable, mais le résultat est au-dessus des espérances bien maigres qu'on aurait pu placer dans un projet si branlant. A ces trois chansons s'ajoutent sept autres inédits, tous aussi bons les uns que les autres. Il n'y a strictement aucun déchet. Cela m'étonne d'écrire cette phrase, mais c'est comme ça: l'album est bon de la première à la dernière minute. Nick Cave lui-même, le Goethe de cette compilation, qui - seul petit bémol - fait un peu figure de marbre, ne surpasse en rien ses camarades. A la rigueur, c'est son interprétation, pourtant réussie, qui convainc le moins. Sa voix est majestueuse, mais elle se pose toujours comme une pierre sur du lichen, elle est lourde, épaisse, en cela impressionnante mais certainement moins vibrante que celles de David Eugene Edwards ou de Lydia Lunch.

Cette chicane exceptée, l'ensemble du disque se plait à varier de quelques nuances la position initiale de Jeffrey Lee Pierce, que le béotien parvient à restituer à travers les différents portraits qu'en brossent les invités.
Les Raveonettes, par exemple, sortent du lot constitué par Mark Lanegan, Nick Cave et DDE, tous trois assez proches, en livrant une version réverbérée et pleine de fuzz de Free To Walk qui, du coup, ne ressemble pas du tout aux deux autres avatars de cette chanson. Autre exemple de variantes audacieuses: Constant Waiting par John Dowd, qui martyrise le morceau jusqu'à le faire ressembler à du post-punk - complètement à rebours de la version folk de Mark Lanegan (qui s'est d'ailleurs surpassé).
Ailleurs, tout est bon: les Sadies, dans la veine de New Seasons et des Byrds; Crippled Black Phoenix, le plus indé de tous les groupes présents, qui tend à magnifier le coté épique des chansons, aidé en cela par DEE, identique à lui-même, peut-être parce que dès le départ il a élaboré son style sur des éléments du Gun Club; Mick Harvey, plus classique; et Cypress Grove qui fait flamber le disque: sa version de Ramblin' Mind est sans doute celle qui sera la plus à même de créer l'illusion auprès d'un fan de Jeffrey Lee Pierce. Pour les autres, de toute façon, elle constitue en soi un moment d'interprétation unique. Bon, maintenant, il n'y a plus qu'à s'intéresser à Jeffrey Lee Pierce lui-même.

Moment préféré: Just a Mexican Love, mais chacun sait déjà (ou saura) que j'adore absolument la voix de DEE.