Vous voulez un rock qui tâche? Un rock blouson noir, viril et bruyant? Laissez là le dernier disque des Black Angels, ces antiquaires - boutiquiers d'un psychédélisme à l'ancienne, dans le style "moustique qui bourdonne" - et jetez l'oreille sur ce groupe déjà vieux de 10 ans mais largement méconnu. Si on s'en tient aux voix, A.R.E Weapons est un groupe trash. En une écoute de leur myspace, l'auditeur a reconnu la trame répétitive du rock traditionnel (On the subway) sabordée par des branleurs désinvoltes. Pas besoin de chercher plus d'images sur le net. L'allure de ces gaillards ne saurait faire de doutes. A.R.E Weapons est l'incarnation du rock sale, débraillé, borderline et j'm'en-foutiste. Mais c'est aussi un groupe à tendance électro sacrément débrouillard et braillard. Les Big Pink ont eu du succès l'an passé avec un album médiocre dans le même style, mais sans les fulgurances de Don't Be Scared. A.R.E Weapons sont cent fois meilleurs. Ils sortent un nouvel album courant octobre (Darker Blue). On en reparlera.
La chanson de la semaine
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vendredi 1 octobre 2010
Don't be scared
Vous voulez un rock qui tâche? Un rock blouson noir, viril et bruyant? Laissez là le dernier disque des Black Angels, ces antiquaires - boutiquiers d'un psychédélisme à l'ancienne, dans le style "moustique qui bourdonne" - et jetez l'oreille sur ce groupe déjà vieux de 10 ans mais largement méconnu. Si on s'en tient aux voix, A.R.E Weapons est un groupe trash. En une écoute de leur myspace, l'auditeur a reconnu la trame répétitive du rock traditionnel (On the subway) sabordée par des branleurs désinvoltes. Pas besoin de chercher plus d'images sur le net. L'allure de ces gaillards ne saurait faire de doutes. A.R.E Weapons est l'incarnation du rock sale, débraillé, borderline et j'm'en-foutiste. Mais c'est aussi un groupe à tendance électro sacrément débrouillard et braillard. Les Big Pink ont eu du succès l'an passé avec un album médiocre dans le même style, mais sans les fulgurances de Don't Be Scared. A.R.E Weapons sont cent fois meilleurs. Ils sortent un nouvel album courant octobre (Darker Blue). On en reparlera.
jeudi 28 janvier 2010
Right Now
J'ai parlé des Smith Westerns, mais pas assez. Leur premier disque est sorti en 2009 (celui avec la pochette de Nevermind à l'envers). A première écoute ils semblaient juste bordélique, comme Wavves. Mais au-delà du plaisir pris à sentir vrombir les guitares, il y a surtout des mélodies d'enfer. Pas très originaux, les Smith Westerns empruntent beaucoup, à T-Rex par exemple. Mais dans leur cas, l'énergie suffit à la fraîcheur. Trouvez le disque, pas disponible en France, car il en vaut la peine.
Elles, j'aurais dû vous en parler. Ce sont les Vivian Girls. Ce nom m'était inconnu jus
Ceux-là sont très rétros. On pourrait croire à un groupe de la cote ouest des sixties. Pour peu qu'on ne s'offusque pas de ce décalage temporel les Crystal Stilts devraient ravir tout amateur de chansons se donnant volontairement des atours underground (en tant que pose pour faire fuir les minets, comme Spacemen 3 le faisait très bien). Leur premier album est sorti en 2008 et il comporte quelques morceaux psyché noirâtres et noyés dans la réverb. Avec un enregistrement lo-fi, ils ne sont pas sans rappeler le Brian Jonestown Massacre des début.
Voici encore un groupe lo-fi dans le genre de Crystal Stilts, mais sans l'obscurité. Ce serait plutôt la face lumineuse, avec des chansons pop-rock accrocheuses, dans l'esprit San Franciscain qui en ce moment tape à la porte du monde de la musique. On espère que des oreilles sensibles sauront l'entendre. Excellent groupe, ces Mantles, dont le premier essai est sorti l'an passé.
Et pour terminer, Best Coast, encore un projet lo-fi, mais encore une fois un concentré de jolies mélodies cachées sous un punk-rock cradingue. L'esprit des Vivian Girls avec l'ambiance de la sunshine pop, quelque chose de Californien dans la culture et d'indie-rock dans la présentation. C'en est presque triste malgré l'énergie. Un premier album est prévu pour 2010. Personnellement, au vu de leurs magnifiques pochettes, je ne crois pas me contenter de myspace et youtube pour continuer d'écouter les premiers eps.
mardi 19 janvier 2010
Borderline
Voici la frange extrémiste du rock, la lisière entre l'audible et l'inaudible. ça se passe aux USA, c'est violent à souhait et pour trouver ça génial, je pense qu'il faut vraiment en avoir marre de la chanson pop, des mélodies lignes claires, des refrains et des arrangements soignés. Soit une négation de dix ans de chansons rock formatées qu'on peut néanmoins siffloter. Est-ce qu'on en a vraiment besoin, là, à l'instant? Un peu, mais faut pas exagérer. Dans le genre shoegaze (mot légèrement usurpé), je prends Pains Of Being Pure At Heart (si c'est bien du shoegaze, ce dont je doute) et je vous laisse le vacarme. Pourtant, il y a quelque chose d'assez fascinant dans les morceaux qui suivent, l'impression que les gars s'en foutent joliment, qu'ils sont borderline et adressent au monde un doigt d'honneur. Très punk dans le fond, donc pas pérenne sur le plan artistique mais sans doute historique. Gageons qu'ils auront leur quart d'heure warholien.
Times New Viking
Smith Westerns
Wavves
Après, si ça ne devient pas aussi universel que les Strokes, il ne faut pas s'étonner. C'est quand même bien défoulant, même si Wavves est largement surestimé. Les Smith Westerns sont les meilleurs.
Times New Viking
Smith Westerns
Wavves
Après, si ça ne devient pas aussi universel que les Strokes, il ne faut pas s'étonner. C'est quand même bien défoulant, même si Wavves est largement surestimé. Les Smith Westerns sont les meilleurs.
vendredi 15 janvier 2010
In 2009, You could have what you wanted
En dépit de la mort prématurée de Jay Reatard, notre époque reste, selon moi, la meilleure chose qui soit arrivée au rock indé depuis des lustres. Faisant le tour d'horizon des blogs et de leur top de fin d'année, je m'aperçois pourtant que l'enthousiasme est en berne et que personne ne s'accorde sur les gagnants de l'année, chacun y allant de son disque relativement mineur, faute de mieux. Le papillonnage supplante par ailleurs l'obsession pour un mouvement, un registre, une famille musicale, ce qui arrive toujours lorsque les cartes sont brouillées, que rien de marquant n'affleure. Le monde serait-il en décomposition? Je ne suis pas de cet avis. L'époque, il est vrai, est à la diversité, mais ce n'est pas parce qu'on ne s'y retrouve plus qu'il n'y a plus d'identité forte dans le monde de la musique indé. Peut-être suis-je isolé, mais cette année a été, de loin, ma préférée pour toute la décennie. Je m'empresse d'ajouter que je n'ai pas connu les trois premières, à peine la quatrième (à cette époque maintenant reculée, j'avais la tête ailleurs). Le milieu de la décennie ayant été accaparé par une brit-pop que je ne comprends pas toujours (exception faite des Coral) il est logique que la fin soit pour moi plus importante que le début, puisqu'elle signe le retour d'une certaine musique américaine qui fait la synthèse de toutes les époques, n'oubliant pas les nineties (la décennie boudée par les frangés et les slimés, en attendant que dès 2012 on méprise les héros de notre génération, logique implacable).
Je ne souhaitais pas faire de top de fin d'année, et je n'y cèderai d'ailleurs pas, mais seulement parler d'un phénomène qui me semble remarquable. Depuis quelques temps, on entend à nouveau parler de Kurt Cobain, l'icône un peu encombrante qu'il aura fallu détrôner un moment pour inviter les filles à danser (c'est selon moi la philosophie des noughties, qui se placent en porte-à-faux avec la musique assistée par ordinateur mais également avec la rage désespérée du grunge). Cette référence, parfois assez appuyée, n'est pas éparse et ne touche pas n'importe quel groupe. Les Arctic Monkeys, par exemple, sont assez peu susceptibles de parler de Nirvana en interview. Mgmt non plus ne doit pas être adepte. Il faut chercher du coté de la musique à guitares bruyantes, que le tempo soit rapide ou lent, pour trouver des signes patents de cette réhabilitation. C'est Girls qui m'a mis la puce à l'oreille. Dans le clip "Lust for Life", Owen brandit une pancarte où s'inscrit au marqueur le nom du défunt leader de Nirvana, entre autres noms qu'il nous invite à écouter. Plus intéressant: quelques mois auparavant, le groupe Crystal Antlers, avec son single Andrew, me donnait l'impression de réentendre une rage vocale pas entendue depuis 1994. Les très délicats Pains of Being Pure At Heart ont signé un titre référencé: Kurt Cobain's Cardigan. Les Vivian Girls s'avouent fans, et même Crystal Stilts, qu'on sent pourtant branché années 60. Sur le site officiel de Jay Reatard on peut entendre depuis aujourd'hui la reprise de Frances Farmer will have her revenge on Seattle. Et, pour finir, quand on regarde l'allure de Owen et Reatard, on ne peut s'empêcher de faire la comparaison. Cela faisait un bail que les longs cheveux n'étaient plus médiatisés... Quelles conclusions en tirer? Alors que tout un chacun cette année a parlé d'un revival shoegazing (parfois nommé shitgaze dans ses tendances borderline), est-ce que le phénomène n'est pas plus large? Le fait que Pains of Being Pure At Heart revendique plus de connexions avec Vivian Girls, Crystal Stilts, Girls et Nirvana qu'avec Jesus and Mary Chain ou Ride n'est-il pas le signe que nous ne vivons pas une époque étroitement repliée sur le souvenir d'un courant musical alternatif très souterrain mais plutôt bâtie sur de nombreuses fondations, capable de lier Nirvana aux Beach Boys, My Bloody Valentine aux Beatles?
Ce qu'on a appelé un peu négligemment le revival shoegazing, même s'il emprunte beaucoup aux guitares noisy de Ride, a finalement la vue large et risque bien de se déployer au-delà des limites ridicules dans lesquelles on veut parfois - condescendance oblige des critiques de plus de trente ans avec les petits jeunes - l'encercler.
Si je mets côte à côte ces groupes, qui ont tous sorti un disque cette année (du moins en France) : Vivian Girls, Crystal Stilts, Pains of Being Pure At Heart, Jay Reatard, Smith Westerns et Girls, j'obtiens alors un formidable condensé d'une année de rock indé américain, avec une identité homogène et forte malgré la diversité des registres. Cela crève l'écran. Je peux ajouter les Crystal Antlers, qui n'ont pas vraiment confirmé sur la longueur le bien que je pensais du single Andrew mais en qui on peut quand même placer quelques espoirs, même si leur credo semble excessivement psychédélique. Bien que Kurt Vile ne soit pas forcément adepte de Nirvana (il est plutôt obsédé par Neil Young et Pavement), il entre lui aussi dans le lot de cet indie-rock à guitares massives, condensant d'ailleurs ses nombreux aspects (pop, rock, psyché et folk).
Bien sûr ces disques ne sont pas d'absolus chef d'œuvre mais leur absence systématique des tops de fin d'année a quelque chose de suspect quand on sait qu'ils ont dans l'ensemble reçu un accueil favorable. C'est tout le problème de la génération zapping: à peine un disque jaugé, l'internaute s'en va en chercher un autre, sans prendre la peine de réitérer son plaisir, même quand celui-ci a bel et bien eu lieu. Pire: les découvertes s'enchaînant et l'internaute averti se faisant toujours le scrupule de donner une deuxième chance aux chansons qui ne l'ont pas renversé dès la première écoute, on en arrive à cette aberration qu'un disque médiocre mais bizarre sera forcément plus écouté qu'un disque simple et attachant, puisque le temps passé pour pénétrer l'univers de l'un aura été plus long que pour se débarrasser du plaisir facile de l'autre. Le plaisir se trouve ainsi dévalué au profit d'une tentative vaine de dénicher la perle rare.
Néanmoins, deux disques dont on peut supposer que leurs fans les ont adoptés d'instinct se retrouvent en haut des tops cette année : Animal Collective et Grizzly Bear semblent en effet accommoder beaucoup de gens sincères. Aussi incompréhensible que cela paraisse aux détracteurs, il y a un public qui raffole de ce genre de choses, comme il raffole d'ailleurs des sympathiques mais pas incroyables Vampire Weekend. Evidemment, le tableau que ces trois groupes dressent de la musique indé américaine diffère assez largement du mien, même si des connexions peuvent à l'occasion se retrouver (Kurt Vile a beaucoup écouté Animal Collective qui a fait signer Ariel Pink, mentor de Girls, sur son label). Pour le moment, tel que je définis la musique indé, je suis - sur le plan médiatique - à coté de la plaque. De plus en plus on tend à confondre le mot indie avec Animal Collective. Sur deezer, par exemple, un usager sceptique et visiblement décontenancé écrivait "décidément, je ne comprends rien à la musique indie". Oui, normal. C'est Animal Collective, un élément d'une galaxie bigarrée. Jay Z lui-même n'a pas l'air plus au fait de l'actualité lorsqu'il dit que l'indie-rock réussit sa mutation: il pense de toute évidence à Vampire Weekend. Ce qui m'intéresse et ce qui a fait le suc de mon année musicale (en dehors du folk-rock et de quelques petits événements extérieurs) se joue du coté du shoe/shitgaze, du garage-rock et de Kurt Cobain. On aura la suite bientôt, c'est certain (car ils ne vont pas tous mourir cette année). Et là, on en reparlera avec plus de recul: feu de paille ou future explosion?
Discographie de l'année:
S/t - Pains of Being Pure At Heart
Childish Prodigy - Kurt Vile
Album - Girls
Watch Me Fall - Jay Reatard
Everything is Wrong - Vivian Girls





2008 mais 2009 en France : Alight of Night - Crystal Stilts
****
Dans les autres sous-genres, il est inutile de dire que l'année comprend de bons moments, j'aurais à cœur de citer au moins quelques anglais: God Help the Girl (le projet de Stuart Murdoch) mais également la relève de Belle & Sebastian, assurée par Camera Obscura et leur dernier disque My Maudlin Career que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter en entier. Noah and the Whale m'a bien plu aussi, mais de là à citer leur disque parmi les favoris de l'année, cela me semble limiter la pop à une petite oraison amoureuse timide, pas plus conséquente que le beau disque de Bill Callahan - je dirais même que cette curieuse année aura fait porter des œillères à la critique. Alors, toujours de l'autre coté de la manche, il y aurait sans doute beaucoup à dire si seulement j'avais beaucoup écouté. L'indie-rock, là-bas, se diversifie également, mais tout y sonne plus timide, sauf ces Arctic Monkeys que je trouve lourds, trop lourds (faute à la production ou à la faiblesse mélodique?), les Horrors, qui ont tapé un grand coup et Jamie T, qui semble vraiment avoir un truc. Mais ce n'est pas, on l'aura compris, ma tasse de thé. Je désespère parfois de mon manque d'éclectisme - remède à toutes les névroses - mais voilà, les sympathique Bombay Bicycle Club ne me feront pas pleurer de joie ni d'enthousiasme alors que j'oublie toutes les nécessités de la vie en entendant les trois minutes de Young Adult Friction, de Can't Get Over You, de There Is No Sun, de Morning Light ou de Monkey (à vous de relier ces chansons aux bons artistes). J'ai l'impression que je vais exploser rien qu'en pensant à ces chansons. Comment expliquer de telles choses? Les gens qui aiment Jim Jones Revue éprouvent-ils le même sentiment? S'ennuient-ils en écoutant Pains of Being Pure At Heart comme je m'ennuie ferme en entendant ce showman grand-guignolesque prendre sa gratte et gueuler devant son parterre de petits hussards? Les mystères de la vie, de l'altérité, des goûts...
Je ne souhaitais pas faire de top de fin d'année, et je n'y cèderai d'ailleurs pas, mais seulement parler d'un phénomène qui me semble remarquable. Depuis quelques temps, on entend à nouveau parler de Kurt Cobain, l'icône un peu encombrante qu'il aura fallu détrôner un moment pour inviter les filles à danser (c'est selon moi la philosophie des noughties, qui se placent en porte-à-faux avec la musique assistée par ordinateur mais également avec la rage désespérée du grunge). Cette référence, parfois assez appuyée, n'est pas éparse et ne touche pas n'importe quel groupe. Les Arctic Monkeys, par exemple, sont assez peu susceptibles de parler de Nirvana en interview. Mgmt non plus ne doit pas être adepte. Il faut chercher du coté de la musique à guitares bruyantes, que le tempo soit rapide ou lent, pour trouver des signes patents de cette réhabilitation. C'est Girls qui m'a mis la puce à l'oreille. Dans le clip "Lust for Life", Owen brandit une pancarte où s'inscrit au marqueur le nom du défunt leader de Nirvana, entre autres noms qu'il nous invite à écouter. Plus intéressant: quelques mois auparavant, le groupe Crystal Antlers, avec son single Andrew, me donnait l'impression de réentendre une rage vocale pas entendue depuis 1994. Les très délicats Pains of Being Pure At Heart ont signé un titre référencé: Kurt Cobain's Cardigan. Les Vivian Girls s'avouent fans, et même Crystal Stilts, qu'on sent pourtant branché années 60. Sur le site officiel de Jay Reatard on peut entendre depuis aujourd'hui la reprise de Frances Farmer will have her revenge on Seattle. Et, pour finir, quand on regarde l'allure de Owen et Reatard, on ne peut s'empêcher de faire la comparaison. Cela faisait un bail que les longs cheveux n'étaient plus médiatisés... Quelles conclusions en tirer? Alors que tout un chacun cette année a parlé d'un revival shoegazing (parfois nommé shitgaze dans ses tendances borderline), est-ce que le phénomène n'est pas plus large? Le fait que Pains of Being Pure At Heart revendique plus de connexions avec Vivian Girls, Crystal Stilts, Girls et Nirvana qu'avec Jesus and Mary Chain ou Ride n'est-il pas le signe que nous ne vivons pas une époque étroitement repliée sur le souvenir d'un courant musical alternatif très souterrain mais plutôt bâtie sur de nombreuses fondations, capable de lier Nirvana aux Beach Boys, My Bloody Valentine aux Beatles?
Ce qu'on a appelé un peu négligemment le revival shoegazing, même s'il emprunte beaucoup aux guitares noisy de Ride, a finalement la vue large et risque bien de se déployer au-delà des limites ridicules dans lesquelles on veut parfois - condescendance oblige des critiques de plus de trente ans avec les petits jeunes - l'encercler.
Si je mets côte à côte ces groupes, qui ont tous sorti un disque cette année (du moins en France) : Vivian Girls, Crystal Stilts, Pains of Being Pure At Heart, Jay Reatard, Smith Westerns et Girls, j'obtiens alors un formidable condensé d'une année de rock indé américain, avec une identité homogène et forte malgré la diversité des registres. Cela crève l'écran. Je peux ajouter les Crystal Antlers, qui n'ont pas vraiment confirmé sur la longueur le bien que je pensais du single Andrew mais en qui on peut quand même placer quelques espoirs, même si leur credo semble excessivement psychédélique. Bien que Kurt Vile ne soit pas forcément adepte de Nirvana (il est plutôt obsédé par Neil Young et Pavement), il entre lui aussi dans le lot de cet indie-rock à guitares massives, condensant d'ailleurs ses nombreux aspects (pop, rock, psyché et folk).
Bien sûr ces disques ne sont pas d'absolus chef d'œuvre mais leur absence systématique des tops de fin d'année a quelque chose de suspect quand on sait qu'ils ont dans l'ensemble reçu un accueil favorable. C'est tout le problème de la génération zapping: à peine un disque jaugé, l'internaute s'en va en chercher un autre, sans prendre la peine de réitérer son plaisir, même quand celui-ci a bel et bien eu lieu. Pire: les découvertes s'enchaînant et l'internaute averti se faisant toujours le scrupule de donner une deuxième chance aux chansons qui ne l'ont pas renversé dès la première écoute, on en arrive à cette aberration qu'un disque médiocre mais bizarre sera forcément plus écouté qu'un disque simple et attachant, puisque le temps passé pour pénétrer l'univers de l'un aura été plus long que pour se débarrasser du plaisir facile de l'autre. Le plaisir se trouve ainsi dévalué au profit d'une tentative vaine de dénicher la perle rare.
Néanmoins, deux disques dont on peut supposer que leurs fans les ont adoptés d'instinct se retrouvent en haut des tops cette année : Animal Collective et Grizzly Bear semblent en effet accommoder beaucoup de gens sincères. Aussi incompréhensible que cela paraisse aux détracteurs, il y a un public qui raffole de ce genre de choses, comme il raffole d'ailleurs des sympathiques mais pas incroyables Vampire Weekend. Evidemment, le tableau que ces trois groupes dressent de la musique indé américaine diffère assez largement du mien, même si des connexions peuvent à l'occasion se retrouver (Kurt Vile a beaucoup écouté Animal Collective qui a fait signer Ariel Pink, mentor de Girls, sur son label). Pour le moment, tel que je définis la musique indé, je suis - sur le plan médiatique - à coté de la plaque. De plus en plus on tend à confondre le mot indie avec Animal Collective. Sur deezer, par exemple, un usager sceptique et visiblement décontenancé écrivait "décidément, je ne comprends rien à la musique indie". Oui, normal. C'est Animal Collective, un élément d'une galaxie bigarrée. Jay Z lui-même n'a pas l'air plus au fait de l'actualité lorsqu'il dit que l'indie-rock réussit sa mutation: il pense de toute évidence à Vampire Weekend. Ce qui m'intéresse et ce qui a fait le suc de mon année musicale (en dehors du folk-rock et de quelques petits événements extérieurs) se joue du coté du shoe/shitgaze, du garage-rock et de Kurt Cobain. On aura la suite bientôt, c'est certain (car ils ne vont pas tous mourir cette année). Et là, on en reparlera avec plus de recul: feu de paille ou future explosion?
Discographie de l'année:
S/t - Pains of Being Pure At Heart
Childish Prodigy - Kurt Vile
Album - Girls
Watch Me Fall - Jay Reatard
Everything is Wrong - Vivian Girls
2008 mais 2009 en France : Alight of Night - Crystal Stilts
****
Dans les autres sous-genres, il est inutile de dire que l'année comprend de bons moments, j'aurais à cœur de citer au moins quelques anglais: God Help the Girl (le projet de Stuart Murdoch) mais également la relève de Belle & Sebastian, assurée par Camera Obscura et leur dernier disque My Maudlin Career que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter en entier. Noah and the Whale m'a bien plu aussi, mais de là à citer leur disque parmi les favoris de l'année, cela me semble limiter la pop à une petite oraison amoureuse timide, pas plus conséquente que le beau disque de Bill Callahan - je dirais même que cette curieuse année aura fait porter des œillères à la critique. Alors, toujours de l'autre coté de la manche, il y aurait sans doute beaucoup à dire si seulement j'avais beaucoup écouté. L'indie-rock, là-bas, se diversifie également, mais tout y sonne plus timide, sauf ces Arctic Monkeys que je trouve lourds, trop lourds (faute à la production ou à la faiblesse mélodique?), les Horrors, qui ont tapé un grand coup et Jamie T, qui semble vraiment avoir un truc. Mais ce n'est pas, on l'aura compris, ma tasse de thé. Je désespère parfois de mon manque d'éclectisme - remède à toutes les névroses - mais voilà, les sympathique Bombay Bicycle Club ne me feront pas pleurer de joie ni d'enthousiasme alors que j'oublie toutes les nécessités de la vie en entendant les trois minutes de Young Adult Friction, de Can't Get Over You, de There Is No Sun, de Morning Light ou de Monkey (à vous de relier ces chansons aux bons artistes). J'ai l'impression que je vais exploser rien qu'en pensant à ces chansons. Comment expliquer de telles choses? Les gens qui aiment Jim Jones Revue éprouvent-ils le même sentiment? S'ennuient-ils en écoutant Pains of Being Pure At Heart comme je m'ennuie ferme en entendant ce showman grand-guignolesque prendre sa gratte et gueuler devant son parterre de petits hussards? Les mystères de la vie, de l'altérité, des goûts...
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mercredi 4 novembre 2009
Seven Songs Shaping My Fall
Sept, nombre favori des superstitieux, moins ambigu que le treize et plus pratique pour une playlist rapide. Je joue le jeu, proposé par Thanu, du blog There's Always Someone Cooler Than You (ce qui est vrai). Le principe est simple: lister 7 chansons que vous écoutez beaucoup en ce moment. Pour plus de détails, voici l'intitulé exact:
List seven songs you are into right now. No matter what the genre, whether they have words, or even if they’re not any good, but they must be songs you’re really enjoying now, shaping your life. Post these instructions in your blog along with your 7 songs. Then tag 7 other people to see what they’re listening to.
Idéalement, je souhaitais proposer un lecteur regroupant les chansons mais l'une d'entre elle n'était pas présente dans la version désirée.
1 - Wedding Bell (Beach House)
Dans la suite logique de ce que j'écrivais récemment, voici le premier très beau morceau du très bel album de Beach House, Devotion. Vous comprendrez mieux pourquoi ma chronique était très métaphorique. C'est indescriptible.
2 - Tell My Mom I Miss Her So (Ryan Bingham)
Même si je n'aime pas autant son deuxième album, cette chanson, qui en est extraite, est pour moi l'une de ses meilleures, juste derrière Southside of Heaven.
3 - Anyway That You Want Me (Spiritualized)
Puisque je l'ai choisie pour figurer dans la section chansons en or (qui ne sont pour le moment qu'au nombre de cinq), vous vous en ferez vous-même une idée.
4 - Travelling Man (Bert Jansch)
Une bien vieille chanson (1973), remasterisée récemment pour la réédition de L.A.Turnaround. Aussi belle que, à tout hasard, Needle of death. Mais après avoir vu la vidéo de l'enregistrement en studio, celle-ci s'est attirée mes faveurs.
5 - Hellhole Ratrace (Girls)
Deux branleurs de première, avec pour obsession vraissemblable les filles, la gnole, les filles et un peu la gnole. D'habitude, ça m'indiffère. Mais ayant grandi dans les années 90, je me sens en territoire connu avec eux. Leur son me plaît beaucoup et, au-delà, mine de rien, il y a de la mélodie.
6 - More News From Nowhere (Nick Cave and the Bad Seeds)
Depuis trente ans, et après des débuts post-punk dont je suis moins friand, Nick Cave est toujours un caïd. Je fais partie de la proportion d'amateurs qui préfèrent justement des morceaux comme celui-ci à From Her to Eternity. Et il faut visionner le clip, c'est très bien fait.
7 - Catch the Wind (Donovan)
La voici la dernière, celle que je n'ai pas voulu faire écouter. Entendons-nous bien: la version single, celle qui fait deux minutes et quelques, est selon moi très moyenne. En plus, il essaie de chanter comme Dylan, alors qu'il a la chance d'avoir une voix très pure. Préférez la version de 5 minutes, celle des bonus de Hurdy Gurdy Man; le final est somptueux. On y entend de la batterie, de la passion et des envolées vocales.
Découvrez la playlist seven songs shaping my fall avec Spiritualized
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samedi 10 octobre 2009
C'était donc vrai?
Aujourd'hui, j'ai vu une chose que je n'avais encore jamais vue. Dans les rayons d'un grand magasin multimédia, je suis tombé nez à nez avec un disque de Spacemen 3. Improbable...
ça existe donc vraiment? Ce n'était pas une légende? Mazette! J'aurais peut-être dû sauter sur l'occasion. Mais j'étais trop impressionné pour l'acheter comme un vulgaire objet de consommation. Un choix pareil, ça se médite.
Le hasard veut aussi que je parte en Angleterre la semaine prochaine. Puisque j'en ai trouvé un exemplaire en France, n'ai-je pas une petite chance d'en dénicher un dans son pays d'origine?
Spacemen 3 est un groupe culte. Vraiment culte, c'est-à-dire méconnu et jamais classé dans les rayonnages. Mais Jason "Spaceman" Pierce, après s'en être échappé, a fondé Spiritualized, dans le même genre d'ailleurs, mais plus éclaté, plus éclectique, qui a trouvé une plus large audience. Souvenez-vous, Ladies and Gentlemen we are floating in space, 1997, meilleur album de l'année selon le magazine Q (devant Ok Computer!) et petit succès public. C'était lui, c'était Spacemen 3 rénové, avec un mix de blues, de gospel, de musique planante, de rock noise, etc. Depuis, ce n'est plus tellement ça. Le dernier album, sorti l'an passé, n'a pas fait couler beaucoup d'encre. Mais dans le même temps, on nous parle toujours d'un revival noise (qui leur doit peut-être à eux aussi, et pas seulement à My Bloody Valentine, non?) et par ailleurs la musique psyché est très tenace aux USA (Black Angels, Mgmt) Donc, pas de raison de bouder Spacemen 3. Si les compteurs sont bons, c'est même le moment idéal pour exhiber cette légende underground.
L'album que j'ai eu entre les mains (the perfect prescription) pendant quelques minutes ressemblaient à une réédition (la pochette en carton ne ment pas). On va donc avoir, peut-être, plein de petits nouveaux dans la discothèque d'ici peu de temps. Wait and see...
Pour ceux qui ne connaissent pas, ce n'est pas Jason Pierce qui chante sur ce morceau mais, selon toute vraissemblance, Sonic Boom, le deuxième membre à s'être affublé d'un drôle de pseudo.
samedi 3 octobre 2009
Le vilain pas beau!
Parmi les questions que tout critique se pose un jour dans sa vie, il y a celle-ci, cruciale : pourquoi les Strokes, les Libertines, les White Stripes et pas le Brian Jonestown Massacre? En terme d'influence pourtant il n'y a pas de différence. Anton Newcombe est le mentor de toute une génération de groupes psyché: des Warlocks aux Black Angels, en passant par les Raveonettes, on ne compte plus ceux qu'il a inspirés. Alors, quelle est la cause de sa discrétion dans les médias? Pourquoi la galaxie Libertines n'a-t-elle jamais croisé la galaxie BJM? Pourquoi Peter Doherty d'un côté et Anton Newcombe de l'autre, sans réciprocité? Pourquoi la jeunesse retiendra-t-elle de ses beaux jours What Katie Did et pas Open Heart Surgery?
- On peut avancer plusieurs hypothèses. La première concerne directement les médias: il est de notoriété publique qu'Anton Newcombe n'est pas une personnalité facile. Selon le monde entier, sauf le principal intéressé et ceux qui ne le connaissent ni de vue ni d'ouï dire, ce personnage erratique est devenue une véritable épave droguée et alcoolique, mégalomane notoire doublé d'un paranoïaque agressif, insultant copieusement le moindre chien habillé pour finalement lui adresser des signes d'amitié qui sont presque plus flippant qu'une menace ouverte. L'interviewer suppose donc d'être sur le qui-vive. Du coup, il est médiatiquement flingué.
- L'autre hypothèse, hélas vérifiable, tient à l'inégalité de ses disques. La discographie est abondante mais il vaut mieux se contenter du best-of sorti en 2005 (même si certains grands morceaux n'y figurent pas). Dans ses moments les plus psyché, Anton Newcombe est capable de sortir le grand jeu hippie avec sitar et progressions vaguement hindoues. On comprend mieux la désaffection chez ceux qui n'ont pas écouté les bons morceaux. Néanmoins, il y a tant de choses renversantes dans sa discographie qu'on ne peut pas honnêtement passer à côté de tout.
En vérité, la raison de sa faible popularité vient de sa personnalité elle-même. On ne saura jamais dans quelle mesure le film dig! y est pour quelque chose (même s'il est certain que l'image de Courtney Taylor des Dandy Warhols en a pâti) mais le résultat est là: Anton Newcombe a l'image du sale type. Or, ce n'est pas sexy.
Dans le même ordre d'idée, pourquoi Frank Black ne provoque-t-il pas de crise d'hystérie chez les fans d'Adam Green? Pourquoi Sonic Youth et l'indie-rock US "chemise à carreau" ennuient-t-il les amoureuses de Razorlight? Pourquoi les Cave Singers vont-ils se ramasser? Parce que Frank Black est gros et chauve. Parce que le hardcore n'est pas sensuel. Et le folk est un truc de barbus. Ce n'est plus le conflit entre la jeunesse et la vieillesse qui fait la différence (la popularité des dinosaures punk montre bien que c'est faux), c'est l'érotisme, c'est la séduction.
Regardez les Strokes, les Libertines, Adam Green... Ils sont jeunes, sexys, ont l'air cool et chantent pour plaire aux filles et montrer aux garçons qu'ils ont la classe. D'ailleurs, leurs plus grands fans sont de l'autre sexe, complètement hystériques et qui pire est souvent insupportables (mademoiselle, qui que tu sois, tu es sans doute hors du lot). Ainsi, selon toute vraisemblance, la séduction constituerait le pivot de l'éthique rock'n'roll, cette idéologie stupide qui glorifie la jeunesse, la coolitude, la défonce, la fête et les plaisirs libidineux.
Mais un peu d'individualisme y est bien vu aussi, du moins sous sa forme aristocratique: un bon groupe possède un ou deux chanteurs dotés d'un charisme puissant, attirés par les feux de la rampe comme le papillon par le néon, des grandes gueules dont l'aura se répercute très loin. Anton Newcombe n'est pas loin du compte. Question grande gueule, le type se pose un peu là. Mais il a succombé à l'excès, comme Courtney Taylor, sans toutefois atteindre le même succès: l'un comme l'autre ont forcé le naturel au lieu de se fier à leur aura personnelle. Ils ont viré mégalomanes. Or, le mégalomane est universellement détesté lorsqu'il joue à découvert. La force du séducteur c'est de se faire aimer et non pas de se déclarer supérieur (même si de fait, Anton Newcombe n'est pas orgueilleux sans raison). En rock, la prétention est abhorrée, tandis que l'arrogance morveuse, type écolier rebelle (plus sexy, une fois de plus), entraîne immédiatement l'adhésion et la sympathie (sic). Ainsi, Anton Newcombe n'a jamais soigné son image. Par exemple, il a systématiquement viré ses musiciens (à l'exception d'un fidèle je crois), de sorte que le BJM n'est pas un groupe, mais un collectif à géométrie variable, ce qui empêche de se familiariser avec une petite bande (comme les Beatles) et entretient une image asociale peu ragoutante pour le fan de rock (qui, en général, révère l'amitié). Evidemment des types comme les Gallagher, Lou Reed ou Doherty ne sont pas non plus des modèles d'amitié. Mais ils ont d'autres atouts pour sauver leur image. Et les Arctic Monkeys, eux, plaisent parce qu'ils donnent l'apparence d'une bonne bande de potes.
Mais avec tout cela on ne parle pas musique, me direz-vous. Bin non. C'est du rock. Comme le disait Daniel Darc, si vous voulez de la musique, écoutez Coltrane; le rock c'est l'attitude qu'on a quand on sort dans la rue. C'est un état d'esprit nous martèle rock'n'folk. Et c'est vrai. Une image, en fait.
De ce point de vue, Newcombe a tout faux. Mais pour les quelques uns qui sont sortis du lycée, pour les martiens qui, comme moi, n'écoutent que la voix et la guitare, alors n'hésitez plus: Tepid Peppermint in Wonderland (la rétrospective) est un des objets les plus sidérants du monde moderne. Au diable le rock, le sexe et la drogue dans laquelle Newcombe a fourré son nez, faîtes juste tourner le disque!
vendredi 2 octobre 2009
Deerhoof ou Deerhunter?
Qui a dit que les Beatles étaient universels? En Irak, les GI passaient les fab four pour faire craquer les talibans. Je cite ce fait de mémoire, sans certifier sa provenance. Mais les exemples de toute façon abondent aussi dans nos contrées. Certes, il faut quand même être bien difficile pour trouver insupportables les plus consensuels des artisans de la pop. On ne trouve pas de groupe dans l'histoire du genre qui fédèrent autant de personnes différentes, dans leurs goûts comme dans leurs mœurs. Mais la chose arrive et elle remet en cause les convictions même les plus inébranlables. Cette introduction n'a pas d'autre but, en effet, que d'amener le lecteur à relativiser ce qu'il pense être du domaine de l'Universel (avec un grand U). Quiconque analyse la chose remarque que l'universel est une forme civilisé du narcissisme de groupe: il est l'apanage d'une communauté qui célèbre ses propres valeurs (justifiées par leur caractère très répandu et réciproque). Ceci étant posé, il s'agit également d'une arme rhétorique visant à marginaliser la différence et donc à exclure - au lieu que les naïfs, comme moi, voudraient TOUT inclure.
C'est en tout cas ce que doivent se dire les fans malheureux d'Animal Collective, des Fiery Furnaces et de Deerhoof, trois groupes marginaux peu susceptibles d'accéder à une plus large audience, ni aujourd'hui et encore moins demain, quand (c'est prévisible) le nombre de fans se réduira à une peau de chagrin. Car si ces hommes engendrent comme tout le monde, leurs enfants, eux, n'ont qu'une chance sur un milliard, et encore, d'être atteint par l'hérédité musicale de leurs géniteurs. S'il y a des chromosomes Beatles, ils sont sans doute plus nombreux que les chromosomes Deerhoof (car dans la nature comme dans la société les médias dirigent tout - enfin, c'est ce dont il faut se persuader).
Qu'on en dise cependant tout le mal qu'on voudra, c'est à la gloire de la musique populaire de se soucier moins de la bouteille que de l'ivresse. La nature et la société distribuent les goûts selon des lois sans doute analysables point par point, mais je doute que cela mène à de grands changements. Dans les cas où un peu de snobisme teinte les goûts d'une personne sous influence, on peut toujours l'amener à plus de confiance en soi. Dans les cas, fréquents, où le manque de culture empêche de connaître le meilleur, on peut remédier au problème. Après, si un gars préfère en toute connaissance de cause Chantal Goya au Velvet Underground, qu'est-ce que cela peut faire? Ainsi, laissons tranquilles les zélateurs de Deerhoof, ce sont souvent des gens très cultivés et je ne les soupçonne pas de snobisme (soupçon dont je me fais un scrupule, pour ce qu'il suppose de mécréance et d'incapacité à reconnaître l'altérité). Ils fonctionnent sans doute selon un schéma mental qui m'échappe. On peut tout de même avancer l'hypothèse qu'un fan de Deerhoof se soucie peu ou prou d'émotions et aborde la musique selon un angle plutôt cérébral, résolument non sentimental. N'importe! Brisons-là, il s'agit en fait de parler d'un autre groupe, aussi peu universel, presque aussi barré et très marginal en France: Deerhunter, les chasseurs de cerf. Avec un nom pareil, inutile d'indiquer la provenance. Les USA sont spécialistes des noms d'animaux. Mais Deerhunter n'est pas un groupe de folk-rock. C'est un groupe urbain, dans la lignée de Spacemen 3, Sonic Youth et de l'indie-rock des nineties. Plus isolés que les Warlocks ou les Raveonettes, moins accrocheurs aussi, Deerhunter a frôlé la considération publique l'an passé, du fait de la reprise de Fluorescent Grey par Jay Reatard. Pas de connexions bien profondes entres le leader du groupe sonique et la nouvelle grande gueule de la power pop pour autant. Deerhunter reste un truc underground et audible trois ou quatre fois par semaines aux bas mots. Mais lorsque les conditions s'y prêtent, l'effet peut laisser pantois. Bien sûr, ce n'est pas fulgurant comme l'était Sonic Youth, et puis il n'y a pas le statut d'icône underground pour fasciner le public, mais les guitares de Never Stops, le refrain d'Agoraphobia, le mur du son sur Twilight at Carbon Lake, ou encore la petite valse de Slow Swords parviennent à envoûter l'auditeur accessible à la musique noise autant qu'aux climats planants et hypnotiques. Ce psychédélisme rafraichi peut évoquer tout ce qui s'est fait de mieux dans les vingt dernières années, de Galaxie 500 aux Warlocks, mais avec un supplément de folie. Leur dernier album est un double, difficile à assimiler en une fois donc. A vrai dire, on écoute ce genre de choses bribes par bribes. Mais le format convient peut-être à leur côté prolixe et fourre-tout, à cette volonté manifeste d'exploiter toutes les idées. Quand on les cueille au meilleur d'eux-mêmes, c'est peut-être un des meilleurs groupes en activité. Pour le reste, il y a des longueurs.
MICROCASTLE/WEIRD ERA CONTINUED
Deerhunter
2008, Kranky/4AD
jeudi 1 octobre 2009
Raveonettes
Une petite brève pour informer le lecteur que le nouvel album des Raveonettes est en écoute sur leur myspace. Et la bonne nouvelle c'est qu'il est très bon - je craignais un peu que la réverbération devienne envahissante mais ils ont réussi à dynamiser leur style et à renchérir sur les mélodies. beau travail donc.
mercredi 3 juin 2009
Incendie en Californie
Voici un morceau du feu de Dieu. Rien entendu de tel depuis Dogwood rust, le titre d'ouverture d'Avatar, l'album des Comets on Fire avec des nuages d'orage (ou de fumée peut-être) au dessus des pins. Superbe pochette d'ailleurs, qui disait bien la furia du groupe, l'état de délabrement et en même temps de concentration qui se dégageait de leur musique épique et ravageuse. Les Crystal Antlers rappellent - même s'ils s'en défient - ce type d'expérience sonore, cet impression de lave en fusion, d'éclatement et de drame. Ils sont jeunes, mais ils ont sans doute bien connu la musique des années 90, car on retrouve dans ce brûlot la grandiloquence bruyante (bruitiste même) et la gravité de l'indie-rock américain des nineties (j'entends la rage de Nirvana par moments). Mais non, contrairement à ce qu'ils pensent, ils n'ont pas grand chose à voir avec la musique punk (lire l'article dans la magazine Eldorado), car il ne suffit pas d'être agressif et sans fioritures pour faire punk. La réalité du punk est surtout sociale, la musique est crue et directe parce qu'il n'y a pas souvent de réverbération (l'impression de profondeur du son) et par là même, pour glisser sur le sol pentu de la métaphysique, aucune ouverture n'est laissée à la possibilité d'un arrière-monde. Le punk c'est un monde qui non seulement est débarrassé de Dieu mais qui, de surcroît, s'en contrefout. C'est tout, tout de suite, et surtout, on ne l'a pas assez dit, ICI. Une expérience de proximité, voire de promiscuité. Les pieds arrimés au sol, les yeux dans les yeux, et pas au ciel ni tournés vers son monde intérieur. Les Crystal Antlers sont différents; volontairement ou pas, ils laissent une distance entre la vie de tous les jours et leur musique. C'est violent mais ça porte au rêve, c'est agressif mais parfois lyrique, voire légèrement planant. Le son est confus, pas de contours nets, la voix est un hurlement qui vient de loin. Il y a quelque chose d'irréel. C'est peut-être pour ça qu'au lieu d'être catalogués punk, ils sont souvent, malgré eux, étiquetés psychédélique. Je leur laisse le choix, mais ce qui est sûr, c'est que leur morceau Andrew tape un grand coup.
TENTACLES
Crystal Antlers,
Touch & Go, 2009
TENTACLES
Crystal Antlers,
Touch & Go, 2009
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