La chanson de la semaine

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jeudi 28 janvier 2010

Right Now


J'ai parlé des Smith Westerns, mais pas assez. Leur premier disque est sorti en 2009 (celui avec la pochette de Nevermind à l'envers). A première écoute ils semblaient juste bordélique, comme Wavves. Mais au-delà du plaisir pris à sentir vrombir les guitares, il y a surtout des mélodies d'enfer. Pas très originaux, les Smith Westerns empruntent beaucoup, à T-Rex par exemple. Mais dans leur cas, l'énergie suffit à la fraîcheur. Trouvez le disque, pas disponible en France, car il en vaut la peine.

Elles, j'aurais dû vous en parler. Ce sont les Vivian Girls. Ce nom m'était inconnu jusqu'à ce qu'une visite du myspace de Girls me mène droit à leur page. Elles sont brouillonnes, mais leurs mélodies sont attachantes et le son noisy emprunte parfois sa couleur au shoegaze. On tient donc un étrange groupe punk-rock, classique dans les mélodies, mais moderne pour la mise en son. Leur dernier album, en plus d'être très bon, est très bien présenté. Cela vaut la peine de se le procurer en vinyle. Un coup de cœur auquel leur simplicité ne me prédisposait pourtant pas.




Ceux-là sont très rétros. On pourrait croire à un groupe de la cote ouest des sixties. Pour peu qu'on ne s'offusque pas de ce décalage temporel les Crystal Stilts devraient ravir tout amateur de chansons se donnant volontairement des atours underground (en tant que pose pour faire fuir les minets, comme Spacemen 3 le faisait très bien). Leur premier album est sorti en 2008 et il comporte quelques morceaux psyché noirâtres et noyés dans la réverb. Avec un enregistrement lo-fi, ils ne sont pas sans rappeler le Brian Jonestown Massacre des début.


Voici encore un groupe lo-fi dans le genre de Crystal Stilts, mais sans l'obscurité. Ce serait plutôt la face lumineuse, avec des chansons pop-rock accrocheuses, dans l'esprit San Franciscain qui en ce moment tape à la porte du monde de la musique. On espère que des oreilles sensibles sauront l'entendre. Excellent groupe, ces Mantles, dont le premier essai est sorti l'an passé.




Et pour terminer, Best Coast, encore un projet lo-fi, mais encore une fois un concentré de jolies mélodies cachées sous un punk-rock cradingue. L'esprit des Vivian Girls avec l'ambiance de la sunshine pop, quelque chose de Californien dans la culture et d'indie-rock dans la présentation. C'en est presque triste malgré l'énergie. Un premier album est prévu pour 2010. Personnellement, au vu de leurs magnifiques pochettes, je ne crois pas me contenter de myspace et youtube pour continuer d'écouter les premiers eps.

lundi 7 décembre 2009

GIRLS


Je m'aperçois qu'un mois s'est presque écoulé depuis le dernier post. Ce n'est pas que la matière manque. Prenons l'album des Girls. Je veux en parler depuis des semaines. Je pourrais tartiner cent lignes là-dessus. Mais toutes futiles, à coté du sujet ou redondantes. Quand on aime trop un disque, on se contente d'une exclamation. Ce post est donc une exclamation un peu longue, n'ayant pas trop en vue de parler musique.
En effet, l'écoute risque d'être tellement biaisée par les médias qu'il est peut-être judicieux de ne plus en rajouter. Ayant eu la chance de l'écouter sans passer par trop d'intermédiaires, j'ai pu me concentrer sur l'expérience musicale, sans l'associer à cette image de jeunes cancres obsédés par le sexe ni à aux louanges des distributeurs d'opinion. Depuis, l'engouement médiatique (quasi unanime: Pitchfork, Magic, R'n'F, the Guardians...) a entraîné son lot de positionnements contradictoires. Tout ce qui est unanimement médiatisé - encore plus dans un milieu indé qu'on suspecte fortement d'avoir ses petits codes trompeurs, ses propres miroirs aux alouettes - déchaîne les suspicions.
Or, il faut remettre les choses à plat: pour arriver à cet engouement, un groupe ne peut pas se contenter d'une notice d'attaché de presse ou d'un coup de pouce. La plupart des groupes qui sont parvenus à attirer l'attention le doivent à une certaine qualité, même si cette qualité peut n'être que la convenance à la mode. Kings Of Leon, Strokes, Killers, Franz Ferdinand... Je n'aime pas vraiment la moitié d'entre eux, mais ce n'est pas nul non plus. Girls est là, pas loin du sommet de la pyramide indé, et il y est parce qu'il le mérite. Il n'y a pas longtemps, j'écrivais de Joe Henry: "il a l'air crédible parce qu'il l'est". Pareil pour Girls. C'est le groupe qui est susceptible de donner envie de faire de la musique à un jeune de 18 ans. On a pris une guitare parce qu'on a écouté - quoi? Nirvana, les Smashing Pumpkins (références pour Girls)? Oasis? Eh bien, Girls se pose là. Et tout de suite. Avec un album pas parfait du tout, mais super. La perfection est une chose, genre œuvre de salon, l'apanage de Joe Henry par exemple; le disque super en est une autre. C'est ce genre d'album qu'on adopte dès la première écoute, sans même se poser la question à un moment ou à un autre de savoir si c'est vraiment bon, si ce n'est pas, somme toute, la décalque de quelque chose de plus ancien. C'est à l'usure, parce qu'on a éprouvé des sensations indélébiles mais aussi parce que l'accoutumance l'a rendu indispensable, que l'album acquiert sa valeur affective ET esthétique (l'album devient un objet esthétique après coup). Il serait donc trop tôt, si on me suit, pour vanter Girls. J'aurais pu attendre encore un an ou deux avant de laisser une chronique. Mais finir l'année sans avoir mentionné l'existence de ce disque ç'aurait été chicaner sur des détails sans évoquer les grandes lignes!

Pourquoi? Parce que c'est une cohabitation réussie entre l'amateurisme du chant et le professionnalisme d'une mise en son lo-fi par faute de moyens, mais talentueuse par son savoir-faire. Parce que c'est le printemps éternel, une vision musicale du bonheur (moyennant des paroles tristes), un rêve californien et adolescent, avec mélodies, harmonies vocales et rythmes entraînants (Lust for Life, Laura, God Damned). Parce que c'est un rappel des sensations originelles du rock indé, celles qu'on a éprouvées une première fois en écoutant les groupes marquants des nineties (notamment la noise de Morning Light ou le mur du son qui conclut Hellhole Ratrace). Surtout, parce que ce disque est ambigu, comme les meilleurs, louvoyant sans cesse entre le jour et la nuit, la joyeuse pop estivale nuancée par des paroles crues (Laura), le rock vite envoyé (Big Bad Mean Motherfucker) et la tristesse d'une complainte (Lauren Marie). C'est vraiment très bon et, tout jeunisme à part, on se demande si on n'aurait pas dû avoir 18 ans à sa sortie. En tout cas, une fois qu'on l'a, on n'a plus besoin de disques avant longtemps. Et ça, c'est très rare.

samedi 3 octobre 2009

Le vilain pas beau!



Parmi les questions que tout critique se pose un jour dans sa vie, il y a celle-ci, cruciale : pourquoi les Strokes, les Libertines, les White Stripes et pas le Brian Jonestown Massacre? En terme d'influence pourtant il n'y a pas de différence. Anton Newcombe est le mentor de toute une génération de groupes psyché: des Warlocks aux Black Angels, en passant par les Raveonettes, on ne compte plus ceux qu'il a inspirés. Alors, quelle est la cause de sa discrétion dans les médias? Pourquoi la galaxie Libertines n'a-t-elle jamais croisé la galaxie BJM? Pourquoi Peter Doherty d'un côté et Anton Newcombe de l'autre, sans réciprocité? Pourquoi la jeunesse retiendra-t-elle de ses beaux jours What Katie Did et pas Open Heart Surgery?




- On peut avancer plusieurs hypothèses. La première concerne directement les médias: il est de notoriété publique qu'Anton Newcombe n'est pas une personnalité facile. Selon le monde entier, sauf le principal intéressé et ceux qui ne le connaissent ni de vue ni d'ouï dire, ce personnage erratique est devenue une véritable épave droguée et alcoolique, mégalomane notoire doublé d'un paranoïaque agressif, insultant copieusement le moindre chien habillé pour finalement lui adresser des signes d'amitié qui sont presque plus flippant qu'une menace ouverte. L'interviewer suppose donc d'être sur le qui-vive. Du coup, il est médiatiquement flingué.



- L'autre hypothèse, hélas vérifiable, tient à l'inégalité de ses disques. La discographie est abondante mais il vaut mieux se contenter du best-of sorti en 2005 (même si certains grands morceaux n'y figurent pas). Dans ses moments les plus psyché, Anton Newcombe est capable de sortir le grand jeu hippie avec sitar et progressions vaguement hindoues. On comprend mieux la désaffection chez ceux qui n'ont pas écouté les bons morceaux. Néanmoins, il y a tant de choses renversantes dans sa discographie qu'on ne peut pas honnêtement passer à côté de tout.




En vérité, la raison de sa faible popularité vient de sa personnalité elle-même. On ne saura jamais dans quelle mesure le film dig! y est pour quelque chose (même s'il est certain que l'image de Courtney Taylor des Dandy Warhols en a pâti) mais le résultat est là: Anton Newcombe a l'image du sale type. Or, ce n'est pas sexy.


Dans le même ordre d'idée, pourquoi Frank Black ne provoque-t-il pas de crise d'hystérie chez les fans d'Adam Green? Pourquoi Sonic Youth et l'indie-rock US "chemise à carreau" ennuient-t-il les amoureuses de Razorlight? Pourquoi les Cave Singers vont-ils se ramasser? Parce que Frank Black est gros et chauve. Parce que le hardcore n'est pas sensuel. Et le folk est un truc de barbus. Ce n'est plus le conflit entre la jeunesse et la vieillesse qui fait la différence (la popularité des dinosaures punk montre bien que c'est faux), c'est l'érotisme, c'est la séduction.
Regardez les Strokes, les Libertines, Adam Green... Ils sont jeunes, sexys, ont l'air cool et chantent pour plaire aux filles et montrer aux garçons qu'ils ont la classe. D'ailleurs, leurs plus grands fans sont de l'autre sexe, complètement hystériques et qui pire est souvent insupportables (mademoiselle, qui que tu sois, tu es sans doute hors du lot). Ainsi, selon toute vraisemblance, la séduction constituerait le pivot de l'éthique rock'n'roll, cette idéologie stupide qui glorifie la jeunesse, la coolitude, la défonce, la fête et les plaisirs libidineux.


Mais un peu d'individualisme y est bien vu aussi, du moins sous sa forme aristocratique: un bon groupe possède un ou deux chanteurs dotés d'un charisme puissant, attirés par les feux de la rampe comme le papillon par le néon, des grandes gueules dont l'aura se répercute très loin. Anton Newcombe n'est pas loin du compte. Question grande gueule, le type se pose un peu là. Mais il a succombé à l'excès, comme Courtney Taylor, sans toutefois atteindre le même succès: l'un comme l'autre ont forcé le naturel au lieu de se fier à leur aura personnelle. Ils ont viré mégalomanes. Or, le mégalomane est universellement détesté lorsqu'il joue à découvert. La force du séducteur c'est de se faire aimer et non pas de se déclarer supérieur (même si de fait, Anton Newcombe n'est pas orgueilleux sans raison). En rock, la prétention est abhorrée, tandis que l'arrogance morveuse, type écolier rebelle (plus sexy, une fois de plus), entraîne immédiatement l'adhésion et la sympathie (sic). Ainsi, Anton Newcombe n'a jamais soigné son image. Par exemple, il a systématiquement viré ses musiciens (à l'exception d'un fidèle je crois), de sorte que le BJM n'est pas un groupe, mais un collectif à géométrie variable, ce qui empêche de se familiariser avec une petite bande (comme les Beatles) et entretient une image asociale peu ragoutante pour le fan de rock (qui, en général, révère l'amitié). Evidemment des types comme les Gallagher, Lou Reed ou Doherty ne sont pas non plus des modèles d'amitié. Mais ils ont d'autres atouts pour sauver leur image. Et les Arctic Monkeys, eux, plaisent parce qu'ils donnent l'apparence d'une bonne bande de potes.


Mais avec tout cela on ne parle pas musique, me direz-vous. Bin non. C'est du rock. Comme le disait Daniel Darc, si vous voulez de la musique, écoutez Coltrane; le rock c'est l'attitude qu'on a quand on sort dans la rue. C'est un état d'esprit nous martèle rock'n'folk. Et c'est vrai. Une image, en fait.
De ce point de vue, Newcombe a tout faux. Mais pour les quelques uns qui sont sortis du lycée, pour les martiens qui, comme moi, n'écoutent que la voix et la guitare, alors n'hésitez plus: Tepid Peppermint in Wonderland (la rétrospective) est un des objets les plus sidérants du monde moderne. Au diable le rock, le sexe et la drogue dans laquelle Newcombe a fourré son nez, faîtes juste tourner le disque!

jeudi 1 octobre 2009

des chansons en or (3)


Celle-là, c'est un phare. Aucune influence, aucune hérédité. Black out total depuis des années. San Francisco est juste 1) un hymne à la gloire d'une grande ville 2) un tube adorable, bien au-delà des années 60. Je pourrais vous dire que c'est du niveau de Lennon ou de Ray Davis, mais à quoi bon le préciser? L'homme qui est à l'origine de ce morceau est tout simplement leur égal. John Phillips n'est autre que le leader discret des Mamas and the Papas, quartette populaire d'un compositeur resté dans l'ombre de ses tubes.
Ce type, qui avait l'air plus sympathique que la moyenne, voyait la lumière partout. Il chantait des morceaux tristes sur son album solo et pourtant on n'y voyait jamais que le soleil, la plage, la mer. Un soleil déclinant il est vrai. Mais toujours ces atmosphères en demi-teinte, où la gaieté et la nostalgie marchent de concert, toujours cette même ambiguïté de sentiments...Ce type était le Watteau de la Californie, le Verlaine des bords de mer. La même grâce, le même léger badinage. Pour moi, rien n'est jamais franchement triste chez lui, ce serait plutôt une nuance délicate du bonheur, une subtilité suave et rare. Mais le compositeur de chansonnettes ne se contentait pas d'écrire pour lui et son groupe. Il donnait aussi aux proches. Un jour l'idée lui vint d'abandonner une chanson à son ami Scott McKenzie, peu doué pour la composition mais indéniablement meilleur chanteur. Et on aura beau dire, spontanéité oblige, l'esthétique do it yourself, tout le baratin punk, ça vaut peut-être pour la valeur expressive, mais ce n'est pas comme ça qu'on fait la pop. La pop est une fabrique, un artisanat, il faut de bons interprètes, une voix solide. C'est léché, travaillé, retapé...et ça donne un tube aussi splendide que celui-là, quelque part entre la gaieté d'une période sans nuage, le havre de paix qui ravive des nostalgies vagues, des rêves d'Eden un peu niais mais doux pour l'esprit, et, toujours, ce sentiment trouble, cet élan qui magnifie pendant quatre minutes la vie de l'auditeur. Très fort!

San Francisco (Be Sure To Wear Some Flowers In Your Hair)
in SAN FRANCISCO, 1967 sony music
Scott McKenzie

vendredi 27 mars 2009

Comin Back to me


Réduits à "Somebody to love" et "White rabbit", le groupe fait quelque peu figure de relique, mais si on extrapole, on découvre trois petites merveilles de folk triste, jamais citées - ou si peu. Car, qui le croirait? Le Jefferson Airplane n'est pas tant ce groupe psyché archétypique que les magazines ont archivé une bonne fois pour toutes dans leur rubrique "classique" à cause de deux tubes fédérateurs et historiques, qu'un très bon collectif doté d'un potentiel folk immense. Today, Comin' back to me et Embryonic Journey sont les noms des trois merveilles qui valent à ce bon disque de se retrouver ici. Le second surtout est une chanson d'amour triste qui déroule son atmosphère lancinante en cinq minutes de contemplation lente, épurée, radicale. On a l'impression de s'enfoncer dans des gorges, le long d'un chemin sinueux et sombre. C'est unique, on ne trouve pas d'équivalents dans le panel pourtant large des chansons tristes. C'est à ce genre d'expérience que convient, je crois, le mot "profond" qui a l'air parfois bête quand il qualifie certaines musiques. A coté de ce morceau, le reste du disque, somebody to love compris, m'a toujours semblé anecdotique. Pas tout à fait cependant, car today est quasiment du même acabit et d'ailleurs elle travaille à peu près la même ambiance. Enfin, Embryonic Journey est entièrement acoustique et instrumentale, c'est-à-dire du genre qui ennuie les fans de pop mais qui fait les délices de ceux de Hot Tuna (groupe de blues-rock fondé par Jorma Kaukonen - signataire d'Embryonic Journey - et Jack Casady - également membre de l'Airplane). Avec cet instrumental, Kaukonen montre qu'il est surtout musicien et n'entend pas consacrer ses accords à la seule et répétitive pop music - dont le format emprisonne toujours quelque peu les vrais instrumentistes. Cette liberté est pour le meilleur: on ne ferait pas un compte rond des bons instrumentaux de la pop-music sans Embryonic Journey, dont la réputation d'ailleurs surpasse tout ce qu'on pourrait attendre de ce genre d'exercice.
Attention toutefois à la publicité mensongère: sur la pochette, les membres du groupe arborent des instruments traditionnels dont, jusqu'à preuve du contraire, ils ne se servent pas. Je n'ai pas l'impression en tout cas d'avoir entendu de la flûte ou du banjo, mais à dose homéopathique, il se peut que je n'ai rien perçu.
Jorma Kaukonen a sorti un disque tout récemment, mais je n'ai aucune idée de son contenu.