La chanson de la semaine

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mercredi 4 novembre 2009

Seven Songs Shaping My Fall


Sept, nombre favori des superstitieux, moins ambigu que le treize et plus pratique pour une playlist rapide. Je joue le jeu, proposé par Thanu, du blog There's Always Someone Cooler Than You (ce qui est vrai). Le principe est simple: lister 7 chansons que vous écoutez beaucoup en ce moment. Pour plus de détails, voici l'intitulé exact:

List seven songs you are into right now. No matter what the genre, whether they have words, or even if they’re not any good, but they must be songs you’re really enjoying now, shaping your life. Post these instructions in your blog along with your 7 songs. Then tag 7 other people to see what they’re listening to.

Idéalement, je souhaitais proposer un lecteur regroupant les chansons mais l'une d'entre elle n'était pas présente dans la version désirée.

1 - Wedding Bell (Beach House)

Dans la suite logique de ce que j'écrivais récemment, voici le premier très beau morceau du très bel album de Beach House, Devotion. Vous comprendrez mieux pourquoi ma chronique était très métaphorique. C'est indescriptible.

2 - Tell My Mom I Miss Her So (Ryan Bingham)

Même si je n'aime pas autant son deuxième album, cette chanson, qui en est extraite, est pour moi l'une de ses meilleures, juste derrière Southside of Heaven.

3 - Anyway That You Want Me (Spiritualized)

Puisque je l'ai choisie pour figurer dans la section chansons en or (qui ne sont pour le moment qu'au nombre de cinq), vous vous en ferez vous-même une idée.

4 - Travelling Man (Bert Jansch)

Une bien vieille chanson (1973), remasterisée récemment pour la réédition de L.A.Turnaround. Aussi belle que, à tout hasard, Needle of death. Mais après avoir vu la vidéo de l'enregistrement en studio, celle-ci s'est attirée mes faveurs.

5 - Hellhole Ratrace (Girls)

Deux branleurs de première, avec pour obsession vraissemblable les filles, la gnole, les filles et un peu la gnole. D'habitude, ça m'indiffère. Mais ayant grandi dans les années 90, je me sens en territoire connu avec eux. Leur son me plaît beaucoup et, au-delà, mine de rien, il y a de la mélodie.

6 - More News From Nowhere (Nick Cave and the Bad Seeds)

Depuis trente ans, et après des débuts post-punk dont je suis moins friand, Nick Cave est toujours un caïd. Je fais partie de la proportion d'amateurs qui préfèrent justement des morceaux comme celui-ci à From Her to Eternity. Et il faut visionner le clip, c'est très bien fait.

7 - Catch the Wind (Donovan)

La voici la dernière, celle que je n'ai pas voulu faire écouter. Entendons-nous bien: la version single, celle qui fait deux minutes et quelques, est selon moi très moyenne. En plus, il essaie de chanter comme Dylan, alors qu'il a la chance d'avoir une voix très pure. Préférez la version de 5 minutes, celle des bonus de Hurdy Gurdy Man; le final est somptueux. On y entend de la batterie, de la passion et des envolées vocales.

Découvrez la playlist seven songs shaping my fall avec Spiritualized


Sont invités à poursuivre la chaîne:

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the music rainbow
la musique à papa
le choix de Mlle Eddie
musique-indie
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homesick in paradise

mardi 6 octobre 2009

des chansons en or (4)


Vous allez me dire gâteux mais n'importe. Cette chanson est selon moi une des dix plus belles au monde, en même temps qu'une des plus niaises dans sa forme (car l'intention, elle, est délicate). Ce n'est pas sa plus connue (qui n'est d'ailleurs pas terrible - mellow yellow) et il s'agit en outre d'une dédicace, à Derroll Adams, alias le "banjoman", qu'on trouve à la fois sur l'album A Gift from a Flower to a Garden et sur le tribute à Adams.
Ce dernier était (il est mort à l'orée de la décennie) un chanteur country discret, qui avait émigré en Belgique, peut-être en raison de ses idées communistes. Il avait sympathisé avec Donovan Leitch, voire l'avait parrainé, à l'époque où celui-ci souffrait de la comparaison avec Bob Dylan. Alors que la presse se moquait facilement de son air candide de gamin attardé, Adams avait quant à lui réservé toute sa considération au troubadour écossais, qui le lui avait rendu sur ce superbe hommage, une des seules compositions originales d'un disque majoritairement constitué de reprises.

Ce n'est pas une maigre surprise que de constater la suprématie musicale de Donovan sur tous les autres invités ici présents. Peut-être serait-ce aller trop loin que de lui attribuer aussi le mérite de surclasser Adams, son mentor. Pourtant... Ce n'est pas qu'il faille diminuer le talent du banjoman. En fait, il était sans doute meilleur parolier, mais la musique country, nourrie de ses lieux communs, n'a pas exactement l'effet désiré sur l'auditeur européen lambda. Aussi, vue de loin, toutes ces chansons tendent musicalement à se ressembler. Seule tranche cette tendre rêverie, longue et répétitive adresse aux... étoiles de mer, auxquelles Donovan demande des nouvelles de son cher expatrié (bring me word of a banjoman/With a tatoo on his hand).

J'imagine déjà les têtes de mes lecteurs. Donovan parle aux étoiles de mer dans sa chanson? Est-il sorti de l'enfance? Prévoyait-il que les mômes joueraient un jour à Warcraft plutôt que de discuter avec les étoiles de mer? Et pourtant, qui contesterait qu'il y a, même sous une forme naïve, une réelle poésie, non pas dans le dialogue avec une étoile de mer, qui n'est qu'un artefact, mais dans la promenade d'un homme seul le long de la plage, un soir, regrettant de ne pouvoir rejoindre son ami de l'autre côté de la Manche? "Comme je serais content de venir, chante Donovan, comme je serais heureux de partir, si je n'avais pas mon travail à faire et ma face à montrer. Mais je dois me rendre à l'intérieur des terres." C'est déposé d'une voix douce et empreinte de gratitude. Heureux comme un beau jour et nostalgique comme l'homme qui a un pied devant et le regard derrière. La musique, elle, se contente des trois accords de rigueur, mais en l'écoutant, on a le sentiment qu'elle ne tourne peut-être qu'autour d'un accord, tant les variations passent inaperçues (et ce n'est pourtant pas un reproche). On entend tout d'abord le flux et le reflux de l'eau qui clapote. Puis ce n'est rien d'autre qu'un accompagnement de guitare acoustique. Le milieu du morceau voit quand même arriver un banjo (le fameux banjo) et une basse. Rien de plus. Des couplets, pas de refrain. C'est véritablement ce qu'on peut appeler une ballade. Chaque couplet, ou presque, se termine par "the banjoman, with a tatoo on his hand", ajoutant à cette impression hypnotique de ritournelle. Avec l'image de l'eau qui avance et recule, la répétition des mêmes termes à intervalle régulier, la douceur du chant, vous comprendrez que l'auditeur se laisser bercer par une impression de balancement et de flottement très agréable. C'est une musique à écouter comme une berceuse - et passé un certain âge, il y en a qui n'aiment pas ça - mais combien sont touchantes comme celle-là?

EPISTLE TO DERROLL, Donovan, 1966
Banjoman: a Tribute to Derroll Adams, 2002