La chanson de la semaine

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mercredi 7 avril 2010

Flash Delirium


Si l'album, à première écoute, a de quoi décontenancer, vous allez maintenant halluciner devant le clip. Je n'ai pas cherché à le comprendre, je ne suis pas drogué et de toute façon mon intelligence cinématographique est quasiment nulle. Comme un gamin de cinq ans, je regarde les images pour ce qu'elles sont, sans percevoir les enchaînements logiques. Mais c'est intéressant de voir qu'ils n'ont pas rejeté les grosses productions, malgré leur complexe vis-à-vis du succès. A voir cette vidéo loufoque, on se prend à imaginer Mgmt en Smashing Pumkins des temps modernes. Mieux, Mgmt est l'équivalent actuel des Strokes, du moins en tant qu'indice culturel de la jeune génération. Des albums comme Is This It ou Oracular Spectacular ne sont pas forcément les meilleurs de leur temps mais par leur popularité ils renseignent sur l'état général de la musique à un moment donné. Médiatiquement, tout groupe ressemblant de près ou de loin à Mgmt sera désormais une bonne chose à prendre et à monter en aiguille pour la presse, tandis que Julian Casablancas lui-même s'adonne à une lubie eighties fort à la mode mais à rebours de NY City Cops. Ce genre de passation de pouvoir est passionnant à suivre, d'autant que les contempteurs de Mgmt sont souvent des fans de rock binaire. Les contents d'hier seraient donc les déçus d'aujourd'hui? C'est bien sûr plus compliqué. En sous-main, la même variété musicale continue de grouiller dans les marges, mais sur le devant de la scène le paysage n'est plus le même et deux époques pourtant pas très éloignées dans le temps se confrontent. Congratulations, c'est presque un renversement de l'histoire, comme si Queen venait après les Ramones. On peinerait à énumérer toutes les influences du groupe. C'est l'histoire du rock dans un mikshake, tellement compressée qu'on ne différencie plus rien. A ce rythme, Mgmt peut faire passer les torchons pour des serviettes. "C'est quoi ce bordel?" a envie de dire, impatienté, l'homme de bon sens. Une moitié du groupe qui déteste la comédie musicale et cite Spacemen 3 (le groupe a été assisté par Sonic Boom) pour un résultat qui ressemble néanmoins à une comédie musicale pour drogué et en aucun cas à Spacemen 3! Logique. Dans le monde de Mgmt, quelque chose ne tourne pas rond. Il ne faudrait pourtant pas croire que ce disque, événement socio-musical, est une poubelle. Dans la benne on croise des objets de luxe. Simplement, une écoute ne suffit pas. Dix n'y changeront peut-être rien non plus. Il est trop tôt pour juger, on ne peut que constater, à moitié ébahi et un peu dubitatif, la sortie d'un ovni. La question cruciale est maintenant: veut-il notre bien?

http://www.youtube.com/watch?v=z_5Gm8MWwlw

jeudi 1 avril 2010

Wagonwheel Blues, la chronique


Vous en avez déjà entendu parler ici même. Comme je recycle mes vieilles marottes, hop, j'enfonce le clou. The War On Drugs donc. Qui sont-ils? Qu'ont-ils fait? Wagonwheel Blues, l'album d'Adam Granduciel, avec Kurt Vile en seconde moitié du groupe, qui n'en était alors pas vraiment un mais plutôt une sorte de projet solo où Granduciel jouait lui-même un peu de batterie, épaulé par des musiciens d'appoint qui ont fini par faire partie intégrante d'une véritable formation, est un premier LP inégal - soyons honnête - mais néanmoins merveilleux, pour toutes les raisons imaginables, pour tout ce qu'il contient et peut-être même ses légers égarements soniques. Car on ne conçoit pas The War On Drugs sans déviances, débarrassé de son style brimbalant et tarabiscoté (qu'on entend à l'identique dans les albums solos de Kurt Vile). Après tout, on n'aime pas Brian Eno pour accoucher d'un album pop classique. Alors voilà, Wagonwheel Blues s'aventure partout et ne lésine ni sur les mélodies ni sur les sons atmosphériques. Ce n'est pourtant pas de Spiritualized que les membres de War On Drugs se revendiquent, mais de... Tom Petty! N'importe, ils n'en sont que plus intéressants, pour leur largesse de vue et l'imprévisibilité à laquelle elle peut conduire.
Adam Granduciel n'a pas un nom de star, mais on a envie de le prononcer. C'est tellement sidérant, tellement étrange de dire "j'écoute Adam Granduciel" qu'on croit le voir grandir sous nos yeux. Ce type qu'on imagine un géant ne peut pas être banal. Ou plutôt, il peut l'être, mais alors sa banalité sera cause de curiosité, elle passera pour un phénomène hors du commun et, vue sous cet angle, ne sera plus banale. Le plus surprenant, c'est qu'en dehors des pièces maîtresses que sont A Needle In Your Eye #16, Arms Like Boulders et Taking the Farm, dont j'avais déjà vanté les mérites psychédéliques, le reste de l'album tient bien la route. Par comparaison, il aurait pu pâlir sévèrement, mais non. Moins fulgurants, mais toujours pertinents, les autres titres font voyager l'auditeur dans un monde à peine défriché, plus sauvage, plus héroïque qu'Animal Collective (avec qui ils partagent certaines textures sonores) et surtout plus captivant. Même impression qu'avec Kurt Vile: on est embarqué dans un train à vapeur et on sillonne les USA. Si certains, légitimement, trouveront le périple un peu longuet, qu'ils se concentrent alors sur les trois morceaux de bravoure de l'album et attendent la suite: avec de telles pépites dans le ballot, ce serait étonnant que the War On Drugs saborde son avenir. 2008, année de sortie de Wagonwheel Blues. ça n'a l'air de rien, mais pour moi c'est une date qui compte.

jeudi 28 janvier 2010

Right Now


J'ai parlé des Smith Westerns, mais pas assez. Leur premier disque est sorti en 2009 (celui avec la pochette de Nevermind à l'envers). A première écoute ils semblaient juste bordélique, comme Wavves. Mais au-delà du plaisir pris à sentir vrombir les guitares, il y a surtout des mélodies d'enfer. Pas très originaux, les Smith Westerns empruntent beaucoup, à T-Rex par exemple. Mais dans leur cas, l'énergie suffit à la fraîcheur. Trouvez le disque, pas disponible en France, car il en vaut la peine.

Elles, j'aurais dû vous en parler. Ce sont les Vivian Girls. Ce nom m'était inconnu jusqu'à ce qu'une visite du myspace de Girls me mène droit à leur page. Elles sont brouillonnes, mais leurs mélodies sont attachantes et le son noisy emprunte parfois sa couleur au shoegaze. On tient donc un étrange groupe punk-rock, classique dans les mélodies, mais moderne pour la mise en son. Leur dernier album, en plus d'être très bon, est très bien présenté. Cela vaut la peine de se le procurer en vinyle. Un coup de cœur auquel leur simplicité ne me prédisposait pourtant pas.




Ceux-là sont très rétros. On pourrait croire à un groupe de la cote ouest des sixties. Pour peu qu'on ne s'offusque pas de ce décalage temporel les Crystal Stilts devraient ravir tout amateur de chansons se donnant volontairement des atours underground (en tant que pose pour faire fuir les minets, comme Spacemen 3 le faisait très bien). Leur premier album est sorti en 2008 et il comporte quelques morceaux psyché noirâtres et noyés dans la réverb. Avec un enregistrement lo-fi, ils ne sont pas sans rappeler le Brian Jonestown Massacre des début.


Voici encore un groupe lo-fi dans le genre de Crystal Stilts, mais sans l'obscurité. Ce serait plutôt la face lumineuse, avec des chansons pop-rock accrocheuses, dans l'esprit San Franciscain qui en ce moment tape à la porte du monde de la musique. On espère que des oreilles sensibles sauront l'entendre. Excellent groupe, ces Mantles, dont le premier essai est sorti l'an passé.




Et pour terminer, Best Coast, encore un projet lo-fi, mais encore une fois un concentré de jolies mélodies cachées sous un punk-rock cradingue. L'esprit des Vivian Girls avec l'ambiance de la sunshine pop, quelque chose de Californien dans la culture et d'indie-rock dans la présentation. C'en est presque triste malgré l'énergie. Un premier album est prévu pour 2010. Personnellement, au vu de leurs magnifiques pochettes, je ne crois pas me contenter de myspace et youtube pour continuer d'écouter les premiers eps.

vendredi 15 janvier 2010

In 2009, You could have what you wanted

En dépit de la mort prématurée de Jay Reatard, notre époque reste, selon moi, la meilleure chose qui soit arrivée au rock indé depuis des lustres. Faisant le tour d'horizon des blogs et de leur top de fin d'année, je m'aperçois pourtant que l'enthousiasme est en berne et que personne ne s'accorde sur les gagnants de l'année, chacun y allant de son disque relativement mineur, faute de mieux. Le papillonnage supplante par ailleurs l'obsession pour un mouvement, un registre, une famille musicale, ce qui arrive toujours lorsque les cartes sont brouillées, que rien de marquant n'affleure. Le monde serait-il en décomposition? Je ne suis pas de cet avis. L'époque, il est vrai, est à la diversité, mais ce n'est pas parce qu'on ne s'y retrouve plus qu'il n'y a plus d'identité forte dans le monde de la musique indé. Peut-être suis-je isolé, mais cette année a été, de loin, ma préférée pour toute la décennie. Je m'empresse d'ajouter que je n'ai pas connu les trois premières, à peine la quatrième (à cette époque maintenant reculée, j'avais la tête ailleurs). Le milieu de la décennie ayant été accaparé par une brit-pop que je ne comprends pas toujours (exception faite des Coral) il est logique que la fin soit pour moi plus importante que le début, puisqu'elle signe le retour d'une certaine musique américaine qui fait la synthèse de toutes les époques, n'oubliant pas les nineties (la décennie boudée par les frangés et les slimés, en attendant que dès 2012 on méprise les héros de notre génération, logique implacable).

Je ne souhaitais pas faire de top de fin d'année, et je n'y cèderai d'ailleurs pas, mais seulement parler d'un phénomène qui me semble remarquable. Depuis quelques temps, on entend à nouveau parler de Kurt Cobain, l'icône un peu encombrante qu'il aura fallu détrôner un moment pour inviter les filles à danser (c'est selon moi la philosophie des noughties, qui se placent en porte-à-faux avec la musique assistée par ordinateur mais également avec la rage désespérée du grunge). Cette référence, parfois assez appuyée, n'est pas éparse et ne touche pas n'importe quel groupe. Les Arctic Monkeys, par exemple, sont assez peu susceptibles de parler de Nirvana en interview. Mgmt non plus ne doit pas être adepte. Il faut chercher du coté de la musique à guitares bruyantes, que le tempo soit rapide ou lent, pour trouver des signes patents de cette réhabilitation. C'est Girls qui m'a mis la puce à l'oreille. Dans le clip "Lust for Life", Owen brandit une pancarte où s'inscrit au marqueur le nom du défunt leader de Nirvana, entre autres noms qu'il nous invite à écouter. Plus intéressant: quelques mois auparavant, le groupe Crystal Antlers, avec son single Andrew, me donnait l'impression de réentendre une rage vocale pas entendue depuis 1994. Les très délicats Pains of Being Pure At Heart ont signé un titre référencé: Kurt Cobain's Cardigan. Les Vivian Girls s'avouent fans, et même Crystal Stilts, qu'on sent pourtant branché années 60. Sur le site officiel de Jay Reatard on peut entendre depuis aujourd'hui la reprise de Frances Farmer will have her revenge on Seattle. Et, pour finir, quand on regarde l'allure de Owen et Reatard, on ne peut s'empêcher de faire la comparaison. Cela faisait un bail que les longs cheveux n'étaient plus médiatisés... Quelles conclusions en tirer? Alors que tout un chacun cette année a parlé d'un revival shoegazing (parfois nommé shitgaze dans ses tendances borderline), est-ce que le phénomène n'est pas plus large? Le fait que Pains of Being Pure At Heart revendique plus de connexions avec Vivian Girls, Crystal Stilts, Girls et Nirvana qu'avec Jesus and Mary Chain ou Ride n'est-il pas le signe que nous ne vivons pas une époque étroitement repliée sur le souvenir d'un courant musical alternatif très souterrain mais plutôt bâtie sur de nombreuses fondations, capable de lier Nirvana aux Beach Boys, My Bloody Valentine aux Beatles?
Ce qu'on a appelé un peu négligemment le revival shoegazing, même s'il emprunte beaucoup aux guitares noisy de Ride, a finalement la vue large et risque bien de se déployer au-delà des limites ridicules dans lesquelles on veut parfois - condescendance oblige des critiques de plus de trente ans avec les petits jeunes - l'encercler.

Si je mets côte à côte ces groupes, qui ont tous sorti un disque cette année (du moins en France) : Vivian Girls, Crystal Stilts, Pains of Being Pure At Heart, Jay Reatard, Smith Westerns et Girls, j'obtiens alors un formidable condensé d'une année de rock indé américain, avec une identité homogène et forte malgré la diversité des registres. Cela crève l'écran. Je peux ajouter les Crystal Antlers, qui n'ont pas vraiment confirmé sur la longueur le bien que je pensais du single Andrew mais en qui on peut quand même placer quelques espoirs, même si leur credo semble excessivement psychédélique. Bien que Kurt Vile ne soit pas forcément adepte de Nirvana (il est plutôt obsédé par Neil Young et Pavement), il entre lui aussi dans le lot de cet indie-rock à guitares massives, condensant d'ailleurs ses nombreux aspects (pop, rock, psyché et folk).
Bien sûr ces disques ne sont pas d'absolus chef d'œuvre mais leur absence systématique des tops de fin d'année a quelque chose de suspect quand on sait qu'ils ont dans l'ensemble reçu un accueil favorable. C'est tout le problème de la génération zapping: à peine un disque jaugé, l'internaute s'en va en chercher un autre, sans prendre la peine de réitérer son plaisir, même quand celui-ci a bel et bien eu lieu. Pire: les découvertes s'enchaînant et l'internaute averti se faisant toujours le scrupule de donner une deuxième chance aux chansons qui ne l'ont pas renversé dès la première écoute, on en arrive à cette aberration qu'un disque médiocre mais bizarre sera forcément plus écouté qu'un disque simple et attachant, puisque le temps passé pour pénétrer l'univers de l'un aura été plus long que pour se débarrasser du plaisir facile de l'autre. Le plaisir se trouve ainsi dévalué au profit d'une tentative vaine de dénicher la perle rare.

Néanmoins, deux disques dont on peut supposer que leurs fans les ont adoptés d'instinct se retrouvent en haut des tops cette année : Animal Collective et Grizzly Bear semblent en effet accommoder beaucoup de gens sincères. Aussi incompréhensible que cela paraisse aux détracteurs, il y a un public qui raffole de ce genre de choses, comme il raffole d'ailleurs des sympathiques mais pas incroyables Vampire Weekend. Evidemment, le tableau que ces trois groupes dressent de la musique indé américaine diffère assez largement du mien, même si des connexions peuvent à l'occasion se retrouver (Kurt Vile a beaucoup écouté Animal Collective qui a fait signer Ariel Pink, mentor de Girls, sur son label). Pour le moment, tel que je définis la musique indé, je suis - sur le plan médiatique - à coté de la plaque. De plus en plus on tend à confondre le mot indie avec Animal Collective. Sur deezer, par exemple, un usager sceptique et visiblement décontenancé écrivait "décidément, je ne comprends rien à la musique indie". Oui, normal. C'est Animal Collective, un élément d'une galaxie bigarrée. Jay Z lui-même n'a pas l'air plus au fait de l'actualité lorsqu'il dit que l'indie-rock réussit sa mutation: il pense de toute évidence à Vampire Weekend. Ce qui m'intéresse et ce qui a fait le suc de mon année musicale (en dehors du folk-rock et de quelques petits événements extérieurs) se joue du coté du shoe/shitgaze, du garage-rock et de Kurt Cobain. On aura la suite bientôt, c'est certain (car ils ne vont pas tous mourir cette année). Et là, on en reparlera avec plus de recul: feu de paille ou future explosion?

Discographie de l'année:

S/t - Pains of Being Pure At Heart
Childish Prodigy - Kurt Vile
Album - Girls
Watch Me Fall - Jay Reatard
Everything is Wrong - Vivian Girls











2008 mais 2009 en France : Alight of Night - Crystal Stilts

****

Dans les autres sous-genres, il est inutile de dire que l'année comprend de bons moments, j'aurais à cœur de citer au moins quelques anglais: God Help the Girl (le projet de Stuart Murdoch) mais également la relève de Belle & Sebastian, assurée par Camera Obscura et leur dernier disque My Maudlin Career que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter en entier. Noah and the Whale m'a bien plu aussi, mais de là à citer leur disque parmi les favoris de l'année, cela me semble limiter la pop à une petite oraison amoureuse timide, pas plus conséquente que le beau disque de Bill Callahan - je dirais même que cette curieuse année aura fait porter des œillères à la critique. Alors, toujours de l'autre coté de la manche, il y aurait sans doute beaucoup à dire si seulement j'avais beaucoup écouté. L'indie-rock, là-bas, se diversifie également, mais tout y sonne plus timide, sauf ces Arctic Monkeys que je trouve lourds, trop lourds (faute à la production ou à la faiblesse mélodique?), les Horrors, qui ont tapé un grand coup et Jamie T, qui semble vraiment avoir un truc. Mais ce n'est pas, on l'aura compris, ma tasse de thé. Je désespère parfois de mon manque d'éclectisme - remède à toutes les névroses - mais voilà, les sympathique Bombay Bicycle Club ne me feront pas pleurer de joie ni d'enthousiasme alors que j'oublie toutes les nécessités de la vie en entendant les trois minutes de Young Adult Friction, de Can't Get Over You, de There Is No Sun, de Morning Light ou de Monkey (à vous de relier ces chansons aux bons artistes). J'ai l'impression que je vais exploser rien qu'en pensant à ces chansons. Comment expliquer de telles choses? Les gens qui aiment Jim Jones Revue éprouvent-ils le même sentiment? S'ennuient-ils en écoutant Pains of Being Pure At Heart comme je m'ennuie ferme en entendant ce showman grand-guignolesque prendre sa gratte et gueuler devant son parterre de petits hussards? Les mystères de la vie, de l'altérité, des goûts...

lundi 21 décembre 2009

War On Drugs

Ces gars n'ont que 5809 amis sur myspace, 5810 avec moi, tout en étant inscrit depuis 2004. Un groupe français amateur peut s'en trouver 1000 de plus avec un peu d'huile de coudes et un bon relationnel. Qu'est-ce qu'il faut en conclure? Que les fans de rock sont moins nombreux par kilomètre carré; que les américains ont perdu leur connexion; ou que War On Drugs est mauvais? Loin de là! Ils comptent en leur sein l'un des singer-songwriters les plus talentueux de la nouvelle génération d'Amérique, le phénoménal Kurt Vile, sorte de Jay Reatard débutant et maintenant embarqué dans une carrière solo qu'on espère aussi prolifique que ses débuts (3 albums en 2 ans), mais surtout, ils ont composé au moins trois superbes morceaux pop-rock hallucinés: Arms like boulders, le plus folk, Taking the farm et ce Needle in your eye 16 que je vous propose en vidéo. En plus c'est bien présenté. Reste à écouter en entier l'album Wagonwheel Blues qui, parait-il, est plombé par deux longs instrumentaux. Eh, non, les gars! Avec un talent pareil, ne nous faîtes pas le coup d'abandonner la pop pour des jams sessions! Parce que Comets On Fire, ça peut impressionner un bon coup, mais ça finit toujours par devenir pénible...



WAGONWHEEL BLUES
War On Drugs
Secretly Canadian, 2008

lundi 26 octobre 2009

des chansons en or (5)


Il fallait bien que ça tombe sur eux tantôt. Après avoir posté mon billet sur Spacemen 3, ni une ni deux, je me suis plongé dans l'œuvre de Jason Pierce. On peut employer le mot "œuvre" car c'est, de toute évidence, le fruit d'un long travail de studio, d'une gestation obsessionnelle et interminable qui devait idéalement mener au Graal psychédélique. Nul doute que Spaceman soit aussi hypnotisé que son public par le matériau sonore qu'il a travaillé et retravaillé à l'extrême pendant toute sa carrière. Patiemment, il a tissé sa toile autour du même thème qui pourrait se résumer ainsi: "I want to take the pain away".
Sa musique y parvient à merveille. Plus conceptuelle que spontanée, elle tient dans un assemblage de sons et d'instruments, stratifiés au maximum pour rendre une impression puissante et compacte de densité. Anyway That You Want Me est à ce titre une pièce d'architecture, alambiquée et titanesque. Le refrain prend l'auditeur au dépourvu. On croyait écouter de la musique planante et on se retrouve au résultat avec un hymne pop comme les Stone Roses en faisaient à la même époque, pédale wah-wah à l'appui. Mais c'est la fin du morceau, dans la version album, qui estomaque définitivement le fan de musique psyché. Anyway That You Want Me se conclut en effet par une mosaïque sonore chatoyante, où l'oreille s'amuse à entendre danser tous les instruments. Le fiddle qui valse d'un côté, la pédale wah-wah qui pointe, comme une fouine, de l'autre. Cela dure deux minutes et c'est encore trop peu. Le doigt reste à mi-distance de la touche repeat, prêt à repasser les quelques secondes dont on n'a pas assez profité. Alors que des progressifs essayaient de mêler l'orchestre au rock, Jason Pierce a réussi à créer sa propre symphonie sans recours aux méthodes classiques, avec des moyens uniquement modernes. Certains diront que le Velvet Underground faisait plus ou moins la même chose lorsque John Cale délirait sur les fins de morceaux, comme European Son. Mais non, chez Jason Pierce tout est bien ordonné. On imagine plutôt un monstre du studio, un peu à l'image de Brian Wilson ou du leader de My Bloody Valentine. Un type qui a dosé chaque son, qui a assemblé lui-même un puzzle de 1500 pièces, sans rien laisser au hasard, mais tout en donnant l'impression que les instruments jouent pour eux même, en roue libre. Magistral!

ANYWAY THAT YOU WANT ME, 1990
Spiritualized, in Complete Works vol.1, 2003

samedi 10 octobre 2009

C'était donc vrai?


Aujourd'hui, j'ai vu une chose que je n'avais encore jamais vue. Dans les rayons d'un grand magasin multimédia, je suis tombé nez à nez avec un disque de Spacemen 3. Improbable...

ça existe donc vraiment? Ce n'était pas une légende? Mazette! J'aurais peut-être dû sauter sur l'occasion. Mais j'étais trop impressionné pour l'acheter comme un vulgaire objet de consommation. Un choix pareil, ça se médite.
Le hasard veut aussi que je parte en Angleterre la semaine prochaine. Puisque j'en ai trouvé un exemplaire en France, n'ai-je pas une petite chance d'en dénicher un dans son pays d'origine?

Spacemen 3 est un groupe culte. Vraiment culte, c'est-à-dire méconnu et jamais classé dans les rayonnages. Mais Jason "Spaceman" Pierce, après s'en être échappé, a fondé Spiritualized, dans le même genre d'ailleurs, mais plus éclaté, plus éclectique, qui a trouvé une plus large audience. Souvenez-vous, Ladies and Gentlemen we are floating in space, 1997, meilleur album de l'année selon le magazine Q (devant Ok Computer!) et petit succès public. C'était lui, c'était Spacemen 3 rénové, avec un mix de blues, de gospel, de musique planante, de rock noise, etc. Depuis, ce n'est plus tellement ça. Le dernier album, sorti l'an passé, n'a pas fait couler beaucoup d'encre. Mais dans le même temps, on nous parle toujours d'un revival noise (qui leur doit peut-être à eux aussi, et pas seulement à My Bloody Valentine, non?) et par ailleurs la musique psyché est très tenace aux USA (Black Angels, Mgmt) Donc, pas de raison de bouder Spacemen 3. Si les compteurs sont bons, c'est même le moment idéal pour exhiber cette légende underground.

L'album que j'ai eu entre les mains (the perfect prescription) pendant quelques minutes ressemblaient à une réédition (la pochette en carton ne ment pas). On va donc avoir, peut-être, plein de petits nouveaux dans la discothèque d'ici peu de temps. Wait and see...




Pour ceux qui ne connaissent pas, ce n'est pas Jason Pierce qui chante sur ce morceau mais, selon toute vraissemblance, Sonic Boom, le deuxième membre à s'être affublé d'un drôle de pseudo.

samedi 3 octobre 2009

Le vilain pas beau!



Parmi les questions que tout critique se pose un jour dans sa vie, il y a celle-ci, cruciale : pourquoi les Strokes, les Libertines, les White Stripes et pas le Brian Jonestown Massacre? En terme d'influence pourtant il n'y a pas de différence. Anton Newcombe est le mentor de toute une génération de groupes psyché: des Warlocks aux Black Angels, en passant par les Raveonettes, on ne compte plus ceux qu'il a inspirés. Alors, quelle est la cause de sa discrétion dans les médias? Pourquoi la galaxie Libertines n'a-t-elle jamais croisé la galaxie BJM? Pourquoi Peter Doherty d'un côté et Anton Newcombe de l'autre, sans réciprocité? Pourquoi la jeunesse retiendra-t-elle de ses beaux jours What Katie Did et pas Open Heart Surgery?




- On peut avancer plusieurs hypothèses. La première concerne directement les médias: il est de notoriété publique qu'Anton Newcombe n'est pas une personnalité facile. Selon le monde entier, sauf le principal intéressé et ceux qui ne le connaissent ni de vue ni d'ouï dire, ce personnage erratique est devenue une véritable épave droguée et alcoolique, mégalomane notoire doublé d'un paranoïaque agressif, insultant copieusement le moindre chien habillé pour finalement lui adresser des signes d'amitié qui sont presque plus flippant qu'une menace ouverte. L'interviewer suppose donc d'être sur le qui-vive. Du coup, il est médiatiquement flingué.



- L'autre hypothèse, hélas vérifiable, tient à l'inégalité de ses disques. La discographie est abondante mais il vaut mieux se contenter du best-of sorti en 2005 (même si certains grands morceaux n'y figurent pas). Dans ses moments les plus psyché, Anton Newcombe est capable de sortir le grand jeu hippie avec sitar et progressions vaguement hindoues. On comprend mieux la désaffection chez ceux qui n'ont pas écouté les bons morceaux. Néanmoins, il y a tant de choses renversantes dans sa discographie qu'on ne peut pas honnêtement passer à côté de tout.




En vérité, la raison de sa faible popularité vient de sa personnalité elle-même. On ne saura jamais dans quelle mesure le film dig! y est pour quelque chose (même s'il est certain que l'image de Courtney Taylor des Dandy Warhols en a pâti) mais le résultat est là: Anton Newcombe a l'image du sale type. Or, ce n'est pas sexy.


Dans le même ordre d'idée, pourquoi Frank Black ne provoque-t-il pas de crise d'hystérie chez les fans d'Adam Green? Pourquoi Sonic Youth et l'indie-rock US "chemise à carreau" ennuient-t-il les amoureuses de Razorlight? Pourquoi les Cave Singers vont-ils se ramasser? Parce que Frank Black est gros et chauve. Parce que le hardcore n'est pas sensuel. Et le folk est un truc de barbus. Ce n'est plus le conflit entre la jeunesse et la vieillesse qui fait la différence (la popularité des dinosaures punk montre bien que c'est faux), c'est l'érotisme, c'est la séduction.
Regardez les Strokes, les Libertines, Adam Green... Ils sont jeunes, sexys, ont l'air cool et chantent pour plaire aux filles et montrer aux garçons qu'ils ont la classe. D'ailleurs, leurs plus grands fans sont de l'autre sexe, complètement hystériques et qui pire est souvent insupportables (mademoiselle, qui que tu sois, tu es sans doute hors du lot). Ainsi, selon toute vraisemblance, la séduction constituerait le pivot de l'éthique rock'n'roll, cette idéologie stupide qui glorifie la jeunesse, la coolitude, la défonce, la fête et les plaisirs libidineux.


Mais un peu d'individualisme y est bien vu aussi, du moins sous sa forme aristocratique: un bon groupe possède un ou deux chanteurs dotés d'un charisme puissant, attirés par les feux de la rampe comme le papillon par le néon, des grandes gueules dont l'aura se répercute très loin. Anton Newcombe n'est pas loin du compte. Question grande gueule, le type se pose un peu là. Mais il a succombé à l'excès, comme Courtney Taylor, sans toutefois atteindre le même succès: l'un comme l'autre ont forcé le naturel au lieu de se fier à leur aura personnelle. Ils ont viré mégalomanes. Or, le mégalomane est universellement détesté lorsqu'il joue à découvert. La force du séducteur c'est de se faire aimer et non pas de se déclarer supérieur (même si de fait, Anton Newcombe n'est pas orgueilleux sans raison). En rock, la prétention est abhorrée, tandis que l'arrogance morveuse, type écolier rebelle (plus sexy, une fois de plus), entraîne immédiatement l'adhésion et la sympathie (sic). Ainsi, Anton Newcombe n'a jamais soigné son image. Par exemple, il a systématiquement viré ses musiciens (à l'exception d'un fidèle je crois), de sorte que le BJM n'est pas un groupe, mais un collectif à géométrie variable, ce qui empêche de se familiariser avec une petite bande (comme les Beatles) et entretient une image asociale peu ragoutante pour le fan de rock (qui, en général, révère l'amitié). Evidemment des types comme les Gallagher, Lou Reed ou Doherty ne sont pas non plus des modèles d'amitié. Mais ils ont d'autres atouts pour sauver leur image. Et les Arctic Monkeys, eux, plaisent parce qu'ils donnent l'apparence d'une bonne bande de potes.


Mais avec tout cela on ne parle pas musique, me direz-vous. Bin non. C'est du rock. Comme le disait Daniel Darc, si vous voulez de la musique, écoutez Coltrane; le rock c'est l'attitude qu'on a quand on sort dans la rue. C'est un état d'esprit nous martèle rock'n'folk. Et c'est vrai. Une image, en fait.
De ce point de vue, Newcombe a tout faux. Mais pour les quelques uns qui sont sortis du lycée, pour les martiens qui, comme moi, n'écoutent que la voix et la guitare, alors n'hésitez plus: Tepid Peppermint in Wonderland (la rétrospective) est un des objets les plus sidérants du monde moderne. Au diable le rock, le sexe et la drogue dans laquelle Newcombe a fourré son nez, faîtes juste tourner le disque!

vendredi 2 octobre 2009

Deerhoof ou Deerhunter?



Qui a dit que les Beatles étaient universels? En Irak, les GI passaient les fab four pour faire craquer les talibans. Je cite ce fait de mémoire, sans certifier sa provenance. Mais les exemples de toute façon abondent aussi dans nos contrées. Certes, il faut quand même être bien difficile pour trouver insupportables les plus consensuels des artisans de la pop. On ne trouve pas de groupe dans l'histoire du genre qui fédèrent autant de personnes différentes, dans leurs goûts comme dans leurs mœurs. Mais la chose arrive et elle remet en cause les convictions même les plus inébranlables. Cette introduction n'a pas d'autre but, en effet, que d'amener le lecteur à relativiser ce qu'il pense être du domaine de l'Universel (avec un grand U). Quiconque analyse la chose remarque que l'universel est une forme civilisé du narcissisme de groupe: il est l'apanage d'une communauté qui célèbre ses propres valeurs (justifiées par leur caractère très répandu et réciproque). Ceci étant posé, il s'agit également d'une arme rhétorique visant à marginaliser la différence et donc à exclure - au lieu que les naïfs, comme moi, voudraient TOUT inclure.
C'est en tout cas ce que doivent se dire les fans malheureux d'Animal Collective, des Fiery Furnaces et de Deerhoof, trois groupes marginaux peu susceptibles d'accéder à une plus large audience, ni aujourd'hui et encore moins demain, quand (c'est prévisible) le nombre de fans se réduira à une peau de chagrin. Car si ces hommes engendrent comme tout le monde, leurs enfants, eux, n'ont qu'une chance sur un milliard, et encore, d'être atteint par l'hérédité musicale de leurs géniteurs. S'il y a des chromosomes Beatles, ils sont sans doute plus nombreux que les chromosomes Deerhoof (car dans la nature comme dans la société les médias dirigent tout - enfin, c'est ce dont il faut se persuader).
Qu'on en dise cependant tout le mal qu'on voudra, c'est à la gloire de la musique populaire de se soucier moins de la bouteille que de l'ivresse. La nature et la société distribuent les goûts selon des lois sans doute analysables point par point, mais je doute que cela mène à de grands changements. Dans les cas où un peu de snobisme teinte les goûts d'une personne sous influence, on peut toujours l'amener à plus de confiance en soi. Dans les cas, fréquents, où le manque de culture empêche de connaître le meilleur, on peut remédier au problème. Après, si un gars préfère en toute connaissance de cause Chantal Goya au Velvet Underground, qu'est-ce que cela peut faire? Ainsi, laissons tranquilles les zélateurs de Deerhoof, ce sont souvent des gens très cultivés et je ne les soupçonne pas de snobisme (soupçon dont je me fais un scrupule, pour ce qu'il suppose de mécréance et d'incapacité à reconnaître l'altérité). Ils fonctionnent sans doute selon un schéma mental qui m'échappe. On peut tout de même avancer l'hypothèse qu'un fan de Deerhoof se soucie peu ou prou d'émotions et aborde la musique selon un angle plutôt cérébral, résolument non sentimental. N'importe! Brisons-là, il s'agit en fait de parler d'un autre groupe, aussi peu universel, presque aussi barré et très marginal en France: Deerhunter, les chasseurs de cerf. Avec un nom pareil, inutile d'indiquer la provenance. Les USA sont spécialistes des noms d'animaux. Mais Deerhunter n'est pas un groupe de folk-rock. C'est un groupe urbain, dans la lignée de Spacemen 3, Sonic Youth et de l'indie-rock des nineties. Plus isolés que les Warlocks ou les Raveonettes, moins accrocheurs aussi, Deerhunter a frôlé la considération publique l'an passé, du fait de la reprise de Fluorescent Grey par Jay Reatard. Pas de connexions bien profondes entres le leader du groupe sonique et la nouvelle grande gueule de la power pop pour autant. Deerhunter reste un truc underground et audible trois ou quatre fois par semaines aux bas mots. Mais lorsque les conditions s'y prêtent, l'effet peut laisser pantois. Bien sûr, ce n'est pas fulgurant comme l'était Sonic Youth, et puis il n'y a pas le statut d'icône underground pour fasciner le public, mais les guitares de Never Stops, le refrain d'Agoraphobia, le mur du son sur Twilight at Carbon Lake, ou encore la petite valse de Slow Swords parviennent à envoûter l'auditeur accessible à la musique noise autant qu'aux climats planants et hypnotiques. Ce psychédélisme rafraichi peut évoquer tout ce qui s'est fait de mieux dans les vingt dernières années, de Galaxie 500 aux Warlocks, mais avec un supplément de folie. Leur dernier album est un double, difficile à assimiler en une fois donc. A vrai dire, on écoute ce genre de choses bribes par bribes. Mais le format convient peut-être à leur côté prolixe et fourre-tout, à cette volonté manifeste d'exploiter toutes les idées. Quand on les cueille au meilleur d'eux-mêmes, c'est peut-être un des meilleurs groupes en activité. Pour le reste, il y a des longueurs.

MICROCASTLE/WEIRD ERA CONTINUED
Deerhunter
2008, Kranky/4AD

jeudi 1 octobre 2009

Raveonettes


Une petite brève pour informer le lecteur que le nouvel album des Raveonettes est en écoute sur leur myspace. Et la bonne nouvelle c'est qu'il est très bon - je craignais un peu que la réverbération devienne envahissante mais ils ont réussi à dynamiser leur style et à renchérir sur les mélodies. beau travail donc.

mercredi 3 juin 2009

Incendie en Californie

Voici un morceau du feu de Dieu. Rien entendu de tel depuis Dogwood rust, le titre d'ouverture d'Avatar, l'album des Comets on Fire avec des nuages d'orage (ou de fumée peut-être) au dessus des pins. Superbe pochette d'ailleurs, qui disait bien la furia du groupe, l'état de délabrement et en même temps de concentration qui se dégageait de leur musique épique et ravageuse. Les Crystal Antlers rappellent - même s'ils s'en défient - ce type d'expérience sonore, cet impression de lave en fusion, d'éclatement et de drame. Ils sont jeunes, mais ils ont sans doute bien connu la musique des années 90, car on retrouve dans ce brûlot la grandiloquence bruyante (bruitiste même) et la gravité de l'indie-rock américain des nineties (j'entends la rage de Nirvana par moments). Mais non, contrairement à ce qu'ils pensent, ils n'ont pas grand chose à voir avec la musique punk (lire l'article dans la magazine Eldorado), car il ne suffit pas d'être agressif et sans fioritures pour faire punk. La réalité du punk est surtout sociale, la musique est crue et directe parce qu'il n'y a pas souvent de réverbération (l'impression de profondeur du son) et par là même, pour glisser sur le sol pentu de la métaphysique, aucune ouverture n'est laissée à la possibilité d'un arrière-monde. Le punk c'est un monde qui non seulement est débarrassé de Dieu mais qui, de surcroît, s'en contrefout. C'est tout, tout de suite, et surtout, on ne l'a pas assez dit, ICI. Une expérience de proximité, voire de promiscuité. Les pieds arrimés au sol, les yeux dans les yeux, et pas au ciel ni tournés vers son monde intérieur. Les Crystal Antlers sont différents; volontairement ou pas, ils laissent une distance entre la vie de tous les jours et leur musique. C'est violent mais ça porte au rêve, c'est agressif mais parfois lyrique, voire légèrement planant. Le son est confus, pas de contours nets, la voix est un hurlement qui vient de loin. Il y a quelque chose d'irréel. C'est peut-être pour ça qu'au lieu d'être catalogués punk, ils sont souvent, malgré eux, étiquetés psychédélique. Je leur laisse le choix, mais ce qui est sûr, c'est que leur morceau Andrew tape un grand coup.



TENTACLES
Crystal Antlers,
Touch & Go, 2009

lundi 18 mai 2009

Disque du mois


Si on lui ajoutait une paire de cornes, Stephen McBean ressemblerait vraiment à un bouc. Pour le moment on dirait juste Michel Houellebecq en peignoir de bain avec une pilosité surabondante. Ces remarques n'ont pas pour but d'alimenter un délit de sale gueule mais de situer un peu Pink Mountaintops dans l'espace-temps du rock. A la croisée entre dépression nerveuse et rock progressif seventies donc. Avec tout ce que cela comporte d'un peu douteux: l'ésotérisme bidon de Black Mountain, le coté moine zen hérité d'une vulgarisation éhontée du bouddhisme, lui-même affligeant pour un esprit occidental, et des voix molles, désabusées et narcotiques. Sauf que, sur ce dernier point, il y a litige. Ce qu'on a pu reprocher à toutes les formations psychédéliques modernes tient généralement à cet aspect fatigué (ou drogué) des voix, et c'est précisément ce qui, chez les fans, rend le genre aussi fascinant. Pink Mountaintops va plus loin dans ce sens qu'aucune autre formation (Dandy Warhols ou BJM en tête) car Stephen McBean y laisse enfin affleurer ce qui faisait, en toute discrétion et avec beaucoup de retenue, l'essence de la musique psyché contemporaine: le coté planant et rêveur, renouant alors sans discourir avec Mazzy Star ou Galaxie 500. Et c'est une réussite ample et profonde, sans discrédits. Le beau nom du groupe (les sommets roses des montagnes) est parfaitement illustré par des morceaux comme Execution, Vampire, And I thank you ou l'ultime Closer to Heaven qui n'est pas sans rappeler Spiritualized. Car loin d'être aussi austère que beaucoup de ses pairs, Stephen McBean semble apprécier les accompagnements riches et voluptueux façon Jason Pierce, devenu un modèle, semble-t-il, pour toute cette scène psyché incroyablement vivante et jeune. Si on repense aux antiquités du genre, Spacemen 3, Jesus and Mary Chain ou My Bloody Valentine, on constate que du chemin a été parcouru pour arriver à ces alliages modernes entre le bruit des guitares fuzz et les atmosphères rêveuses développées tout au long de ce disque. On repense parfois à ces mélanges de distorsion et de gospel qu'on trouvait sur Ladies and Gentlemen we're floating in space. Bien entendu, ces références encombrantes ne font que biaiser l'écoute de ceux qui ont grandi dans les nineties. Bienheureux ceux qui découvrent aujourd'hui, à 16 ans, âge du romantisme adolescent et de la mélancolie complaisante, ce genre de disques profondément consolateur. Et il ne faut pas rire bêtement, c'est naïf, mais toujours saisissant. Du coup, on en oublie le semi ratage de Black Mountain.

OUTSIDE LOVE
Pink Mountaintops
Jagjaguwar, 2009

mardi 12 mai 2009

Lourd


Disque de l'année précédente pour tous ceux qui ne se cachent pas la tête sous l'oreiller lorsqu'ils entendent des mauvais riffs de heavy-metal, ce second album des Black Mountain est décidément un poids lourd. Lourdingue même. Morceaux à rallonges, guitares graisseuses, hurleuse de mauvais goût, le tout empaqueté à la mode progressive, pochette à l'avenant. Esotérisme bidon, évidemment, juste pour l'ambiance, pour dire de faire comme dans les seventies. C'est que la chose en devient attendrissante à force d'être stéréotypée.
Deux morceaux de ce salmigondis se distinguent, à la fois par leur concision et leur réussite éclair. Angels et Stay Free, largement au-dessus de la mêlée - indistincte -, s'affirment par la netteté de leurs contours pop (pour le premier) et folk (pour le second). Angels est une sorte de ballade planante très bien chantée, libératrice, émotive, un truc à prendre au premier degré, à fleur de peau, un rien galvanisant. C'est ce genre de chanson hyper stylée, à la limite de l'hymne, qu'on écoute vingt fois de suite. Le premier disque du groupe avait lui aussi son moment fort, dans le même genre: Set us free, qui finissait en apothéose avec ses murs de guitare pulsionnels. Angels est moins impressionnant mais tout aussi bon. Stay free est une chanson moins marquante, mais plaintive comme on l'aime. Un peu Galaxie 500 en moins aqueux. Avec ces réussites, carrées et efficaces, notre album a belle allure. Qu'est-ce qui a pris à Stephen McBean? Un coup de sang? Peut-être a-t-il voulu asséner une grande volée dans la fourmilière. C'était, en un sens, bien senti. Après des années de rock à dominance brit-punk, on a cru respirer, pouvoir revenir à quelque chose de plus conforme à nos aspirations. On rêvait, il est vrai, d'un mastodonte à la mode seventies, c'est-à-dire, non pas un album rétro, mais un album concept, qui réhabilite par le même effet la notion d'album. Pour le coup, on n'y est pas encore! Deux morceaux dans l'i-pod, et pour le reste, on écoute à dose homéopathique, quand, dans un moment d'exubérance semblable à celui qui a tourné la tête à McBean, on se prend à rêver de musique spatiale. En attendant le futur Warlocks, et pour digérer un peu ce In the Future bizarre et compact comme un marbre, on peut écouter Pink Mountaintops, side-project de McBean, plus convaincant et surtout splendidement nommé. Pour ceux qui apprécient ce genre de démesure conceptuelle, il existe aussi, dans un registre plus dansant et limite disco, Mgmt, toujours champion de la pochette la plus space, mais maintenant égalé par Bat For Lashes.

IN THE FUTURE
Black Mountains
Jagjaguwar, 2008

dimanche 5 avril 2009

Les dieux Râ de la musique rock


Avant, les Black Angels c'était Joy Division au pays des cactus. Une route poussiéreuse et chaude au soleil, dont on ne savait dire où elle menait, perdue dans un désert sec et aride où traînent des bêtes efflanquées. Genre vallée de la mort. On voyait l'ombre de Jim Morrison rôder quelque part dans ces nids à serpents et les guitares empruntaient au stoner rock leur puissance primaire et leur épaisseur. C'était écrasant mais bon. Pas plus raffiné qu'un moteur à bécane mais très efficace. Voilà que maintenant, le premier pas fait, les Black Angels reviennent avec des morceaux un peu plus longs et moins simples dans leur structure - comprendre: l'effet n'est plus si immédiat. Quasiment pas une chanson mémorable, en effet. On se trouve d'un coup propulsé sur les rails du Quicksilver Messenger Service et cela sonne plus hippie, plus bruitiste aussi. Alors que la musique était auparavant basée sur des rythmes mid-tempo, elle semble désormais faite uniquement de larsens. Serait-ce du n'importe quoi? des jams? On avale ça un peu circonspect, d'autant que la voix est poussive, et la réverbération la rend de plus en plus lointaine. Qu'est-ce qui fait alors qu'on aime quand même cette chose informe? Simplement parce que les Black Angels sont actuellement les seuls à asséner cette puissance lente, rampante et compressive. L'ouverture de l'album à ce titre est très impressionnante; elle répond tout à fait à des attentes secrètes de l'auditeur, qui n'osait plus demander ce genre de choses mais les voulait pourtant. L'impression de malaise qui s'en dégage reste mêlée à la poussière du Texas, à l'électricité des 13th Floor Elevators (on entend une jarre électrique sur l'un des titres, sans doute en hommage - car Rocky Erickson est devenu en quelque sorte le parrain de cette scène musicale néo-psychédélique). Les Black Angels, c'est un soleil malsain, brûlant, un dieu Râ de la musique rock. Dans quelques années on en sera lassé, notamment à cause des effets et du coté théâtral, mais pour le moment, ils remplissent la fonction originelle de ce genre de musique: taper un grand coup et enfoncer le clou.

DIRECTIONS TO SEE A GHOST
The Black Angels
Light in the Attic, 2008