La chanson de la semaine

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mercredi 22 décembre 2010

2010, en un clin d'oeil


Vous avez vu, lu, et peut-être approuvé le top des blogueurs 2010. Un classement dont la réalisation a été un plaisir, puisqu'elle a permis de satisfaire un de ces vices inoffensifs - plutôt devrais-je dire une fantaisie - qui frappe unanimement les blogueurs: le goût des listes, des notations et des comparaisons. Pour autant, il n'y a sur mon blog aucun barème, aucune note, rien qui permette de poser une échelle de valeurs. Ici règne la confusion. Voici donc la rétrospective de l'année, en vrac, sans classement. Avec néanmoins deux héros.

L'hiver de Beach House
Je n'ai, au sujet de l'année écoulée, qu'une seule opinion claire: c'est que Teen Dream en reste mon sommet personnel. L'enchantement est identique une dizaine de mois après. Il faut dire que j'ai bénéficié de conditions d'écoute exceptionnelles et optimales. A qui voulait bien l'entendre, j'expliquais qu'à l'époque où sortait le disque était (re)diffusée la saga de La Guerre des étoiles. Comprenne qui pourra: alors que ses détracteurs n'entendent autre chose qu'un long et vague ennui, j'ai perçu dans Teen Dream comme une épopée miniature, une épopée de chambre, certes, mais une épopée quand même, avec sa verve intarissable, son sens des grandeurs, son emphase, son accomplissement héroïque et galvanisant. Une musique de Jedi. Rien de comparable à l'album précédent, Devotion, lui-même excellent, mais plus fantaisiste, plus capricieux. Teen Dream, à la longue, révèle un certain classicisme, c'est une couche de neige froide, mais comme dans le conte de Grimm, l'enfant frigorifié y trouve un petit coffret et dans ce coffret une clé en or. Maintenant, attendons qu'il la porte à la serrure et nous verrons ce qui sortira de la boîte... Pour moi, c'est tout vu: un trésor!

Les rigolos de Mgmt

L'année commençait donc bien. Il n'y avait guère que Beach House, mais c'était énorme. Peu de temps après, c'était au tour de Mgmt. L'affaire était pourtant mal engagée: le duo, déjà vilipendé pour sa disco clinquante de 2008, fut cette fois cloué au pilori. Avec une suite rococo vite jugée décadente par les puristes du rock, Mgmt devint la bête à abattre, l'incarnation de tout ce que la pop, en 2010, pouvait avoir d'irritant pour un partisan de la ligne dure. Dans la lignée des Klaxons et de leur breloques fluorescentes, le duo de Brooklyn mélangeait tous les styles sans se soucier aucunement du bon goût ni même de la clarté de ses intentions. Tout un chacun d'être embrouillé et, sans réfléchir, de crier haro sur le baudet. Force est de constater, quelques mois plus tard, que le disque de Mgmt n'était pas si brouillon qu'on a bien voulu le dire. Baroque, excessif, libre - oui! Mais sans queue ni tête, non. Avec le temps il ne révèle qu'une faille: il est trop court. Les ficelles mises à nues, le disque est digéré. Mais pour en arriver là, il aura fallu l'écouter des dizaines de fois. Ce qui justifie une telle insistance c'est qu'on l'a absous, aimé puis adoré. La chanson éponyme de l'album (Congratulations) n'y est pas pour rien...


Les meilleurs clips

Forever and ever amen, the Drums
Avant qu'on me jette aux oubliettes, je tiens à préciser, pour les avoir vus sur scène, que les Drums c'est avant tout une esthétique, une mode - et bientôt, quand Slimane l'aura déclaré, la mode.
En live, c'est (jusqu'à présent) inaudible et le chant n'est pas en rythme. Il faut dire que Jonathan Pierce est très occupé à danser et qu'on ne peut pas tout faire en même temps. L'hystérie collective s'explique donc plutôt par le visuel et l'art de bouger, qui est un art de vivre, que par la musique. Quiconque veut associer l'image au son doit regarder les clips. C'est là que brille le groupe dans toute sa splendeur. Cette vidéo, je la trouve excellente, pour les couleurs, les vêtements, la danse (d'automates), les images qu'on dirait capturées à Manchester dans les années 80-90 et pour la lumière (notamment sur les toits). Il y a un langage fort, concentré, précis, vif - et néanmoins une incurable nostalgie. Mais je vais vous surprendre, peut-être, en vous disant que la musique me plait également. Les Drums, ne vous déplaise, ont sorti l'un des meilleurs disques de l'année.


Tighten Up, the Black Keys
On l'a sans doute tous regardée, quoiqu'on pense des Black Keys et notamment de leur dernier album, ce Brothers dont le titre à lui seul plagie le langage de la soul. Les Black Keys sont sortis du bourbier dans lequel ils s'enlisaient. Il y a quatre ans de cela, ils abusaient des larsens, leur son était écrasant et disgracieux. Aujourd'hui, après un détour par le rap et son flow ininterrompu, les Black Keys ont gagné en fluidité; leurs rythmes balancent plus. C'est parce qu'ils ont appris de la musique black. Ce n'est pas encore du blues, ni de la soul, mais ces écoliers laborieux qui copiaient sagement les classiques, à force de vouloir être cool, finissent par le devenir. Ils crânent, mais c'est bon enfant.

La meilleure prise de live

L'an prochain sortira le nouvel album des Smith Westerns qui, s'il est à l'image de cette chanson, sera dantesque. En attendant, cette vidéo, capturée au festival de Pitchfork cet été, est un moment de classe inédit, qui réussit le tour de force de faire croire à l'existence d'une génération secrète, clandestine et sidérante de fraîcheur, de nouveauté.


Chansons Soul/R'n'b

Without a heart, Sharon Jones and the Dap-Kings
La publication, cette année, de l'Odyssée de la soul, réplique r'n'b de l'Odyssée du rock parue en 2008, est un signe des temps. Ce genre de livre n'arrive jamais par hasard, ni à contre-courant. Il consacre en fait le retour de la musique black comme nouvelle tendance dominante. Même s'il faudra quelques années pour que l'ébullition devienne phénomène et que le phénomène devienne, à son tour, moment historique, il est d'ores et déjà certain que la population noire connaîtra son revival, comme les blancs ont vécu le leur en 2001. La preuve, s'il en faut une, c'est le succès critique que connaissent Kanye West ou Janelle Monae auprès des webzines et des médias jusqu'alors spécialisés dans le rock indé. Sharon Jones, quant à elle, à rebours de ces démarches modernistes, a ressuscité la soul à l'ancienne, de l'old-school sans concessions qui trouve, en 2010, un public plus large qu'auparavant. Et doucement, les fans de musique indé finissent par s'y mettre...*


I need a dollar, Aloe Blacc
Encore de l'old-school. Un classique instantané, comme il y en a à peine cinq par an. A noter que sur l'album, on trouve une reprise du Velvet Underground - Femme fatale. La musique soul, à son tour, s'inspirerait-elle du rock comme le rock s'est inspiré du r'n'b?

A l'écart des projecteurs

Comin' Through, The War On Drugs
Kurt Vile, le retour. Que ce type me fascine, c'est peu dire. Mais il me désole aussi. Son ep est catastrophique - ou presque - et le single qui a suivi ne vaut pas grand chose non plus. Mon échelle de comparaison se base en tout cas sur Freeway, ce qui place bien sûr la barre très haut. Mais j'espère qu'il attendra à nouveau ces sommets en solo. S'il ne le fait, son copain Adam s'en occupera: à deux, pour le groupe the War On Drugs, ils déroulent des tapis de merveilles. 


Good To Be, Magic Kids
Avec un patrimoine aussi léger que les Beach Boys (qui sont surestimés, non?) et une ambiance festive nourrie aux violons, les Magic Kids de Memphis ont virtuellement l'un des défauts majeurs de la musique indé: l'infantilisme gaga et la niaiserie volontaire. Mais bon, quand on voit le niveau de songwriting, on s'écrase. En plus, en cette période de Noël, Hey Boy sera idéale pour les soirées en famille. Cela remplacera les sempiternelles chorales et les brass-bands. Un jour, peut-être, on expliquera pourquoi cet album n'a pas eu à sa sortie l'impact mérité.

Summer Holiday, Wild Nothing
Cela aurait pu être un nouveau single de Pains of Being Pure At Heart. On y trouve la même atmosphère diffuse qui touche les enfants des années 90.


folk-rock

Twenty Miles, Deer Tick
Un crève-cœur par un canard.


It's a shame, it's a pity, the Moondoggies
Observez le succès d'un groupe et vous connaîtrez les fantasmes de la foule. Les Moondoggies, confidentiels et bornés à l'anonymat, n'en suscitent visiblement aucun. Il est parfois désespérant de constater qu'on ne partage pas tous les mêmes rêves. Il leur manque sans doute le sex-appeal, la clé de voûte de la musique moderne.


Garage-rock


More or Less, the Soft Pack
Le garage-rock US (forcément US) est en forme. Depuis deux ans, il est même à son meilleur. D'ici peu on pourra éditer un nouveau coffret de Nuggets. Comme avant, le style peine à accoucher d'un grand album; on se contente donc de quelques chansons, à droite, à gauche. Mais c'est comme ça, c'est inscrit dans le code génétique du genre: l'inaptitude à sortir un chef-d'œuvre ne date pas d'hier. En compensation, des dizaines de groupes offrent annuellement des petites pépites. Les Soft Pack ont déjà donné avec Extinction, mais More or Less n'est pas mal non plus. L'album est un peu fade, mais ils sont tellement sympathiques que je l'écoute quand même.

I'm a thief, The Fresh & Onlys
Réplique exacte de l'album des Mantles et cousin proche des Crystal Stilts, Play It Strange est encore un bon disque de garage-rock. Les Fresh & Onlys pondent des morceaux comme les poules: c'est régulier. Ils ont toujours un bon petit lot à écouler. Je suis preneur.



Be Brave, the Strange Boys
Grosse déception, les Strange Boys, avec leur mauvaise country nasillarde, sont loin, très loin d'être à la hauteur de leur réputation. D'ailleurs l'album a fait un flop. Mais Be Brave, le single qui l'annonçait, reste très bon.



World

Surprise Hotel, Fool's Gold
Drôle de truc, ce Fool's Gold. L'album n'est pas extraordinaire - pas vraiment meilleur que Vampire Weekend - mais il est porté par un hit estival qui a répandu la bonne humeur.


Le reste

D'autres chansons ont déposé leur message sur le rebord de la fenêtre. J'en ai oublié, sans doute. Hoola, d'Archie Bronson Outfit, a rythmé le mois de février. Mais la charge héroïque de leur album m'a trop abruti. When I'm with you, de Best Coast laissait présager un été radieux; le disque est si décevant que j'en ai oublié le single mirifique qui l'annonçait. What's in it for d'Avi Buffalo est le meilleur Mgmt de rechange. Mais puisqu'on a l'original... Enfin, il y a le nouvel ep de Girls, les meilleurs san franciscains. Je n'ai pas eu le loisir de beaucoup l'écouter. Dans l'ensemble, il m'a manqué du temps, cette année, pour entrer dans les détails. Tant mieux, peut-être: au lieu de survoler des dizaines de disques, j'ai savouré pleinement une poignée d'entre eux.



* Reste que la façon dont revival rock et revival soul se sont logiquement succédés dans les médias laisse planer un doute: n'était-ce pas programmé à l'avance (d'autant que Sharon Jones, par exemple, n'est pas un perdreau de l'année)? Mais on sait, de toute façon, que l'opinion publique dépend en grande partie de ceux qui la créent.

lundi 13 décembre 2010

Top des Blogueurs 2010

Le Top Blogueurs 2010 : La sélection des meilleurs albums de l’année

15 en 2008, 37 en 2009, nous sommes cette année 60 blogueurs musiques francophones à vous présenter au travers d'un classement commun les 20 albums qui nous auront collectivement le plus marqué en 2010. En espérant en toute humilité vous permettre de redécouvrir certains disques ou mieux d'en découvrir de nouveaux...

The Radio Dept - Clinging To A SchemeThe Radio Dept - Clinging To A Scheme

Branche Ton Sonotone : Les suédois de The Radio Dept. creusent le sillon d'une pop douce et fantomatique avec un acharnement de surdoués. Leur dernier opus a la couleur d'un coucher de soleil sur un lac scandinave : mélodies diaphanes, tourbillons distordus et rythmiques hypnotiques sont au rendez-vous d'un album qui a un goût d'insaisissable. Un charme nordique, à la fois enjoué et nostalgique, distant et incroyablement émouvant. A lire la critique du Golb et de Branche Ton Sonotone
En écoute sur Spotify

Syd Matters - BrotheroceanSyd Matters - Brotherocean

La musique à Papa : Mon histoire avec Syd Matters ? Cela me rappelle ces filles que l'on rencontre comme ça au hasard d'une soirée et auxquelles on n'attache d'abord pas vraiment d'importance. Pas qu'elles soient moches, loin de là, mais on les trouve un peu ...chiantes, manquant de fantaisie. Et puis, un jour, c'est la révélation. On ne comprend pas vraiment pourquoi : est-ce nous qui avons changé ou est-ce elles ? En tout cas, "Brotherocean" a résonné comme une évidence. Comme s'il n'y avait rien eu avant. Et tant pis, s'il n'y a rien après... "A moment in time ", comme disent les anglais. A lire la critique de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes et de So Why One More Music Blog
En écoute sur Deezer

Deerhunter - Halcyon DigestDeerhunter - Halcyon Digest

Esprits Critiques : Réussir un mélange est une chose compliquée. Si vous mélangez des couleurs dans un verre, il y a des chances que vous obteniez un cocktail maronnasse peu appétissant. La musique de Deerhunter, ça pourrait être ça. En mêlant de la noirceur, du son brut, du kraut, des mélodies presque pop et un son aquatique, le risque de gloubiboulga est présent. Pourtant, la bande à Bradfortd Cox a (encore) livré une œuvre subtile et unique, et arrive (encore) à polir un genre qu'il faudrait créer pour eux. Ils savent en tout cas faire monter une ambiance en neige, profiter de ce son vaporeux pour que le brouillard précipite en averse et mener vers une fusion encore plus fluide entre l'écriture et le son. A lire les critiques de Tasca Potosina et de Ears Of Panda
En écoute sur Spotify

Pantha du Prince - Black NoisePantha du Prince - Black Noise

Playlist Society : "Black Noise" est un lac perdu dans les montagnes : derrière son romantisme pictural et ses sonorités enivrantes et apaisantes se cachent les traits des tornades à venir et des rayons du soleil qui comme chez Turner caressent les tragédies. Les mélodies électroniques de Hendrik Weber nous guident alors dans la taïga, se dérobent et nous abandonnent face à l'aurore boréale. A lire la critique de Pop Revue Express et le live report de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Joanna Newsom - Have One On MeJoanna Newsom - Have One On Me

Brainfeeders & Mindfuckers : Joanna Newsom ne s'impose jamais nulle part. Elle se fraie un chemin délicatement, avec grâce, avec le temps de son côté. Elle effleure du son de sa harpe, comme une caresse derrière l'oreille, sa voix est devenue satin, mais au fond, rien n'a changé. Elle reste impossible à apprivoiser, toujours insaisissable. Elle s'échappe par tous les détours, dans cette forêt qu'elle dessine en trois disques et quelques chansons. Il suffit donc d'être patient, de la laisser s'approcher peu à peu, puis de se plonger entièrement dans la mystique lumineuse de "Have One On Me". Alors Joanna Newsom devient cette amie imaginaire qui ne peut sortir que d'un rêve. Mais tout est bien réel. A lire les critiques de Playlist Society et de Listen See Feel

Mount Kimbie - Crooks & LoversMount Kimbie - Crooks & Lovers

Chroniques Automatiques : "Crooks & Lovers", trop court, bancal mais pourtant tellement maitrisé, contient des morceaux frisant la perfection, qui dragueront tous les cœurs sensibles. Mélancolie electronica matinée de rythmes 2-step, Mount Kimbie, c'est surtout mini-jupes et arcs-en-ciel, bitume et claquements de doigts. Bonheur. A lire les articles de Brainfeeders & Mindfuckers et de Musik Please

Cougar - PatriotMGMT - Congratulations

Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ? : MGMT avait réussi à prouver sa capacité à coller quelques tubes imparables au milieu d'un album fadasse. Le "toujours difficile deuxième album" en est l'antithèse : pas de morceau direct (hormis l'imparable Brian Eno) mais un album fabuleux de complexité, de richesse, une pièce montée de folie(s) et de "plus" qui jamais ne touchent au "trop". Si c'est ça l'avenir du space-rock (ou du prog), on signe des deux mains, et on attend la synthèse en sifflotant "Flash Delirium". A lire les critiques de Des Oreilles dans Babylones et du Golb
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Zola Jesus - StridulumZola Jesus - Stridulum

Unsung : Pour la première fois, Zola Jesus s'est enregistrée en studio, entourée de musiciens professionnels. Cette production soignée met surtout en valeur sa voix profonde, ce timbre légèrement rauque à donner des frissons, renforcé par la réverbération, l'atmosphère angoissante entre rythmiques 80's, piano entêtant, et des textes emprunts de doutes, d'espoirs fragiles, et de complaintes mélancoliques. Cet émouvant "Stridulum" révèle une jeune artiste talentueuse. A lire les articles de Little Reviews et Toujours Un Coup d'Avance !

Gil Scott Heron - I'm New HereGil Scott Heron - I'm New Here

Arbobo : Une histoire d'ange déchu, une histoire vraie. Une histoire de phoenix, de père putatif du rap extrait de tôle par un producteur aux doigts d'or. Il a serré la main du diable, le bougre. Gil Scott-Heron vient peut-être de publier son plus bel album, le plus noir, creusé à mains nues dans le bitume crasseux de New York. Ca saigne, ça saigne mais c'est vivant. C'est palpitant. A lire les critiques de My(Good)Zik et du Choix de Mlle Eddie
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LCD Soundsystem - This is HappeningLCD Soundsystem - This is Happening

I Left Without My Hat : James Murphy a beau s'en amuser et assurer le contraire ("You wanted a hit, but that's not what we do"), ses Lcd Soundsystem, tout en popisant leur propos, n'auront pas franchement changé leur fusil d'épaules avec "This is Happening", troisième et ultime album du groupe. Continuant de rendre hommage à la musique contemporaine par divers emprunts voulus ou fortuits (du Velvet Underground par ci, du Bowie par là), "This is Happening" est un disque aux contours rock, aux beats toujours synthétiques, mais à la vision globale très pop. Surtout, il n'est rien de moins qu'une belle épitaphe pour une des aventures discographiques les plus passionnantes et emballantes de ces dix dernières années, au fronton de laquelle le mot plaisir semble avoir été gravé en lettres d'or. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et La Musique à Papa
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Sufjan Stevens - The Age of Adz Sufjan Stevens - The Age of Adz

Ears of Panda : 5 ans après Illinois, Sufjan Stevens nous revient, non sans quelques doutes, avec son projet le plus personnel et sûrement le plus risqué. Retrouvant ses premières amours pour la musique électronique sans abandonner pour autant son goût pour la pop baroque, le compositeur de 35 ans accouche d'un disque pour le moins étonnant. Le génie détruit pour mieux reconstruire et nous offre cet album d'un genre nouveau; à l'ambition démesurée, aux sons hachés, rugueux, épileptiques même, sans perdre jamais de sa superbe. On retrouve alors, dans l'essence même de ce disque, ce doux rêveur toujours en perpétuel mouvement, qui nous avait laissés sans nouvelles depuis bien trop longtemps. A lire les critiques de Esprits Critiques et Brainfeeders & Mindfuckers

Flying Lotus - CosmogrammaFlying Lotus - Cosmogramma

So Why One More Music Blog : Le prodige originaire de la Cité des Anges s'affranchit sur ce troisième album des formats classiques en terme de durée et des carcans trop étroits d'un genre que l'on définissait comme l'abstract hip-hop. Entouré de musiciens talentueux et confirmés, élégant dans son costume de chef d'orchestre qui lui sied à merveille, il dirige des micro-symphonies aussi organiques qu'électroniques, laissant parler son héritage et s'exprimer sa fibre jazz. A lire les critiques de De La Lune On Entend Tout et de Nuage Noir
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Caribou - SwimCaribou - Swim

Pomme de Pin : Hypnotique et viscéral, réfléchi et instinctif, cérébral et dansant, sur "Swim", Caribou mêle boucles électroniques et rythmiques tribales et en profite pour réconcilier la tête et les jambes. L'expression Intelligent Dance Music reprend des couleurs et en une tournée tellurique, toutes batteries dehors, Dan Snaith fait mentir tous les clichés sur les mathématiciens. A lire les critiques de Five Minutes et So Why One More Music Blog
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Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett - Heartland

C'est entendu : Débarrassé de son pseudo geek à souhait (Final Fantasy), Owen Pallett brandit l'étendard de son patronyme civil comme le symbole d'une ambition enfin assouvie. Auto-proclamé Seigneur Divin du Royaume de "Heartland", il décore cet univers d'arrangements subtilement magnifiques et réalise un chef d'oeuvre pop dont la "lecture" révèle une mise en abyme homo-érotico-créatrice digne de tous nos louanges. A lire les critiques de Feu à Volonté et de Ears Of Panda
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Janelle Monae - The ArchAndroidJanelle Monae - The ArchAndroid

Le Gueusif Online : Une torpille de soul-funk qui n'oublie pas d'être outracière, voire parfois un peu kitsch, mais qui détonne certainement dans le paysage musical monochrome de cette année 2010. Une voix, une présence et un talent à suivre, que ce soit en studio ou en live, où toute la classe de Janelle Monàe resplendit. A lire les critiques de With Music In My Minds et Music Lodge
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The Black Keys - BrothersThe Black Keys - Brothers

Le Choix de Mlle Eddie : Ô Dan Auerbach que ta voix est belle ! "C'est pour mieux te régaler", pourrait-il me répondre. Le duo d'Akron s'autorise tout sur cet album : rock, blues, pop et même soul, avec une production qui n'a jamais été aussi bonne. Un poil trop lisse, diront certains, par rapport à ses prédécesseurs. C'est vrai, mais ce qu'ils perdent en abrasivité ils le gagnent en diversité. Et Auerbach n'a jamais aussi bien chanté. Ce Brothers, c'est la grande classe. A lire les critiques de La Quenelle Culturelle et du Gueusif Online
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Beach House - Teen Dream.Beach House - Teen Dream

Hop : Beach House tutoie enfin les sommets avec ce troisième album. Plus faciles d'accès, plus immédiates que par le passé, les chansons de Beach House brillent ici par l'éclat des mélodies, par la beauté triste et bouleversante des arrangements assez somptueux que l'on trouve tout au long de ces dix hymnes à la mélancolie qui évoquent la froideur d'une piste de danse au petit matin. A lire les critiques de Between The Line Of Age et du Choix de Mlle Eddie
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Four Tet - There is Love in YouFour Tet - There is Love in You

Good Karma : Obsédant : c'est le moins que l'on puisse dire de ce cinquième album de Kieran Hedben. Très loin de son groupe de post-rock Fridge, l'Anglais a choisi la musique électronique pour s'exprimer en solo. En résulte un disque inspiré par le jazz, la house et l'electronica. Il y livre des compositions aussi bien dansantes qu'introspectives, à l'inspiration et la production impeccables. Lumineux. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et de I Left Without My Hat
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Swans - My Father Will Guide Me Up A Rope To The SkySwans - My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky

Where Is My Song : A l'heure des come backs périmés et après 13 ans de silence, les Swans réactivés offrent un album magistral, oppressant, monolithique, volontiers misanthrope, beau comme un mensonge et sale comme la vérité. Une rigoureuse apocalypse. Bande son idéale pour la fin du monde civilisé, que l'on peut désormais attendre avec sérénité. A lire les critiques de Playlist Society et du Golb
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Gonjasufi - A Sufi and a KillerGonjasufi - A Sufi and a Killer

Des Oreilles Dans Babylone : Sans aucun doute possible l'ovni musical de 2010, Sumach Ecks a surpris tout le monde. Débarqué de nulle part bien qu'actif depuis les années 90, il est sorti de son désert de Mojave parrainé par Warp pour nous livrer un disque intemporel et inclassable. Soul chamanique, hip hop dérangeant, rock bordélique, chaque plage de cet objet unique accouche d'un genre nouveau. Il y a tant d'inventivité et d'imagination dans cet album qu'il est impossible d'en faire le tour en moins de cent écoutes. Passer à côté serait une erreur monumentale. A lire les critiques de Chroniques Electroniques et de Les Insectes sont nos amis

Les participants au Top des Blogueurs 2010 :

Alain de Soul Kitchen, Anakin de Attica Webzine, Arbobo de Arbobo, Benjamin F de Playlist Society et de Ricard SA Live Music, Benjamin L de Le Transistor, Benoit de Pop Revue Express et de Hop, Catnatt de Heaven can wait, Cedric de So Why One More Music Blog, Daniel de Listen See Feel, Dat' de Chroniques Automatiques, Dr Franknfurter de The Rocky Horror Critic Show, Dragibus de Les insectes sont nos amis, Eddie de Le Choix de Mlle Eddie, Edouard de Ears of Panda, Ed Loxapaq de Chroniques Electroniques, Elliott de Weirdbrowser, Neska de Adiktblog, Fabien de Kdbuzz, GT de Music Lodge, Gui Gui de Les Bons Skeudis et du Mellotron, Guic'The Old de Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ?, Jimmy de Nuage Noir, Joanny de Discobloguons, Joe Gonzalez de C'est entendu, Joris de Tasca Potosina, JS de Good Karma, Ju de Des Oreilles Dans Babylone, Julien LL de Des Chibres et Des Lettres, Junko de Unsung, Laure de Not For Tourists, Laurent de Rocktrotteur, Leroy Brown de I'll give her mélodies, Marc de Esprits Critiques, Martin de Branche Ton Sonotone, Matador de Between The Lines Of Age, Michael de Crystal Frontier, Mmarsup de Little Reviews, Myriam de Ma mère était hipster, Nathan de Brainfeeders & Mindfuckers, Nicolas de Soul Brotha Music, Olivier de Feu à Volonté, Olivier R de Where Is My Song, Paco de De La Lune On Entend Tout, Paul de Pomme de Pin, Pauline de E-Pop, Pierre de Musik Please, Rod de Le Hiboo, Romink de My(Good)Zik, Sabine de With Music In My Mind, Sfar de Toujours un coup d'avance !, Ska de 7 and 7 is, Sunalee de Bruxelles Bangkok Brasilia, Sylphe de Five-Minutes, Systool de Le Gueusif Online, Thibault de La Quenelle Culturelle, Thomas de Le Golb, Twist de I Left Without My Ha, Vincent de La musique à Papa, Violette de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes, Xavier de Blinking Lights
Chef de projet : Benjamin F / Identité visuelle et design : Laurent / Communication : Romink, Sylvie et les Waaa / Porte-paroles : Arbobo et JS
Plus de tops : le classement de GT sur Music Lodge

samedi 14 août 2010

Le retour du rock: naissance, vie et fin

2000

13 Tales of Urban Bohemia - The Dandy Warhols

Ce n'est pas mon album préféré de l'an 2000. Pj Harvey a sorti cette année-là un disque autrement plus marquant et foncièrement rock, porté par les singles "Good fortune" et "This is love". Mais elle est hors-sujet, tandis que les Dandy Warhols donnaient avec Get Off ou Bohemian Like You un avant-goût stonien de retour du rock à l'ancienne.



2001

Is This It? - The Strokes

Le choix s'opère sans hésiter. Pas absolument génial, ce disque s'écoute toujours fort bien aujourd'hui parce qu'il est resté chatoyant. Même si la production parait vieillie, même si la voix est faiblarde, Is This It propose des mélodies qui ont une couleur chaude, une rondeur agréable. Il y a une recette Strokes. Ecoutez American Girl de Tom Petty pour vous en convaincre.

2002

The Coral - The Coral

Le problème du rock est qu'il se consomme chaud ou pas du tout. Je n'ai jamais écouté les Libertines. On les découvre de suite ou on s'en contrefout éternellement. Moi, je m'en contrefous. Les Coral, en revanche, bien que découverts sur le tard, me sont indispensables. Je ne sors pas sans un morceau des Coral. Ils sont si brillants sur cet album, proposent tant de saveurs, d'inventions, de surprises, que j'en ai fait mes favoris, toutes époques confondues. Un album de dingue.



Turn On the Bright Lights
- Interpol

Les suiveurs de Joy Division m'ennuyaient déjà quand j'étais fan de Ian Curtis, alors pensez bien qu'après saturation... Pourtant, si je dois réécouter un disque de new-wave aujourd'hui, je prendrais plutôt le premier Interpol que Closer. Il y a dans ce disque une grandiloquence glacée qui me touche, une certaine tension dramatique.

2003

Elephant - The White Stripes

Incontestablement, une bouffée d'énergie brute, qu'à l'époque je rapprochais plus de Nirvana que d'un prétendu revival années 70. Elephant est le seul disque estampillé "retour du rock" que j'ai découvert à sa sortie, parce qu'il dépassait en 2003 tous les clivages et se payait un succès public mérité.



2004

Franz Ferdinand - Franz Ferdinand

En 2004, j'écoutais A Ghost Is Born de Wilco, pas les Franz Ferdinand. Tous les jours je passais, admiratif, "At least that's what you said" pour m'emporter sur le solo de guitare démentiel de Jeff Tweedy. Mais Wilco n'a rien à voir avec la grande affaire de la décennie. Parmi ceux qui ont connu le succès public et la rotation lourde sur les radios et Mtv, les FF furent certainement les meilleurs. Leur premier album est une sacré réussite de disco-rock, que seuls Gossip a égalé.

Funeral - Arcade Fire

Ce n'est plus tout à fait le sujet mais Arcade Fire n'aurait jamais vu le jour sans le retour du rock. Funeral, pour les mordus de musique alternative, est le Ok Computer chaleureux et fervent des années 2000. Pour libérer tant d'énergie et de fougue, il fallait bien qu'un revival électrique et énergique ait rallumé les guitares.

Bluerberry Boat - The Fiery Furnaces

En quelque sorte une aberration plaisante du retour du rock, qui a ramené avec lui des éléments de musique progressive. Blueberry Boat est un collage musical qui se veut arty et qui, dans cette optique, est un échec dont on perçoit vite la vanité. Dès qu'on a pris conscience que ce qui demeure bon avec cet album n'est pas son concept, mais les bribes de mélodies et de rythmes qui accrochent l'oreille, on se dit qu'il eût mieux valu sortir directement un album au format pop.

2005

Apologies to the Queen Mary - Wolf Parade

Même commentaire qu'avec Arcade Fire. Si Wolf Parade ne représente plus grand chose aujourd'hui, en 2005 il était un nom étincelant à graver dans le marbre abimé du rock le plus sauvage. Bruyant, mal produit, sale, presque inaudible et pourtant ravageur. L'usure l'a malheureusement gâté.




Pretty In Black - The Raveonettes

Cet album est un condensé de l'esprit post-moderne: références appuyées à des objets sixties ringardisant et mignons, clin d'œil au cinéma, modernité de la mise en son. L'association est efficace. L'album est un peu trop sucré, comme toujours avec les Raveonettes. C'est une conséquence de cette volonté d'imiter qui flirte avec le pastiche et interdit les émotions brutes.

2006

Avatar - Comets On Fire

Considéré un peu trop vite comme un chef-d'œuvre du rock progressif, Avatar est, dans ces endroits les moins inspirés, une chose assez disgracieuse. Mais quel feu! A l'image de la pochette, Avatar est un nuage de fumée incendiaire, un orage foudroyant, une tempête aux cimes des montagnes. Le genre de musique "paysagiste" qui fait croire aux forces terribles de la nature.

Whatever People Say I Am... - The Arctic Monkeys

Au début, je ne les aimais pas. Comme j'ai la haine facile, je les détestais même un peu pour un succès qui me semblait usurpé. Comment avec des rythmiques si lourdes, de type 'marteau-piqueur' et avec un son de guitare si gras, les Arctic Monkeys pouvaient-ils séduire les foules? Je ne voyais qu'une raison à cela: les jeunes se reconnaissaient dans ce qui me semblait être des zonards boutonneux mangeurs de pizzas. Mais "When the sun goes down" me rendait fébrile dans mon jugement. Je trouvais ce morceau si puissant, si habilement construit! Depuis que j'écoute les Last Shadow Puppets, l'autre groupe d'Alex Turner, j'ai décidé de donner une énième chance aux Arctic Monkeys. Qui n'a pas fait comme moi d'ailleurs?

Standing In The Way Of Control - Gossip

Après les FF, voici Gossip. Les deux groupes ont signé la renaissance du disco avant Mgmt, mais que les vieux punk se rassurent: on ne prétend pas encore les achever et ils pourront continuer à vivre sous assistance respiratoire un certain temps puisque, tout en étant disco, Gossip n'en est pas moins un authentique groupe de rock, décomplexé, puissant et rythmique.

Passover - The Black Angels

Une bombe de rock psychédélique sous influence Doors+Joy Division. Un troisième album est à paraître. Il m'est toujours difficile d'avouer que je les aime, car le chanteur est horriblement théâtral dans son interprétation de Jim Morrison, qui lui-même n'était pas un modèle de finesse... Les Black Angels sont si sombres qu'ils en deviennent vite caricaturaux, mais les guitares ont un effet 'rouleau compresseur' qui écrase l'auditeur et provoque sa virilité.

2007

Myths of the near future - Klaxons

Le retour du rock s'achève ici mais la décennie continue et pendant qu'une génération ayant biberonné les Libertines cultive l'élitisme bourgeois et déliquescent d'une vénération pour les années 50, se pâme devant des œuvrettes minuscules et dépassées, vire de plus en plus réac', l'âge aidant, et ne jure plus que par le rétro-chic, autrement dit, pendant qu'elle se dirige droit vers le cul-de-sac du passéisme, des très jeunes, habillés de couleurs fluos, développent une micro-mode assez ridicule mais rafraichissante et surtout moins péremptoire que le ton pris par les vieux rockeurs pontifiants. Le rock est mort, la preuve par son érudition de plus en plus asphyxiante, signal toujours critique qui me fait dire que, plus tôt il sera enterré, meilleur ce sera pour lui. Les Klaxons sont tape-à-l'œil, mais au moins ils essaient quelque chose.

In The Future - Black Mountain

Le retour du rock ne fut pas qu'une déclaration d'intentions à l'usage des dandys et des 'gens de goût'. Ceux qui ne se préoccupent pas des codes vestimentaires ont pu, eux aussi, profiter des guitares électriques à leur manière, par une conjecture relativement favorable à une forme nouvelle de prog-rock. Black Mountain est resté très en retrait par rapport au succès formidable du romantisme urbain et arrogant incarné par le rock des années 00, mais In The Future est parfait pour les inconditionnels de Pink Floyd et pour les jeunes qui n'ont que faire de la désinvolture et de la "classe". In The Future, en effet, est souvent pompeux, parfois lourd, mais toujours tourné vers les étoiles, vers un fantasme d'épopée juvénile et cosmique.

2008

The Age Of The Understatement - The Last Shadow Puppets

C'est, puisqu'on en parle, un disque assez rétro. La pochette en avertit l'auditeur. Il n'empêche que c'est une réussite de maître. En quelques titres (Standing next to me, The chamber, My mistakes were made for you...), le groupe écrit la suite du premier album des Coral. Inespéré! Il est devenu fréquent d'inviter cet album dans les tops de la décennie. Certains en contreviennent. Eh bien! Qu'ils essaient de me trouver mieux!




Oracular Spectacular - Mgmt

Je crois que Mgmt, en 2008, a accompli le travail de sape entamé par les Klaxons un an plus tôt. Le paysage musical n'est plus le même; les guitares sont encore là mais leur usage a été détourné; les synthés sont revenus. Les authentiques fans de rock n'ont donc pas fini d'enrager. Personnellement, j'aime assez ce disque, même s'il est un peu trop brouillon et que les écoutes l'usent vite. Ce qu'il représente, en revanche, continue à me plaire car j'y vois un renouvellement. Sans doute n'est-il pas du meilleur goût, mais l'atmosphère devenait irrespirable à force de rock à frange. De la place pour les autres! avait-on envie de crier. Voilà, c'est fait.

Midnight Boom - The Kills

Un peu à part dans son sous-genre, The Kills est un groupe de rock légèrement teinté d'électro qui a fait profession de foi de la félinité et de l'érotisme sur-joué de VV. Pas toujours convaincants, ils méritent quand même une ligne dans cet espace consacré aux années 2000. Ce disque, en particulier, porte un peu plus loin que les autres leur esthétique.




2009

Album - Girls

Etrange année que cette année 2009, où tous les horizons d'un coup se déploient, avec la dream-pop neigeuse des Xx, le rock de stade à la Big Pink, les zigouigouis inaudibles que fait Micachu en triturant une guitare désaccordée, la pop doucereuse et parfois crève-cœur de Camera Obscura... Sans compter une sorte de micro-scène électro naissante en Californie, où les vaguelettes vous lèchent les pieds dans un été éternel... La Californie renferme trois des meilleurs albums de 2009. Le premier, le summum, est l'album des Mantles, mais comme il est inconnu je vous en fais grâce dans cette rétrospective et vous invite à lire mes articles sur le sujet; le deuxième est celui de Girls, Album, qui reprend le chemin des années 90, interrompu par dix ans de réaction rock. Il participe toutefois du même phénomène que les Strokes ou les Libertines, puisqu'il appert que Christopher Owen ne serait pas contre devenir un nouveau Pete Doherty. Il exagère un peu avec son timbre bêlant, mais on n'a pas résisté, ni vous ni moi, je crois, à Hellhole Ratrace et son petit air de 1979 des Smashing Pumpkins.




200 Million Thousand - The Black Lips

Et voici le troisième meilleur album de 2009. Du garage-rock, brut de décoffrage à un point où on ne le croyait même pas permis. C'est hirsute, ça beugle, ça râle, ça agonise dans la joie et la fureur, ça hurle et c'est tellement débraillé qu'on pourrait croire que les Black Lips n'en ont plus rien à faire de rien. Or, en général, quand on fait n'importe quoi, ça s'entend. Ce qui m'étonne donc, c'est qu'en ayant l'air de faire n'importe quoi, ils sortent un album réussi, efficace, dénué de faiblesses et jamais en rade de mélodies et de refrains qui tuent.

Smith Westerns - The Smith Westerns

On finit la décennie sur une touche de glam-rock. C'est à peu près la seule chose qu'on n'ait pas entendue en 10 ans de revival, ça tombe donc plutôt bien. Les Smith Westerns sont très jeunes et s'apprêtent en 2010 ou 2011 à sortir leur deuxième album qui, contrairement au premier, sera produit. Ils ont toutes les vertus du rock des années 2000, avec les défauts qui leur sont associés, selon le point de vue duquel on se place: jeunesse, désinvolture, voix de morveux arrogants, style défroqué et braillard... Un bon album en tout cas.

Evidemment, cette rétrospective omet un certain nombre d'excellents albums, parfois supérieurs à ceux proposés ici. Mais c'est à dessein que j'ai écarté Tv On The Radio, Beach House ou les Xx, pour ne citer que quelques absents. Ils n'avaient pas leur place dans cette rétrospective particulière, puisqu'ils appartiennent à d'autres familles musicales. De plus, dans mon souci de ne retenir que les albums qui m'ont personnellement marqué ou simplement plu, j'ai traité à la légère des groupes comme Art Brut, Kasabian, les Rakes ou les Futureheads. Je laisse le soin aux amateurs d'en parler mieux que moi. Il se trouve que ce n'est pas, de loin, ma tasse de thé.

mercredi 7 avril 2010

Flash Delirium


Si l'album, à première écoute, a de quoi décontenancer, vous allez maintenant halluciner devant le clip. Je n'ai pas cherché à le comprendre, je ne suis pas drogué et de toute façon mon intelligence cinématographique est quasiment nulle. Comme un gamin de cinq ans, je regarde les images pour ce qu'elles sont, sans percevoir les enchaînements logiques. Mais c'est intéressant de voir qu'ils n'ont pas rejeté les grosses productions, malgré leur complexe vis-à-vis du succès. A voir cette vidéo loufoque, on se prend à imaginer Mgmt en Smashing Pumkins des temps modernes. Mieux, Mgmt est l'équivalent actuel des Strokes, du moins en tant qu'indice culturel de la jeune génération. Des albums comme Is This It ou Oracular Spectacular ne sont pas forcément les meilleurs de leur temps mais par leur popularité ils renseignent sur l'état général de la musique à un moment donné. Médiatiquement, tout groupe ressemblant de près ou de loin à Mgmt sera désormais une bonne chose à prendre et à monter en aiguille pour la presse, tandis que Julian Casablancas lui-même s'adonne à une lubie eighties fort à la mode mais à rebours de NY City Cops. Ce genre de passation de pouvoir est passionnant à suivre, d'autant que les contempteurs de Mgmt sont souvent des fans de rock binaire. Les contents d'hier seraient donc les déçus d'aujourd'hui? C'est bien sûr plus compliqué. En sous-main, la même variété musicale continue de grouiller dans les marges, mais sur le devant de la scène le paysage n'est plus le même et deux époques pourtant pas très éloignées dans le temps se confrontent. Congratulations, c'est presque un renversement de l'histoire, comme si Queen venait après les Ramones. On peinerait à énumérer toutes les influences du groupe. C'est l'histoire du rock dans un mikshake, tellement compressée qu'on ne différencie plus rien. A ce rythme, Mgmt peut faire passer les torchons pour des serviettes. "C'est quoi ce bordel?" a envie de dire, impatienté, l'homme de bon sens. Une moitié du groupe qui déteste la comédie musicale et cite Spacemen 3 (le groupe a été assisté par Sonic Boom) pour un résultat qui ressemble néanmoins à une comédie musicale pour drogué et en aucun cas à Spacemen 3! Logique. Dans le monde de Mgmt, quelque chose ne tourne pas rond. Il ne faudrait pourtant pas croire que ce disque, événement socio-musical, est une poubelle. Dans la benne on croise des objets de luxe. Simplement, une écoute ne suffit pas. Dix n'y changeront peut-être rien non plus. Il est trop tôt pour juger, on ne peut que constater, à moitié ébahi et un peu dubitatif, la sortie d'un ovni. La question cruciale est maintenant: veut-il notre bien?

http://www.youtube.com/watch?v=z_5Gm8MWwlw