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samedi 11 février 2012

X-Rock... vous souvenez-vous?



Je viens de retrouver un véritable trésor dans mes archives, et pour une fois il ne s'agit pas d'un disque... mais d'un magazine!


Vous souvenez-vous de X-Rock? Au mois d'aout 2003, l'éditeur français Pierre Veillet lançait le premier numéro d'une aventure qui était vouée à une trop prompte disparition*. Non seulement le web commençait déjà sa marche involontaire contre le monde de l'édition, mais de plus le marché était largement occupé par Rock'n'Folk, les Inrocks et Magic! (le triumvirat contre lequel il serait vain de lutter dans un pays qui ne compte pas tant d'adeptes de rock indé). Ces dix dernières années, plusieurs publications ont ainsi fait les frais de l'engorgement de la presse française. La dernière en date, Rock First, apparaît dans un contexte qui est encore moins favorable au journalisme rock que ne l'était l'époque assez faste de X-Rock.

Quand le premier numéro de X-Rock est apparu, le monde de la musique était en plein boom rock, avec le succès balbutiant des groupes en "the". C'est précisément cette effervescence créatrice qui a motivé la création du journal. Tablant sur l'apparition d'une nouvelle cible, l'éditeur a sans doute cru que le phénomène revivaliste serait pérenne et qu'une frange généralement jeune de la population éprouverait un besoin d'information exclusivement orienté sur cette nouvelle musique.
On pourrait croire qu'il avait eu du flair, on ne saurait d'ailleurs en avoir plus. Si l'affaire n'a pas marché comme prévu, ce n'est en aucun cas la faute du journal qui était bel et bien excellent. Tandis que Magic! snobait la nouvelle musique, que Rock'n'Folk recyclait ses vieilles marottes et que les Inrocks restaient trop généralistes, X-Rock adoptait une ligne éditoriale 100% revival rock agrémentée d'un sampler rempli de nouveautés excitantes. Le premier numéro, que j'ai entre les mains, est ainsi une vraie perle du genre et mérite que je m'attarde sur son contenu.

La Une du mag'

A l'occasion de l'événement de la sortie d'Elephant, c'est Jack et Meg White qui posent en couverture, avec la mention "éléphantesque!"

On apprend, entre autres choses, que le magazine renferme un dossier sur la scène new-yorkaise de 2003 et un documentaire sur Queens Of The Stone Age alors qu'ils sont de passage à Paris. En quatrième de couverture, une énorme pub pour BRMC, l'autre favori du journal, ne laisse planer aucun doute sur les choix musicaux de X-Rock.

 Le cd

Pour ceux qui aiment, la tracklist est alléchante. Je passe sous silence les groupes tombés aux oubliettes et ne retiens pour vous que ceux qui sont passés à postérité. Jugez-en par vous-mêmes:

1 - The Raveonettes, The Great Love Sound
3 - Black Rebel Motorcycle Club - High/Low
5 - Interpol - Obstacle 1 (Black Session Live)
6 - The Warlocks - Stickman Blues
8 - Yeah Yeah Yeahs - Black Tongue
9 - The Libertines - The Delanay
21 - The Black Keys - Hard Row

Certes, sur 21 titres, cela en fait beaucoup de dispensables et peu sont finalement parvenus jusqu'à nous. Mais observez la tracklist des Rock'n'Folk des dernières années et dîtes-moi combien ont cette tenue, ce coté d'anthologie.
A l'époque, je me souviens avoir finalement assez peu apprécié, hormis la b-side des Libertines et le morceau d'Interpol. Des groupes évoqués, je n'en connaissais aucun et pas un seul ne m'a incité à pousser l'investigation plus loin. Je préférais écouter Neil Young, Death In Vegas, Beth Gibbons et m'essayer un peu au jazz. J'aimais aussi les White Stripes, mais je n'avais aucune idée de leur appartenance à un quelconque renouveau du rock; je les assimilais plutôt à Nirvana, comme le suggère d'ailleurs l'édito de X-Rock.

Les interviews et les brèves

Dans le même numéro, on peut recueillir les paroles d'un grand nombre d'acteurs de la musique, qui ignoraient encore qu'ils seraient bientôt incontournables. Ainsi, on apprend que les Raveonettes, dont le premier album devait bientôt paraître, étaient fans de Suicide; que les Kings Of Leon écoutaient les Pixies, Built To Spill et les Go-Betweens (!) avant de découvrir le groupe qui allait changer leur vie, les White Stripes; que Pat Carney, des Black Keys, se mettait en colère à la seule évocation de Cream ou du Grateful Dead; que les White Stripes, qui venaient tout juste de sortir Elephant et qui faisaient la une du mag (ce pourquoi je l'avais acheté) se considèraient comme un groupe de folk; que Black Rebel Motorcycle Club prévoyait de passer 7 à 10 ans à Londres par solidarité envers un des leurs qui, s'il quittait le sol américain, n'avait plus le droit d'y rentrer.
Puis les Yeah Yeah Yeahs enchaînaient avec leur rapport au succès, les espoirs vite fondés en eux, tandis qu'un tour d'horizon des groupes new-yorkais était l'occasion pour certains d'exprimer leur avis sur une éventuelle scène rock (Interpol, The Rapture, James Murphy, Liars).
Enfin, deux dernières interviews, non des moindres, viennent clore cette partie: les Libertines, en pleine implosion, et the Kills, qui expliquaient pourquoi ils avaient pris VV et Hotel pour surnom.


Les chroniques

Là aussi, c'est plutôt riche. A croire que les mois d'aout et septembre 2003 ont été particulièrement prolixes. Je pense plutôt, sans avoir pris le temps de vérifier les dates de sortie, que la rédaction a fait le choix de passer en revue les disques parus aux alentours de l'été 2003, en repêchant parfois des albums légèrement antérieurs.

Au choix:

Take Them On, On Your Own (Black Rebel Motorcycle Club) 9/10
Chain Gang Of Love (The Raveonettes) 9/10
Magic And Medicine (The Coral) 8/10 (selon moi sous-noté, si on considère toutefois que les autres albums chroniqués n'ont pas été, eux, surcotés)
Lovers (The Sleepy Jacksons) 9/10
Movement (Gossip) 7/10

Welcome To The Monkey House (The Dandy Warhols) 7/10
Youth And Young Manhood (Kings Of Leon) 8/10
Phoenix (The Warlocks) 8/10

Bien entendu, j'en ai laissé certains de coté, parce qu'ils n'appartenaient pas vraiment à la même génération (Super Furry Animals, The National...) ou parce qu'ils sont moins importants (Hot Hot Heat, British Sea Power...)


Conclusion: le premier numéro de X-Rock devrait faire office de collector. Il semblerait que le magazine ne soit pas allé au-delà du 8ème numéro, après une première interruption à cause des pertes d'argent. Les suivants possèdent des unes au diapason de ce premier sommaire: The Strokes, BRMC, Kings Of Leon... De tous les magazines que j'ai achetés inutilement pendant la décennie, si je ne devais en garder qu'un, ce serait bien sûr celui-là. Et vous, vous en souvenez-vous? L'avez-vous acheté, lu ou bien simplement feuilleté? Et qu'en pensez-vous?

*Pour un descriptif précis, vous pouvez vous reporter au lien suivant.

samedi 29 octobre 2011

Used To Own: 1.New Order

Revendre des disques est un acte rituel chez le collectionneur, l'un des multiples visages de sa passion. Car collectionner n'est pas accumuler sans fin mais, parfois, se resserrer sur l'essentiel, éliminer les disques parasites - en un mot: sélectionner.

Fondamentalement, on peut dire que l'âme du collectionneur est tiraillée entre l'accumulation (horizontale) et la sélection (verticale). Un principe démocratique le dispute sans cesse à un accès d'élitisme. Aussi, quand ce dernier prédomine, l'amateur se décide-t-il à vidanger l'étagère, dans la logique comptable du gain d'espace mais également avec l'idée maniaque d'un ordre, d'une hiérarchie des disques où chacun aurait sa place et dont l'intrus devrait être évincé. J'ai ainsi en ma possession un certain nombre de disques dont l'usage s'est raréfié, quand il n'a pas été inexistant dès l'abord, or je ne vois pas d'un bon œil leur cohabitation avec mes favoris.

"On ne vit pas à coups de chef-d'œuvres" pourrait-on me rétorquer. C'est vrai. Cela dit il est tout aussi vrai de dire qu'il existe des albums sans intérêts, achetés sur la foi d'une seule chanson ou, pire, d'une critique (à l'époque où je croyais aux "classiques" - coïncidence, c'était quand l'adsl n'existait pas chez moi: il y a un lien direct entre la "croyance" et l'absence de connexion. L'accès libre à internet limite fortement l'argument d'autorité, du moins en musique). Les promotions "prix verts" de la fnac ont eu le même effet: achetés par 4, les disques valaient moins chers, ce qui a enrichi ma collection d'une variété de nullités considérables (jusqu'à Sonny & Cher, le premier RHCP...).

Là n'est pourtant pas la question du jour. Dans une phase de sobriété, d'inhibition du réflexe consumériste, peut-être même devrais-je dire dans un moment d'ascèse, je me suis débarrassé de disques que je n'aurais JAMAIS dû revendre! De même qu'on devrait réfléchir à deux fois avant d'acheter, il faudrait réfléchir à deux fois (voire plus) avant de se démunir de ses biens matériels. Tant qu'à faire, une fois qu'on les a...

1 - Get Ready - New Order (2001)

Quelle erreur, quand j'y songe, d'avoir refourgué à un passant, pour la modique somme de 4 euros, lors d'une brocante villageoise, un disque de la trempe de Get Ready. Jamais je n'aurais dû oublier qu'à l'origine je l'avais aimé (car ce qu'on a aimé une fois, on peut l'aimer deux fois). Pourquoi n'ai-je pas pensé à Crystal, à 60 Miles an Hour, à Vicious Streak, Primitive Notion, Rock the Shak, Run... c'est-à-dire, en fin de compte, à presque tous les morceaux de l'album? Ce n'est donc pas comme s'il n'y avait qu'une perle discrète enfouie sous la boue.
Il m'est arrivé de concevoir à propos de New Order l'équivalent d'un préjugé, sauf qu'il s'est formé a posteriori. Ce qui n'est, je l'avoue, pas très cohérent. L'histoire, c'est que Get Ready m'avait enchanté à sa sortie, alors que j'ignorais tout du groupe. Puis, j'ai découvert Joy Division, pour lequel j'ai nourri pendant un an une passion morbide, depuis largement révolue. J'ai alors vu en New Order (les continuateurs) une sorte de sous-Joy Division - les albums à connotation électronique m'ont d'ailleurs conforté dans cette opinion. Par la suite, je n'ai plus juré que par les disques antérieurs aux années 80. Du coup, j'ai oublié Get Ready. L'album, emporté par ma médisance, a subi le reniement le plus absurde qui soit. Ce n'est que bien des années plus tard, c'est-à-dire récemment, que j'ai éprouvé l'envie, ou la curiosité, de le réécouter. Au fond de moi, je savais qu'il était et resterait un très bon disque, plus proche de la production d'ensemble des années 00 que de la musak synthétique originelle.

C'est peu de dire que cet album de vieux (le groupe avait déjà 20 ans d'existence) sonne très jeune! Jamais des vétérans n'avaient rafraichi à ce point leur style - leurs premiers disques passeraient même pour des albums de vieillesse en comparaison. L'épreuve de la sélection naturelle (ou sélection culturelle) est donc réussie avec brio. Il me suffit d'évoquer Is This It, paru la même année, pour soutenir l'idée que Get Ready est de plein pied dans la décennie à venir, qu'il est cool et jeune comme le disque des Strokes. Impossible en l'écoutant d'imaginer la longue histoire de Cook et Sumner. On les dirait plutôt nés de la dernière pluie. La pochette témoigne parfaitement de cette intelligence du temps, qui ne paraît même pas opportuniste: il semblerait plutôt que New Order ait enfin sorti, 20 ans après ses débuts, l'album dont il rêvait. Tout en affirmant son goût pour la modernité et ses accessoires hi-tech, le groupe renouvelle son esthétique à grands renforts de pose androgyne. On retrouve les mêmes coloris sur la pochette (blancheur impersonnelle) mais l'habillage est plus jeune. Le contenu se calque sur cette évolution: une couleur musicale intacte, mais rehaussée par une production plus moderne. D'années en années, des formes successives ont ainsi dessiné un "esprit" New Order, mais celui-ci ne s'est pleinement révélé (selon moi) qu'avec Get Ready.


samedi 14 août 2010

Le retour du rock: naissance, vie et fin

2000

13 Tales of Urban Bohemia - The Dandy Warhols

Ce n'est pas mon album préféré de l'an 2000. Pj Harvey a sorti cette année-là un disque autrement plus marquant et foncièrement rock, porté par les singles "Good fortune" et "This is love". Mais elle est hors-sujet, tandis que les Dandy Warhols donnaient avec Get Off ou Bohemian Like You un avant-goût stonien de retour du rock à l'ancienne.



2001

Is This It? - The Strokes

Le choix s'opère sans hésiter. Pas absolument génial, ce disque s'écoute toujours fort bien aujourd'hui parce qu'il est resté chatoyant. Même si la production parait vieillie, même si la voix est faiblarde, Is This It propose des mélodies qui ont une couleur chaude, une rondeur agréable. Il y a une recette Strokes. Ecoutez American Girl de Tom Petty pour vous en convaincre.

2002

The Coral - The Coral

Le problème du rock est qu'il se consomme chaud ou pas du tout. Je n'ai jamais écouté les Libertines. On les découvre de suite ou on s'en contrefout éternellement. Moi, je m'en contrefous. Les Coral, en revanche, bien que découverts sur le tard, me sont indispensables. Je ne sors pas sans un morceau des Coral. Ils sont si brillants sur cet album, proposent tant de saveurs, d'inventions, de surprises, que j'en ai fait mes favoris, toutes époques confondues. Un album de dingue.



Turn On the Bright Lights
- Interpol

Les suiveurs de Joy Division m'ennuyaient déjà quand j'étais fan de Ian Curtis, alors pensez bien qu'après saturation... Pourtant, si je dois réécouter un disque de new-wave aujourd'hui, je prendrais plutôt le premier Interpol que Closer. Il y a dans ce disque une grandiloquence glacée qui me touche, une certaine tension dramatique.

2003

Elephant - The White Stripes

Incontestablement, une bouffée d'énergie brute, qu'à l'époque je rapprochais plus de Nirvana que d'un prétendu revival années 70. Elephant est le seul disque estampillé "retour du rock" que j'ai découvert à sa sortie, parce qu'il dépassait en 2003 tous les clivages et se payait un succès public mérité.



2004

Franz Ferdinand - Franz Ferdinand

En 2004, j'écoutais A Ghost Is Born de Wilco, pas les Franz Ferdinand. Tous les jours je passais, admiratif, "At least that's what you said" pour m'emporter sur le solo de guitare démentiel de Jeff Tweedy. Mais Wilco n'a rien à voir avec la grande affaire de la décennie. Parmi ceux qui ont connu le succès public et la rotation lourde sur les radios et Mtv, les FF furent certainement les meilleurs. Leur premier album est une sacré réussite de disco-rock, que seuls Gossip a égalé.

Funeral - Arcade Fire

Ce n'est plus tout à fait le sujet mais Arcade Fire n'aurait jamais vu le jour sans le retour du rock. Funeral, pour les mordus de musique alternative, est le Ok Computer chaleureux et fervent des années 2000. Pour libérer tant d'énergie et de fougue, il fallait bien qu'un revival électrique et énergique ait rallumé les guitares.

Bluerberry Boat - The Fiery Furnaces

En quelque sorte une aberration plaisante du retour du rock, qui a ramené avec lui des éléments de musique progressive. Blueberry Boat est un collage musical qui se veut arty et qui, dans cette optique, est un échec dont on perçoit vite la vanité. Dès qu'on a pris conscience que ce qui demeure bon avec cet album n'est pas son concept, mais les bribes de mélodies et de rythmes qui accrochent l'oreille, on se dit qu'il eût mieux valu sortir directement un album au format pop.

2005

Apologies to the Queen Mary - Wolf Parade

Même commentaire qu'avec Arcade Fire. Si Wolf Parade ne représente plus grand chose aujourd'hui, en 2005 il était un nom étincelant à graver dans le marbre abimé du rock le plus sauvage. Bruyant, mal produit, sale, presque inaudible et pourtant ravageur. L'usure l'a malheureusement gâté.




Pretty In Black - The Raveonettes

Cet album est un condensé de l'esprit post-moderne: références appuyées à des objets sixties ringardisant et mignons, clin d'œil au cinéma, modernité de la mise en son. L'association est efficace. L'album est un peu trop sucré, comme toujours avec les Raveonettes. C'est une conséquence de cette volonté d'imiter qui flirte avec le pastiche et interdit les émotions brutes.

2006

Avatar - Comets On Fire

Considéré un peu trop vite comme un chef-d'œuvre du rock progressif, Avatar est, dans ces endroits les moins inspirés, une chose assez disgracieuse. Mais quel feu! A l'image de la pochette, Avatar est un nuage de fumée incendiaire, un orage foudroyant, une tempête aux cimes des montagnes. Le genre de musique "paysagiste" qui fait croire aux forces terribles de la nature.

Whatever People Say I Am... - The Arctic Monkeys

Au début, je ne les aimais pas. Comme j'ai la haine facile, je les détestais même un peu pour un succès qui me semblait usurpé. Comment avec des rythmiques si lourdes, de type 'marteau-piqueur' et avec un son de guitare si gras, les Arctic Monkeys pouvaient-ils séduire les foules? Je ne voyais qu'une raison à cela: les jeunes se reconnaissaient dans ce qui me semblait être des zonards boutonneux mangeurs de pizzas. Mais "When the sun goes down" me rendait fébrile dans mon jugement. Je trouvais ce morceau si puissant, si habilement construit! Depuis que j'écoute les Last Shadow Puppets, l'autre groupe d'Alex Turner, j'ai décidé de donner une énième chance aux Arctic Monkeys. Qui n'a pas fait comme moi d'ailleurs?

Standing In The Way Of Control - Gossip

Après les FF, voici Gossip. Les deux groupes ont signé la renaissance du disco avant Mgmt, mais que les vieux punk se rassurent: on ne prétend pas encore les achever et ils pourront continuer à vivre sous assistance respiratoire un certain temps puisque, tout en étant disco, Gossip n'en est pas moins un authentique groupe de rock, décomplexé, puissant et rythmique.

Passover - The Black Angels

Une bombe de rock psychédélique sous influence Doors+Joy Division. Un troisième album est à paraître. Il m'est toujours difficile d'avouer que je les aime, car le chanteur est horriblement théâtral dans son interprétation de Jim Morrison, qui lui-même n'était pas un modèle de finesse... Les Black Angels sont si sombres qu'ils en deviennent vite caricaturaux, mais les guitares ont un effet 'rouleau compresseur' qui écrase l'auditeur et provoque sa virilité.

2007

Myths of the near future - Klaxons

Le retour du rock s'achève ici mais la décennie continue et pendant qu'une génération ayant biberonné les Libertines cultive l'élitisme bourgeois et déliquescent d'une vénération pour les années 50, se pâme devant des œuvrettes minuscules et dépassées, vire de plus en plus réac', l'âge aidant, et ne jure plus que par le rétro-chic, autrement dit, pendant qu'elle se dirige droit vers le cul-de-sac du passéisme, des très jeunes, habillés de couleurs fluos, développent une micro-mode assez ridicule mais rafraichissante et surtout moins péremptoire que le ton pris par les vieux rockeurs pontifiants. Le rock est mort, la preuve par son érudition de plus en plus asphyxiante, signal toujours critique qui me fait dire que, plus tôt il sera enterré, meilleur ce sera pour lui. Les Klaxons sont tape-à-l'œil, mais au moins ils essaient quelque chose.

In The Future - Black Mountain

Le retour du rock ne fut pas qu'une déclaration d'intentions à l'usage des dandys et des 'gens de goût'. Ceux qui ne se préoccupent pas des codes vestimentaires ont pu, eux aussi, profiter des guitares électriques à leur manière, par une conjecture relativement favorable à une forme nouvelle de prog-rock. Black Mountain est resté très en retrait par rapport au succès formidable du romantisme urbain et arrogant incarné par le rock des années 00, mais In The Future est parfait pour les inconditionnels de Pink Floyd et pour les jeunes qui n'ont que faire de la désinvolture et de la "classe". In The Future, en effet, est souvent pompeux, parfois lourd, mais toujours tourné vers les étoiles, vers un fantasme d'épopée juvénile et cosmique.

2008

The Age Of The Understatement - The Last Shadow Puppets

C'est, puisqu'on en parle, un disque assez rétro. La pochette en avertit l'auditeur. Il n'empêche que c'est une réussite de maître. En quelques titres (Standing next to me, The chamber, My mistakes were made for you...), le groupe écrit la suite du premier album des Coral. Inespéré! Il est devenu fréquent d'inviter cet album dans les tops de la décennie. Certains en contreviennent. Eh bien! Qu'ils essaient de me trouver mieux!




Oracular Spectacular - Mgmt

Je crois que Mgmt, en 2008, a accompli le travail de sape entamé par les Klaxons un an plus tôt. Le paysage musical n'est plus le même; les guitares sont encore là mais leur usage a été détourné; les synthés sont revenus. Les authentiques fans de rock n'ont donc pas fini d'enrager. Personnellement, j'aime assez ce disque, même s'il est un peu trop brouillon et que les écoutes l'usent vite. Ce qu'il représente, en revanche, continue à me plaire car j'y vois un renouvellement. Sans doute n'est-il pas du meilleur goût, mais l'atmosphère devenait irrespirable à force de rock à frange. De la place pour les autres! avait-on envie de crier. Voilà, c'est fait.

Midnight Boom - The Kills

Un peu à part dans son sous-genre, The Kills est un groupe de rock légèrement teinté d'électro qui a fait profession de foi de la félinité et de l'érotisme sur-joué de VV. Pas toujours convaincants, ils méritent quand même une ligne dans cet espace consacré aux années 2000. Ce disque, en particulier, porte un peu plus loin que les autres leur esthétique.




2009

Album - Girls

Etrange année que cette année 2009, où tous les horizons d'un coup se déploient, avec la dream-pop neigeuse des Xx, le rock de stade à la Big Pink, les zigouigouis inaudibles que fait Micachu en triturant une guitare désaccordée, la pop doucereuse et parfois crève-cœur de Camera Obscura... Sans compter une sorte de micro-scène électro naissante en Californie, où les vaguelettes vous lèchent les pieds dans un été éternel... La Californie renferme trois des meilleurs albums de 2009. Le premier, le summum, est l'album des Mantles, mais comme il est inconnu je vous en fais grâce dans cette rétrospective et vous invite à lire mes articles sur le sujet; le deuxième est celui de Girls, Album, qui reprend le chemin des années 90, interrompu par dix ans de réaction rock. Il participe toutefois du même phénomène que les Strokes ou les Libertines, puisqu'il appert que Christopher Owen ne serait pas contre devenir un nouveau Pete Doherty. Il exagère un peu avec son timbre bêlant, mais on n'a pas résisté, ni vous ni moi, je crois, à Hellhole Ratrace et son petit air de 1979 des Smashing Pumpkins.




200 Million Thousand - The Black Lips

Et voici le troisième meilleur album de 2009. Du garage-rock, brut de décoffrage à un point où on ne le croyait même pas permis. C'est hirsute, ça beugle, ça râle, ça agonise dans la joie et la fureur, ça hurle et c'est tellement débraillé qu'on pourrait croire que les Black Lips n'en ont plus rien à faire de rien. Or, en général, quand on fait n'importe quoi, ça s'entend. Ce qui m'étonne donc, c'est qu'en ayant l'air de faire n'importe quoi, ils sortent un album réussi, efficace, dénué de faiblesses et jamais en rade de mélodies et de refrains qui tuent.

Smith Westerns - The Smith Westerns

On finit la décennie sur une touche de glam-rock. C'est à peu près la seule chose qu'on n'ait pas entendue en 10 ans de revival, ça tombe donc plutôt bien. Les Smith Westerns sont très jeunes et s'apprêtent en 2010 ou 2011 à sortir leur deuxième album qui, contrairement au premier, sera produit. Ils ont toutes les vertus du rock des années 2000, avec les défauts qui leur sont associés, selon le point de vue duquel on se place: jeunesse, désinvolture, voix de morveux arrogants, style défroqué et braillard... Un bon album en tout cas.

Evidemment, cette rétrospective omet un certain nombre d'excellents albums, parfois supérieurs à ceux proposés ici. Mais c'est à dessein que j'ai écarté Tv On The Radio, Beach House ou les Xx, pour ne citer que quelques absents. Ils n'avaient pas leur place dans cette rétrospective particulière, puisqu'ils appartiennent à d'autres familles musicales. De plus, dans mon souci de ne retenir que les albums qui m'ont personnellement marqué ou simplement plu, j'ai traité à la légère des groupes comme Art Brut, Kasabian, les Rakes ou les Futureheads. Je laisse le soin aux amateurs d'en parler mieux que moi. Il se trouve que ce n'est pas, de loin, ma tasse de thé.

mardi 10 août 2010

Because of the times


Il n'y a pas de sorties durant l'été. Mais de toute façon, 2010 n'est pas une année à disques. Quelque chose me dit pourtant que décembre débouchera sur des désaccords et qu'on trouvera malgré tout le moyen de s'étriper sur des tops ten. Il y aura juste un net recul qualitatif.
Vu la pauvreté de l'année - qui m'a tout de même offert, avec Teen Dream, l'un de mes albums préférés, toutes époques confondues - je préfère me replonger dans les disques supposés médiocres des années précédentes. Par exemple, j'ai ressorti ce qui aurait pu être le dernier bon disque de U2 s'il avait été l'œuvre de la bande à Bono. Ce disque, c'est Because Of The Times, des Kings of Leon.
C'était le début de la fin pour les Strokes du Sud. Mais Because Of The Times reste très fréquentable. Il représente un certain type de médiocrité agréable: l'album rock grand public d'un vrai bon groupe. Avant eux, les Red Hot Chili Peppers, en 1999, avait réussi un consensus très similaire avec Californication. Ce ne sont pas, loin s'en faut, les meilleurs disques d'une génération. Mais l'incursion du rock alternatif dans le domaine grand-public est mieux gérée avec des groupes professionnels qui ont déjà un passé qu'avec, mettons, Muse ou Coldplay qui sont arrivés d'un coup sur Mtv... Songeons aussi à R.e.m, dont on peut penser tout le mal qu'on veut pour leur devenir si mièvre, toujours est-il qu'en 1990, quand ils sont passés du statut de groupe underground à celui de vache à lait, ils avaient les armes pour négocier le virage avec dignité. Losing my religion, de tous les tubes pourris de Mtv, reste non seulement l'un des plus acceptables, mais c'est encore un bon morceau. Idem pour Scar Tissue, des RHCP, et pour On Call, des Kings of Leon.
Because Of The Times est globalement un album de bonne facture. Certains morceaux, comme Fans (leur meilleur) ou Arizona, ont les mêmes qualités qu'un New Year's Day. Ils peuvent plaire à tous, parce qu'ils sont mélodieux, un peu sentimentaux, mais toujours simples et légers; ils n'ont rien de radical. S'échappant d'une radio, ils sont passe-partout. Ecoutés avec attention, ils peuvent émouvoir, même si cette émotion ressemble à celle, un peu superficielle, d'une finale de coupe du monde quand on n'est pas fanatique de foot. Autrement dit, elle ne bouleverse pas, ce n'est pas un grand frisson d'enthousiasme et d'admiration réelle, qui s'éprouve de façon très personnelle et très intime, mais plutôt l'adhésion consentie à une joie populaire qu'on juge anecdotique.
C'est l'inconvénient de ces disques grand public qui sont plaisants sans être renversants. Ils ont l'avantage du professionnalisme, ils sont bien construits, efficaces et ils ne s'écoutent pas avec dégoût. Mais leur efficacité même implique un manque de personnalité: ils abusent des grosses ficelles jusqu'à perdre en force de caractère, en originalité. C'est une efficacité de service après-vente, de supermarché, de programme informatique... Autrement dit, ce dont ils souffrent, c'est d'une déperdition de l'âme. Mais il s'agit, parait-il, un gros mot. Je soupçonne toutefois les Kings Of Leon de lui reconnaître un certain sens.

mardi 13 juillet 2010

Vieillir


Pour tous ceux qui ont grandi à cette époque, il va falloir se faire à l'idée que les années 2000 se conjuguent désormais au prétérit. En musique indé, dix ans ne pardonnent pas. Les groupes apparus à l'aube de la décennie précédente viennent d'entrer dans la phase critique de résistance et doivent maintenant faire face à leur propre vieillissement comme à l'ingratitude d'une population sans mémoire butinant la musique au gré de l'irrégularité des modes. Lourde tâche pour des groupes de rock, par définition flanqués d'une imprévoyante imbécilité et coincés dans une philosophie de l'instant adéquate au jeune âge.

Certains réussissent haut la main. Il existe des cas d'école reproductibles tous les dix ans. Des groupes, consciemment ou pas, les suivent à la lettre. Tout d'abord, le modèle emprunté par Julian Casablancas, avec son album synthétique et kitsch: il s'adapte au temps présent comme aiguillé par un indicateur interne, sorte d'antenne invisible dont les plus populaires semblent toujours pourvus (David Bowie). A l'inverse, un Radiohead, en 2000, prenait le futur en contresens et optait pour l'électro avant que les guitares ne viennent secouer le marasme ambiant. Voilà deux possibilités diamétralement opposées. Celle du leader des Strokes fonctionne rarement: au-delà d'un succès temporaire, nourri par la renommée de l'artiste, les albums d'adaptation au présent tombent vite dans l'oubli ou demeurent les derniers wagons. Qui se souvient des albums de Neil Young dans les années 80 par exemple? Personne, Dieu merci. Récemment Eels, dont les fans appréciaient la sobriété, a voulu, avec Humbre Lobo, se lancer dans la mode des albums rock sexy. Ce genre de renouvellement, outre qu'il passe aux yeux des personnes subtiles pour une infidélité à une conviction première, ne marque généralement aucune amélioration dans le style du groupe, bien au contraire.

Pour bien vieillir, il faut en fait avoir eu des commencements modestes. C'est alors que tout reste possible. Pour illustrer cette thèse, l'année 2010 nous a gratifié d'un excellent album des Black Keys, Brothers, peut-être leur meilleur. Mais pour mieux montrer la différence de parcours entre des groupes de qualité diverses, je vous parlerai dans le même temps d'un autre disque fraîchement paru, qui est un échec total: Butterfly House, des Coral.

Les deux groupes sont apparus au même moment sur la scène internationale, avec un premier album en 2002 et ont été classés dans la rubrique "retour du rock". La comparaison s'arrête là. L'un est américain, l'autre anglais: pendant que les Black Keys, obsédés par le blues, tentent de ressusciter une certaine tradition roots, les Coral, au début très anglophiles, jouent un brit-rock déglingué et magnifique, brassant toutes les influences de l'île, jusqu'au ska. A l'époque, il n'y a pas photo: les Coral non seulement sont les plus forts mais il s'agit même du meilleur groupe au monde. Cependant, les temps changent. Les meilleurs périclitent souvent tandis qu'un groupe modeste mais travailleur comme les Black Keys a des chances de s'en sortir. A force d'huile de coude, le duo d'Akron finit par fluidifier son jeu, même si ce n'est pas sans mal. Au début peu doués pour le blues des noirs - qui s'en étonnerait? - les yankees comprennent qu'il faut y mettre aussi un peu du leur: la mélodie, la pop, le mélo, l'atmosphère, tout ce qui fait qu'ils ne seront jamais des bluesmen. "Apprends à te connaître"... et ne te renie pas. Le projet Blakroc aura été de bon secours: en voyant la force de conviction des rappeurs, Dan Auerbach a senti ce qui lui manquait. Fort de cet aquis, Brothers est un bon disque, prêt à remporter un certain succès populaire. D'abord travailleurs de l'ombre, les Black Keys pourraient devenir des dinosaures respectés. On ne saurait en dire autant, par exemple, des White Stripes, qui n'intéressent plus personne.

Les Coral, trop forts, trop bons, auraient dû, comme les meilleurs, s'arrêter plus tôt. Cinq ans et puis s'en va. Cela aurait été juste parfait. Roots and Echoes aurait fait un dernier album tolérable car, en dépit de sa tiédeur, il contient son lot de bonnes chansons. Mais Butterfly House est le pas en trop: insipide, mou, répétitif et brumeux, le dernier disque des Coral ne pose pas seulement problème parce qu'il est mauvais - auquel cas il suffit de ne pas l'écouter - mais parce qu'il renouvelle la réputation du groupe en mal. C'est donc à dessein que j'ai choisi une photo en totale contradiction avec leurs dernières productions: j'espère ainsi rétablir la plus juste image du groupe, celle qui mérite, en tout cas, de passer à postérité.
Etant donné le mauvais sort que réservent le temps et la mémoire collective à ses œuvres, un groupe est presque toujours jugé sur la foi de ses derniers disques, ce qui entraîne en conséquence une perte subite de crédibilité en cas d'échec. On ne pourra plus brandir les Coral en étendard sans avoir à se justifier auprès des nouveaux-venus, des curieux sceptiques et des moqueurs patentés. C'est un tort considérable qu'ils ont fait à leur propre légende.
Penser que leur premier album, the Coral, dont je vais publier tout le bien que j'en ai écrit à droite et à gauche, n'aura peut-être jamais l'exposition qu'il mérite tandis que, publicité oblige, des milliers de gens vont écouter ce Butterfly House inutile est un motif d'agacement constant pour moi.

La conclusion à tout cela c'est que les Black Keys, ces copistes dont on n'attendait pas grand chose, ont profité de leur vieillissement pour enfin sortir un grand disque - même si les amateurs de blues et, plus généralement, les adeptes de musique black vont logiquement crier à l'imposture. Pendant ce temps, un authentique bon groupe, un des meilleurs que l'Angleterre ait connu, se prend les pieds dans le tapis en copiant le folk-rock sixties de C,S & N alors qu'il s'était auparavant distingué sur un premier album parfait en n'imitant rien ni personne (sauf l'auteur d'une marche russe) et avait témoigné du don incomparable d'être lui-même... Les aléas du vieillissement en pop music...

lundi 8 mars 2010

New Seasons


Il n'est pas interdit, maintenant que les tops sont bouclés, de revenir sur un groupe anecdotique, mais pourtant très sympa, des années 00. Les Sadies ne sont pas connus dans l'Hexagone et ne le seront pas davantage à la suite de cet article, je le crains. Non que ce soit une lacune immense dans la culture musicale française mais ce petit groupe, qui a été épaulé par Jon Spencer (la tournée 2008 avec Heavy Trash), vaut le détour si d'aventure vous aimez les Byrds et Gram Parsons. Parce qu'alors là, vous tapez dans le mille. C'est exactement ça. Parfois trop même, mais qu'attendre en terme d'innovation d'un groupe qui au fil des ans s'engouffre plus profondément dans la country (voir leur myspace, et aussi leur disque avec John Doe)?
Nonobstant cette obsession vieillotte, cela fait un moment qu'on attend un nouveau disque des Sadies seuls. Les récentes collaborations, avec Jon Spencer, avec John Doe mais aussi pour le projet des sessions Jeffrey Lee Pierce, semblent en avoir retardé l'échéance. Il faut dire qu'en side-band, les Sadies trouvent un rôle taillé sur mesure. L'album avec John Doe, même s'il m'avait l'air ennuyeux, laissait voir l'humilité du groupe: talentueux pour la composition, virtuoses de la guitare, ils préfèrent offrir leur service plutôt que de s'obstiner à vivre dans une petite bulle fragile qu'ils savent de toute façon condamnée à rester secondaire. Les Sadies, c'est le groupe qu'on aimerait avoir pour nous accompagner sur disque. Ils se trouvent qu'ils ont quand même sorti, en 2007, un album assez magnifique, surprenant par ses emprunts à la musique psychédélique et sa parenté avec le Brian Jonestown Massacre, ce qui ouvre des horizons plus larges que la musique du village. Une belle pochette rougeoyante et une douzaine de bons morceaux plus Byrdsiens que McGuinn, dont un instrumental magnifique (Wolf Tones), avec ça on est loin de l'horrible Pink Mountain Rag de John Doe!

vendredi 15 janvier 2010

In 2009, You could have what you wanted

En dépit de la mort prématurée de Jay Reatard, notre époque reste, selon moi, la meilleure chose qui soit arrivée au rock indé depuis des lustres. Faisant le tour d'horizon des blogs et de leur top de fin d'année, je m'aperçois pourtant que l'enthousiasme est en berne et que personne ne s'accorde sur les gagnants de l'année, chacun y allant de son disque relativement mineur, faute de mieux. Le papillonnage supplante par ailleurs l'obsession pour un mouvement, un registre, une famille musicale, ce qui arrive toujours lorsque les cartes sont brouillées, que rien de marquant n'affleure. Le monde serait-il en décomposition? Je ne suis pas de cet avis. L'époque, il est vrai, est à la diversité, mais ce n'est pas parce qu'on ne s'y retrouve plus qu'il n'y a plus d'identité forte dans le monde de la musique indé. Peut-être suis-je isolé, mais cette année a été, de loin, ma préférée pour toute la décennie. Je m'empresse d'ajouter que je n'ai pas connu les trois premières, à peine la quatrième (à cette époque maintenant reculée, j'avais la tête ailleurs). Le milieu de la décennie ayant été accaparé par une brit-pop que je ne comprends pas toujours (exception faite des Coral) il est logique que la fin soit pour moi plus importante que le début, puisqu'elle signe le retour d'une certaine musique américaine qui fait la synthèse de toutes les époques, n'oubliant pas les nineties (la décennie boudée par les frangés et les slimés, en attendant que dès 2012 on méprise les héros de notre génération, logique implacable).

Je ne souhaitais pas faire de top de fin d'année, et je n'y cèderai d'ailleurs pas, mais seulement parler d'un phénomène qui me semble remarquable. Depuis quelques temps, on entend à nouveau parler de Kurt Cobain, l'icône un peu encombrante qu'il aura fallu détrôner un moment pour inviter les filles à danser (c'est selon moi la philosophie des noughties, qui se placent en porte-à-faux avec la musique assistée par ordinateur mais également avec la rage désespérée du grunge). Cette référence, parfois assez appuyée, n'est pas éparse et ne touche pas n'importe quel groupe. Les Arctic Monkeys, par exemple, sont assez peu susceptibles de parler de Nirvana en interview. Mgmt non plus ne doit pas être adepte. Il faut chercher du coté de la musique à guitares bruyantes, que le tempo soit rapide ou lent, pour trouver des signes patents de cette réhabilitation. C'est Girls qui m'a mis la puce à l'oreille. Dans le clip "Lust for Life", Owen brandit une pancarte où s'inscrit au marqueur le nom du défunt leader de Nirvana, entre autres noms qu'il nous invite à écouter. Plus intéressant: quelques mois auparavant, le groupe Crystal Antlers, avec son single Andrew, me donnait l'impression de réentendre une rage vocale pas entendue depuis 1994. Les très délicats Pains of Being Pure At Heart ont signé un titre référencé: Kurt Cobain's Cardigan. Les Vivian Girls s'avouent fans, et même Crystal Stilts, qu'on sent pourtant branché années 60. Sur le site officiel de Jay Reatard on peut entendre depuis aujourd'hui la reprise de Frances Farmer will have her revenge on Seattle. Et, pour finir, quand on regarde l'allure de Owen et Reatard, on ne peut s'empêcher de faire la comparaison. Cela faisait un bail que les longs cheveux n'étaient plus médiatisés... Quelles conclusions en tirer? Alors que tout un chacun cette année a parlé d'un revival shoegazing (parfois nommé shitgaze dans ses tendances borderline), est-ce que le phénomène n'est pas plus large? Le fait que Pains of Being Pure At Heart revendique plus de connexions avec Vivian Girls, Crystal Stilts, Girls et Nirvana qu'avec Jesus and Mary Chain ou Ride n'est-il pas le signe que nous ne vivons pas une époque étroitement repliée sur le souvenir d'un courant musical alternatif très souterrain mais plutôt bâtie sur de nombreuses fondations, capable de lier Nirvana aux Beach Boys, My Bloody Valentine aux Beatles?
Ce qu'on a appelé un peu négligemment le revival shoegazing, même s'il emprunte beaucoup aux guitares noisy de Ride, a finalement la vue large et risque bien de se déployer au-delà des limites ridicules dans lesquelles on veut parfois - condescendance oblige des critiques de plus de trente ans avec les petits jeunes - l'encercler.

Si je mets côte à côte ces groupes, qui ont tous sorti un disque cette année (du moins en France) : Vivian Girls, Crystal Stilts, Pains of Being Pure At Heart, Jay Reatard, Smith Westerns et Girls, j'obtiens alors un formidable condensé d'une année de rock indé américain, avec une identité homogène et forte malgré la diversité des registres. Cela crève l'écran. Je peux ajouter les Crystal Antlers, qui n'ont pas vraiment confirmé sur la longueur le bien que je pensais du single Andrew mais en qui on peut quand même placer quelques espoirs, même si leur credo semble excessivement psychédélique. Bien que Kurt Vile ne soit pas forcément adepte de Nirvana (il est plutôt obsédé par Neil Young et Pavement), il entre lui aussi dans le lot de cet indie-rock à guitares massives, condensant d'ailleurs ses nombreux aspects (pop, rock, psyché et folk).
Bien sûr ces disques ne sont pas d'absolus chef d'œuvre mais leur absence systématique des tops de fin d'année a quelque chose de suspect quand on sait qu'ils ont dans l'ensemble reçu un accueil favorable. C'est tout le problème de la génération zapping: à peine un disque jaugé, l'internaute s'en va en chercher un autre, sans prendre la peine de réitérer son plaisir, même quand celui-ci a bel et bien eu lieu. Pire: les découvertes s'enchaînant et l'internaute averti se faisant toujours le scrupule de donner une deuxième chance aux chansons qui ne l'ont pas renversé dès la première écoute, on en arrive à cette aberration qu'un disque médiocre mais bizarre sera forcément plus écouté qu'un disque simple et attachant, puisque le temps passé pour pénétrer l'univers de l'un aura été plus long que pour se débarrasser du plaisir facile de l'autre. Le plaisir se trouve ainsi dévalué au profit d'une tentative vaine de dénicher la perle rare.

Néanmoins, deux disques dont on peut supposer que leurs fans les ont adoptés d'instinct se retrouvent en haut des tops cette année : Animal Collective et Grizzly Bear semblent en effet accommoder beaucoup de gens sincères. Aussi incompréhensible que cela paraisse aux détracteurs, il y a un public qui raffole de ce genre de choses, comme il raffole d'ailleurs des sympathiques mais pas incroyables Vampire Weekend. Evidemment, le tableau que ces trois groupes dressent de la musique indé américaine diffère assez largement du mien, même si des connexions peuvent à l'occasion se retrouver (Kurt Vile a beaucoup écouté Animal Collective qui a fait signer Ariel Pink, mentor de Girls, sur son label). Pour le moment, tel que je définis la musique indé, je suis - sur le plan médiatique - à coté de la plaque. De plus en plus on tend à confondre le mot indie avec Animal Collective. Sur deezer, par exemple, un usager sceptique et visiblement décontenancé écrivait "décidément, je ne comprends rien à la musique indie". Oui, normal. C'est Animal Collective, un élément d'une galaxie bigarrée. Jay Z lui-même n'a pas l'air plus au fait de l'actualité lorsqu'il dit que l'indie-rock réussit sa mutation: il pense de toute évidence à Vampire Weekend. Ce qui m'intéresse et ce qui a fait le suc de mon année musicale (en dehors du folk-rock et de quelques petits événements extérieurs) se joue du coté du shoe/shitgaze, du garage-rock et de Kurt Cobain. On aura la suite bientôt, c'est certain (car ils ne vont pas tous mourir cette année). Et là, on en reparlera avec plus de recul: feu de paille ou future explosion?

Discographie de l'année:

S/t - Pains of Being Pure At Heart
Childish Prodigy - Kurt Vile
Album - Girls
Watch Me Fall - Jay Reatard
Everything is Wrong - Vivian Girls











2008 mais 2009 en France : Alight of Night - Crystal Stilts

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Dans les autres sous-genres, il est inutile de dire que l'année comprend de bons moments, j'aurais à cœur de citer au moins quelques anglais: God Help the Girl (le projet de Stuart Murdoch) mais également la relève de Belle & Sebastian, assurée par Camera Obscura et leur dernier disque My Maudlin Career que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter en entier. Noah and the Whale m'a bien plu aussi, mais de là à citer leur disque parmi les favoris de l'année, cela me semble limiter la pop à une petite oraison amoureuse timide, pas plus conséquente que le beau disque de Bill Callahan - je dirais même que cette curieuse année aura fait porter des œillères à la critique. Alors, toujours de l'autre coté de la manche, il y aurait sans doute beaucoup à dire si seulement j'avais beaucoup écouté. L'indie-rock, là-bas, se diversifie également, mais tout y sonne plus timide, sauf ces Arctic Monkeys que je trouve lourds, trop lourds (faute à la production ou à la faiblesse mélodique?), les Horrors, qui ont tapé un grand coup et Jamie T, qui semble vraiment avoir un truc. Mais ce n'est pas, on l'aura compris, ma tasse de thé. Je désespère parfois de mon manque d'éclectisme - remède à toutes les névroses - mais voilà, les sympathique Bombay Bicycle Club ne me feront pas pleurer de joie ni d'enthousiasme alors que j'oublie toutes les nécessités de la vie en entendant les trois minutes de Young Adult Friction, de Can't Get Over You, de There Is No Sun, de Morning Light ou de Monkey (à vous de relier ces chansons aux bons artistes). J'ai l'impression que je vais exploser rien qu'en pensant à ces chansons. Comment expliquer de telles choses? Les gens qui aiment Jim Jones Revue éprouvent-ils le même sentiment? S'ennuient-ils en écoutant Pains of Being Pure At Heart comme je m'ennuie ferme en entendant ce showman grand-guignolesque prendre sa gratte et gueuler devant son parterre de petits hussards? Les mystères de la vie, de l'altérité, des goûts...

samedi 9 janvier 2010

Pourquoi je deviens (un peu plus) anglais ...

L'Angleterre subit souvent mon clavier assassin, pourtant la musique que j'aime s'abreuve à cette source, ouvertement ou pas. Il ne faut pas oublier que pour un Pavement et des Pixies, l'Angleterre avait Jesus & Mary Chain et Spacemen 3/Spiritualized. Mais les origines ne signifient rien. Les déplacements migratoires emmènent notre cœur ailleurs et aujourd'hui, à quelques savoureuses exceptions près, comme ces Camera Obscura gentiment twee-pop, la musique anglaise me semble un peu en recul.
Petit test: quelle est la dernière sensation rock'n'roll outre-manche? Jim Jones Revue. Pendant que des jeunes gens talentueux pratiquent un rock moderne de l'autre coté de l'Atlantique, entendons par là un rock dont le caractère revivaliste ne s'étend pas au-delà des années 80 - il faut en effet être prudent avec l'adjectif "moderne" -, pendant que the War On Drugs et Kurt Vile rafraichissent l'indie-rock, que Jay Reatard ou les Vivian Girls font crapahuter le punk-rock, que Girls ré-enchante San Francisco, que Pains Of Being Pure At Heart, aussi gnan-gnan qu'ils soient, invitent la pop eighties dans les débats, pendant ce temps donc, Jim Jones Revue, grand groupe anglais du moment, joue tout bêtement du rock'n'roll, estampillé années 50, sans aucun complexe, sans chercher à produire l'illusion de la nouveauté (c'est tellement plus facile d'être sincère). Les compos originales sonnent comme des reprises standard, mais ça rend les nostalgiques heureux, ceux-là même qui ressuscitent le Petit Nicolas et qui, la prochaine fois, passeront aux hussards de la République (pour les écrivains, ils nous gavent déjà avec). En attendant le rock Empire, voici la queue de la comète du revival 00', le foirage du rock. Gros bug en 2010. Ne nous étonnons pas: le retour des années 60/70 ayant préparé le terrain, il ne reste plus au mouvement conservateur qui rampait souterrainement qu'à profiter de la disposition des esprits à écouter du vintage pour assouvir son fantasme absolu: ressusciter Elvis Presley et Chuck Berry. Mazette! C'est Sarkosy voulant ressusciter Yves Mourousi. Pendant ce temps, il y a des choses qui avancent, doucement peut-être, sans révolution, mais sous prétexte que, d'une façon ou d'une autre elles aussi sont revivalistes (comment créer sans imiter?) on porte la mauvaise foi, dans certains milieux, jusqu'à ignorer leur saveur nouvelle, leur discrète originalité ou fraîcheur et faire croire que le monde appartient au rock'n'roll des origines.

Mais brisons-là, je ne suis pas exempt de mauvaise foi: l'Angleterre, c'est aussi Jamie T, Xx et Micachu, Last Shadow Puppets, etc. Il y a du bon et surtout du moins bon, beaucoup de variété, peu de lignes directrices. Preuve que la Grande Bretagne se cherche un peu en ce moment.
Pourtant, avant d'avoir cette démarche étrangement bancale, l'Angleterre était la patrie d'un brit-rock assez homogène: Libertines, Rakes, Arctic Monkeys, Art Brut, Futureheads, Cribs et... les Coral, les extra-ordinaires Coral. Ce fantastique groupe dont le talent ne m'était pas apparu clairement sur les deux disques que je possédais d'eux: Magic and Medicine et Nightfreak and the Sons of Becker - qui m'avaient séduit sans passion .
Le premier révélait des instrumentistes brillants, un artisanat très maîtrisé de la composition mais aussi une certaine froideur. Le second, brouillon psychédélique sympathique, était un peu limité et bourre-pif. Il faudra pourtant songer à les réécouter attentivement car la collection de singles qu'ils ont sortie en 2008 a remis les pendules à l'heure. The Coral n'est pas seulement un bon groupe respectable, dans l'ombre des Libertines ou des Arctic Monkeys, un descendant honnête mais trop appliqué des Pale Fountains et de Shack, non, c'est un immense groupe qui dépasse d'une tête ses références, Oasis compris. Je ne suis pas le seul à avoir ignoré leur génie de la mélodie pop, plusieurs de mes connaissances ont entretenu avec le groupe un rapport de curiosité polie et distanciée. Avions-nous les oreilles bouchées? Il est vrai que Single Collection n'est pas un disque de fan, mais un disque universel. Entendons par là qu'on peut trouver des longueurs à l'ensemble de leurs discographie tout en se gorgeant du cocktail de guitares et de mélodies proposées ici. Dreamin' of you et Who's gonna find m'avaient toujours semblé fantastiques, mais je découvre enfin In the Morning, Pass It On ou l'indépassable Put the Sun Back, la chanson en or, celle que n'importe quel guitariste voudrait avoir composée. Dur travail pour les apprentis, car pendant 3 minutes l'auditeur médusé, au bord des larmes, a droit à la perfection pop et un niveau d'émotion contenue qui laisse rêveur. C'est en écoutant une chanson comme celle-là que la vie sans musique me parait d'un coup une aberration.

vendredi 1 janvier 2010

2000-2009 vues par les visiteurs

Les bons comptes font les bons amis, il s'agissait cette fois de ne pas oublier le récapitulatif du sondage avant son effacement total. Les entrées possibles étaient limitées à 112 artistes/groupes, plus une catégorie fourre-tout sobrement intitulée "autres" qui, sur 22 votants, n'a reçu que 9 adhésions. Je pensais pourtant qu'on avait tous au minimum un groupe hors liste. Car rien ne saurait être exhaustif, d'autant que certains choix ont pu semblé saugrenus. Ainsi, on trouvait bien les débutants undeground de Waaves, les méconnus Jenny Lewis et Richmond Fontaine, les Matchbox B-Line Disaster, mais point d'Andrew Bird ou de M.Ward, pas de Rakes ni de Gossip, pas de Jamie T ni de Goldfrapp... Cela fait partie des erreurs dommageables. Les nouveaux de Pains of Being Pure At Heart étaient également ignorés alors qu'ils semblent partis pour durer. Mais il faut laisser de la place pour la décennie inaugurée aujourd'hui. Un certain nombre de groupes ont encore tout à donner et ne peuvent pas marquer une décennie trois mois avant sa fin. Je parlerai plus loin de ces gens prometteurs en qui je place beaucoup d'espoir. Pour l'heure, je reviens sur le choix des votants.

Tout d'abord, il faut remarquer qu'il y a de grands perdants: zéro voix pour Adam Green et les Moldy Peaches, zéro pour the Streets, idem pour Kanye West et Boards of Canada. Pour le rap et l'électro, ce n'est pas étonnant: c'est la ligne éditoriale du blog et les lecteurs qu'elle attire qui explique ce phénomène. C'est plus surprenant pour les Moldy Peaches, quand même auteurs d'un album fameux et plébiscité par le public. Surprenante également la déréliction de Richard Hawley, l'une des rares grandes voix de la musique "pop", si ce mot n'est pas inconvenant pour un crooner si distingué.
Pour le reste, des groupes secondaires se partagent le néant des votes: Brendan Benson, les Cribs, Edward Sharpe, El Pero Del Mar, Felice Brothers, Hot Hot Heat, Matchbox B-Line Disaster, Ray Lamontagne, Super Furry Animals, Waaves et !!!

Ne sont pas garnis non plus, avec seulement une voix, les groupes suivants:
At the Drive-In, Björk, Comets On Fire, Datsuns, Deerhoof, Doves, Electric Soft Parade, Fiery Furnaces, Handsome Family, Handsome Furs, Lcd Soundsystem, My Morning Jacket, Radio Moscow, Raveonettes et Silver Mount Zion.

Compte tenu des visiteurs habituels du site, rares mais sans doute fidèles à une certaine famille musicale, je m'étonne que le score de My Morning Jacket soit si faible...

2 voix: BRMC, Bright Eyes, Drive-By Truckers, Editors, Elbow, GYBE!, Gorillaz, Hold Steady, Horrors, Iron and Wine, Jenny Lewis, Killers, Magnetic Fields, Rufus Wainwright, Jay Reatard, Kasabian.

Je signale que j'ai voté (entre autres) pour Jay Reatard et que j'attendais d'ailleurs plus de points pour ce bonhomme prolifique qui donne un bon coup de po(m)p(e) au punk-rock. En écoutant son dernier disque, j'ai souvent pensé aux nineties (dont l'activité, interrompue par une décennie de rock NME, semble reprendre un train d'enfer outre Atlantique) et aux Pixies. C'était un petit nota bene.

3 voix: Amy Winhouse, Beach House, CYHSY, Coldplay, Deerhunter, Hot Chip, Jeffrey Lewis, Jesse Sykes, Mars Volta, Richmond Fontaine, Ryan Bingham, Vines, Warlocks, Yeah Yeah Yeahs.

Le score relativement faible d'Amy Winehouse est surprenant, mais encore une fois l'orientation du blog en donne la raison.

4 voix: Band of Horses, Beirut, Black Angels, Black Keys, Black Angels, Calexico, Dandy Warhols, Devendra Banhart, Flaming Lips, Girls, Joanna Newsom, Kings Of Leon, Muse, Raconteurs, Shins, Smog/Bill Callahan, Tv On the Radio.

4 voix sur 22, cela devient une minorité qui compte. Pas de surprises de ce coté là. Bill Callahan a reçu des éloges cette année, l'effet se répercute sur le vote. Un magazine anglais l'a positionné second de l'année. C'est trop, sans doute, même si cela fait plaisir de voir les têtes changer.

5 voix: Alela Diane, Brian Jonestown Massacre, Coral, Electrelane, Elvis Perkins, Fleet Foxes, Grizzly Bear, Herman Dune, Libertines, National, Queens of the Stone Age, Vampire Weekend.

Les compteurs se sont emballés tout de suite pour les Libertines, puis, inexplicablement, cela s'est arrêté. On peut dire que le nombre de voix ne rend pas compte de leur influence énorme sur le brit-rock des dernières années et plus généralement sur notre paysage musical. Je me félicite qu'il y ait quand même 5 voix pour le BJM - j'y suis bien sûr pour quelque chose - et pour the Coral, décidément un des meilleurs groupes au monde, leur récente compilation de singles prouvant leur maîtrise absolue de la composition pop. Je m'aperçois aussi que Vampire Weekend était plus qu'un coup de chaud éphémère de la part bloggeurs. Le groupe est bien placé dans tous les classements, parfois dans les 20 premiers.

6 voix: Animal Collective, Antony and the Johnsons, Babyshambles, Interpol, Kings of Convenience, Modest Mouse, Okkervil River.

Evidemment, les résultats se resserrent. Peu de groupes ont atteint le seuil des 6 voix. Babyshambles triomphe des Libertines. Ce qui révèle la primauté de Pete Doherty sur ses compères? Que sont Modest Mouse et Okkervil River? J'ai mis ces noms sans vraiment les connaître.

7 voix: Cat Power, Kills, Mgmt, Midlake, Strokes, Sufjan Stevens.

Rien d'étonnant si on considère la popularité de ces groupes, mais la victoire des Kills sur les autres têtes de gondole, comme les Libertines, Interpol ou BRCM est inattendue. Mgmt prouve que leur succès n'était pas un feu de paille, même si Oracular reste récent. Midlake a évidemment trouvé du succès sur un blog familier du folk-rock.

8 voix: Arctic Monkeys/Last Shadow Puppets, Belle & Sebastian, Bon Iver, Franz Ferdinand, Grandaddy.

Comme quoi le snobisme n'est pas la plaie de la blogosphère. 8 visiteurs ont aimé les Arctic Monkeys (ce qui était plus que prévisible) et 8 également ont tressé des lauriers à Franz Ferdinand, dont le tube Take Me Out reste, il est vrai, particulièrement attachant. Belle & Sebastian, même si de l'avis général leur grande période date des années 90, a continué à ravir son public avec constance, jusqu'au récent projet collectif de Stuart Murdoch, God Help the Girl. Grandaddy, dont le disque phare, Slophtware Slump, remonte déjà à 2000 n'a pas été oublié en cours de route. Le récent disque de Jason Lyttle a peut-être rappelé au monde l'existence de son groupe. L'outsider, c'est Bon Iver. Encore une fois, la teinture folk-rock du site explique bien des choses.

9 voix:Wilco est le seul groupe à avoir reçu 9 voix. S'approchant de la moyenne, la bande de Jeff Tweedy a incontestablement fait parler d'elle pendant ces dix dernières années, même si son influence, pour être franc, semble se limiter - en France du moins - aux seuls médias et à quelques internautes fans de Neil Young. La question reste: quel album pour Wilco? Si on excepte les deux derniers disques - soft-rock californien un peu plat - chaque livraison a une identité distincte.

10 voix: Radiohead, White Stripes. Ces deux groupes sont donc les premiers à atteindre la moyenne. Aucune surprise, dirais-je. Deux publics différents, un chef de file pour chacun d'eux. Radiohead reste selon moi un groupe des années 90. Mais les fans sont nombreux et résistants. Le groupe de Thom Yorke a fait chemin seul pendant ces dix dernières années, loin du retour du rock, à contre-courant même. Malgré sa popularité Radiohead est un point isolé dans les noughties, alors qu'en 95, ils étaient intégrés à un ensemble fort de groupes brit-rock (qu'ils dépassaient sans problème). Les White Stripes, au contraire, étaient isolés à la fin des années 90 et se sont trouvés subitement au cœur d'un mouvement qu'ils ont contribué, avec les Strokes et les Libertines, à lancer. Passage d'une génération à une autre ou d'un clan à un autre, qu'en sais-je, toujours est-il que le flambeau de l'influence est passé des mains de Radiohead à celles des White Stripes.

Le numéro 1: ARCADE FIRE. 14 voix, seul groupe au dessus de la moyenne. Arcade Fire en 2005 (2004 pour les canadiens) brisait la décennie en 2. Tandis que le rock continuait sur sa lancée avec les Arctic Monkeys, les canadiens d'Arcade Fire inventaient la fanfare indie-pop, avec instruments de goguette, comme l'accordéon, et déchainaient ainsi la passion d'un autre public. Le deuxième album, moins bon, n'a pourtant pas atténué leur succès et la fidélité des fans ne s'est pas démentie.
Quel avenir pour ce groupe que d'aucuns voyaient en Pixies des noughties? De mon point de vue, la comparaison est impropre. Si les Pixies pouvaient avoir un rejeton, il s'appellerait plutôt Jay Reatard. Arcade Fire est surtout un groupe qui exalte la tristesse jusqu'à la transformer en une sorte de liesse populaire, de gaieté ivre et grandiloquente. Trop d'emphase, même dans la fougue, cache un fond de malheur. C'est cette grandiloquence qui peut indisposer plus d'un estomac sensible et qui a fini par me lasser d'eux.

On l'aura deviné mon top personnel est différent. Pour information, j'ai voté pour les groupes/artistes suivants:

Antony and the Johnsons (pour l'album I'm a Bird Now), Beach House, Belle & Sebastian, the Black Angels (en raison d'un premier disque, Passover, qui m'avait fait très forte impression), the Brian Jonestown Massacre, the Coral, Elvis Perkins, Girls, Ryan Bingham (parce que Mescalito est le disque d'americana parfait), the Warlocks, the White Stripes (à cause d'Elephant, que j'ai découvert à sa sortie) et Wilco parce que A ghost is Born (qui sera bientôt chroniqué) a marqué un tournant dans mon approche de la musique.

Pourtant, certains des groupes qui m'ont plu ne figurent pas dans cette liste, notamment à cause de leur manque de popularité, parfois parce qu'ils n'en sont qu'à leurs balbutiements et qu'en dépit d'une première réussite, ils forment surtout les espoirs des années à venir:
les Moondoggies, les Ponys et Kurt Vile sont les trois absents pour lesquels je me serais fait un plaisir de voter.

Si on me demande à quoi je voudrais voir ressembler l'avenir de la musique indé, je répondrais: Jay Reatard, Girls et surtout Kurt Vile. Je suis persuadé que ce type va bouleverser les habitudes des auditeurs. Les paris sont ouverts.

Que dire des tops proposés par la presse spécialisée? Il y a des choses attendues. Pas un top sans les White Stripes, Arcade Fire, les Libertines, les Strokes, Radiohead ou les Arctic Monkeys. On retrouve souvent Vampire Weekend, Fleet Foxes, Amy Winehouse, qui s'est d'ailleurs payée une première place dans le mag Q, the Streets et Wilco. Certains groupes alternent: une fois c'est Kasabian, l'autre Interpol, BRMC, Lcd Soundsystem, etc. Les Kills, malgré leur popularité, sont rarement cités. La mauvaise nouvelle, c'est qu'en dehors du NME, on oublie systématiquement Pj Harvey et Spiritualized. Toutefois, le magazine Uncut, il faut leur rendre cette grâce, a très bien positionné Pj Harvey. Ce même magazine s'est montré innovant en décentrant l'attention des anglais: Felice Brothers, Drive-By Truckers... Nulle trace de Jay Reatard dans ces tops. Il faut croire que malgré deux albums et des collections de single pétaradantes, l'américain est encore trop peu connu, ou trop peu influent. Plus étrange encore: malgré leur succès, les Dandy Warhols ne sont jamais retenus. Ils avaient pourtant deux disques populaires à leur actif: 13 Tales of Urban Bohemia et Welcome to the Monkey House. Que leur est-il arrivé en cours de route? Comment expliquer cette désaffection des médias, alors que le public ne les a pas lâchés? Mystère, mais le climat en Angleterre est bien sûr défavorable à ce type de musique psyché, en tout cas en ce moment. On verra l'allure des tops dans dix ans...

Sur ce, je continue ma rétrospective des noughties en publiant régulièrement des articles sur les albums qui m'ont personnellement marqué et/ou que je juge particulièrement intéressants. Pour l'heure, 120 Days, Jack the Ripper, les Fiery Furnaces, The Magnetic Fields et bientôt Wilco sont les premiers à avoir bénéficié de ce traitement de faveur. Suivront une bonne trentaine d'albums. Je vous laisse deviner lesquels.

mercredi 16 décembre 2009

69 chansons d'amour...


... pour se lasser d'aimer. 69, c'est trop, beaucoup trop. Mais on n'est pas obligé d'écouter le coffret en une fois. Il a eu les yeux plus gros que la tête, assurément, mais Stephen Merritt est un des types les plus originaux du monde indépendant américain. Il n'est jamais en reste d'un projet farfelu et insolite. La dernière fois c'était un disque entièrement consacré aux guitares distordues - un peu foiré d'ailleurs -, un autre dont chaque titre commençait par I... En s'imposant ce style de contrainte, il invite l'oulipo dans sa fabrique et tente de régénérer la pop, en jouant sur les codes et l'inventivité. Pas facile, en effet, de surprendre quand on dit que tout a été fait. Alors peut-être reste-t-il comme solution de créer des règles pour échapper au nivellement général et obtenir un résultat neuf et aléatoire. Savant mélange de contraintes et de hasard.
69 Love Songs, sorti en 2000, est sa grosse oeuvre, l'album de référence cité par les fans. Il n'est pas absolument intouchable, ce n'est pas Pet Sounds ni le White Album, mais la volubilité du projet impressionne. Stephen Merritt s'est entouré de quelques musiciens mais reste néanmoins le maître à bord, il est l'homme orchestre, le touche-à-tout qu'on retrouve aussi bien à la guitare qu'aux claviers, au violon, au xylophone, aux cymbales, au triangle et autres fanfreluches. Même s'il a un groupe, il s'occtroie à juste titre la part du lion dans l'estime publique. Pour certains, c'est un petit maître de la pop music.
Soyons honnêtes: il est plein d'idées, souvent bonnes, mais il a une manière de chanter toujours la même, sans grande réussite mélodique. C'est que Stephen Merrit est à part égale un créateur de mélodies instrumentales et un parolier. La musique prenant beaucoup de place, le sympathique Léonard de Vinci n'arrive pas vraiment à lui imprimer une autre ligne mélodique. Cela n'empêche pas qu'occasionnellement il crée des chansons sublimes, comme All My Little Words. Le reste du temps, c'est vrai, on a surtout affaire à un bricoleur ingénieux et souvent surprenant. La curiosité de l'auditeur est pour beaucoup dans l'affaire.

69 LOVE SONGS
The Magnetic Fields
Domino, 2000

mardi 15 décembre 2009

Jack the Ripper


Cette rétrospective ne suit pas d'ordre défini. Il ne s'agit pour moi que d'écrire un billet sur chacun des albums qui m'ont marqué pendant cette décennie, sans classement, sans ordre de préférence ni échelle d'importance. Je ne sais pas exactement où se situe Jack the Ripper dans ma hiérarchie intime mais ce qui est certain, c'est que de tous les groupes français, il est le seul à avoir atteint dans mon estime un palier d'ordinaire réservé à des groupes étrangers.

Bien sûr, on peut dire que Jack the Ripper est anglophile. Le nom du projet comme la langue choisie par le chanteur ne trompent pas sur les influences du groupe. Mais il faut pourtant préciser, sans chauvinisme aucun, que Jack the Ripper est plus profondément français que bien des chanteurs rabelaisiens. L'esprit de notre pays transparait en effet partout où les arrangements prennent de l'ampleur. Avec leur parure de goguette, les morceaux de Jack the Ripper nous ouvrent les portes d'un cabaret satiné et chatoyant, peut-être plus parisien encore que londonien. On se croirait en fait en pleine période impressionniste.
Invitant piano, mandoline, trompettes, trombone et violons, selon le modèle du collectif plutôt que suivant la formation restreinte du groupe, Jack the Ripper flirte avec cette approche diversifiée qui singularise aussi le Canada. Du coup, c'est à la fois un disque de musiciens mais aussi la preuve éclatante qu'on peut chanter anglais sans trahir ses origines, tandis que d'autres s'évertuent à singer en français, tant bien que mal, des rock'n'roll anglophones inadaptés.

Il reste néanmoins une influence anglaise prédominante dans des morceaux comme Goin' Down: celle, fascinante, du Careful With That Axe Eugene de Pink Floyd, que le chanteur a l'air d'apprécier tout particulièrement. Quiconque a vu la performance du groupe à Pompéï, sur fond d'irruption volcanique, sait que Careful était à l'origine destiné à effrayer le public - qui rigole peut-être un peu, aujourd'hui, avec le recul. Goin' Down fera sourire lui aussi: le chanteur y prend la voix de Golum et navigue sans phare entre premier et second degré. Un coup on se moque gentiment, l'autre on profite de la vertu libératrice du rock, cet exutoire des passions primaires. Entre le délire et la catharsis, Goin' Down réussit le double-jeu.

Il y a quelques années, le groupe avait laissé un long message de présentation sur son myspace, avec une explication de leur concept. S'appeler Jack the Ripper, non en hommage au classique du blues, mais en référence au meurtrier de Whitechapel, c'était plutôt énigmatique. Le propos du groupe était bel et bien tortueux et torturé, mais on comprenait leur volonté de sonder la psyché des hommes, l'intérêt qu'ils prenaient à la difficile maîtrise des passions, entre leur expression sordide et le refoulé qui en fait des bombes à retardement. Il y avait cette inquiétude autour de la folie et, en même temps, ce désir - finalement très politique, très humaniste - de la canaliser par la création.
Il paraît que la peur de devenir fou est l'angoisse prépondérante des êtres humains, selon un sondage dont je n'ai plus les sources. C'est étrange, quand on observe tous les jours des dangers plus imminents. Mais la folie est la conséquence d'une lutte insoutenable: ce qu'elle interroge avant tout c'est notre faiblesse, le point limite où le contrôle que nous gardons sur nos actions et notre vision du monde vacille. Peut-être est-ce cela, surtout, qui fait peur aux gens à travers la folie: la mise à l'épreuve par les aléas de la vie de leur capacité de résistance, la crainte d'être rivé à une impuissance.

Qu'on ait compris ou pas la visée de Jack the Ripper, il reste cet excellent disque, une coudée au-dessus de Yann Tiersen, qui est devenu trop prévisible. En attendant la suite, s'il y a lieu, on pourra faire une incursion dans l'univers des Fitzcarraldo Sessions. Mais c'est une autre histoire, toute récente.

LADIES FIRST
Jack the Ripper
Le Village Vert, 2005

Blueberry Boat


On continue la rétrospective des années 2000 avec un groupe tordu qu'on ne soucie ni d'aimer ni de détester. C'est un groupe qui existe, comme une pierre sur un chemin, et puis c'est tout. Même si cette pierre a une forme étrange et une couleur irrisée, même si elle ne ressemble pas aux autres cailloux et graviers qui pavent l'allée, on la laisse à sa place sans y toucher. De temps en temps, on y jette un oeil, parce qu'on se demande ce qu'elle va devenir, si par hasard elle ne va pas s'élever dans les airs et rejoindre le vaisseau spatial venu la ramener sur Mars. Les Fiery Furnaces, à bien des égards, sont à compter au nombre des quelques aberrations sonores ayant vu le jour dans cette décennie. Je ne parle pas de Coldplay, des Minus 5 ou de Black Eyed Peas. Ces choses sont banales, sans envergure et parfaitement inoffensives, leur existence ne se justifie pas puisque le public s'amasse tout autour comme un banc de moules. Mais les Fiery Furnaces, il faudrait qu'ils s'expliquent. Peu de gens écoutent, peu comprennent et beaucoup se demandent s'il y a quelque chose à comprendre dans ces morceaux à tiroirs qui n'en finissent plus de se décomposer. C'est l'art de la poupée russe: on l'ouvre et il y en a encore une dedans. ça n'en finit pas. On croit devenir fou. C'est peut-être pour ça que certains toqués, comme moi, écoutent ce groupe avec la même curiosité obsessionnelle. Je ne peux pas dire que c'est "typiquement le genre de groupe qui fait ceci ou cela", puisque, précisément, ils sont atypiques.
Je n'ai chez moi que deux albums, Blueberry Boat, celui sur lequel je vais concentrer mon attention, et Bitter Tea, une coquille creuse, le vide enluminé par des bruitages dignes d'un plateau télé ("Incroyable Gérard! Il a gagné une télé à écran plasma, etc"). Le fait qu'il comporte leur plus beau morceau, le très nostalgique Pearl Harbour Blue ne m'empêchera pas de le revendre. Je ne me suis pas farci le disque avec mère-grand, il ne faut pas exagérer non plus. En revanche, leur dernier album semble à première vue renouer avec l'efficacité pop, ce dont je ne leur ferai pas un tort. En fait, le dernier disque des Fiery Furnaces, ce pourrait être l'équivalent de l'art contemporain lorsque celui-ci atteint son classicisme, c'est-à-dire lorsqu'il a trouvé une forme stable et identifiable. A force d'huile de coudes, les Fiery Furnaces commencent peut-être bien à réussir, à trouver leur maturité. En attendant, Bluberry Boat tatonnait, empruntant des routes à droite et à gauche, mais ne mettant jamais, au grand jamais, un pas devant l'autre. Le sommet de ce disque pour lequel le mot foutraque a sans doute été inventé reste Chief Inspector Blancheflower, qui se conclut brusquement sur un solo de guitare tétanisant, pas loin de Crazy Horse. C'est complètement incongru, au vu des minutes qui précèdent. Mais les Fiery Furnaces sont comme ça: ils ont beaucoup d'idées, beaucoup de paragraphes, mais jamais de transition. Trop fatigant sans doute d'être pédagogue, quand on a une pensée en forme d'escalier et qu'on peut sauter d'un plan à l'autre sans liant. Alors, ils balancent tout, peut-être au hasard, peut-être avec un talent incompris. Ils sont frères et soeur et on dit que les frères et soeurs ont leur propre langage. Ce n'est pas le plus universel. Mais on les suit quand même - de loin.

A écouter: Chris Michaels, Paw Paw Tree, Mason City, Chief Inspector Blancheflower, Birdie Brain

BLUEBERRY BOAT
The Fiery Furnaces
Rough Trade, 2004

lundi 14 décembre 2009

120 Days


A l'heure des bilans de fin de décennie qui vont être bourrés de groupes de rock, mais aussi, sur d'autres blogs, de groupes de hip-hop, il n'est pas inutile de revenir sur un accident de parcours. Il y a des ovni bizarres, qui deviennent cultes à force de renverser le jugement commun - le truc préféré des amateurs de la contradiction gratuite - mais aussi des ovni banaux, un peu comme ces photos de sphères lumineuses qui n'étonnent même plus parce que le trucage est grossier. 120 Days est de cette espèce, c'est un disque d'allure commune, non parce que les morceaux ressemblent à du déjà-vu (ce qui est tout de même le cas) mais parce que la production vaguement électronique de l'album est assez clinquante, comme du Kraftwerk grand public. Ils nous viennent de Norvège et sonnent froid comme le pays doit l'être en ce moment même.
Quant aux compos, elles sont assez ambigues... Endoctriné par le retour du rock et l'idéologie punk régnant chez l'intelligentsia du rock (c'est-à-dire le contraire de l'intelligence réel, des jugements lapidaires, un culte naïf de l'authenticité, un vitalisme basique et un positionnement par principe contre la musique de masse), j'ai descendu l'album après l'avoir initialement aimé, il y a de cela plusieurs années. C'est l'une des rares fois où je suis obligé de concéder l'influence contre-productive et aliénante de l'opinion publique sur la mienne. La production est parfois si clinquante que j'ai pris honte. C'est un peu la faute aux musiciens aussi. Ils ont, dans le fond, de vraies bonnes chansons, mais se sont donnés une image de minet ridicule, qui ne colle pas du tout avec la voix du chanteur, capable d'une belle raucité sur Get Away et souvent proche de The Cure. Leur crédo, c'est plus ou moins de faire sonner Spacemen 3 comme U2, avec des éléments de Kraftwerk. C'est vraiment bon, à deux reprises ça atteint même des sommets: Get away donc, que je vous propose d'écouter - parce que vraiment c'est une de ces pépites inconnues dont les bloggeurs raffolent tant - et Come out, come down, fade out, be gone. Le dernier morceau, long de huit minutes, a un final très prenant aussi (I've lost my vision).
Il y a un fossé entre l'image et la musique. C'est un fait rare. Ce disque est passé par la lessiveuse, les musiciens sentent le savon, mais malgré tout c'est un disque de rock. Quant à l'emballage du produit, personnellement il ne me gêne plus - si tant qu'il m'ait un jour gêné autrement que par préjugés.

S/t
120 DAYS
Smalltown Supersound, 2007

http://beemp3.com/download.php?file=448720&song=Get+Away