La chanson de la semaine

Affichage des articles dont le libellé est folk-rock. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est folk-rock. Afficher tous les articles

vendredi 29 octobre 2010

Come Around Sundown

A bien des égards, les Kings of Leon sont les Red Hot Chili Peppers de notre époque. Comparez par exemple Wasted Time, de leur premier album, à The End, et vous aurez à peu près le même écart qu'entre Freaky Stealy et Californication. Rythmée et rêche, leur musique est devenue le coucher de soleil "Palm Beach" qu'arbore cette magnifique pochette. C'est la loi des majors, direz-vous. Il se peut. Mais là n'est pas le plus intéressant. Plutôt que le regret, je préfère la curiosité. Comme à l'instant même j'écoute Youth and Young Manhood, après avoir visionné le clip plein de bons sentiments mais involontairement colonialiste de Radioactive, je ne peux qu'être effaré par la distance qui sépare, en 7 années seulement, les débuts du groupe de Mount Juliet, Tennessee, terre du whisky et de la country, et leur nouveau style passe-partout dans la tradition du rock de stade. En 2003, le groupe jouait un folk-rock racorni mais jubilatoire, cradingue et criard comme un groupe punk qui se serait paumé dans un no man's land et y aurait rôti au soleil, rangeant les guitares dans des vans déglingués. En 2010, les Kings of Leon n'ont plus grand chose à voir avec le folk-rock et encore moins avec le rock'n'roll de saloon, viril et un rien macho. Au contraire, la voix de Caleb Followil, tout en demeurant nasillarde et ébréchée, s'est considérablement féminisée, pour n'être plus, parfois, qu'une plainte - qu'on imagine simulée. L'authenticité et la culture roots peuvent se perdre, mais à quelle vitesse! Si on y réfléchit, il était arrivé la même chose, dans un autre genre, aux Red Hot Chili Peppers. D'abord dingos et frénétiques, les shootés du groupe s'étaient mis à faire de la pop mélodieuse, progressivement tentés par le chatouillement des fibres sensibles (Scar Tissue... quand même un sacré morceau) et peut-être aussi par l'argent et la renommée. Ce faisant, ils n'avaient pas laissé tomber la basse, l'élément le plus important du groupe, ils s'étaient contentés de ralentir considérablement les rythmes. Les Kings of Leon font la même chose: slow down, ils décélèrent, mais ne lâche pas la basse. Mais la comparaison ne s'arrête pas là.Les frères Followil ne partagent pas seulement avec les RHCP une évolution vers le mainstream, auquel cas j'aurais pu choisir aussi bien R.e.m. Il se trouve que la pochette de Come Around Sundown, avec ses palmiers irradiés, est le pendant sudiste de Californication. Or, le succès public risquant bien d'être à la hauteur des attentes de Sony, on pourra sans doute dire, d'ici quelques années, que Come Around Sundown est aux années 2010 ce que le disque des californiens étaient aux années 90. A savoir un blockbuster populaire très plaisant, une petite cure de lumière dans le monde clinquant du mainstream. Même si la densité des émotions reste assez maigre, une chanson comme Down Back South s'écoute avec un agréable pincement au cœur. Peut-être parce que cette chanson nostalgique laisse entrevoir un retour au source, ou au contraire parce qu'elle exprime un dernier adieu, elle plaira aux fans d'americana et des anciens Kings of Leon. Personnellement, je justifie l'achat du disque par cette chanson. Mais c'est dépenser beaucoup pour peu.
Car il ne faut pas se leurrer, le reste de l'album s'éloigne considérablement du style sudiste et lorgne vers la grandiloquence de U2. Les guitares ont un coté "the Edge" qui pourra agacer certaines sensibilités. Ecouté à grand volume, ce disque révèle bien de solides qualités musicales et ne démérite pas du tout (l'inédit Celebrations, dans la version deluxe, par exemple, est comparable à n'importe quel morceau psyché plébiscité à longueur d'année par les bloggueurs et les amateurs éclairés) mais il ne se prête pas à une écoute attentive, ne laisse pas non plus admiratif.
De mon point de vue, Come Around Sundown est musicalement un bon disque, plombé malheureusement par une voix de plus en plus encombrante. L'organe vocal de Caleb Followil était autrefois une force et c'est en quoi le passage grand public des Kings of Leon s'avère un semi-échec. Jamais Followil n'aura été un grand mélodiste; peu adepte des phrasés musicaux bien écrits, il a toujours privilégié l'expression brute, qui passe par des variations de timbre et de volume. Il n'y a jamais eu, avec lui, d'air à fredonner. C'est ce qui le rapprochait auparavant du blues, plus que de la country. Mais cette particularité est devenue un défaut. Il ne fait plus que crier uniformément, avec un petit accent plaintif qui gâche parfois mon plaisir. En revanche, le remix de Closer, toujours sur la version deluxe, est trippant. Preuve qu'à n'importe quel moment, il peut revenir à de meilleures intentions.
Bref, si on fait le cumul de toutes ces remarques, vous remarquerez que ma chronique n'est ni acerbe ni laudative. Elle reste dans les limites de la curiosité et de l'intérêt. Rien n'est tout à fait à jeter chez les Kings of Leon, mais rien n'est désormais totalement bon. Sauf la pochette, bien sûr.
En tout cas, les amateurs d'americana ont trouvé de quoi alimenter le foyer de leurs discussions, car au prix d'un travestissement douteux les Kings Of Leon ont porté le folk-rock au devant du public, qui finira bien par en venir aux premiers disques. Tout ce que j'espère, c'est qu'ils gardent toujours un petit quelque chose de leurs origines sudistes, car mon oreille prête attention, même dans les moins bons morceaux, aux fragments d'ambiance, aux notes perdues qui réveillent l'image des grands espaces.

jeudi 28 octobre 2010

Twenty Miles

Dans le petit monde de l'americana, dont le défunt magazine Eldorado se faisait jusqu'alors le porte-parole en France, Deer Tick commençait à jouir d'une certaine réputation, acquise sur la foi d'un album, Born on Flag Day. Mais ce début d'estime ne passait pas les frontières. Ici, le nom n'évoque toujours rien et la pochette de l'album semblait d'ailleurs le destiner à un public exclusivement yankee. Du fait de cet anonymat déconcertant, je n'avais jamais songé à écouter une chanson du groupe. C'est dommage, mais le hasard a réparé cette omission. Twenty Miles, extraite des Black Dirt Sessions, est la chanson folk-rock qui fait oublier que les autres pousses de l'americana, les Felice Brothers par exemple, sont trop souvent décevants (c'est-à-dire en dessous de leur potentiel). C'est en piochant une chanson aux uns et aux autres qu'on se fait une bonne idée de l'americana roots et rêche d'aujourd'hui. Rien à voir, si vous me suivez, avec les paisibles et très radio-friendly Band Of Horses (que j'aime d'ailleurs beaucoup). Mais rien à voir non plus, heureusement, avec les ballades efféminées des songwriters bourgeois-bohèmes. Deer Tick est un authentique groupe de folk-rock plongeant le nez dans le whisky. L'alcool pur n'est pas mon truc, mais la musique qui en découle, si.

lundi 25 octobre 2010

Soufflé!


Je m'empresse d'apporter une rectification au message précédent: le nouvel album des
Moondoggies, contrairement à ce que j'ai écrit, est parfaitement audible sur internet. Il est même disponible à l'écoute dans son intégralité sur la page facebook du groupe. Pour quelqu'un qui prétendait "apporter un soin particulier" à leur actualité, me voilà bien penaud. Quand on cherche bien, on trouve toujours, donc voilà, pour vous éviter la peine de farfouiller en vain et surtout pour m'assurer que vous ne puissiez plus passer à coté, je vous poste le lien ici-même. Je me vois aussi dans l'obligation - délicieuse - de retoucher à mon premier jugement: si Empress of the North est une chanson folk un peu monotone, elle est très loin d'être à l'image de l'album. Les Moondoggies n'ont pas, comme je le craignais, remisé leurs guitares électriques, bien au contraire. J'en suis actuellement à l'écoute du troisième titre de l'album et je me prends une claque, comme on dit couramment. Il n'y en a pas un des trois qui soit inférieur aux meilleurs morceaux de Don't Be a Stranger. Je ne sais pas comment exprimer mon enthousiasme. It's a shame, it's a pity, Tidelands et What took so long sont des pépites de folk-rock sans temps morts. Ni Fleet Foxes, ni Midlake ne sont capables de ça.



TIDELANDS
The Moondoggies, 2010
Hardly Art

Les Moondoggies sont toujours là


Curieuse destinée que celle de ce blog, dans lequel j'affichais précocement mon mépris pour le brit-rock, sur des pages jaunes sépia évoquant autant les vieux livres que les saloons poussiéreux, et qui - ironie du sort - a été rebaptisé du nom d'une chanson incarnant mieux qu'aucune autre le ska-rock et le merseybeat anglais. Il ne faut jamais jurer de rien. Mais ce revirement ne signifie pas que dans un mouvement général de déni, je jette aux oubliettes tout ce qui, pendant quelques mois, aura fait la substance de Between the Lines of Age, à savoir le folk-rock américain, le soleil, la guitare électrique chaude et spasmodique du loner, les routes du désert et les grands espaces recevant les derniers rayons du soir. Non, bien sûr. Les Moondoggies, par exemple - et quel exemple! - auront toujours droit à une actualité soignée et accueillante. Vous souvenez-vous? Mes quelques rares lecteurs auront remarqué, sans nul doute, le déploiement de force rhétorique que j'avais mis au service de la promotion de leur premier album, sorti en 2008. Je l'avais comparé à On The Beach, de Neil Young. ça ne rigolait pas.
Pas plus aujourd'hui. Des mots écrits en cette année 2009, je n'en retire aucun. Don't Be A Stranger reste un des meilleurs albums de folk-rock que j'ai entendus. The Dutchess and the Duke sont encore meilleurs, car plus roots et moins sophistiqués, mais à la réflexion et quoiqu'ils viennent les uns comme les autres de Seattle, on ne peut pas les comparer. En octobre devrait sortir (ou devait) le nouvel album des Moondoggies, Tidelands. Inutile de dire que la France attendra longtemps avant d'en voir la couleur. Même Youtube, quelques jours après sa sortie supposée, reste désespérément silencieux. Tout ce que l'on peut savoir de ce nouvel album, un single nous l'apprend: Empress of the North. L'impression est mitigée: d'un coté le groupe montre qu'il n'a pas perdu son âme et ce nouveau titre s'apprécie comme une chanson secondaire, de la même façon qu'Undertaker était une très bonne chanson folk de Don't Be A Stranger sans pour autant en constituer un des morceaux indispensables. Pour un single, j'aurais aimé plus, quelque chose de la trempe de Changing ou de Long Time Coming. Pendant 4 minutes, j'ai attendu la guitare électrique, le coup de batterie qui allait sonner la charge, mais rien. Empress of the North est juste une ballade folk, et ce n'est déjà pas si mal.

dimanche 10 octobre 2010

Yankee Hotel Foxtrot en Belgique


Ceux qui déplorent l'existence de produits variés comme Deezer, Spotify, voire Myspace, au nom des bonnes vieilles radios doivent avoir des goûts très larges et beaucoup de temps à perdre. Pourquoi abandonner les précieuses minutes de nos vies à des programmateurs qui choisissent pour nous l'ambiance musicale de nos journées ? Comment accorder notre confiance à des gens payés pour diffuser tout et n'importe quoi ? La curiosité, le goût de la découverte, même, n'y suffisent plus. Il suffit d'avoir allumé le poste radio pendant une journée pour savoir que la même rengaine se répète ad eternam, entrecoupée de spots publicitaires et de bavardages. Restent les stations spécialisées: jazz, classique... Mais nos goûts personnels ne sont pas forcément solubles dans la culture.
La musique est trop importante pour la laisser entre les mains des programmateurs. Toutefois, il y a des moments où, dans l'absence d'une solution alternative, il n'est pas d'autres choix que d'allumer la radio. Ainsi, dans une voiture équipée d'un rudimentaire autoradio, vous êtes bien obligés de vous rabattre, non sans déception, sur cette option de seconde zone.
Dans le Nord de la France, sur Pure Fm ou Classic 21, les probabilités sont grandes pour que vous tombiez sur le dernier Arcade Fire ou, proximité de la frontière oblige, sur un groupe belge, comme Eté 67. C'est donc par un pur hasard que j'ai découvert ce groupe et la sympathique chanson "Passez la frontière" qui m'a rappelé une chanson de Wilco. Voyez ça: allumer l'autoradio, près d'Arleux, dans un des coins les plus paumés de la France, et entendre le fantôme de Yankee Hotel Foxtrot! Quelle surprise! J'avais rangé l'album depuis belle lurette, mais Eté 67 m'a rappelé à son bon souvenir. Les paroles - auxquelles je n'ai guère prêté attention - sont chantées en français d'une voix un peu molle, sans grand caractère - défaut persistant du folk francophone -, mais l'accompagnement, très soigné, diffusait une impression de luminosité douce et agréable, avec des petites touches de guitare électrique au son propre. Un rayon de soleil se pose sur la carrosserie, le temps est clément... La matinée se lève. La ciel, pâle comme un pastel, promet une belle journée. Et moi, je file réécouter Wilco, histoire de vérifier.

dimanche 19 septembre 2010

Infinite Arms


Cette histoire-là ne concerne pas tout le monde. Du moins, pas en France. Par curiosité l'internaute lambda peut néanmoins rester et parcourir cette page pittoresque, où il découvrira ce genre venu du pays de l'Oncle Sam, qu'on appelle Americana et qui se trouve ici représenté sous son jour le plus pop.
Band of Horses est un groupe attendu. Depuis maintenant 4 ans, l'espoir du folk-rock américain moelleux et chaleureux, ce genre de musique qui a troqué le son roots des Felice Brothers pour une approche plus fédératrice, ne cesse de satisfaire les déçus de My Morning Jacket ou les fans de Drive-By Truckers en attente d'une relève sérieuse. Il faut dire qu'à part eux, aujourd'hui, personne n'est à la hauteur. Wilco, par exemple, fait peine à voir dans son accoutrement soft-rock. Seul Band of Horses semble en mesure d'associer de vagues racines country-rock à une ambiance rêveuse, un son arrondi, des refrains pop lunaires et tristes. Factory, Blue Beard, On My Way Back Home, semblent ainsi mêler la chaleur et la lumière d'une route américaine à une virée nocturne dans les grandes villes aux néons multicolores. Le résultat est très consensuel et a un fort potentiel commercial, mais Band of Horses réussit aux USA ce que Coldplay n'a pas su faire en Angleterre : une pop middle class rêveuse mais assez ouvragée pour que l'oreille n'y perçoive pas qu'une plainte molle. On peut reprocher à Infinite Arms sa tiédeur - surtout par comparaison aux secousses intempestives qui traversaient the Funeral en 2006 - mais ce défaut est accepté d'office dans la mesure où il est presque constitutif du genre et qu'en plus il est compensé par des mélodies plaisantes. Le nouvel album de Band of Horses n'est donc ni un chef-d'œuvre, loin s'en faut, ni un pas en arrière: il suit la routine empruntée par un groupe qui ne semble pas pressé d'exacerber ses défauts et qui, au contraire, leur tient continuellement la bride. C'est ce qui fait cette drôle d'impression: Infinite Arms est trop policé, trop consensuel, et en même temps il est touchant malgré cela. Mieux, je pense, que Fleet Foxes, avec qui il partage certains points communs.

mardi 16 mars 2010

The Virgin


La chanson de la semaine, pour la deuxième fois consécutive, est déjà vieille. The Virgin est une des quelques bonnes chansons de Gene Clark, un membre de la première heure du groupe américain les Byrds, groupe très sous-estimé en France et pourtant influent. Ni les Byrds, ni Gene Clark n'ont, il est vrai, une discographie irréprochable. Truisme qui s'applique néanmoins à tous les groupes. Dans leurs meilleurs moments, les Byrds sont égaux à Bob Dylan, mais la chose est assez rare. Il faut surtout chercher du coté de Sweetheart of the rodeo, co-écrit avec Gram Parsons. Pas l'un de leurs plus connus mais le teint doucement lumineux de ces petites chansons countrysantes en fait pourtant un classique. Cela n'exonère pas de s'intéresser aussi à leurs autres disques, même si the Notorious Byrds Brothers, considéré comme un incontournable, est très décevant. Brisons là avec les Byrds, que Gene Clark a tôt fait de quitter pour jouer en compagnie des frères Gosdin et enregistrer au passage une des plus belles chansons au monde (selon moi): Tried So Hard, qui a le défaut sur ce disque d'être interprétée trop modestement. Les versions qu'en ont gravés Yo La Tengo et, surtout, Fairport Convention sont nettement supérieures. Celle de Fairport Convention est tout bonnement divine, mais je me suis déjà étendu sur le sujet l'année dernière. Gene Clark a ensuite enregistré, à l'aube des années 70, des albums solos, dont le plus connu No Other évoque peut-être quelque chose pour vous. Personnellement c'est White Light, l'album noir, qui a attiré mon attention. Disque de musique folk simple, délicat, peu électrifié mais finalement plus moderne qu'un disque des Byrds. White Light appartient à cette catégorie souvent chanceuse d'albums qui suscitent l'intérêt de l'auditeur parce qu'ils démarrent en trombe sur un morceau magnifique. The Virgin est en effet le premier et meilleur titre de l'album. Les paroles sont à décrypter, je n'y ai pas prêté d'attention particulière, il s'agit certainement d'une chanson d'amour et de jeunesse - une certaine routine de la chanson folk et rock, que colportent nos troubadours. Seul Tried So Hard m'avait réellement plu par ses paroles (chose rare). Sur The Virgin, ce sont les inflexions de la voix, liées aux slides de la guitare, qui me séduisent. Maintenant, bonne écoute, et si d'aventure vous n'aimiez pas The Virgin, croyez-m'en, c'est que la musique folk(-rock) diffusée par ce blog n'est pas votre tasse de thé!

lundi 8 mars 2010

New Seasons


Il n'est pas interdit, maintenant que les tops sont bouclés, de revenir sur un groupe anecdotique, mais pourtant très sympa, des années 00. Les Sadies ne sont pas connus dans l'Hexagone et ne le seront pas davantage à la suite de cet article, je le crains. Non que ce soit une lacune immense dans la culture musicale française mais ce petit groupe, qui a été épaulé par Jon Spencer (la tournée 2008 avec Heavy Trash), vaut le détour si d'aventure vous aimez les Byrds et Gram Parsons. Parce qu'alors là, vous tapez dans le mille. C'est exactement ça. Parfois trop même, mais qu'attendre en terme d'innovation d'un groupe qui au fil des ans s'engouffre plus profondément dans la country (voir leur myspace, et aussi leur disque avec John Doe)?
Nonobstant cette obsession vieillotte, cela fait un moment qu'on attend un nouveau disque des Sadies seuls. Les récentes collaborations, avec Jon Spencer, avec John Doe mais aussi pour le projet des sessions Jeffrey Lee Pierce, semblent en avoir retardé l'échéance. Il faut dire qu'en side-band, les Sadies trouvent un rôle taillé sur mesure. L'album avec John Doe, même s'il m'avait l'air ennuyeux, laissait voir l'humilité du groupe: talentueux pour la composition, virtuoses de la guitare, ils préfèrent offrir leur service plutôt que de s'obstiner à vivre dans une petite bulle fragile qu'ils savent de toute façon condamnée à rester secondaire. Les Sadies, c'est le groupe qu'on aimerait avoir pour nous accompagner sur disque. Ils se trouvent qu'ils ont quand même sorti, en 2007, un album assez magnifique, surprenant par ses emprunts à la musique psychédélique et sa parenté avec le Brian Jonestown Massacre, ce qui ouvre des horizons plus larges que la musique du village. Une belle pochette rougeoyante et une douzaine de bons morceaux plus Byrdsiens que McGuinn, dont un instrumental magnifique (Wolf Tones), avec ça on est loin de l'horrible Pink Mountain Rag de John Doe!

dimanche 7 mars 2010

My kingdom for a horse


C'est ce que chantait Mark Linkous en 95, reprenant une phrase de Shakespeare. Vivant en ermite dans son pays natal, la Virginie, parmi ses reptiles (c'est du moins l'image que véhiculait la rumeur), l'homme-groupe de Sparklehorse avait réuni en une quinzaine d'années une véritable confrérie de fans ardents, sensibles à ce qu'il leur murmurait dans le creux de l'oreille. De sa discographie, je ne connais que Vivadixiesubmarinetransmissionplot, clin d'oeil à un autre titre alambiqué: Swordfishtrombones, de son mentor Tom Waits. Il partageait avec ce dernier la volonté de se créer un univers bien à lui, décalé et personnel, mais n'en avait pas la voix écorchée et imbibée d'alcool.

Sans être un fan, son disque de 1995 me touche d'une manière bien particulière. Indie par la mise en son lo-fi et par la fragilité de la voix, Viva... croisait le blues, le folk et le rock moderne dans un mélange plus immédiatement à fleur de peau que soigneusement enregistré. C'est ce qui continue de faire la qualité brute de cette œuvre rêveuse et souvent douce (les guitares saturées y ont aussi leur place). En plus des qualités musicales, on y remarque surtout le travail de l'homme seul, celui qui bricole ses morceaux avec une débrouillardise d'autodidacte. Cela aussi le distinguait: une façon de faire, une patte. L'influence probable qu'il peut exercer sur un compositeur solo tient autant, sinon plus, à cette faconde qu'à son registre.

Il travaillait à un nouvel album, après l'opus collectif the Dark Side of the Night paru l'an passé.

lundi 8 février 2010

La Chanson de la semaine...


... n'est pas sortie cette semaine, mais il y a déjà deux ans. Vu que personne ne l'a écoutée (sauf les lecteurs d'Eldorado) il n'est pas inutile de la remettre ici (en en-tête du blog).
Souvenez-nous de 2008, l'ensemble des médias n'avait d'yeux que pour Fleet Foxes et son folk pépère dans l'esprit du premier Crosby, Stills & Nash. La scène de Seattle, dans l'ombre de cette gentille pastorale à l'odeur de paquerette, avait pourtant deux sensations autrement plus fortes à proposer: the Dutchess and the Duke, dont je parlerai en avril, et les Moondoggies, dont j'ai fait force éloges du premier album à la pochette magnifique. Les Dutchess sont presque garage et n'ont pas grand chose à voir avec les harmonies vocales du soft folk, mais les seconds sont bel et bien de la famille de Fleet Foxes, sauf qu'ils ont une approche plus électrique de la musique, en héritiers crédibles de Neil Young et du Crazy Horse. Si par hasard vous êtes déçus par le dernier album de Midlake - qui, parait-il, les voit s'engouffrer dans les méandres du folk progressif, ce que l'affreuse pochette, qui semble tout droit sorti de Donjon et Dragon, ne laisse pas ignorer - si donc, vous n'avez pas envie de vous sentir en automne en cette saison déjà froide, la solution c'est de redécouvrir les Moondoggies, le plus brillant espoir du folk-rock américain. Leur disque Don't Be a Stranger, rappelons-le, est sans déchets. Tout au plus pourrait-on lui reprocher ce clavier un peu encombrant - certains morceaux auraient en effet gagné en âpreté si le clavier s'était fait plus discret. Mais après tout, il ne s'agit que d'un premier essai, qui demande sans doute quelques ajustements. Il n'empêche qu'en 2008, je ne connais pas beaucoup d'albums (hormis celui des Dutchess and the Duke) à pouvoir lui tenir la dragée haute.
Rdv la semaine prochaine pour un tout autre morceau. Enjoy!

Changing, the Moondoggies in Don't Be A Stranger, 2009, Hardly Art

mardi 10 novembre 2009

Des hymnes?


Si j'en juge par le courrier des lecteurs de Mojo et d'Uncut, ce disque a trouvé un public outre-manche - à raison d'une occurrence dans chaque journal, peut-on appeler ça le prélude au succès? Le folk a bonne mine en tout cas. Fleet Foxes l'an passé, cette année Low Anthem? Ce n'est peut-être pas systématique quand même. Comme les barbus de Seattle, ce trio séduit et ennuie en même temps. Il a la particularité - rare! - de réunir deux publics différents: les fans de rock sale et les fans de folk efféminé. On passe sans prévenir d'une chanson typée Bon Iver à un morceau de Tom Waits interprété avec le côté casse-cou de Bruce Springsteen. La cohérence dans tout ça? Peu importe, ceux qu'exaspèrent le folk éthéré pourront se réjouir d'avoir trois titres costauds à se fourrer dans les oreilles: The Horizon is a Beltway, Home I'll Never Be et l'excellent Champion Angel. Avec ça, ils ont un ep fort recommandable. Mais l'autre visage du disque a néanmoins ses qualités. To Ohio, par exemple, n'est pas déplaisant. Cage the Songbird a de bons couplets, avec une voix proche de celle d'Alan Sparhawk. Ce qui étonne, c'est de savoir que le même chanteur est toujours au micro alors que musicalement il joue à saute-mouton. Bon disque dans l'ensemble. Et puis, quand ça ne va pas, il y a toujours un peu d'harmonica pour rendre sympathique. Ils n'ont pas à rougir; un groupe amateur sortirait cet album, il ferait grand bruit. Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant à constater l'engouement des médias - même si celui du public aura plus de mal, je le pressens, à suivre.

OH MY GOD, CHARLIE DARWIN
The Low Anthem
Bella Union, 2009

lundi 12 octobre 2009

Yonder is the clock

A dire vrai, j'écris ce billet surtout pour vous faire profiter de cette belle affiche des Felice Brothers, le genre d'affiche qu'un fan se devrait d'épingler au mur et qui habillerait élégamment les cloisons un peu tristes de ma pièce, si j'avais de quoi l'imprimer en grand format. J'en profite aussi pour vous parler de leur dernier album, qui est sorti depuis un moment déjà: Yonder is the clock. Titre extrait d'un roman de Mark Twain, selon mes sources, ce que vous vous empresserez de vérifier si vous êtes familier de leur univers culturel. Pour ce qui me concerne, je garde de Mark Twain un souvenir plutôt mitigé (mais le collège est loin...) tandis que le disque des Felice Brothers, sans être parfait, tient bien sa place dans mon estime.
Ce groupe, dont j'ai déjà parlé (voir Frankie's Gun) est, à en croire les commentaires et les vidéos laissées sur youtube, une bête de scène. Chose qui ne se vérifie évidemment pas sur disque, sans compter que beaucoup de titres ici présents sont calmes comme un jour d'hiver - ceci en dépit du fait que la voix (de canard = Bob Dylan) est plutôt chaleureuse, tout comme l'instrumentation folk-rock du groupe. Deux chansons se distinguent nettement du lot par leur entrain et leur prodigalité: Memphis Flu et, surtout, l'imparrable Run Chicken Run, LE moment fort du disque, avec l'intro à l'accordéon, si typique du groupe. La vidéo, capturée live, vaut le pesant d'or. Observez notamment le violoniste, Greg Farley.
L'un des frères Felice, Simone, vient de sortir un disque avec un autre groupe: the Duke and the King (Nothing Gold Can Stay). Suivez le lien, ça a l'air bien aussi. Hélas, jetez un oeil sur les dates de concert... Pourquoi l'Allemagne et pas nous?

YONDER IS THE CLOCK
The Felice Brothers,
Team Love, 2009

mercredi 7 octobre 2009

Qu'est-ce qui fait que je ne suis pas anglais?


L'anglophilie. Une maladie française, pandémique. Je précise que la promotion quasi exclusive de la musique américaine sur ce blog est également une pathologie, relativement handicapante quand on vit à quelques brassées de l'île des Beatles, mais à une trop grande distance du continent dit "instinctivement réactionnaire". Notez, il y a une scène folk à Lille. Les choses vont bon train. Moi qui croyais qu'ici il n'y avait que des métalleux (proximité de la frontière belge oblige) et des ska-punk bien encombré de leurs heineken... Ici, c'est l'Angleterre des Flandres. Paysage gris, industriel. Et après on s'étonne de l'influence de la musique anglaise. Il n'y a pas que la distance qui fait.

Je m'étais un peu énervé récemment, dans un article. Substantiellement, je disais que la personne qui écrit ce billet n'a pas beaucoup de sympathie pour le rock anglais en général et encore moins pour le mélange ska et rock qui a déferlé dans le pays circa 80.
"Heureux ceux qui vivent dans des zones épargnées où, selon toute vraisemblance, on ne rencontre pas à chaque coin de rue des fans des Clash et de ska-punk. Ici, dans le Nord de la France, c'est une invasion barbare. J'ai l'impression de vivre chez les Huns et les Ostrogoths. Et ma foi, c'est un peu ça. Je ne veux pas dire que c'est forcément mieux ailleurs, mais la proximité avec la Grande-Bretagne entraîne des réactions de rejet que je ne contrôle pas toujours".

Pourtant, à y regarder de plus près, je me suis un peu fourvoyé. Bien sûr qu'il y a des groupes anglais que j'aime! Et, pour me racheter, je me suis dit que je devrais les énumérer.
1° Les Beatles 2°John Lennon 3° Paul McCartney 4°George Harrison 5°...Ringo Star. Non, je déconne. Pour le dernier du moins.
En vérité, c'est plus compliqué.

Tout d'abord, une personne vraiment éclectique n'a que faire des genres, étiquettes trop commodes pour être véridiques, trop cloisonnées pour les esprits larges. Je recommande moi-même l'éclectisme, ne serait-ce que pour l'hygiène mentale. Savoir apprécier tout ce qui vient à soi, sans distinction autre que le potentiel, la qualité, c'est avoir fait un pas de géant vers le contentement intérieur. Mais bon, on n'en est pas tous là. Et comme je cherche dans la musique à creuser un petit sillon qui me fascine depuis bien longtemps, je me tourne, non vers des artistes, mais vers le nom générique qui trace le sillon avec moi. Les artistes sèment le blé, un par un, mais aucun n'est finalement aussi remarquable que le blé qu'il a fait germer et aucun blé n'a à lui seul la qualité d'ensemble du champ. Voilà pourquoi ma première réflexion m'amène à aborder un genre. Une vue large, un panorama, un amour pour la sériation plus que pour l'unité, voilà à peu près ce qui définit l'état moral d'un critique, même amateur. S'il y en a ici, ils confirmeront surement ce point.

Le premier genre qui me vient à l'esprit, le folk-rock pour faire simple, n'a pas en Angleterre la popularité qu'il connaît outre-Atlantique. Le seul motif qui me rende cette lacune intelligible serait la concentration de la population dans un espace restreint, par rapport aux USA encore partiellement dépeuplés.
La mythologie des grands espaces colore en effet cette musique d'un feeling particulier. Elle a infusé jusque dans l'esprit des citadins des grandes mégalopoles: Damien Jurado, de là où il est, Seattle, parle pour les gens du Texas. Et c'est pourtant à une grande distance. Comme si les Anglais parlaient pour... les suisses? On peut supposer qu'il n'y a pas en Angleterre ce sentiment des distances. Le leader des Byrds, R.McGuinn, disait qu'il avait apporté à la pop anglaise le sens de l'espace et de la lumière propre à l'Amérique. Magnifique. En quelques mots, le propos est résumé.

Il y a pourtant en Angleterre des groupes folk-rock. Tout d'abord, peu nombreux, ceux qui s'inspirent ouvertement des ricains, comme El Goodo, qui a piqué son nom à un titre de Big Star. Les Wave Pictures, sur leur dernier disque, ne sont pas toujours loin de la country. Et les Stones ont eu leur période américaine (d'ailleurs très riche). Sans oublier l'inévitable "house of the rising sun" des Animals.
Mais il y a aussi le folk-rock purement anglais, comme celui de Fairport Convention, un de mes groupes préférés. Richard Thompson est peut-être allé trop loin dans l'approche folklorique, mais en faisant remonter à la lumière les racines irlandaises, il a permis de renouer des liens entre la tradition celtique et la chanson pop qui y prenait, sans trop le montrer, ses sources. La country elle-même vient de là, et les américains sont souvent les premiers à le rappeler et à rendre hommage au Royaume-Uni. Pourquoi si peu de folk-rock anglais alors? Pourquoi les Byrds ont-ils semé plus que Fairport Convention?

En fait, il y a un défaut de popularité. Des chanteuses folk anglaises par exemple, il y en a eu beaucoup. Vashti Bunyan, Sandy Denny, la chanteuse du groupe Tree, celle de Pentangle... Mais honnêtement, la plupart ne sont plus écoutables aujourd'hui. Le mouvement folk anglais des années 60 a laissé bien des noms sur le carreau, la faute à trop de maniérisme. Très peu de musiciens/chanteurs sont restés: Donovan, dont je parlais hier, Bert Jansch, John Renbourn, Richard Thompson, Sandy Denny... Citons encore Van Morrison, le plus important. On peut ajouter Kevin Coyne, vraiment méconnu. Plus tard, on a eu Billy Brag et Holly Gollightly. Mais ça ne sera jamais aussi impressionnant qu'une longue liste d'artistes folk-rock americains, au premier rang desquels Dylan, Neil Young, etc.
Pour clore le chapitre folk-rock, j'ajoute que je suis preneur si vous avez la moindre suggestion à me faire, et notamment parmi les contemporains. Je serais curieux de voir à quoi ressemble la scène folk en Angleterre en cette fin de décennie.

Maintenant, considérons un autre genre: l'indie-rock. J'ai écouté les Pixies, j'ai une curiosité pour Pavement, j'ai grandi avec Nirvana (et les Smashing Pumpkins j'avoue). J'aime Yo La Tengo, le BJM, les Warlocks, Galaxie 500, etc. Et là, je me prends une claque en croyant que tout cela dérive uniformément d'influences américaines alors que... si les Pixies ou Pavement sont indéniablement américains dans leur approche du son, le BJM ou Galaxie 500 viennent en droite ligne de Spacemen 3, de Jason Pierce qui, contre toute vraisemblance, est anglais.
Incompréhension: comment se fait-il que pendant toute une décennie celui qui a été l'un des meilleurs compositeurs anglais ait engendré exclusivement de l'autre côté de l'Atlantique tandis qu'aucun groupe british, à ma connaissance, n'a revendiqué la moindre filiation avec Spiritualized ou Spacemen 3, ni même du goût pour ce genre de musique? Méconnu dans son propre pays? Très sérieusement, le peu d'influences de groupes comme Spacemen 3 ou My Bloody Valentine dans l'Angleterre des dernières années laisse songeur. A croire que tout le monde était absorbé par les sixties revisited... A moins que Jason Pierce ne soit lui-même une exception au RU. Et c'est fort possible quand on mesure cet étrange mélange de rock, de blues, de gospel...

Le blues. Venons-y. On ne peut pas dire que l'Angleterre n'ait pas eu son moment blues. Au contraire. C'est écrit dans le cahier des charges. Cream, Clapton, John Mayall, beaucoup plus tard Mark Knopfler. Rien de méchant en fait. Mais ce cas d'école est révolu. Entend-on encore parler de blues-rock? Le blues-rock d'aujourd'hui, ce sont les Black Keys, Radio Moscow et les White Stripes qui s'en chargent. Ah...il y a quand même les Kills... non, ils sont à moitié américains.

La nouvelle génération rock est en fait ce qui a cassé la baraque ces dernières années. Comme le punk-rock (Clash, Sex Pistols), comme le post-punk (Wire, P.I.L), la new-wave (Echo and the Bunnymen, Joy Division, the Cure), le brit-rock (Oasis, Blur, Suede, Pulp), c'est au tour du rock nouvelle génération (à défaut d'un autre nom) de se faire une place dans l'inconscient collectif des hommes d'aujourd'hui. Libertines, Cribs, Arctic Monkeys, Franz Ferdinand, Rakes, Art Brut, Horrors, Futureheads, je ne vais pas tous les citer, mais ils sont nombreux à avoir recueilli un peu ou beaucoup de succès ces dernières années. Alors, bien sûr, certains sont très bons, et donc respectables. Qui pourrait prétendre que les Libertines furent nuls? Mais ce n'est pas la source où je m'abreuve, j'ai de l'estime pour eux sans avoir de goût. Par conséquent, quand je vais du coté des anglais, je cherche ce qui est en marge, la seconde zone, mineure mais plus adaptée à mes inclinations. Le graal de poche en somme. Ce n'est pas un fait exprès, mais une conséquence collatérale du succès de ce type de musique dominant.

Mais alors... que resterait-il à l'Angleterre si jamais elle voulait me séduire, m'absorber dans sa masse? Il y a bien quelque chose. C'est la dernière ressource. Un truc qui lui appartient en propre, jamais imité ailleurs. La particularité anglaise. Le pudding? Non, la pop. La pop vraiment pop, consensuelle mais subtile, à deux doigts de la variété mais gracieuse dans son équilibre fragile. Tout d'abord, il y a les Beatles, mais ça on le sait déjà. Je ne parlerai pas des Bee Gees, là c'est trop, trop de chantilly. Les Kinks sont bons, mais il faut les prendre quand ils ne sont pas trop ironiques, pas trop décalés. Ils peuvent être effroyablement british, genre cup of tea et Oscar Wilde. A Well respected man néanmoins ne tardera pas à figurer dans ma liste des chansons en or. Mais ce ne sont pas ces groupes qui font l'objet de mon intérêt. En fait, il y en a trois en particulier. D'abord, Prefab Sprout - et encore, seulement pour un album (Steve McQueen), mais quel album! A supposer même que ce disque fût une exception, une plante rarissime et exotique, je trouverais encore le moyen de croire qu'il résume l'Angleterre, qu'il est à lui seul l'Angleterre. Quiconque a écouté Goodbye Lucille peut-il me contredire? Et qu'il soit proche de la variété ou peut-être noyé dedans jusqu'au cou m'importe peu. Si la variété, c'était Paddy McAloon sur les ondes, je mettrais Rtl2 tous les jours.
Ensuite, un peu moins bon, mais quand même ravissant, il y a le cas des Pale Fountains (et de Shack). Encore un grand moment d'élégance. Sorti en 1984, année de ma naissance, Pacific Street reste un disque de grand talent. Unless, par exemple, avec ses synthés pourris, résiste à toutes les modes. Mais la chance est d'avoir encore aujourd'hui un groupe de ce niveau, quoique plus timide: Belle and Sebastian. Beaucoup les trouvent mièvres et niais. Mais si vous avez lu mon post sur Donovan, vous devez savoir que je ne condamne jamais arbitrairement un peu de mièvrerie. Et d'ailleurs, je n'ai jamais vraiment cherché à comprendre ce que chantait Stuart Murdoch. Les mélodies, imparables, me suffisent.
Si vous avez, dans cette veine, des suggestions, je réitère ma demande. Rien ne me plairait davantage que de faire tomber mes préjugés sur l'Angleterre et de la voir sous un autre jour, plus diversifié.(1)

En attendant, voici un petit florilège de mes disques et groupes anglais préférés:

Steve McQueen - Prefab Sprout
Pacific Street - the Pale Fountains
Parachute - the Pretty Things
Sticky Fingers - the Rolling Stones
Belle & Sebastian
the Beatles
Spiritualized
Astral Weeks - Van Morrison
Spirit of Eden - Talk Talk
What We Did On Our Holidays; Unhalbricking ; Liege and Lief - Fairport Convention

Mais aussi, dans une moindre mesure : Donovan, the Coral, Badfinger, the Animals, Richard Hawley, Jesus and Mary Chain, the Cure, Stone Roses, Pink Floyd.

(1) Pour prévenir les remarques concernant un éventuel oubli, j'ajoute que je n'aime pas énormément les Smiths.

samedi 3 octobre 2009

Le vilain pas beau!



Parmi les questions que tout critique se pose un jour dans sa vie, il y a celle-ci, cruciale : pourquoi les Strokes, les Libertines, les White Stripes et pas le Brian Jonestown Massacre? En terme d'influence pourtant il n'y a pas de différence. Anton Newcombe est le mentor de toute une génération de groupes psyché: des Warlocks aux Black Angels, en passant par les Raveonettes, on ne compte plus ceux qu'il a inspirés. Alors, quelle est la cause de sa discrétion dans les médias? Pourquoi la galaxie Libertines n'a-t-elle jamais croisé la galaxie BJM? Pourquoi Peter Doherty d'un côté et Anton Newcombe de l'autre, sans réciprocité? Pourquoi la jeunesse retiendra-t-elle de ses beaux jours What Katie Did et pas Open Heart Surgery?




- On peut avancer plusieurs hypothèses. La première concerne directement les médias: il est de notoriété publique qu'Anton Newcombe n'est pas une personnalité facile. Selon le monde entier, sauf le principal intéressé et ceux qui ne le connaissent ni de vue ni d'ouï dire, ce personnage erratique est devenue une véritable épave droguée et alcoolique, mégalomane notoire doublé d'un paranoïaque agressif, insultant copieusement le moindre chien habillé pour finalement lui adresser des signes d'amitié qui sont presque plus flippant qu'une menace ouverte. L'interviewer suppose donc d'être sur le qui-vive. Du coup, il est médiatiquement flingué.



- L'autre hypothèse, hélas vérifiable, tient à l'inégalité de ses disques. La discographie est abondante mais il vaut mieux se contenter du best-of sorti en 2005 (même si certains grands morceaux n'y figurent pas). Dans ses moments les plus psyché, Anton Newcombe est capable de sortir le grand jeu hippie avec sitar et progressions vaguement hindoues. On comprend mieux la désaffection chez ceux qui n'ont pas écouté les bons morceaux. Néanmoins, il y a tant de choses renversantes dans sa discographie qu'on ne peut pas honnêtement passer à côté de tout.




En vérité, la raison de sa faible popularité vient de sa personnalité elle-même. On ne saura jamais dans quelle mesure le film dig! y est pour quelque chose (même s'il est certain que l'image de Courtney Taylor des Dandy Warhols en a pâti) mais le résultat est là: Anton Newcombe a l'image du sale type. Or, ce n'est pas sexy.


Dans le même ordre d'idée, pourquoi Frank Black ne provoque-t-il pas de crise d'hystérie chez les fans d'Adam Green? Pourquoi Sonic Youth et l'indie-rock US "chemise à carreau" ennuient-t-il les amoureuses de Razorlight? Pourquoi les Cave Singers vont-ils se ramasser? Parce que Frank Black est gros et chauve. Parce que le hardcore n'est pas sensuel. Et le folk est un truc de barbus. Ce n'est plus le conflit entre la jeunesse et la vieillesse qui fait la différence (la popularité des dinosaures punk montre bien que c'est faux), c'est l'érotisme, c'est la séduction.
Regardez les Strokes, les Libertines, Adam Green... Ils sont jeunes, sexys, ont l'air cool et chantent pour plaire aux filles et montrer aux garçons qu'ils ont la classe. D'ailleurs, leurs plus grands fans sont de l'autre sexe, complètement hystériques et qui pire est souvent insupportables (mademoiselle, qui que tu sois, tu es sans doute hors du lot). Ainsi, selon toute vraisemblance, la séduction constituerait le pivot de l'éthique rock'n'roll, cette idéologie stupide qui glorifie la jeunesse, la coolitude, la défonce, la fête et les plaisirs libidineux.


Mais un peu d'individualisme y est bien vu aussi, du moins sous sa forme aristocratique: un bon groupe possède un ou deux chanteurs dotés d'un charisme puissant, attirés par les feux de la rampe comme le papillon par le néon, des grandes gueules dont l'aura se répercute très loin. Anton Newcombe n'est pas loin du compte. Question grande gueule, le type se pose un peu là. Mais il a succombé à l'excès, comme Courtney Taylor, sans toutefois atteindre le même succès: l'un comme l'autre ont forcé le naturel au lieu de se fier à leur aura personnelle. Ils ont viré mégalomanes. Or, le mégalomane est universellement détesté lorsqu'il joue à découvert. La force du séducteur c'est de se faire aimer et non pas de se déclarer supérieur (même si de fait, Anton Newcombe n'est pas orgueilleux sans raison). En rock, la prétention est abhorrée, tandis que l'arrogance morveuse, type écolier rebelle (plus sexy, une fois de plus), entraîne immédiatement l'adhésion et la sympathie (sic). Ainsi, Anton Newcombe n'a jamais soigné son image. Par exemple, il a systématiquement viré ses musiciens (à l'exception d'un fidèle je crois), de sorte que le BJM n'est pas un groupe, mais un collectif à géométrie variable, ce qui empêche de se familiariser avec une petite bande (comme les Beatles) et entretient une image asociale peu ragoutante pour le fan de rock (qui, en général, révère l'amitié). Evidemment des types comme les Gallagher, Lou Reed ou Doherty ne sont pas non plus des modèles d'amitié. Mais ils ont d'autres atouts pour sauver leur image. Et les Arctic Monkeys, eux, plaisent parce qu'ils donnent l'apparence d'une bonne bande de potes.


Mais avec tout cela on ne parle pas musique, me direz-vous. Bin non. C'est du rock. Comme le disait Daniel Darc, si vous voulez de la musique, écoutez Coltrane; le rock c'est l'attitude qu'on a quand on sort dans la rue. C'est un état d'esprit nous martèle rock'n'folk. Et c'est vrai. Une image, en fait.
De ce point de vue, Newcombe a tout faux. Mais pour les quelques uns qui sont sortis du lycée, pour les martiens qui, comme moi, n'écoutent que la voix et la guitare, alors n'hésitez plus: Tepid Peppermint in Wonderland (la rétrospective) est un des objets les plus sidérants du monde moderne. Au diable le rock, le sexe et la drogue dans laquelle Newcombe a fourré son nez, faîtes juste tourner le disque!

mercredi 30 septembre 2009

Dr Jekyll and Mr Hyde


Le problème avec Low Anthem c'est qu'on ne sait jamais si on aime par habitude, ou si on aime parce que c'est vraiment bien. Ou peut-être qu'on aime une moitié de l'album et beaucoup moins l'autre, mais que la bonne moitié a aidé à faire passer la seconde. En fait, et ça tout le monde vous le dira, c'est comme s'il y avait deux groupes: un premier qui joue une musique folk éthérée et monocorde et un second qui braille dans le micro un rock de cabaret enfumé et crade. D'un coté une voix d'homme émasculée qui s'étire dans un long bâillement (Ohio, Charlie Darwin), de l'autre celle d'un buveur de whisky qui postillonne généreusement dans le micro (the Horizon is a Beltway). C'est pourquoi le magazine Eldorado n'avait pas dit une sottise en prétendant que ce disque plairait à la fois aux fans de Bon Iver et à ceux des Felice Brothers. On peut aimer l'un sans aimer les autres, mais on si on aime un des deux, on aime Low Anthem. Cela me paraissait abscons. Je comprends mieux en voyant la schizophrénie à l'œuvre.
Mais, au fait, qui sont les Low Anthem? Ce sont trois jeunes gens de Rhode Island: deux amis de l'université et une musicienne classique, également technicienne de la NASA (toujours impressionnant de lire ça). A trois, ils jouent de la folk sans être encombré par leurs classiques. Il y a bien une reprise de Tom Waits, mais à part ça, on les sent dégagés d'influences pesantes - pas de Dylan dans le coin, pas d'imitation ostentatoire (en cela, ils me semblent plus libres que les Felice Brothers, plus modernes aussi). Ce qu'il y a de plus spécifiquement américain dans leur musique, c'est qu'on y sent affleurer un goût pour les grands espaces, à travers l'harmonica et les arpèges tranquilles de guitare acoustique. Ce sont essentiellement des musiciens, des personnes capables de savourer le simple son d'une corde de guitare, celui d'une résonance prolongée ou d'un léger souffle de flûte. C'est peut-être pour cette raison qu'à force de les écouter, dans leurs moments les plus tranquilles, on finit par les apprécier: leurs amours sont contagieuses. Mais, n'exagérons rien, les meilleurs morceaux sont les plus durs, en particulier l'immense Champion Angel, certainement leur chef d'œuvre. Je serais prêt à me lever tous les matins à cinq heures pour en sortir un comme ça. L'écoute s'impose.

OH MY GOD, CHARLIE DARWIN
The Low Anthem
2009, Bella Union

mardi 29 septembre 2009

Magnifique


Contrairement aux rumeurs loufoques qui circulent sur la toile française, les Cave Singers ne se réfugient pas dans leur cave pour échapper à d'hypothétiques casseurs qui séviraient dans les rues de Seattle. Primo, parce qu'une grande partie de l'année celles-ci sont désertées par les musiciens (il fait trop froid) et deuxio parce qu'il serait stupide d'imaginer que des hordes de terroristes grunge vouent aux gémonies la majorité de folkeux qu'abrite désormais la ville. En effet, depuis quelques temps, on ne compte plus les groupes simili-folk dans la région. La ville industrielle a remisé son passé punk et grunge (Nirvana) pour laisser bourgeonner de belles plantes naturelles: Moondoggies, the Dutchess and the Duke, Fleet Foxes, sont les plus connues. Les Cave Singers sont peut-être les meilleurs, à l'instant précis où j'écris - car avec tant de variété, les uns peuvent supplanter les autres rapidement. Pourtant, rien ne laissait présager d'une telle réussite. En vérité, tous leurs moyens mis en commun (et c'est peu de chose) ne devraient pas, théoriquement, permettre un disque aussi magnifique. Ils sont au-dessus d'eux-mêmes pendant trente-cinq minutes. Au programme: la routine d'un disque folk, avec les arpèges de guitare acoustique qui déroulent leurs clichés, une voix enrouée et maniérée qui trébuche sur les mots, et juste ce qu'il faut de guitare électrique, en son clean bien entendu. Cela devrait être un bréviaire de l'ennui. Et c'est le contraire. Avec si peu, ils font des montagnes. On pense à des chansons folk de Led Zeppelin, on pense à une country rajeunie, on pense que c'est génial. ça ne l'est pas en vérité. C'est trop simple, trop humble, presque le pain du pauvre, mais c'est au moins un grand disque qu'on écoute en boucle dix fois de suite sans lassitude (ce qui est exceptionnel dans la mesure où les chansons se ressemblent). Le chant de Peter Quirk prend l'auditeur à la gorge, le bonhomme est plutôt bouffi mais si je devais en faire un dessin-animé, je lui donnerais, d'après sa voix, le rôle d'un loup efflanqué. Il ne craint pas d'en faire beaucoup, à l'inverse de tous ces chanteurs de folk timides qui laissent glisser leur voix sans rien brusquer. C'est le défaut le plus courant du genre: des apprentis qui n'ont pas foi en l'expression directe semblent croire que c'est dans la nature de la musique folk d'être toute de retenue et de pudeur, comme si ce style était dévolu à contraster avec la musique rock urbaine. Les Cave Singers sont supers parce qu'ils ne se positionnent pas contre quelque chose d'étranger à eux, ils ne jouent pas sur l'opposition culture/nature, rock/folk. Ils jouent pour vibrer à l'unisson et n'ont pas besoin de riffs ni de solos pour obtenir un résultat équivalent à celui qu'obtiendrait un groupe de rock. Ils savent rendre la douceur énergique, densifier le dénuement, exalter la simplicité. Ils ont le truc qui les met au-dessus de leurs moyens. Cela ne durera peut-être pas, car avec une telle simplicité, ils n'iront jamais plus loin. La musique folk n'a jamais connu une grande marge d'évolution. Le folk-rock peut apporter quelques nouveautés; l'électrification des morceaux, par exemple, a pu choquer en son temps et a renouvelé le genre, mais quand on se replie sur la formule guitare/voix (et quelques fanfreluches), on ne peut pas décrocher la lune. C'est pourquoi il n'y a jamais eu et ne saurait y avoir de retour à la musique folk, quoi qu'en disent les médias ces derniers temps. Car en effet on ne peut pas "revenir" à ce qui n'a jamais cessé ni même à une étape antérieure de ce qui n'a jamais vraiment évolué. Un folkeux du XXIème est presque l'alter ego d'un folkeux de 1960, sans qu'on puisse parler de retour aux sources ou de revivalisme. La raison de cette stabilité tient à la fonction passe-partout du genre: on dit que c'est de la musique de feu de camp pour exprimer combien il est facile d'en jouer quand on veut et où on veut. Une guitare et une voix suffisent, pas de besoin de brancher le matériel. Du coup, le genre dure et ne correspond ni à un mouvement (comme la soul, le jazz, le rock'n'roll) ni à l'évolution accidentelle d'un mouvement, c'est plutôt une base, simpliste mais toujours possible. Ainsi, les Cave Singers, à l'origine, sont des rockeurs issus de formations électriques et rythmiques, pas même des fans de Dylan. Ils ont empoigné la guitare acoustique et ont baissé le volume de l'électrique parce qu'ils ont certainement voulu passer des soirées tranquilles entre amis, pour changer, dans leur cave. Sans doute est-ce aussi basique que ça. Le résultat est splendide, contre toutes attentes.

WELCOME JOY
The Cave Singers
2009, Matador

vendredi 24 avril 2009

Tom Petty and the Heartbreakers


Avec Tom Petty, il n'y a guère de surprises, les paroles sont généralement affligeantes de bêtise, de niaiserie ou de futilité. Ici c'est surtout la futilité qui l'emporte, et ce dès le premier disque. Le propos de ces dix petits tubes peut se résumer comme suit: "You got me babe, i got you". Cette philosophie, dupliquée 10 fois, culmine avec "Anything that's rock'n'roll" et son cortège de clichés recyclables et abusifs:
Your mama don't like it when you run around with me
But we gotta hip your mama that you gotta live free
Don't need her, don't need school (...)

Puis le refrain, qui enfonce le clou:
"So c'mon baby, let's go,
Don't you hear the rock'n'roll playing on the radio
Sounds so right
Girl you better grab hold, everybody's gotta know
Anything that's rock'n'roll is fine
Anything that's rock'n'roll is fine"

On est dans la plus pure prêche rock'n'roll, avec ses exhortations et sa mythologie toute faite. Le bad boy - qui ça? Tom Petty? Sérieusement? -, ses affirmations de la vie matraquées sans finesse ("come babe", "let's go", "it's alright"), les ritournelles sur l'amour... pas besoin de maman ni de l'école... la radio qui passe du bon son... Ne manque plus qu'un pétard pour un abrutissement parfait. "Une pourriture" dirait Frank Zappa.
En même temps, on s'en fiche un peu de Zappa. Tom Petty et ses Heartbreakers font du rock pour les gens qui n'aiment pas le second degré dans la musique et il le fai(sai)t bien.
Compte tenu des effets recherchés dans tel ou tel type d'art, j'ai tendance à cloisonner les genres: la psychologie dans le roman, la réflexion pure dans les essais, l'humour dans le bande-dessinée... Ainsi, je ne supporte ni l'humour ni l'intellect dans la chanson. Tom Petty peut donc prétendre garnir ma discothèque, lui qui ignore d'autant plus le recul et l'ironie qu'il se borne à la fonction sensorielle et émotive de la musique.
Cela ne veut pas dire pour autant que les choses doivent être faites sans intelligence aucune. Des paroles ouvertement jeunistes et bêtes me gênent également. Je ne suis pas plus enclin aux chansons frivoles que je ne suis favorable à la musique cérébrale. Qu'est-ce qui fait alors que Tom Petty, malgré son manque de finesse, me touche assez régulièrement et, sur cet album, dix fois sur dix? Eh bien parce que, tout en n'ayant pas l'intelligence littéraire, il a au moins celle de la composition. En France, il mériterait la médaille du meilleur artisan, pour sa maîtrise parfaite des ficelles de la chanson.
Dans les notes de la réédition (elle date de 2002), l'auteur met en exergue l'exemplarité de ce disque de rock'n'roll, pur produit des années 70, à mi-chemin entre le classic-rock vieillissant des mastodontes et le renouveau punk qui vient à peine d'être amorcé par les Ramones (plus fougueux, plus crus mais moins mélodieux). Si les martiens débarquaient sur Terre, écrit-il, et qu'ils souhaitaient découvrir le rock, ce disque pourrait constituer un excellent point de départ. Pour justification, on peut invoquer, bien sûr, cet énorme florilège de clichés, mais en dehors de cela et pour en finir avec la critique, il faut aussi avouer que c'est musicalement parfait et que, sur les dix titres de ce disque ramassé, il n'y a que des chansons d'anthologie. A commencer par "Breakdown", classé 40 au Billboard's, un tube jamais démenti qui, aux USA, continue de tourner en rotation lourde sur les radios. Pas un signe de lassitude, semble-t-il, de la part des fans. Même cas de figure pour le classique "American Girl" que nous avons tous entendu une fois dans notre vie sans savoir jusque alors qui en était l'auteur. Surprenant inopinément cette chanson aux forts accents byrdsiens à la radio, Roger McGuinn se serait demandé: "Quand ai-je enregistré cette prise?"
Exercice de plagiaire? Pastiche trop parfait? Non, mais il est vrai que McGuinn aurait pu composer ce tube. Il est vrai d'un autre coté qu'un jeune homme des années 80 était en droit de préférer la chanson de Tom Petty aux vieilles compositions des Byrds. Non pas que tout ce qu'ont réalisé les Byrds ait mal vieilli. Il reste de bons morceaux épars sur quelques albums de légende (the 5th dimension, Younger than Yesterday et même Sweetheart Rodeo, par exemple) mais il y a dans la chanson de Tom Petty une modernité qui est celle dans laquelle nous continuons plus ou moins de vivre aujourd'hui. Et de petits détails suffisent parfois à relever une compo déjà enthousiasmante par elle-même; ainsi de la seconde voix, dont l'apparition, très brève, vient souligner le refrain en contrepoint. Le petit solo de guitare qui conclut le morceau est également très sympathique. Un album qui finit en vrombe est fait pour redémarrer et, en même temps, il laisse espérer une suite à la hauteur. Je ne sais pas si les albums suivants des Heartbreakers sont du même tonneau, ce qui est certain, en revanche, c'est que ce premier galon mérite une place tout en haut de votre pile de disques préférés. On peut tomber dans le rock avec ce disque comme avec un Iggy Pop ou un Rolling Stones. En ce qui me concerne, on sait pour qui je voterai. Et tant pis si la pochette est ridicule. Tant pis si les disques solos de Tom Petty sont devenus par la suite lénifiants: avec le rock, les débuts valent souvent mieux que les fins.

S/t
Tom Petty and the Heartbreakers
1976, Mca Recors, réédition 2002

mardi 14 avril 2009

Des chansons en or (2) - Visions of Johanna


Ce ne serait franchement pas sérieux, ni crédible, de parler d'une chanson de Dylan sans prendre en considération les paroles. C'est Dylan tout de même, pas les Beach Boys. Je renvoie donc les curieux - ou ceux qui, au terme de plusieurs écoutes, n'ont jamais su isoler les mots - à cette page: Visions of Johanna, Lyrics. Ils m'expliqueront certaines choses. Et il y a à dire je crois. D'après Wiki, on aurait plusieurs interprétations possibles au seul nom de Johanna. De Ge-Hinnom, mot hébreu désignant l'enfer, à Joan Baez en passant par Dieu, on a l'embarras du choix. Et je ne parle pas de l'hypothèse selon laquelle la chanson préférée de Dylan pour BLONDE ON BLONDE serait consacrée à la drogue ("Louise holds a handful of rain" serait le message cryptée pour "a handful of heroin"). On ne va pas se faire mal à la tête. Dylan poète? Il paraît. Je n'ai pas vérifié. Sa personnalité elle-même ne me touche en aucune façon. J'ai vu et revu "I'm not there" - que j'ai aimé, pour les images et la B.O - mais je n'ai trouvé à Dylan, l'homme, rien qui m'attire ou me repousse franchement. L'image d'artiste junkie et élégant incarnée par Kate Blanchet m'a même paru un peu convenue - le fait qu'un artiste soit humainement hors-norme a-t-il un intérêt autre que faire rêver les filles? Quand on se penche trop sur la vie de l'artiste, sur son caractère ou son comportement social, on sert le dandysme, la praxis aristocratique, le culte de soi. Qu'on interroge l'homme pour comprendre l'œuvre, c'est normal, mais la plupart des biopics n'ont pas cette fonction prospective, ils se contentent de mettre en scène un fantasme, de faire dans l'apologie, voire l'hagiographie - où, curieuse époque, les défauts ou les faiblesses ont valeur de vertus et sont admirés comme telles (même si Dylan, de ce point de vue, a été approché d'une façon moins intimiste, c'est-à-dire qu'il demeure énigmatique, échappant aux défauts comme aux qualités). Mais, peut-être ce manque d'admiration vient-il d'un défaut de compréhension? Après tout, de combien de chansons ai-je éclairci le sens, à part l'inusable "Knockin' on Heaven's door", quand même assez simple? Il est plus que probable qu'une immersion dans l'univers mental et littéraire de Dylan s'impose. En attendant, j'hésitais entre plusieurs chansons. Il y avait, en premier lieu, "I want you", qui est sans doute son chef d'œuvre indépassable. Chanson légère et enlevée, mais également remuante, sentimentale, libre - on a l'impression, en l'écoutant, qu'on peut prendre, le cœur léger, n'importe quelle décision. Il y avait "Knockin' on Heaven's door", évidemment, qui sur une échelle émotive, est de force maximale. On aurait mauvaise grâce à ne pas citer le duo avec Johnny Cash "Girl from the north country". Ne pas oublier non plus "Hurricane" ou "Ballad of a thin man"... Bref, si on ne compte pas les chansons de Dylan habilement reprises par d'autres (moins bons compositeurs mais parfois meilleurs interprètes), comme "Baby blue" (13th Floor Elevators) ou "My back pages" (Byrds), on a déjà une palanquée de morceaux magnifiques. J'ai pourtant choisi "Visions of Johanna". On voudra sans doute savoir pourquoi, et il n'y a pas de raisons ouvertement explicables. Peut-être l'harmonica, ou le rythme, qui associe la batterie et des accords cinglants de guitare électrique. La voix, également, a (comme sur l'ensemble du disque) un charme traînant et désinvolte qui fait parfois défaut à d'autres albums. Pas de raisons majeures, si ce n'est que, vraiment, c'est une chanson idéale pour son ambiance, et qu'elle est notamment magnifiée par le film de Todd Haynes.

Visions of Johanna, Bob Dylan
BLONDE ON BLONDE, 1966
Columbia

lundi 6 avril 2009

Des chansons en or (1) - Crazy Man Michael

Une rubrique qui s'ouvre. Peut-être la plus importante. Depuis qu'internet permet à tout le monde d'écouter de la musique gratuitement (de façon légale ou pas), la notion d'album perd quelque peu de sa pertinence. Ajoutons à ce phénomène l'émergence du lecteur mp3, l'i-pod, et sa segmentation parcimonieuse de la musique. Chacun se crée sa compil' et d'un coup des albums complets se trouvent déplumés. Le remplissage n'a vraiment plus de place. L'inconvénient, c'est que les artistes sont condamnés à l'immédiateté: les morceaux qui prennent du temps à se savourer sont vite éliminés alors qu'une écoute attentive du disque intégral permet de leur laisser la chance d'éclore. Nous ne parlerons pourtant pas de ces semi-réussites, qui jalonnent souvent les meilleurs disques, mais, en partie par goût de l'excellence, en partie par désir d'aller à l'essentiel, des chansons en or, celles qui justifient l'amour qu'on a pour un groupe ou un artiste, en dépit de carrières en dents de scie.
La première d'entre elle ne sera pas américaine, contrairement à ce que la ligne directrice du blog donnait à croire. Le folk anglais correspond par ailleurs à la véritable et lointaine origine de toutes les musiques folk anglophones, y compris la musique traditionnelle américaine qui n'aurait pas vu le jour sans un croisement entre les rythmes africains (dont la présence s'explique évidemment par la traite des esclaves noirs) et les mélodies irlandaises importées par les colons. Au moment où, dans les années 60, l'Amérique connaissait un revival folk, souvent contestataire (Dylan, Hardin, mais auparavant Seeger, Adams...), l'Angleterre elle aussi commençait à revisiter son héritage populaire. Aujourd'hui, ce genre d'initiatives serait en France vite déconsidéré pour cause de régionalisme, ce qui n'augure généralement rien de bon sur le plan politique, mais à l'époque les figures de la scène folk sont progressistes et redonnent vraiment un coup de neuf à cette musique ancestrale. Cependant cette scène devient elle-même l'occasion d'un certain purisme, que Dylan met à mal par l'électrification de la guitare. Les Byrds avaient ouvert la voie avec la reprise de "Mr Tambourine Man", sans compter, en Angleterre, le mémorable tube des Animals, "the house of the rising sun". Le folk-rock vient de cette électrification de la musique folk. En Angleterre, à la suite des Byrds, c'est toute une génération de groupes, dont sont issus quelques fameux guitaristes (Bert Jansch, John Renbourn et, surtout, Richard Thompson), qui se lance dans ce style électro-acoustique. Evidemment, tradition oblige, les airs irlandais sont à l'honneur. Un peu trop peut-être. Après quelques années seulement, Fairport Convention, le groupe phare de cette scène anglaise, s'éloigne de ses influences premières (B.Dylan, Byrds, L.Cohen, G.Clark, T.Buckley...) pour s'engouffrer dans l'adaptation quasi exclusive d'airs folkloriques, sous l'influence conjointe de la chanteuse Sandy Denny, de Richard Thompson et du violoniste Dave Swarbrick. Cela donne, pour commencer, l'album Liege and Lief, le dernier de la période moderne et en même temps celui qui entame la carrière dans la musique traditionnelle. Album charnière, parfois légèrement envasé dans les flonflons à l'irlandaise, mais encore brillant et surtout illuminé par l'association des deux virtuoses et de la chanteuse. Les albums suivants étant pénalisés par des changements d'effectifs, je n'en parlerai pas. la carrière du groupe, pour moi comme pour beaucoup de fans, s'arrête là. C'est sur Liege and Lief qu'on trouve le chant du cygne de cette période de grâce: "Crazy Man Michael". D'autres auraient choisi le plébiscité "Matty Groves", mais "Crazy Man Michael" est plus court, plus condensé, il ne s'égare jamais, et surtout, c'est un pur moment de mélancolie. Les notes du livret (pour la réédition) rendent hommage aux archivistes Cecil Sharp et Francis James Child, qui ont tous deux largement contribué, à la fin du XIXème, à la résurgence de la musique folklorique anglaise. C'est peut-être dans ces recueils de chanson qu'ont puisé les membres de Fairport Convention; pour autant "Crazy Man Michael" n'est pas l'adaptation d'un air ancien, mais une composition neuve, qu'on doit autant à Richard Thompson (qui avait déjà prouvé ses talents de compositeur sur, par exemple, "Meet on the Ledge") qu'à Dave Swarbrick, dont le solo de violon a touché ma fibre sensible d'une façon très particulière, semblant ramener à la mémoire une vie qu'on n'a pourtant pas vécue. La guitare électrique n'égrène ensuite que quelques notes, mais couplées aux arpèges de la guitare acoustique qui, à ce moment, se densifient, cela donne quelque chose d'infiniment beau et spirituel. Les paroles sont visiblement allégoriques, bien que je ne comprenne pas tout, mais, comme on sait peut-être, je n'accorde pas tellement d'importance au sens des mots. J'écouterais de la chanson française si c'était le cas. La musique et le texte sont deux dimensions différentes dont j'ai souvent du mal à tisser les liens: d'un coté, une poussée émotive, biologique presque, de l'autre un rapport intellectuel aux mots. Le mariage n'est pas toujours consommé. Je crois qu'il l'est pour "Crazy Man Michael". Bien sûr, la tension dramatique du texte, sa noirceur gothique également, ne sont pas directement évoquées par la musique, plutôt contemplative et doucement planante. Mais la tristesse de l'accompagnement indique sans conteste que quelque chose s'est perdu qui sera sans retour; le fruit est gâté. Or c'est bien d'un acte irrémissible dont il est question, pour lequel le personnage est condamné à l'errance perpétuelle, ce qui correspond à l'atmosphère mélancolique de cette splendide divagation musicale.

Crazy Man Michael
LIEGE AND LIEF
Fairport Convention
Island, 1968

mardi 31 mars 2009

Western


Ambiance. Isobel Campbell et Mark Lanegan, qu'a priori tout oppose, sont partis tourner leur road movie et nous reviennent avec une B.O. à l'image de la pochette. Pochette délicieusement filmique, qui illustre à merveille le concept de leur collaboration: se la jouer Bonnie & Clide. Ce n'est pas la première fois et les amateurs se souviennent de BALLAD OF THE BROKEN SEAS, pas très vieux, qui jetait déjà de beaux jalons sur les grandes routes américaines. Mais le premier volet avait quelque chose de trop monotone. Isobel Campbell, dont certains (ses fans) regrettent sa faible participation au chant, avait écrit de bonnes chansons - surtout "Deus ibi est" et "the false husband" - mais c'était à la longue trop routinier, timide, et d'une austérité que peu savent apprécier sur le long terme (alors que beaucoup apprécient un disque univoquement dynamique et enjoué). En même temps, c'était prévisible: son rôle au sein de Belle & Sebastien, groupe de pop délicat, suave, doux, svelte mais aussi enlevé et léger, ne pouvait pas masquer ce qu'elle devait à la musique folk anglaise - un timbre très cristallin, un chant éthéré, aérien... C'est très bien, mais cela manquait parfois d'un soupçon de rugosité, voire de personnalité. Cet aspect lisse était mis en valeur sur le disque avec Mark Lanegan dans le but expresse de contraster avec son timbre rocailleux de consommateur d'alcool et/ou de cigarette, et aussi pour donner une réplique très féminine (donc fragile) à la virilité brute du gars. Cela entrait dans le concept, et fonctionnait plutôt bien, d'une manière, disais-je, très cinématographique. Le road movie est une fois de plus à l'honneur et les caractérisants du projet sont identiques: scansion posée et grave pour Mark Lanegan, ténébreux, lourd comme un roc, et mélopées traînantes et sensuelles pour Isobel Campbell. Quelque chose pourtant me semble s'être amélioré. Le premier disque, passée l'introduction, manquait de moments forts, de consistance même, alors que cette fois il y a de vrais lumières. L'enchainement parfait "Who built the road", "Come on over (turn me on)" et "Black burner" permet au duo de frôler de près le grand disque - et de fait, c'est plus qu'un bon disque. Bien sûr, cela semblera toujours référencé (involontairement peut-être) aux connaisseurs. Ils penseront à Lee Hazlewood & Nancy Sinatra (et diront que c'était une tête au-dessus, plus dynamique, plus varié, plus coloré, etc) ou à Nick Cave & Kylie Minogue (pour "Where the wild roses grow"). Personnellement, "The raven" (ou "Deus ibi est" sur le précédent disque) m'évoque le Léonard Cohen de Tower Song. Mais certaines voix vieillissent et le simple fait qu'il puisse y avoir une relève est en soi un phénomène réjouissant. Il faut dire que ni Screeming Trees ni Queens of the Stone Age (les groupes de provenance de Mark Lanegan) ne laissaient augurer d'une musique aussi calme, d'un chant folk contemplatif ou parfois carrément country. C'est pourquoi il ne faut pas regretter qu'Isobel Campbell chante peu (elle assure surtout les refrains ou alors, comme le genre l'exige, elle double les vocaux) car elle fait de son coté ce qui l'occupe sans doute à plein temps : composer des morceaux mélodieux et les arranger avec des cordes somptueuses. C'est en raison de ce travail de fond que ce disque, comme le précédent, reste avant tout référencé à son nom. Et ce sont justement les morceaux les plus arrangés qui ressortent de ce disque doux, trop monotone encore pour les détracteurs, mais incontestablement plus varié que son prédécesseur. Les mauvaises critiques adressés au duo devraient en tout cas s'effacer devant l'impact de "Who built the road", que je recommande particulièrement à tous ceux qui me lisent.

SUNDAY AT DEVIL DIRT
Isobel Campbell & Mark Lanegan
V2, 2009