La chanson de la semaine

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jeudi 17 décembre 2009

TOP QUINZE des chansons de l'année

Sensiblement différent de mon top myspace dans l'ordre des chansons (mais là, je chicane)

15 - Suit on a frame (Joe Henry)

Pas de vidéo pour le moment. Il faut guetter youtube, hélas.

14 - Leap (the Cave Singers)



Eh oui, il ne chante pas très bien, tout est en équilibre fragile.

13 - Ain't nothing like you (Blakroc)

Vous connaissez déjà, je vous avez présentés.



12 - Run Chicken Run (The Felice Brothers)

L'album est moyen, mais cette chanson est très énergique (surtout sur scène, comme en témoigne la vidéo)



11 - Andrew (Crystal Antlers)



Comment ça c'est inaudible?

10 - Tell my mom I miss her so (Ryan Bingham and the Dead Horse)

Je suis affligé par les commentaires des petits GI américains, heureusement ici, il y a des fans d'americana pour relever le niveau.



9 - Mr Mudd and Mr Gold (reprise de T.Van Zandt par Steve et Justin Townes Earle)

On écoute la version du fils Earle, Justin Townes, pour changer un peu.



8 - Hunchback (Kurt Vile)

Découvert il y a très peu de temps. C'est énorme!




7 - Hands (the Dutchess and the Duke)



Quans les albums seront-ils disponibles en France?

6 - Perfection as a hipster (God Help the Girl)

Très mignonne cette Catherine Ireton... Et Neil Hannon, ici, est impeccable.



5 - It ain't gonna save me (Jay Reatard)

Le grand absent des top 2009. L'album est un peu routinier, mais ce morceau est un hit.



4 - Standing between the lovers of Hell (the Warlocks)

La catharsis pure.



3 - Laura (Girls)

N'importe quel morceau de leur album en fait.



2 - Shampoo (Elvis Perkins)

Son meilleur titre. En un an il a dépassé le nombre d'écoutes de la plupart des chansons enregistrées sur mon i-pod depuis plus de deux ans.



1 - The mountain (Heartless Bastards)

ça fait rêver...

dimanche 13 décembre 2009

Des chansons en or (6)


On peut avoir plein de bonnes raisons de ne pas aimer celui que la tendresse populaire désigne sous le nom de Boss - un sobriquet que je trouve plus amical encore que révérencieux. En plus, c'est assez fréquent chez les internautes, pour qui sa musique évoque le doux métier de camionneur et les stations fm. Le Boss, c'est une certaine Amérique, une vision de la démocratie, parfois clinquante et un poil populiste dans son apparence, mais finalement assez sympathique. Il est un peu le Victor Hugo du rock. Un poids lourd qui écrase les scrupules des esthètes, un Pantagruel de la compassion qui charrie avec lui, dans son envergure formidable, beaucoup de mauvais goût, mais aussi quelqu'un qui, au détour d'un refrain, peut vous toucher droit au cœur.
Las des grosses guitares, il a enregistré Nebraska comme s'il avait pratiqué l'ascèse. C'est tout le problème des gros coffres : quand ces forces de la nature sont passées par un extrême, elles en viennent brutalement à l'autre. Pour l'auditeur, c'est comme faire une cure sans avoir été malade. Verdict: un peu trop frugal pour ne pas être légèrement ennuyeux. Mais si je ne suis pas fan de Nebraska, c'est aussi, pour ceux qui ont pris l'habitude de me lire, que je n'ai pas traduit toutes les paroles. C'est vrai, j'ai eu la flemme. Or Nebraska est la fresque de l'Amérique des perdants (mention "anglais obligatoire") et s'écoute comme une histoire, celle de l'envers du décors, celle qui défait les clichés de l'american dream.
Pour Atlantic City, j'ai fait exception, parce que dès le départ la musique m'a enthousiasmé. Elle est un peu plus up-tempo que le reste de l'album et aussi un peu moins dylanienne. Je dirais même que sur cet album folk, Atlantic City est presque un morceau pop, dont le refrain s'incruste facilement dans l'esprit: "everything dies, baby, that's a fact". C'est le morceau idéal pour découvrir Bruce Springsteen, bien plus que Born in the USA ou Streets of Philadelphia.

mercredi 4 novembre 2009

Seven Songs Shaping My Fall


Sept, nombre favori des superstitieux, moins ambigu que le treize et plus pratique pour une playlist rapide. Je joue le jeu, proposé par Thanu, du blog There's Always Someone Cooler Than You (ce qui est vrai). Le principe est simple: lister 7 chansons que vous écoutez beaucoup en ce moment. Pour plus de détails, voici l'intitulé exact:

List seven songs you are into right now. No matter what the genre, whether they have words, or even if they’re not any good, but they must be songs you’re really enjoying now, shaping your life. Post these instructions in your blog along with your 7 songs. Then tag 7 other people to see what they’re listening to.

Idéalement, je souhaitais proposer un lecteur regroupant les chansons mais l'une d'entre elle n'était pas présente dans la version désirée.

1 - Wedding Bell (Beach House)

Dans la suite logique de ce que j'écrivais récemment, voici le premier très beau morceau du très bel album de Beach House, Devotion. Vous comprendrez mieux pourquoi ma chronique était très métaphorique. C'est indescriptible.

2 - Tell My Mom I Miss Her So (Ryan Bingham)

Même si je n'aime pas autant son deuxième album, cette chanson, qui en est extraite, est pour moi l'une de ses meilleures, juste derrière Southside of Heaven.

3 - Anyway That You Want Me (Spiritualized)

Puisque je l'ai choisie pour figurer dans la section chansons en or (qui ne sont pour le moment qu'au nombre de cinq), vous vous en ferez vous-même une idée.

4 - Travelling Man (Bert Jansch)

Une bien vieille chanson (1973), remasterisée récemment pour la réédition de L.A.Turnaround. Aussi belle que, à tout hasard, Needle of death. Mais après avoir vu la vidéo de l'enregistrement en studio, celle-ci s'est attirée mes faveurs.

5 - Hellhole Ratrace (Girls)

Deux branleurs de première, avec pour obsession vraissemblable les filles, la gnole, les filles et un peu la gnole. D'habitude, ça m'indiffère. Mais ayant grandi dans les années 90, je me sens en territoire connu avec eux. Leur son me plaît beaucoup et, au-delà, mine de rien, il y a de la mélodie.

6 - More News From Nowhere (Nick Cave and the Bad Seeds)

Depuis trente ans, et après des débuts post-punk dont je suis moins friand, Nick Cave est toujours un caïd. Je fais partie de la proportion d'amateurs qui préfèrent justement des morceaux comme celui-ci à From Her to Eternity. Et il faut visionner le clip, c'est très bien fait.

7 - Catch the Wind (Donovan)

La voici la dernière, celle que je n'ai pas voulu faire écouter. Entendons-nous bien: la version single, celle qui fait deux minutes et quelques, est selon moi très moyenne. En plus, il essaie de chanter comme Dylan, alors qu'il a la chance d'avoir une voix très pure. Préférez la version de 5 minutes, celle des bonus de Hurdy Gurdy Man; le final est somptueux. On y entend de la batterie, de la passion et des envolées vocales.

Découvrez la playlist seven songs shaping my fall avec Spiritualized


Sont invités à poursuivre la chaîne:

hanskilledwildcat
the music rainbow
la musique à papa
le choix de Mlle Eddie
musique-indie
windingtree
homesick in paradise

lundi 26 octobre 2009

des chansons en or (5)


Il fallait bien que ça tombe sur eux tantôt. Après avoir posté mon billet sur Spacemen 3, ni une ni deux, je me suis plongé dans l'œuvre de Jason Pierce. On peut employer le mot "œuvre" car c'est, de toute évidence, le fruit d'un long travail de studio, d'une gestation obsessionnelle et interminable qui devait idéalement mener au Graal psychédélique. Nul doute que Spaceman soit aussi hypnotisé que son public par le matériau sonore qu'il a travaillé et retravaillé à l'extrême pendant toute sa carrière. Patiemment, il a tissé sa toile autour du même thème qui pourrait se résumer ainsi: "I want to take the pain away".
Sa musique y parvient à merveille. Plus conceptuelle que spontanée, elle tient dans un assemblage de sons et d'instruments, stratifiés au maximum pour rendre une impression puissante et compacte de densité. Anyway That You Want Me est à ce titre une pièce d'architecture, alambiquée et titanesque. Le refrain prend l'auditeur au dépourvu. On croyait écouter de la musique planante et on se retrouve au résultat avec un hymne pop comme les Stone Roses en faisaient à la même époque, pédale wah-wah à l'appui. Mais c'est la fin du morceau, dans la version album, qui estomaque définitivement le fan de musique psyché. Anyway That You Want Me se conclut en effet par une mosaïque sonore chatoyante, où l'oreille s'amuse à entendre danser tous les instruments. Le fiddle qui valse d'un côté, la pédale wah-wah qui pointe, comme une fouine, de l'autre. Cela dure deux minutes et c'est encore trop peu. Le doigt reste à mi-distance de la touche repeat, prêt à repasser les quelques secondes dont on n'a pas assez profité. Alors que des progressifs essayaient de mêler l'orchestre au rock, Jason Pierce a réussi à créer sa propre symphonie sans recours aux méthodes classiques, avec des moyens uniquement modernes. Certains diront que le Velvet Underground faisait plus ou moins la même chose lorsque John Cale délirait sur les fins de morceaux, comme European Son. Mais non, chez Jason Pierce tout est bien ordonné. On imagine plutôt un monstre du studio, un peu à l'image de Brian Wilson ou du leader de My Bloody Valentine. Un type qui a dosé chaque son, qui a assemblé lui-même un puzzle de 1500 pièces, sans rien laisser au hasard, mais tout en donnant l'impression que les instruments jouent pour eux même, en roue libre. Magistral!

ANYWAY THAT YOU WANT ME, 1990
Spiritualized, in Complete Works vol.1, 2003

mardi 6 octobre 2009

des chansons en or (4)


Vous allez me dire gâteux mais n'importe. Cette chanson est selon moi une des dix plus belles au monde, en même temps qu'une des plus niaises dans sa forme (car l'intention, elle, est délicate). Ce n'est pas sa plus connue (qui n'est d'ailleurs pas terrible - mellow yellow) et il s'agit en outre d'une dédicace, à Derroll Adams, alias le "banjoman", qu'on trouve à la fois sur l'album A Gift from a Flower to a Garden et sur le tribute à Adams.
Ce dernier était (il est mort à l'orée de la décennie) un chanteur country discret, qui avait émigré en Belgique, peut-être en raison de ses idées communistes. Il avait sympathisé avec Donovan Leitch, voire l'avait parrainé, à l'époque où celui-ci souffrait de la comparaison avec Bob Dylan. Alors que la presse se moquait facilement de son air candide de gamin attardé, Adams avait quant à lui réservé toute sa considération au troubadour écossais, qui le lui avait rendu sur ce superbe hommage, une des seules compositions originales d'un disque majoritairement constitué de reprises.

Ce n'est pas une maigre surprise que de constater la suprématie musicale de Donovan sur tous les autres invités ici présents. Peut-être serait-ce aller trop loin que de lui attribuer aussi le mérite de surclasser Adams, son mentor. Pourtant... Ce n'est pas qu'il faille diminuer le talent du banjoman. En fait, il était sans doute meilleur parolier, mais la musique country, nourrie de ses lieux communs, n'a pas exactement l'effet désiré sur l'auditeur européen lambda. Aussi, vue de loin, toutes ces chansons tendent musicalement à se ressembler. Seule tranche cette tendre rêverie, longue et répétitive adresse aux... étoiles de mer, auxquelles Donovan demande des nouvelles de son cher expatrié (bring me word of a banjoman/With a tatoo on his hand).

J'imagine déjà les têtes de mes lecteurs. Donovan parle aux étoiles de mer dans sa chanson? Est-il sorti de l'enfance? Prévoyait-il que les mômes joueraient un jour à Warcraft plutôt que de discuter avec les étoiles de mer? Et pourtant, qui contesterait qu'il y a, même sous une forme naïve, une réelle poésie, non pas dans le dialogue avec une étoile de mer, qui n'est qu'un artefact, mais dans la promenade d'un homme seul le long de la plage, un soir, regrettant de ne pouvoir rejoindre son ami de l'autre côté de la Manche? "Comme je serais content de venir, chante Donovan, comme je serais heureux de partir, si je n'avais pas mon travail à faire et ma face à montrer. Mais je dois me rendre à l'intérieur des terres." C'est déposé d'une voix douce et empreinte de gratitude. Heureux comme un beau jour et nostalgique comme l'homme qui a un pied devant et le regard derrière. La musique, elle, se contente des trois accords de rigueur, mais en l'écoutant, on a le sentiment qu'elle ne tourne peut-être qu'autour d'un accord, tant les variations passent inaperçues (et ce n'est pourtant pas un reproche). On entend tout d'abord le flux et le reflux de l'eau qui clapote. Puis ce n'est rien d'autre qu'un accompagnement de guitare acoustique. Le milieu du morceau voit quand même arriver un banjo (le fameux banjo) et une basse. Rien de plus. Des couplets, pas de refrain. C'est véritablement ce qu'on peut appeler une ballade. Chaque couplet, ou presque, se termine par "the banjoman, with a tatoo on his hand", ajoutant à cette impression hypnotique de ritournelle. Avec l'image de l'eau qui avance et recule, la répétition des mêmes termes à intervalle régulier, la douceur du chant, vous comprendrez que l'auditeur se laisser bercer par une impression de balancement et de flottement très agréable. C'est une musique à écouter comme une berceuse - et passé un certain âge, il y en a qui n'aiment pas ça - mais combien sont touchantes comme celle-là?

EPISTLE TO DERROLL, Donovan, 1966
Banjoman: a Tribute to Derroll Adams, 2002

jeudi 1 octobre 2009

des chansons en or (3)


Celle-là, c'est un phare. Aucune influence, aucune hérédité. Black out total depuis des années. San Francisco est juste 1) un hymne à la gloire d'une grande ville 2) un tube adorable, bien au-delà des années 60. Je pourrais vous dire que c'est du niveau de Lennon ou de Ray Davis, mais à quoi bon le préciser? L'homme qui est à l'origine de ce morceau est tout simplement leur égal. John Phillips n'est autre que le leader discret des Mamas and the Papas, quartette populaire d'un compositeur resté dans l'ombre de ses tubes.
Ce type, qui avait l'air plus sympathique que la moyenne, voyait la lumière partout. Il chantait des morceaux tristes sur son album solo et pourtant on n'y voyait jamais que le soleil, la plage, la mer. Un soleil déclinant il est vrai. Mais toujours ces atmosphères en demi-teinte, où la gaieté et la nostalgie marchent de concert, toujours cette même ambiguïté de sentiments...Ce type était le Watteau de la Californie, le Verlaine des bords de mer. La même grâce, le même léger badinage. Pour moi, rien n'est jamais franchement triste chez lui, ce serait plutôt une nuance délicate du bonheur, une subtilité suave et rare. Mais le compositeur de chansonnettes ne se contentait pas d'écrire pour lui et son groupe. Il donnait aussi aux proches. Un jour l'idée lui vint d'abandonner une chanson à son ami Scott McKenzie, peu doué pour la composition mais indéniablement meilleur chanteur. Et on aura beau dire, spontanéité oblige, l'esthétique do it yourself, tout le baratin punk, ça vaut peut-être pour la valeur expressive, mais ce n'est pas comme ça qu'on fait la pop. La pop est une fabrique, un artisanat, il faut de bons interprètes, une voix solide. C'est léché, travaillé, retapé...et ça donne un tube aussi splendide que celui-là, quelque part entre la gaieté d'une période sans nuage, le havre de paix qui ravive des nostalgies vagues, des rêves d'Eden un peu niais mais doux pour l'esprit, et, toujours, ce sentiment trouble, cet élan qui magnifie pendant quatre minutes la vie de l'auditeur. Très fort!

San Francisco (Be Sure To Wear Some Flowers In Your Hair)
in SAN FRANCISCO, 1967 sony music
Scott McKenzie

mardi 14 avril 2009

Des chansons en or (2) - Visions of Johanna


Ce ne serait franchement pas sérieux, ni crédible, de parler d'une chanson de Dylan sans prendre en considération les paroles. C'est Dylan tout de même, pas les Beach Boys. Je renvoie donc les curieux - ou ceux qui, au terme de plusieurs écoutes, n'ont jamais su isoler les mots - à cette page: Visions of Johanna, Lyrics. Ils m'expliqueront certaines choses. Et il y a à dire je crois. D'après Wiki, on aurait plusieurs interprétations possibles au seul nom de Johanna. De Ge-Hinnom, mot hébreu désignant l'enfer, à Joan Baez en passant par Dieu, on a l'embarras du choix. Et je ne parle pas de l'hypothèse selon laquelle la chanson préférée de Dylan pour BLONDE ON BLONDE serait consacrée à la drogue ("Louise holds a handful of rain" serait le message cryptée pour "a handful of heroin"). On ne va pas se faire mal à la tête. Dylan poète? Il paraît. Je n'ai pas vérifié. Sa personnalité elle-même ne me touche en aucune façon. J'ai vu et revu "I'm not there" - que j'ai aimé, pour les images et la B.O - mais je n'ai trouvé à Dylan, l'homme, rien qui m'attire ou me repousse franchement. L'image d'artiste junkie et élégant incarnée par Kate Blanchet m'a même paru un peu convenue - le fait qu'un artiste soit humainement hors-norme a-t-il un intérêt autre que faire rêver les filles? Quand on se penche trop sur la vie de l'artiste, sur son caractère ou son comportement social, on sert le dandysme, la praxis aristocratique, le culte de soi. Qu'on interroge l'homme pour comprendre l'œuvre, c'est normal, mais la plupart des biopics n'ont pas cette fonction prospective, ils se contentent de mettre en scène un fantasme, de faire dans l'apologie, voire l'hagiographie - où, curieuse époque, les défauts ou les faiblesses ont valeur de vertus et sont admirés comme telles (même si Dylan, de ce point de vue, a été approché d'une façon moins intimiste, c'est-à-dire qu'il demeure énigmatique, échappant aux défauts comme aux qualités). Mais, peut-être ce manque d'admiration vient-il d'un défaut de compréhension? Après tout, de combien de chansons ai-je éclairci le sens, à part l'inusable "Knockin' on Heaven's door", quand même assez simple? Il est plus que probable qu'une immersion dans l'univers mental et littéraire de Dylan s'impose. En attendant, j'hésitais entre plusieurs chansons. Il y avait, en premier lieu, "I want you", qui est sans doute son chef d'œuvre indépassable. Chanson légère et enlevée, mais également remuante, sentimentale, libre - on a l'impression, en l'écoutant, qu'on peut prendre, le cœur léger, n'importe quelle décision. Il y avait "Knockin' on Heaven's door", évidemment, qui sur une échelle émotive, est de force maximale. On aurait mauvaise grâce à ne pas citer le duo avec Johnny Cash "Girl from the north country". Ne pas oublier non plus "Hurricane" ou "Ballad of a thin man"... Bref, si on ne compte pas les chansons de Dylan habilement reprises par d'autres (moins bons compositeurs mais parfois meilleurs interprètes), comme "Baby blue" (13th Floor Elevators) ou "My back pages" (Byrds), on a déjà une palanquée de morceaux magnifiques. J'ai pourtant choisi "Visions of Johanna". On voudra sans doute savoir pourquoi, et il n'y a pas de raisons ouvertement explicables. Peut-être l'harmonica, ou le rythme, qui associe la batterie et des accords cinglants de guitare électrique. La voix, également, a (comme sur l'ensemble du disque) un charme traînant et désinvolte qui fait parfois défaut à d'autres albums. Pas de raisons majeures, si ce n'est que, vraiment, c'est une chanson idéale pour son ambiance, et qu'elle est notamment magnifiée par le film de Todd Haynes.

Visions of Johanna, Bob Dylan
BLONDE ON BLONDE, 1966
Columbia

lundi 6 avril 2009

Des chansons en or (1) - Crazy Man Michael

Une rubrique qui s'ouvre. Peut-être la plus importante. Depuis qu'internet permet à tout le monde d'écouter de la musique gratuitement (de façon légale ou pas), la notion d'album perd quelque peu de sa pertinence. Ajoutons à ce phénomène l'émergence du lecteur mp3, l'i-pod, et sa segmentation parcimonieuse de la musique. Chacun se crée sa compil' et d'un coup des albums complets se trouvent déplumés. Le remplissage n'a vraiment plus de place. L'inconvénient, c'est que les artistes sont condamnés à l'immédiateté: les morceaux qui prennent du temps à se savourer sont vite éliminés alors qu'une écoute attentive du disque intégral permet de leur laisser la chance d'éclore. Nous ne parlerons pourtant pas de ces semi-réussites, qui jalonnent souvent les meilleurs disques, mais, en partie par goût de l'excellence, en partie par désir d'aller à l'essentiel, des chansons en or, celles qui justifient l'amour qu'on a pour un groupe ou un artiste, en dépit de carrières en dents de scie.
La première d'entre elle ne sera pas américaine, contrairement à ce que la ligne directrice du blog donnait à croire. Le folk anglais correspond par ailleurs à la véritable et lointaine origine de toutes les musiques folk anglophones, y compris la musique traditionnelle américaine qui n'aurait pas vu le jour sans un croisement entre les rythmes africains (dont la présence s'explique évidemment par la traite des esclaves noirs) et les mélodies irlandaises importées par les colons. Au moment où, dans les années 60, l'Amérique connaissait un revival folk, souvent contestataire (Dylan, Hardin, mais auparavant Seeger, Adams...), l'Angleterre elle aussi commençait à revisiter son héritage populaire. Aujourd'hui, ce genre d'initiatives serait en France vite déconsidéré pour cause de régionalisme, ce qui n'augure généralement rien de bon sur le plan politique, mais à l'époque les figures de la scène folk sont progressistes et redonnent vraiment un coup de neuf à cette musique ancestrale. Cependant cette scène devient elle-même l'occasion d'un certain purisme, que Dylan met à mal par l'électrification de la guitare. Les Byrds avaient ouvert la voie avec la reprise de "Mr Tambourine Man", sans compter, en Angleterre, le mémorable tube des Animals, "the house of the rising sun". Le folk-rock vient de cette électrification de la musique folk. En Angleterre, à la suite des Byrds, c'est toute une génération de groupes, dont sont issus quelques fameux guitaristes (Bert Jansch, John Renbourn et, surtout, Richard Thompson), qui se lance dans ce style électro-acoustique. Evidemment, tradition oblige, les airs irlandais sont à l'honneur. Un peu trop peut-être. Après quelques années seulement, Fairport Convention, le groupe phare de cette scène anglaise, s'éloigne de ses influences premières (B.Dylan, Byrds, L.Cohen, G.Clark, T.Buckley...) pour s'engouffrer dans l'adaptation quasi exclusive d'airs folkloriques, sous l'influence conjointe de la chanteuse Sandy Denny, de Richard Thompson et du violoniste Dave Swarbrick. Cela donne, pour commencer, l'album Liege and Lief, le dernier de la période moderne et en même temps celui qui entame la carrière dans la musique traditionnelle. Album charnière, parfois légèrement envasé dans les flonflons à l'irlandaise, mais encore brillant et surtout illuminé par l'association des deux virtuoses et de la chanteuse. Les albums suivants étant pénalisés par des changements d'effectifs, je n'en parlerai pas. la carrière du groupe, pour moi comme pour beaucoup de fans, s'arrête là. C'est sur Liege and Lief qu'on trouve le chant du cygne de cette période de grâce: "Crazy Man Michael". D'autres auraient choisi le plébiscité "Matty Groves", mais "Crazy Man Michael" est plus court, plus condensé, il ne s'égare jamais, et surtout, c'est un pur moment de mélancolie. Les notes du livret (pour la réédition) rendent hommage aux archivistes Cecil Sharp et Francis James Child, qui ont tous deux largement contribué, à la fin du XIXème, à la résurgence de la musique folklorique anglaise. C'est peut-être dans ces recueils de chanson qu'ont puisé les membres de Fairport Convention; pour autant "Crazy Man Michael" n'est pas l'adaptation d'un air ancien, mais une composition neuve, qu'on doit autant à Richard Thompson (qui avait déjà prouvé ses talents de compositeur sur, par exemple, "Meet on the Ledge") qu'à Dave Swarbrick, dont le solo de violon a touché ma fibre sensible d'une façon très particulière, semblant ramener à la mémoire une vie qu'on n'a pourtant pas vécue. La guitare électrique n'égrène ensuite que quelques notes, mais couplées aux arpèges de la guitare acoustique qui, à ce moment, se densifient, cela donne quelque chose d'infiniment beau et spirituel. Les paroles sont visiblement allégoriques, bien que je ne comprenne pas tout, mais, comme on sait peut-être, je n'accorde pas tellement d'importance au sens des mots. J'écouterais de la chanson française si c'était le cas. La musique et le texte sont deux dimensions différentes dont j'ai souvent du mal à tisser les liens: d'un coté, une poussée émotive, biologique presque, de l'autre un rapport intellectuel aux mots. Le mariage n'est pas toujours consommé. Je crois qu'il l'est pour "Crazy Man Michael". Bien sûr, la tension dramatique du texte, sa noirceur gothique également, ne sont pas directement évoquées par la musique, plutôt contemplative et doucement planante. Mais la tristesse de l'accompagnement indique sans conteste que quelque chose s'est perdu qui sera sans retour; le fruit est gâté. Or c'est bien d'un acte irrémissible dont il est question, pour lequel le personnage est condamné à l'errance perpétuelle, ce qui correspond à l'atmosphère mélancolique de cette splendide divagation musicale.

Crazy Man Michael
LIEGE AND LIEF
Fairport Convention
Island, 1968