Que les Smith Westerns soient géniaux, on le savait déjà. Mais ce que j'ignorais, c'est qu'un groupe ami développait dans son coin, à Memphis, les mêmes talents pour la mélodie sucrée et twee. Le bordel sonique en moins. A mi-chemin entre Girls (pour la voix) et les Smith Westerns, voici donc Magic Kids, dont le premier LP est sorti en août pour clore l'été en beauté.
Malgré le single terrible qui l'avait précédé (Hey Boy), il semblerait que le groupe ait fait des bulles dans les médias. Un petit flop mis sur le compte d'un album soi-disant inégal et trop écœurant. Il faut dire que question "candy", ils n'ont pas lésiné. Beach Boys des temps modernes, qui ne connaissent pas la mer, les Magic Kids ont fourré des violons et des arrangements partout, pour simuler, peut-être, une symphonie. Comme Brian Wilson, mais en plus régressifs, car eux reculent consciemment vers le passé (historique et physiologique - l'enfance). Pour autant, ces petits-bourgeois hédonistes, aussi stéréotypés qu'ils soient, sont loin d'être ringards. Superball, en deuxième face d'un split single avec les Smith Westerns m'a bluffé: il est encore possible, avec des moyens archi-rebattus, de susciter l'enthousiasme. Ces types volent tout mais donnent l'impression d'inventer. La construction virevoltante des chansons, en grand huit, y est sans doute pour quelque chose même si, là encore, Field Music a déjà fait ça avant. Mais l'album comporte des parties surprenantes, comme sur Hideout où j'ai l'impression d'entendre Paddy McAloon - une sorte d'aberration géographique qui dément l'univers étroit dans lequel on cherche à cloisonner le groupe. Ailleurs, on pense aussi à Summerteeth de Wilco, ce super disque ensoleillé que les jeunes générations (auxquelles j'appartiens) méprisent ou ignorent bêtement. Les Magic Kids, trop rapidement catalogués "plaisir frivole", ont en fait des réserves supplémentaires et une personnalité plus marquée qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Mais vu l'excès de colorants, ils ne plairont certainement pas aux plus âgés.
Quant au Smith Westerns, avec qui ils partagent ce single, que dire de plus? Il faudra attendre 2011, je crois, pour le scander bien haut: il s'agit de l'un des plus grands groupes de rock en activité - et plus. Si ce manque d'imagination dans la propagande vous déplait, dîtes-moi ce que vous diriez, vous, d'un groupe dont le talent brut abrutit complètement votre sens de l'analyse?
La chanson de la semaine
samedi 20 novembre 2010
samedi 13 novembre 2010
The Doors
Dix ans que je me les traine dans ma cédéthèque, et je n'avais pas remarqué à quel point ils étaient bons! On change aussi vite d'avis avec les "classiques" (ou "vieilleries", si vous ne croyez pas à la valeur culturelle de ces choses) qu'avec un groupe récent. La mode ne s'en prend donc pas qu'au présent, elle attaque aussi le passé. On peut croire que Jefferson Airplane, par exemple, est un grand groupe et, un an plus tard, se raviser. L'inverse arrive moins souvent, parce qu'on est têtu.
En ce qui me concerne, le temps de la découverte est révolu : l'enthousiasme se refroidit et l'effet d'annonce dans les médias s'estompe. Le moment est plutôt à l'épuration - excusez ce mot violent, mais comme le superflu s'accumule, il est bon de se resserrer sur ses fondamentaux. The Doors n'en aurait jamais fait partie, même pas en supposition, jusqu'à ce mois-ci. Mais après l'écoute de l'excellent Greetings from Asbury Park, de Bruce Springsteen, j'ai voulu faire une petite virée dans l'Amérique du classic-rock et j'en suis revenu aux basiques. Les Doors se posent là.
Morrison Hotel, curieusement, m'a toujours plus attiré que le premier album, le gros classique pour discothèque idéale, tellement gros qu'il en devenait tarte à la crème et attisait le snobisme. Peut-être aussi que Roadhouse Blues, à une époque où le psychédélisme ne me disait rien qui vaille, me semblait plus carré, plus réglo que les fumisteries hallucinogènes. Pourtant, ce bon vieux blues-rock ricain, même s'il a quelque chose de rassurant - un petit coté middle of the way - n'est pas vraiment de taille à lutter contre End of the Night, grandiose variation sur la nuit qui a dû en faire passer des blanches à un certain Ian McCullogh. L'aspect théâtral des Doors ne me rebute donc plus. Principe d'accoutumance: j'ai gouté plus de 16 fois à la musique rock américaine, sous toutes ses formes, ainsi qu'à diverses extensions du psychédélisme, ce qui me rend désormais sensible à la souche-mère. Ils me paraissaient vieillots en l'an 2000; aujourd'hui, je les trouve incroyablement modernes. Ou alors, c'est que j'ai vieilli.
En ce qui me concerne, le temps de la découverte est révolu : l'enthousiasme se refroidit et l'effet d'annonce dans les médias s'estompe. Le moment est plutôt à l'épuration - excusez ce mot violent, mais comme le superflu s'accumule, il est bon de se resserrer sur ses fondamentaux. The Doors n'en aurait jamais fait partie, même pas en supposition, jusqu'à ce mois-ci. Mais après l'écoute de l'excellent Greetings from Asbury Park, de Bruce Springsteen, j'ai voulu faire une petite virée dans l'Amérique du classic-rock et j'en suis revenu aux basiques. Les Doors se posent là.
Morrison Hotel, curieusement, m'a toujours plus attiré que le premier album, le gros classique pour discothèque idéale, tellement gros qu'il en devenait tarte à la crème et attisait le snobisme. Peut-être aussi que Roadhouse Blues, à une époque où le psychédélisme ne me disait rien qui vaille, me semblait plus carré, plus réglo que les fumisteries hallucinogènes. Pourtant, ce bon vieux blues-rock ricain, même s'il a quelque chose de rassurant - un petit coté middle of the way - n'est pas vraiment de taille à lutter contre End of the Night, grandiose variation sur la nuit qui a dû en faire passer des blanches à un certain Ian McCullogh. L'aspect théâtral des Doors ne me rebute donc plus. Principe d'accoutumance: j'ai gouté plus de 16 fois à la musique rock américaine, sous toutes ses formes, ainsi qu'à diverses extensions du psychédélisme, ce qui me rend désormais sensible à la souche-mère. Ils me paraissaient vieillots en l'an 2000; aujourd'hui, je les trouve incroyablement modernes. Ou alors, c'est que j'ai vieilli.
Les Inrocks Black XS, Warpaint, Local Natives, the Coral
L'avantage d'arriver en retard quand il y a quatre concerts, c'est qu'on n'est pas trop fatigué pour profiter du dernier. La formule est excessivement consistante et, il me semble, inappréciable. Comment tenir de 19h30 à 00h30 dans le bruit des enceintes et en même temps savourer durablement ce qu'on écoute? D'autant plus que malgré le plaisir d'assister à un live, force est de reconnaître que les groupes de pop-rock ne sont pas les plus habiles ni les plus fins. Soit que le micro est défaillant, soit que c'est le chanteur qui coince, on distingue mal les voix. Puis, guitares et basses tendent à se confondre. Bref, mieux vaut connaître les chansons par avance puis les restituer mentalement à partir des bribes de mélodies qui nous parviennent.
Ainsi, Warpaint n'a pas livré un set claironnant. Ce fut souvent confus, indiscernable et maladroit. Mais par moments, quand les instruments se mettaient en place, on assistait à un impressionnant récital de rythmes, où basse, batteries et guitares étaient de connivence pour nous faire dodeliner de la tête. Toujours aussi surpris par les fulgurances rythmiques de ce groupe planant, qui est bon là où on ne l'attend pas et souvent moyen quand il applique les recettes de la dream-pop, je continuerai à me tenir à l'affût de leurs prochaines productions.
Il me faut quand même avouer que Locale Natives a livré un set plus carré. Je ne suis pas fan de ce groupe mais il y avait, dans l'attitude comme dans le son, une netteté et une résolution qui m'ont plu. Autant sur disque ce méli-mélo échoue à trouver la "ligne claire" qui dessinerait un nouveau classicisme, autant sur scène le guitariste principal (le moustachu) se donne tellement qu'on applaudit. Je rendais les armes. Si l'un des membres avait une voix plus singulière cela pourrait même devenir très fort. Mais bon, c'est l'indie-rock; on croit que la voix ne compte pas.
Enfin venait le groupe pour lequel je me déplaçais, et une partie de la foule avec. The Coral, de passage à Lille, après une longue attente! Leur nom brillait en toile de fond, privilège auquel n'avaient pas droit les autres groupes, pas encore assez professionnels. Jusque dans l'agencement de l'espace scénique, on sentait le soin qu'apporte un groupe mûr à son matériel. Sobre, élégante dans ses teintes beiges, la scène avait un air de meublé cossu pour trentenaires, ce que sont d'ailleurs les membres des Coral.
Certes, je ne les cueille pas au meilleur moment, mais enfin, c'est affaire de chicanes. Qui bouderait son plaisir de voir l'un de ses groupes favoris sur scène, quand bien même ce serait au plus mauvais moment de sa carrière? Les Coral restant les Coral, ce truisme rappelle que j'en ai peut-être trop fait sur la différence entre les albums du début et ceux de maintenant. Passant en revue certains de leurs anciens morceaux, le groupe a réussi, sur scène, à mettre les nouveaux sur le même plan, ce qui n'était pas, a priori, une mince affaire. Il y avait de l'énergie, du calme, et tout cela s'enchaînait bien. Des moments creux m'ont parfois ramené à ma déception: Butterfly House est décidément une mauvaise chanson, par exemple. Mais à coté, des morceaux que je croyais quelconques ont étincelé.
Comme on ne peut plus être surpris par les chansons les plus connues, il reste à se laisser surprendre par celles qu'on a oubliées. Ainsi, les deux chansons qui m'ont le plus enchanté furent, contre toute attente, deux extraits de leur nouvel album. Tout d'abord Coney Island, que je n'avais sans doute jamais écouté plus de trois ou quatre fois, m'a semblé mystérieuse et très maritime, comme un vieux rafiot partant à l'aventure dans la brume océane. Puis, Fallin All Around You, moment de calme et d'apaisement, rendu d'autant plus appréciable par la pureté acoustique du son (alors que pendant des heures la distorsion et le volume des guitares électriques ont abimé nos oreilles), a été comme un rêve éveillé de trois petites minutes. Cette chanson a pris le contrepied de tout ce qu'on avait entendu depuis le début de la soirée: du son rock mais des voix ternes. Ce n'était pas le meilleur jeu de scène, ni le meilleur son - la palme du pire leur revenait même - mais c'était le seul groupe qui puisse se targuer d'avoir un vrai chanteur.
Un vrai chanteur n'est pas une diva qui passe en revue toutes les octaves que son organe peut couvrir, ni une voix de basse, grave et imposante comme sortie d'une caverne. Ce n'est pas même quelqu'un qui chante juste. Un chanteur a moins à faire - mais tellement plus à être! Il incarne un feeling, avec ce que cela suppose d'expressivité et d'engagement personnel. Cela ne consiste pas nécessairement à "faire musical" (et donc artificieux), mais à donner vie aux mots. C'est comme jouer un rôle dans une pièce de théâtre, il ne suffit pas de réciter ni de faire ses rimes, il faut encore donner à la parole un air de naturel qui interpelle le public! James Skelly y réussit très bien, sans être pour autant ce qu'on appelle une "voix". Cela ne signifie pas pour autant qu'il n'a pas un truc à lui. Au contraire. Outre son léger accent cockney, James Skelly a un "grain" de voix, comme on pourrait dire qu'il a un grain de sable logé dans la gorge. Il vire très vite au rugueux, au sablonneux, ce qui est plutôt un atout quand on se veut chantre des ports et du littoral. Or, les Coral, nous en sommes désormais assurés par une interview donnée à Rock'n'folk, sont les paysagistes de la vie portuaire de l'Angleterre. Ou étaient, car le temps passe. Laissons donc à Skelly et sa bande le soin de vieillir comme ils l'entendent; on ne peut plus avoir, 8 ans après, un nouveau Dreaming Of You, même si le public, impatient et déchainé au moment du rappel parce que le groupe consentait enfin à lui donner ce qu'il était venu chercher, semblait s'être déplacé surtout pour cette chanson. Il l'a eue - on l'a eue! - mais le reste valait aussi la peine du déplacement et de la fatigue occasionnée le lendemain, lorsqu'à 8h il a fallu retourner au travail. See You Soon!
*aucune idée de ce qu'est La Patère Rose puisque le groupe passait à 19h30 et que nous ne sommes arrivés qu'à 20h30.
Ainsi, Warpaint n'a pas livré un set claironnant. Ce fut souvent confus, indiscernable et maladroit. Mais par moments, quand les instruments se mettaient en place, on assistait à un impressionnant récital de rythmes, où basse, batteries et guitares étaient de connivence pour nous faire dodeliner de la tête. Toujours aussi surpris par les fulgurances rythmiques de ce groupe planant, qui est bon là où on ne l'attend pas et souvent moyen quand il applique les recettes de la dream-pop, je continuerai à me tenir à l'affût de leurs prochaines productions.
Il me faut quand même avouer que Locale Natives a livré un set plus carré. Je ne suis pas fan de ce groupe mais il y avait, dans l'attitude comme dans le son, une netteté et une résolution qui m'ont plu. Autant sur disque ce méli-mélo échoue à trouver la "ligne claire" qui dessinerait un nouveau classicisme, autant sur scène le guitariste principal (le moustachu) se donne tellement qu'on applaudit. Je rendais les armes. Si l'un des membres avait une voix plus singulière cela pourrait même devenir très fort. Mais bon, c'est l'indie-rock; on croit que la voix ne compte pas.
Enfin venait le groupe pour lequel je me déplaçais, et une partie de la foule avec. The Coral, de passage à Lille, après une longue attente! Leur nom brillait en toile de fond, privilège auquel n'avaient pas droit les autres groupes, pas encore assez professionnels. Jusque dans l'agencement de l'espace scénique, on sentait le soin qu'apporte un groupe mûr à son matériel. Sobre, élégante dans ses teintes beiges, la scène avait un air de meublé cossu pour trentenaires, ce que sont d'ailleurs les membres des Coral.
Certes, je ne les cueille pas au meilleur moment, mais enfin, c'est affaire de chicanes. Qui bouderait son plaisir de voir l'un de ses groupes favoris sur scène, quand bien même ce serait au plus mauvais moment de sa carrière? Les Coral restant les Coral, ce truisme rappelle que j'en ai peut-être trop fait sur la différence entre les albums du début et ceux de maintenant. Passant en revue certains de leurs anciens morceaux, le groupe a réussi, sur scène, à mettre les nouveaux sur le même plan, ce qui n'était pas, a priori, une mince affaire. Il y avait de l'énergie, du calme, et tout cela s'enchaînait bien. Des moments creux m'ont parfois ramené à ma déception: Butterfly House est décidément une mauvaise chanson, par exemple. Mais à coté, des morceaux que je croyais quelconques ont étincelé.
Comme on ne peut plus être surpris par les chansons les plus connues, il reste à se laisser surprendre par celles qu'on a oubliées. Ainsi, les deux chansons qui m'ont le plus enchanté furent, contre toute attente, deux extraits de leur nouvel album. Tout d'abord Coney Island, que je n'avais sans doute jamais écouté plus de trois ou quatre fois, m'a semblé mystérieuse et très maritime, comme un vieux rafiot partant à l'aventure dans la brume océane. Puis, Fallin All Around You, moment de calme et d'apaisement, rendu d'autant plus appréciable par la pureté acoustique du son (alors que pendant des heures la distorsion et le volume des guitares électriques ont abimé nos oreilles), a été comme un rêve éveillé de trois petites minutes. Cette chanson a pris le contrepied de tout ce qu'on avait entendu depuis le début de la soirée: du son rock mais des voix ternes. Ce n'était pas le meilleur jeu de scène, ni le meilleur son - la palme du pire leur revenait même - mais c'était le seul groupe qui puisse se targuer d'avoir un vrai chanteur.
Un vrai chanteur n'est pas une diva qui passe en revue toutes les octaves que son organe peut couvrir, ni une voix de basse, grave et imposante comme sortie d'une caverne. Ce n'est pas même quelqu'un qui chante juste. Un chanteur a moins à faire - mais tellement plus à être! Il incarne un feeling, avec ce que cela suppose d'expressivité et d'engagement personnel. Cela ne consiste pas nécessairement à "faire musical" (et donc artificieux), mais à donner vie aux mots. C'est comme jouer un rôle dans une pièce de théâtre, il ne suffit pas de réciter ni de faire ses rimes, il faut encore donner à la parole un air de naturel qui interpelle le public! James Skelly y réussit très bien, sans être pour autant ce qu'on appelle une "voix". Cela ne signifie pas pour autant qu'il n'a pas un truc à lui. Au contraire. Outre son léger accent cockney, James Skelly a un "grain" de voix, comme on pourrait dire qu'il a un grain de sable logé dans la gorge. Il vire très vite au rugueux, au sablonneux, ce qui est plutôt un atout quand on se veut chantre des ports et du littoral. Or, les Coral, nous en sommes désormais assurés par une interview donnée à Rock'n'folk, sont les paysagistes de la vie portuaire de l'Angleterre. Ou étaient, car le temps passe. Laissons donc à Skelly et sa bande le soin de vieillir comme ils l'entendent; on ne peut plus avoir, 8 ans après, un nouveau Dreaming Of You, même si le public, impatient et déchainé au moment du rappel parce que le groupe consentait enfin à lui donner ce qu'il était venu chercher, semblait s'être déplacé surtout pour cette chanson. Il l'a eue - on l'a eue! - mais le reste valait aussi la peine du déplacement et de la fatigue occasionnée le lendemain, lorsqu'à 8h il a fallu retourner au travail. See You Soon!
*aucune idée de ce qu'est La Patère Rose puisque le groupe passait à 19h30 et que nous ne sommes arrivés qu'à 20h30.
vendredi 29 octobre 2010
Come Around Sundown
A bien des égards, les Kings of Leon sont les Red Hot Chili Peppers de notre époque. Comparez par exemple Wasted Time, de leur premier album, à The End, et vous aurez à peu près le même écart qu'entre Freaky Stealy et Californication. Rythmée et rêche, leur musique est devenue le coucher de soleil "Palm Beach" qu'arbore cette magnifique pochette. C'est la loi des majors, direz-vous. Il se peut. Mais là n'est pas le plus intéressant. Plutôt que le regret, je préfère la curiosité. Comme à l'instant même j'écoute Youth and Young Manhood, après avoir visionné le clip plein de bons sentiments mais involontairement colonialiste de Radioactive, je ne peux qu'être effaré par la distance qui sépare, en 7 années seulement, les débuts du groupe de Mount Juliet, Tennessee, terre du whisky et de la country, et leur nouveau style passe-partout dans la tradition du rock de stade. En 2003, le groupe jouait un folk-rock racorni mais jubilatoire, cradingue et criard comme un groupe punk qui se serait paumé dans un no man's land et y aurait rôti au soleil, rangeant les guitares dans des vans déglingués. En 2010, les Kings of Leon n'ont plus grand chose à voir avec le folk-rock et encore moins avec le rock'n'roll de saloon, viril et un rien macho. Au contraire, la voix de Caleb Followil, tout en demeurant nasillarde et ébréchée, s'est considérablement féminisée, pour n'être plus, parfois, qu'une plainte - qu'on imagine simulée. L'authenticité et la culture roots peuvent se perdre, mais à quelle vitesse! Si on y réfléchit, il était arrivé la même chose, dans un autre genre, aux Red Hot Chili Peppers. D'abord dingos et frénétiques, les shootés du groupe s'étaient mis à faire de la pop mélodieuse, progressivement tentés par le chatouillement des fibres sensibles (Scar Tissue... quand même un sacré morceau) et peut-être aussi par l'argent et la renommée. Ce faisant, ils n'avaient pas laissé tomber la basse, l'élément le plus important du groupe, ils s'étaient contentés de ralentir considérablement les rythmes. Les Kings of Leon font la même chose: slow down, ils décélèrent, mais ne lâche pas la basse. Mais la comparaison ne s'arrête pas là.Les frères Followil ne partagent pas seulement avec les RHCP une évolution vers le mainstream, auquel cas j'aurais pu choisir aussi bien R.e.m. Il se trouve que la pochette de Come Around Sundown, avec ses palmiers irradiés, est le pendant sudiste de Californication. Or, le succès public risquant bien d'être à la hauteur des attentes de Sony, on pourra sans doute dire, d'ici quelques années, que Come Around Sundown est aux années 2010 ce que le disque des californiens étaient aux années 90. A savoir un blockbuster populaire très plaisant, une petite cure de lumière dans le monde clinquant du mainstream. Même si la densité des émotions reste assez maigre, une chanson comme Down Back South s'écoute avec un agréable pincement au cœur. Peut-être parce que cette chanson nostalgique laisse entrevoir un retour au source, ou au contraire parce qu'elle exprime un dernier adieu, elle plaira aux fans d'americana et des anciens Kings of Leon. Personnellement, je justifie l'achat du disque par cette chanson. Mais c'est dépenser beaucoup pour peu.
Car il ne faut pas se leurrer, le reste de l'album s'éloigne considérablement du style sudiste et lorgne vers la grandiloquence de U2. Les guitares ont un coté "the Edge" qui pourra agacer certaines sensibilités. Ecouté à grand volume, ce disque révèle bien de solides qualités musicales et ne démérite pas du tout (l'inédit Celebrations, dans la version deluxe, par exemple, est comparable à n'importe quel morceau psyché plébiscité à longueur d'année par les bloggueurs et les amateurs éclairés) mais il ne se prête pas à une écoute attentive, ne laisse pas non plus admiratif.
De mon point de vue, Come Around Sundown est musicalement un bon disque, plombé malheureusement par une voix de plus en plus encombrante. L'organe vocal de Caleb Followil était autrefois une force et c'est en quoi le passage grand public des Kings of Leon s'avère un semi-échec. Jamais Followil n'aura été un grand mélodiste; peu adepte des phrasés musicaux bien écrits, il a toujours privilégié l'expression brute, qui passe par des variations de timbre et de volume. Il n'y a jamais eu, avec lui, d'air à fredonner. C'est ce qui le rapprochait auparavant du blues, plus que de la country. Mais cette particularité est devenue un défaut. Il ne fait plus que crier uniformément, avec un petit accent plaintif qui gâche parfois mon plaisir. En revanche, le remix de Closer, toujours sur la version deluxe, est trippant. Preuve qu'à n'importe quel moment, il peut revenir à de meilleures intentions.
Bref, si on fait le cumul de toutes ces remarques, vous remarquerez que ma chronique n'est ni acerbe ni laudative. Elle reste dans les limites de la curiosité et de l'intérêt. Rien n'est tout à fait à jeter chez les Kings of Leon, mais rien n'est désormais totalement bon. Sauf la pochette, bien sûr.
En tout cas, les amateurs d'americana ont trouvé de quoi alimenter le foyer de leurs discussions, car au prix d'un travestissement douteux les Kings Of Leon ont porté le folk-rock au devant du public, qui finira bien par en venir aux premiers disques. Tout ce que j'espère, c'est qu'ils gardent toujours un petit quelque chose de leurs origines sudistes, car mon oreille prête attention, même dans les moins bons morceaux, aux fragments d'ambiance, aux notes perdues qui réveillent l'image des grands espaces.
Car il ne faut pas se leurrer, le reste de l'album s'éloigne considérablement du style sudiste et lorgne vers la grandiloquence de U2. Les guitares ont un coté "the Edge" qui pourra agacer certaines sensibilités. Ecouté à grand volume, ce disque révèle bien de solides qualités musicales et ne démérite pas du tout (l'inédit Celebrations, dans la version deluxe, par exemple, est comparable à n'importe quel morceau psyché plébiscité à longueur d'année par les bloggueurs et les amateurs éclairés) mais il ne se prête pas à une écoute attentive, ne laisse pas non plus admiratif.
De mon point de vue, Come Around Sundown est musicalement un bon disque, plombé malheureusement par une voix de plus en plus encombrante. L'organe vocal de Caleb Followil était autrefois une force et c'est en quoi le passage grand public des Kings of Leon s'avère un semi-échec. Jamais Followil n'aura été un grand mélodiste; peu adepte des phrasés musicaux bien écrits, il a toujours privilégié l'expression brute, qui passe par des variations de timbre et de volume. Il n'y a jamais eu, avec lui, d'air à fredonner. C'est ce qui le rapprochait auparavant du blues, plus que de la country. Mais cette particularité est devenue un défaut. Il ne fait plus que crier uniformément, avec un petit accent plaintif qui gâche parfois mon plaisir. En revanche, le remix de Closer, toujours sur la version deluxe, est trippant. Preuve qu'à n'importe quel moment, il peut revenir à de meilleures intentions.
jeudi 28 octobre 2010
Twenty Miles
Dans le petit monde de l'americana, dont le défunt magazine Eldorado se faisait jusqu'alors le porte-parole en France, Deer Tick commençait à jouir d'une certaine réputation, acquise sur la foi d'un album, Born on Flag Day. Mais ce début d'estime ne passait pas les frontières. Ici, le nom n'évoque toujours rien et la pochette de l'album semblait d'ailleurs le destiner à un public exclusivement yankee. Du fait de cet anonymat déconcertant, je n'avais jamais songé à écouter une chanson du groupe. C'est dommage, mais le hasard a réparé cette omission. Twenty Miles, extraite des Black Dirt Sessions, est la chanson folk-rock qui fait oublier que les autres pousses de l'americana, les Felice Brothers par exemple, sont trop souvent décevants (c'est-à-dire en dessous de leur potentiel). C'est en piochant une chanson aux uns et aux autres qu'on se fait une bonne idée de l'americana roots et rêche d'aujourd'hui. Rien à voir, si vous me suivez, avec les paisibles et très radio-friendly Band Of Horses (que j'aime d'ailleurs beaucoup). Mais rien à voir non plus, heureusement, avec les ballades efféminées des songwriters bourgeois-bohèmes. Deer Tick est un authentique groupe de folk-rock plongeant le nez dans le whisky. L'alcool pur n'est pas mon truc, mais la musique qui en découle, si.
mercredi 27 octobre 2010
Monts et merveilles

Il y a deux choses qui me laissent pantois avec Miami: le début et la fin. Carry Home, Mother Of Earth. Pour passer de l'une à l'autre, il faut attendre un peu plus de 30 minutes, mais le temps passe vite. Jeffrey Lee Pierce et les siens ont réalisé le disque rock presque parfait: deux moments forts, inégalables, insurmontables, du genre qui ferait chanter, comme David Tattersall des Wave Pictures: "I'll die for beauty", et puis, pour le reste, des chansons de bonne tenue, plutôt rock'n'roll années 80, dans la lignée crue et minimaliste des Cramps. Or, les meilleurs morceaux sont, quoi qu'on fasse, les plus tristes. C'est peut-être le fait d'une pathologie personnelle et extrêmement virale, mais il me semble que les chansons exsudant une certaine douleur - à condition qu'elle soit transcendée - sont simplement plus vitales que les autres. Non que la gaieté soit plus frivole que la tristesse; celle-ci n'est pas même à un plus haut degré que la joie le lot commun des hommes puisque la plupart d'entre eux, dans nos sociétés occidentales, passent plus de temps à rire qu'à pleurer, mais d'une part la tristesse en musique n'est pas la même que dans la vie: elle n'enfonce pas, elle élève; d'autre part, elle creuse un espace vacant en nous-mêmes, elle nous rappelle que rien ne dure, que le temps s'écoule, elle nous éveille au sentiment de notre solitude imprenable. L'impression qui découle d'un morceau comme Mother Of Earth est celle d'une escapade héroïque, sans retour possible, d'une fuite loin de la médiocrité, des contraintes, des compromis, de la demi-mesure - autrement dit, une impression de liberté totale, de souveraineté sur soi et sur le monde. Bref, on est en plein fantasme. Mais c'est le privilège de la musique: produire des instants réversibles dans une existence enchaînée aux causes et aux effets. C'est pour ça qu'on l'aime: pendant trois minutes, on brûle d'un certain feu, puis, avant qu'il nous réduise en cendres, on passe à autre chose. Il n'y a pas de cendres avec elle. Il n'y en a pas non plus avec le Gun Club.
lundi 25 octobre 2010
Soufflé!
Je m'empresse d'apporter une rectification au message précédent: le nouvel album des
Moondoggies, contrairement à ce que j'ai écrit, est parfaitement audible sur internet. Il est même disponible à l'écoute dans son intégralité sur la page facebook du groupe. Pour quelqu'un qui prétendait "apporter un soin particulier" à leur actualité, me voilà bien penaud. Quand on cherche bien, on trouve toujours, donc voilà, pour vous éviter la peine de farfouiller en vain et surtout pour m'assurer que vous ne puissiez plus passer à coté, je vous poste le lien ici-même. Je me vois aussi dans l'obligation - délicieuse - de retoucher à mon premier jugement: si Empress of the North est une chanson folk un peu monotone, elle est très loin d'être à l'image de l'album. Les Moondoggies n'ont pas, comme je le craignais, remisé leurs guitares électriques, bien au contraire. J'en suis actuellement à l'écoute du troisième titre de l'album et je me prends une claque, comme on dit couramment. Il n'y en a pas un des trois qui soit inférieur aux meilleurs morceaux de Don't Be a Stranger. Je ne sais pas comment exprimer mon enthousiasme. It's a shame, it's a pity, Tidelands
TIDELANDS
The Moondoggies, 2010
Hardly Art
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