La chanson de la semaine

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dimanche 9 octobre 2011

The War On Drugs - la country de l'espace

Wagonwheel Blues faisait partie des albums qui, en 2009, avaient totalement relancé mon intérêt pour le rock alternatif. Rien que pour ça je dois une fière chandelle à ces groupes qui, chacun à leur manière, ont replacé l'Amérique au centre de l'univers indé. Sans l'impact de Kurt Vile, Girls, Crystal Stilts et the War On Drugs pour me sortir la tête du trou, je serais peut-être arrivé, à force de déterrer les vieilles babioles des collectionneurs, à racler le fond de la croûte continentale. Mes nouvelles inspirations ont eu le mérite de me faire remonter la pente jusqu'aux années 90, c'est-à-dire à mon adolescence, et non plus à celle de mes parents.

Mais l'histoire risque malheureusement de s'arrêter là pour la plupart des groupes qui ont eu cet effet régénérateur. Ou elle continuera sans moi, dans la demi-pénombre de l'indie-rock pour minorités culturelles. Des groupes cités, seul Girls semble résolu à suivre le chemin de la réussite. Les autres sont en train de glisser. Crystal Stilts abuse de la réverbération jusqu'à rendre tout à fait désuète chacune de leurs chansons - devenues des gadgets vintage -, Kurt Vile et les War On Drugs, eux, empruntent la même direction médicamenteuse et amorphe, tandis que Best Coast, Dum Dum Girls et Vivian Girls n'ont guère plus d'intérêt à force de piailler. Brève étincelle dans la nuit de la pop, cette galaxie semble avoir déjà vécu. Elle décline, par atrophie de ses parties. Aucun désir d'expansion ne semble motoriser ces groupes qui préfèrent se confiner dans leur statu quo, végéter, lamentables, comme des plantes privées d'air et rabougries.

The War On Drugs était pourtant celui dans lequel j'avais placé le plus d'espoir, parce que leur premier album, malgré quelques longueurs, contenait des hits potentiels, mal arrangés et souvent crapoteux mais très entraînants, à l'image de Arms Like Boulders.
Slave Ambient n'a pas totalement renoncé à ces fulgurances (voir Baby Missiles, avec cette impression d'entendre l'harmonica de l'espace - ou de la country dans la Guerre des étoiles!) mais il ne les a pas portées vers plus de perfection et de plus, les a raréfiées. Il faut attendre Blackwater pour retrouver un élan.
L'album n'est pourtant pas raté: aux oreilles attentives il offre même des passages de guitare affriolants (Best Night) et il ressemble trop à Wagonwheel Blues pour s'avérer un échec complet. Mais il ne s'en émancipe pas assez non plus pour tenir ce qu'on a pris déraisonnablement pour des promesses. Je suppose que je finirai quand même par l'acheter, parce que dans le genre, il n'y a pas grande concurrence (reconnaissons leur originalité) mais je reste déçu qu'ils ne profitent pas plus de ce monopole.


Voilà donc mon sentiment mitigé sur cet album qui, paradoxalement, trustera les premières places de mon classement de fin d'année, à cause d'une poignée de titres, de son ambiance unique, et aussi, avouons-le, de la parenté avec une culture indé que j'aime (Galaxie 500, Spiritualized) et qui titille toujours cette partie du cerveau dévolue à la mémorisation des expériences agréables.

jeudi 28 janvier 2010

Right Now


J'ai parlé des Smith Westerns, mais pas assez. Leur premier disque est sorti en 2009 (celui avec la pochette de Nevermind à l'envers). A première écoute ils semblaient juste bordélique, comme Wavves. Mais au-delà du plaisir pris à sentir vrombir les guitares, il y a surtout des mélodies d'enfer. Pas très originaux, les Smith Westerns empruntent beaucoup, à T-Rex par exemple. Mais dans leur cas, l'énergie suffit à la fraîcheur. Trouvez le disque, pas disponible en France, car il en vaut la peine.

Elles, j'aurais dû vous en parler. Ce sont les Vivian Girls. Ce nom m'était inconnu jusqu'à ce qu'une visite du myspace de Girls me mène droit à leur page. Elles sont brouillonnes, mais leurs mélodies sont attachantes et le son noisy emprunte parfois sa couleur au shoegaze. On tient donc un étrange groupe punk-rock, classique dans les mélodies, mais moderne pour la mise en son. Leur dernier album, en plus d'être très bon, est très bien présenté. Cela vaut la peine de se le procurer en vinyle. Un coup de cœur auquel leur simplicité ne me prédisposait pourtant pas.




Ceux-là sont très rétros. On pourrait croire à un groupe de la cote ouest des sixties. Pour peu qu'on ne s'offusque pas de ce décalage temporel les Crystal Stilts devraient ravir tout amateur de chansons se donnant volontairement des atours underground (en tant que pose pour faire fuir les minets, comme Spacemen 3 le faisait très bien). Leur premier album est sorti en 2008 et il comporte quelques morceaux psyché noirâtres et noyés dans la réverb. Avec un enregistrement lo-fi, ils ne sont pas sans rappeler le Brian Jonestown Massacre des début.


Voici encore un groupe lo-fi dans le genre de Crystal Stilts, mais sans l'obscurité. Ce serait plutôt la face lumineuse, avec des chansons pop-rock accrocheuses, dans l'esprit San Franciscain qui en ce moment tape à la porte du monde de la musique. On espère que des oreilles sensibles sauront l'entendre. Excellent groupe, ces Mantles, dont le premier essai est sorti l'an passé.




Et pour terminer, Best Coast, encore un projet lo-fi, mais encore une fois un concentré de jolies mélodies cachées sous un punk-rock cradingue. L'esprit des Vivian Girls avec l'ambiance de la sunshine pop, quelque chose de Californien dans la culture et d'indie-rock dans la présentation. C'en est presque triste malgré l'énergie. Un premier album est prévu pour 2010. Personnellement, au vu de leurs magnifiques pochettes, je ne crois pas me contenter de myspace et youtube pour continuer d'écouter les premiers eps.

mardi 19 janvier 2010

Borderline

Voici la frange extrémiste du rock, la lisière entre l'audible et l'inaudible. ça se passe aux USA, c'est violent à souhait et pour trouver ça génial, je pense qu'il faut vraiment en avoir marre de la chanson pop, des mélodies lignes claires, des refrains et des arrangements soignés. Soit une négation de dix ans de chansons rock formatées qu'on peut néanmoins siffloter. Est-ce qu'on en a vraiment besoin, là, à l'instant? Un peu, mais faut pas exagérer. Dans le genre shoegaze (mot légèrement usurpé), je prends Pains Of Being Pure At Heart (si c'est bien du shoegaze, ce dont je doute) et je vous laisse le vacarme. Pourtant, il y a quelque chose d'assez fascinant dans les morceaux qui suivent, l'impression que les gars s'en foutent joliment, qu'ils sont borderline et adressent au monde un doigt d'honneur. Très punk dans le fond, donc pas pérenne sur le plan artistique mais sans doute historique. Gageons qu'ils auront leur quart d'heure warholien.

Times New Viking



Smith Westerns



Wavves



Après, si ça ne devient pas aussi universel que les Strokes, il ne faut pas s'étonner. C'est quand même bien défoulant, même si Wavves est largement surestimé. Les Smith Westerns sont les meilleurs.