Il faudra attendre les interviews pour comprendre ce qui a présidé à la création de Record 3. Pour l'instant, le suspens demeure. Comment un groupe résolument indie, qui perpétuait le temps d'un Morning Light saturé l'esprit bricoleur et lo-fi des années 90, a-t-il pu à ce point tourner les talons? Désormais, on croirait entendre Pink Floyd ou Wilco période Sky Blue Sky, orgue hammond en tête et soli de guitare à la suite... La différence n'a pas sauté aux oreilles lors des premières écoutes, gouvernées par une désagréable impression de mièvrerie - l'outrance de Just A Song m'a fait stopper l'effusion sentimentale alors qu'elle ne sévissait que depuis trois (trop longues) minutes. Mais au fil du temps, c'est devenu une évidence: Girls a viré seventies, jusqu'au soft-rock de My Love Is Like A River, dans la veine de Jackson Browne. D'une certaine manière, c'est la Californie qui rattrape Girls, moins pour ses couchers de soleil mirifiques que pour sa bande FM. L'extraordinaire Vomit et Forgiveness sont sans doute les deux chansons les plus représentatives de cette tendance insoupçonnée: longues de quelques 6 minutes, chacune produit des dénivelés et se conclut sur un solo électrique sacrément efficace dans le style du sempiternel "je bois un dernier verre avant d'aller me lourder sur l'autoroute". La palme revient à Vomit qui s'offre même le luxe des chœurs gospel. On n'aurait jamais entendu cela sur Album, authentique essai de rock alternatif, bancal et tout grésillant du son des guitares mal accordées. Le groupe a donc effectué sa mue et sonne parfois comme... du "rock à papa".
Pour tout un tas de raisons - et Broken Hearts Club en faisait partie - mon goût pour Girls était menacé par la désaffection. Je voyais Owens évoluer vers des rengaines amoureuses gnan-gnan écrites expressément pour plaire aux filles. Il serait culotté de prétendre que j'ai eu tort à 100%. Record 3 est partiellement le disque mièvre que je prévoyais. Mais il est beaucoup plus varié et riche que je ne l'aurais pensé. Le seul point faible d'Album était la redondance entre les morceaux doux. Or, le début de Record 3 oscille entre le rock joyeux et décomplexé (Honey Bunny), la continuité avec Album (Alex) et une chanson de hard-rock incongrue (Die). La suite du disque me semble bien plus homogène, avec une ambiance de slow continuelle, mais Girls s'est d'emblée préservé de la monotonie grâce à ces trois titres.
Aucun morceau de l'album, toutefois, ne semble résolument appartenir à Girls comme on pouvait dire que Hellhole Ratrace était leur chanson phare, leur carte d'identité. On ne reconnait plus une faconde unique - si ce n'est le timbre de voix d'Owens - mais une multitude d'emprunts. Die semble avoir déjà été écrite par quelque autre groupe des années 70. Le riff de Magic est inspiré de Big Star (le titre de l'album d'ailleurs évoque Third ou Record#1) et dans l'ensemble les soli de guitare ne dérogent pas au classicisme. La richesse du nouvel album dépend donc de la somme de ses influences. Mais ce ne serait pas un motif bien sérieux pour bouder son plaisir. Il était attendu que Girls se cantonne à son périmètre carré et, au contraire, il l'élargit. Je croyais ce groupe incapable d'évoluer ou d'étaler une nouvelle gamme. Or, en empruntant à droite et à gauche, il montre l'étendue de ses facultés d'adaptation. Compositeur par accident, C.Owens prouve qu'il sait l'être aussi par métier.Record 3 sonne en effet assez "pro". Et j'avouerais que même si parfois c'est trop, beaucoup trop lourd, l'ensemble a le mérite de viser le cœur et de le faire saigner. Dans la même veine excessive, les Smith Westerns ont sorti un super disque en début d'année, mais Girls a un avantage: plus varié, plus large.
La chanson de la semaine
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samedi 17 septembre 2011
dimanche 24 octobre 2010
Smith Westerns/Girls
Une petite vidéo circule sur le net, signée Ryan McGinley et présentée par le site Nowness. J'ignore tout à fait la raison d'être de ce petit film, qui a tout l'air d'un extrait de documentaire mais qui, en fait, se suffit à lui-même. Qu'est-ce que Nowness? Qui est Ryan McGinley? Pourquoi cet intérêt tout esthétique porté à deux groupes indés dont la notoriété croissante n'a pas dépassé le circuit indépendant? A en juger par la stylisation à outrance - mais exquise - Ryan McGinley cherche la fascination, il exploite le coté underground élégant et très efféminé des deux groupes, comme pour subjuguer monsieur-tout-le-monde, le décontenancer par un foisonnement éclatant de détails inédits (les vêtements de Christopher Owen, période art nouveau, la chaussure qui frotte l'arrière du genou - geste commun aux deux groupes) . Il se dégage de cette vidéo une homogénéité propre à faire croire en l'existence d'une sensibilité nouvelle, raffinée et clandestine, pour ne pas dire d'un mouvement. Mais le plus important n'est peut-être pas ce maniérisme très étudié: les Smith Westerns dévoilent, via cette vidéo, une nouvelle chanson, absolument subjuguante. Alors que leur premier disque crachotait un son d'avant-guerre, broyait sans scrupules les mélodies dans un hachoir, le groupe a entamé une mue impressionnante - on ne peut pas appeler cette métamorphose autrement, car les Smith Westerns semblent avoir gagné plusieurs années de maturité en l'espace de quelques mois. D'un garage-rock brutal et sémillant, ils passent à une sorte de glam atmosphérique, qui doit autant à Marc Bolan, leur icône, qu'à My Bloody Valentine. Peut-être que je ne m'y connais pas assez, mais je trouve le résultat inouï. En ce sens, l'objectif de la vidéo de McGinley est amplement atteint: à mon corps défendant, je me sens sidéré et admiratif devant cet ovni, cette brillance et cet éclat venus d'un autre monde. Il en ressort l'impression d'assister à la naissance d'un grand groupe. Cela se sentait déjà l'an passé, c'est désormais une certitude.
samedi 14 août 2010
Le retour du rock: naissance, vie et fin
2000
13 Tales of Urban Bohemia - The Dandy Warhols
Ce n'est pas mon album préféré de l'an 2000. Pj Harvey a sorti cette année-là un disque autrement plus marquant et foncièrement rock, porté par les singles "Good fortune" et "This is love". Mais elle est hors-sujet, tandis que les Dandy Warhols donnaient avec Get Off ou Bohemian Like You un avant-goût stonien de retour du rock à l'ancienne.
2001
Is This It? - The Strokes
Le choix s'opère sans hésiter. Pas absolument génial, ce disque s'écoute toujours fort bien aujourd'hui parce qu'il est resté chatoyant. Même si la production parait vieillie, même si la voix est faiblarde, Is This It propose des mélodies qui ont une couleur chaude, une rondeur agréable. Il y a une recette Strokes. Ecoutez American Girl de Tom Petty pour vous en convaincre.
2002
The Coral - The Coral
Le problème du rock est qu'il se consomme chaud ou pas du tout. Je n'ai jamais écouté les Libertines. On les découvre de suite ou on s'en contrefout éternellement. Moi, je m'en contrefous. Les Coral, en revanche, bien que découverts sur le tard, me sont indispensables. Je ne sors pas sans un morceau des Coral. Ils sont si brillants sur cet album, proposent tant de saveurs, d'inventions, de surprises, que j'en ai fait mes favoris, toutes époques confondues. Un album de dingue.
Turn On the Bright Lights - Interpol

Les suiveurs de Joy Division m'ennuyaient déjà quand j'étais fan de Ian Curtis, alors pensez bien qu'après saturation... Pourtant, si je dois réécouter un disque de new-wave aujourd'hui, je prendrais plutôt le premier Interpol que Closer. Il y a dans ce disque une grandiloquence glacée qui me touche, une certaine tension dramatique.
2003
Elephant - The White Stripes
Incontestablement, une bouffée d'énergie brute, qu'à l'époque je rapprochais plus de Nirvana que d'un prétendu revival années 70. Elephant est le seul disque estampillé "retour du rock" que j'ai découvert à sa sortie, parce qu'il dépassait en 2003 tous les clivages et se payait un succès public mérité.
2004
Franz Ferdinand - Franz Ferdinand

En 2004, j'écoutais A Ghost Is Born de Wilco, pas les Franz Ferdinand. Tous les jours je passais, admiratif, "At least that's what you said" pour m'emporter sur le solo de guitare démentiel de Jeff Tweedy. Mais Wilco n'a rien à voir avec la grande affaire de la décennie. Parmi ceux qui ont connu le succès public et la rotation lourde sur les radios et Mtv, les FF furent certainement les meilleurs. Leur premier album est une sacré réussite de disco-rock, que seuls Gossip a égalé.
Funeral - Arcade Fire
Ce n'est plus tout à fait le sujet mais Arcade Fire n'aurait jamais vu le jour sans le retour du rock. Funeral, pour les mordus de musique alternative, est le Ok Computer chaleureux et fervent des années 2000. Pour libérer tant d'énergie et de fougue, il fallait bien qu'un revival électrique et énergique ait rallumé les guitares.
Bluerberry Boat - The Fiery Furnaces
En quelque sorte une aberration plaisante du retour du rock, qui a ramené avec lui des éléments de musique progressive. Blueberry Boat est un collage musical qui se veut arty et qui, dans cette optique, est un échec dont on perçoit vite la vanité. Dès qu'on a pris conscience que ce qui demeure bon avec cet album n'est pas son concept, mais les bribes de mélodies et de rythmes qui accrochent l'oreille, on se dit qu'il eût mieux valu sortir directement un album au format pop.
2005
Apologies to the Queen Mary - Wolf Parade
Même commentaire qu'avec Arcade Fire. Si Wolf Parade ne représente plus grand chose aujourd'hui, en 2005 il était un nom étincelant à graver dans le marbre abimé du rock le plus sauvage. Bruyant, mal produit, sale, presque inaudible et pourtant ravageur. L'usure l'a malheureusement gâté.
Pretty In Black - The Raveonettes
Cet album est un condensé de l'esprit post-moderne: références appuyées à des objets sixties ringardisant et mignons, clin d'œil au cinéma, modernité de la mise en son. L'association est efficace. L'album est un peu trop sucré, comme toujours avec les Raveonettes. C'est une conséquence de cette volonté d'imiter qui flirte avec le pastiche et interdit les émotions brutes.
2006
Avatar - Comets On Fire

Considéré un peu trop vite comme un chef-d'œuvre du rock progressif, Avatar est, dans ces endroits les moins inspirés, une chose assez disgracieuse. Mais quel feu! A l'image de la pochette, Avatar est un nuage de fumée incendiaire, un orage foudroyant, une tempête aux cimes des montagnes. Le genre de musique "paysagiste" qui fait croire aux forces terribles de la nature.
Whatever People Say I Am... - The Arctic Monkeys
Au début, je ne les aimais pas. Comme j'ai la haine facile, je les détestais même un peu pour un succès qui me semblait usurpé. Comment avec des rythmiques si lourdes, de type 'marteau-piqueur' et avec un son de guitare si gras, les Arctic Monkeys pouvaient-ils séduire les foules? Je ne voyais qu'une raison à cela: les jeunes se reconnaissaient dans ce qui me semblait être des zonards boutonneux mangeurs de pizzas. Mais "When the sun goes down" me rendait fébrile dans mon jugement. Je trouvais ce morceau si puissant, si habilement construit! Depuis que j'écoute les Last Shadow Puppets, l'autre groupe d'Alex Turner, j'ai décidé de donner une énième chance aux Arctic Monkeys. Qui n'a pas fait comme moi d'ailleurs?
Standing In The Way Of Control - Gossip

Après les FF, voici Gossip. Les deux groupes ont signé la renaissance du disco avant Mgmt, mais que les vieux punk se rassurent: on ne prétend pas encore les achever et ils pourront continuer à vivre sous assistance respiratoire un certain temps puisque, tout en étant disco, Gossip n'en est pas moins un authentique groupe de rock, décomplexé, puissant et rythmique.
Passover - The Black Angels
Une bombe de rock psychédélique sous influence Doors+Joy Division. Un troisième album est à paraître. Il m'est toujours difficile d'avouer que je les aime, car le chanteur est horriblement théâtral dans son interprétation de Jim Morrison, qui lui-même n'était pas un modèle de finesse... Les Black Angels sont si sombres qu'ils en deviennent vite caricaturaux, mais les guitares ont un effet 'rouleau compresseur' qui écrase l'auditeur et provoque sa virilité.
2007
Myths of the near future - Klaxons
Le retour du rock s'achève ici mais la décennie continue et pendant qu'une génération ayant biberonné les Libertines cultive l'élitisme bourgeois et déliquescent d'une vénération pour les années 50, se pâme devant des œuvrettes minuscules et dépassées, vire de plus en plus réac', l'âge aidant, et ne jure plus que par le rétro-chic, autrement dit, pendant qu'elle se dirige droit vers le cul-de-sac du passéisme, des très jeunes, habillés de couleurs fluos, développent une micro-mode assez ridicule mais rafraichissante et surtout moins péremptoire que le ton pris par les vieux rockeurs pontifiants. Le rock est mort, la preuve par son érudition de plus en plus asphyxiante, signal toujours critique qui me fait dire que, plus tôt il sera enterré, meilleur ce sera pour lui. Les Klaxons sont tape-à-l'œil, mais au moins ils essaient quelque chose.
In The Future - Black Mountain

Le retour du rock ne fut pas qu'une déclaration d'intentions à l'usage des dandys et des 'gens de goût'. Ceux qui ne se préoccupent pas des codes vestimentaires ont pu, eux aussi, profiter des guitares électriques à leur manière, par une conjecture relativement favorable à une forme nouvelle de prog-rock. Black Mountain est resté très en retrait par rapport au succès formidable du romantisme urbain et arrogant incarné par le rock des années 00, mais In The Future est parfait pour les inconditionnels de Pink Floyd et pour les jeunes qui n'ont que faire de la désinvolture et de la "classe". In The Future, en effet, est souvent pompeux, parfois lourd, mais toujours tourné vers les étoiles, vers un fantasme d'épopée juvénile et cosmique.
2008
The Age Of The Understatement - The Last Shadow Puppets
C'est, puisqu'on en parle, un disque assez rétro. La pochette en avertit l'auditeur. Il n'empêche que c'est une réussite de maître. En quelques titres (Standing next to me, The chamber, My mistakes were made for you...), le groupe écrit la suite du premier album des Coral. Inespéré! Il est devenu fréquent d'inviter cet album dans les tops de la décennie. Certains en contreviennent. Eh bien! Qu'ils essaient de me trouver mieux!
Oracular Spectacular - Mgmt

Je crois que Mgmt, en 2008, a accompli le travail de sape entamé par les Klaxons un an plus tôt. Le paysage musical n'est plus le même; les guitares sont encore là mais leur usage a été détourné; les synthés sont revenus. Les authentiques fans de rock n'ont donc pas fini d'enrager. Personnellement, j'aime assez ce disque, même s'il est un peu trop brouillon et que les écoutes l'usent vite. Ce qu'il représente, en revanche, continue à me plaire car j'y vois un renouvellement. Sans doute n'est-il pas du meilleur goût, mais l'atmosphère devenait irrespirable à force de rock à frange. De la place pour les autres! avait-on envie de crier. Voilà, c'est fait.
Midnight Boom - The Kills
Un peu à part dans son sous-genre, The Kills est un groupe de rock légèrement teinté d'électro qui a fait profession de foi de la félinité et de l'érotisme sur-joué de VV. Pas toujours convaincants, ils méritent quand même une ligne dans cet espace consacré aux années 2000. Ce disque, en particulier, porte un peu plus loin que les autres leur esthétique.
2009
Album - Girls
Etrange année que cette année 2009, où tous les horizons d'un coup se déploient, avec la dream-pop neigeuse des Xx, le rock de stade à la Big Pink, les zigouigouis inaudibles que fait Micachu en triturant une guitare désaccordée, la pop doucereuse et parfois crève-cœur de Camera Obscura... Sans compter une sorte de micro-scène électro naissante en Californie, où les vaguelettes vous lèchent les pieds dans un été éternel... La Californie renferme trois des meilleurs albums de 2009. Le premier, le summum, est l'album des Mantles, mais comme il est inconnu je vous en fais grâce dans cette rétrospective et vous invite à lire mes articles sur le sujet; le deuxième est celui de Girls, Album, qui reprend le chemin des années 90, interrompu par dix ans de réaction rock. Il participe toutefois du même phénomène que les Strokes ou les Libertines, puisqu'il appert que Christopher Owen ne serait pas contre devenir un nouveau Pete Doherty. Il exagère un peu avec son timbre bêlant, mais on n'a pas résisté, ni vous ni moi, je crois, à Hellhole Ratrace et son petit air de 1979 des Smashing Pumpkins.
200 Million Thousand - The Black Lips
Et voici le troisième meilleur album de 2009. Du garage-rock, brut de décoffrage à un point où on ne le croyait même pas permis. C'est hirsute, ça beugle, ça râle, ça agonise dans la joie et la fureur, ça hurle et c'est tellement débraillé qu'on pourrait croire que les Black Lips n'en ont plus rien à faire de rien. Or, en général, quand on fait n'importe quoi, ça s'entend. Ce qui m'é
tonne donc, c'est qu'en ayant l'air de faire n'importe quoi, ils sortent un album réussi, efficace, dénué de faiblesses et jamais en rade de mélodies et de refrains qui tuent.
Smith Westerns - The Smith Westerns

On finit la décennie sur une touche de glam-rock. C'est à peu près la seule chose qu'on n'ait pas entendue en 10 ans de revival, ça tombe donc plutôt bien. Les Smith Westerns sont très jeunes et s'apprêtent en 2010 ou 2011 à sortir leur deuxième album qui, contrairement au premier, sera produit. Ils ont toutes les vertus du rock des années 2000, avec les défauts qui leur sont associés, selon le point de vue duquel on se place: jeunesse, désinvolture, voix de morveux arrogants, style défroqué et braillard... Un bon album en tout cas.
Evidemment, cette rétrospective omet un certain nombre d'excellents albums, parfois supérieurs à ceux proposés ici. Mais c'est à dessein que j'ai écarté Tv On The Radio, Beach House ou les Xx, pour ne citer que quelques absents. Ils n'avaient pas leur place dans cette rétrospective particulière, puisqu'ils appartiennent à d'autres familles musicales. De plus, dans mon souci de ne retenir que les albums qui m'ont personnellement marqué ou simplement plu, j'ai traité à la légère des groupes comme Art Brut, Kasabian, les Rakes ou les Futureheads. Je laisse le soin aux amateurs d'en parler mieux que moi. Il se trouve que ce n'est pas, de loin, ma tasse de thé.
13 Tales of Urban Bohemia - The Dandy Warhols
Ce n'est pas mon album préféré de l'an 2000. Pj Harvey a sorti cette année-là un disque autrement plus marquant et foncièrement rock, porté par les singles "Good fortune" et "This is love". Mais elle est hors-sujet, tandis que les Dandy Warhols donnaient avec Get Off ou Bohemian Like You un avant-goût stonien de retour du rock à l'ancienne.
2001
Is This It? - The Strokes

Le choix s'opère sans hésiter. Pas absolument génial, ce disque s'écoute toujours fort bien aujourd'hui parce qu'il est resté chatoyant. Même si la production parait vieillie, même si la voix est faiblarde, Is This It propose des mélodies qui ont une couleur chaude, une rondeur agréable. Il y a une recette Strokes. Ecoutez American Girl de Tom Petty pour vous en convaincre.
2002
The Coral - The Coral
Le problème du rock est qu'il se consomme chaud ou pas du tout. Je n'ai jamais écouté les Libertines. On les découvre de suite ou on s'en contrefout éternellement. Moi, je m'en contrefous. Les Coral, en revanche, bien que découverts sur le tard, me sont indispensables. Je ne sors pas sans un morceau des Coral. Ils sont si brillants sur cet album, proposent tant de saveurs, d'inventions, de surprises, que j'en ai fait mes favoris, toutes époques confondues. Un album de dingue.
Turn On the Bright Lights - Interpol

Les suiveurs de Joy Division m'ennuyaient déjà quand j'étais fan de Ian Curtis, alors pensez bien qu'après saturation... Pourtant, si je dois réécouter un disque de new-wave aujourd'hui, je prendrais plutôt le premier Interpol que Closer. Il y a dans ce disque une grandiloquence glacée qui me touche, une certaine tension dramatique.
2003
Elephant - The White Stripes
Incontestablement, une bouffée d'énergie brute, qu'à l'époque je rapprochais plus de Nirvana que d'un prétendu revival années 70. Elephant est le seul disque estampillé "retour du rock" que j'ai découvert à sa sortie, parce qu'il dépassait en 2003 tous les clivages et se payait un succès public mérité.
2004
Franz Ferdinand - Franz Ferdinand

En 2004, j'écoutais A Ghost Is Born de Wilco, pas les Franz Ferdinand. Tous les jours je passais, admiratif, "At least that's what you said" pour m'emporter sur le solo de guitare démentiel de Jeff Tweedy. Mais Wilco n'a rien à voir avec la grande affaire de la décennie. Parmi ceux qui ont connu le succès public et la rotation lourde sur les radios et Mtv, les FF furent certainement les meilleurs. Leur premier album est une sacré réussite de disco-rock, que seuls Gossip a égalé.
Funeral - Arcade Fire
Ce n'est plus tout à fait le sujet mais Arcade Fire n'aurait jamais vu le jour sans le retour du rock. Funeral, pour les mordus de musique alternative, est le Ok Computer chaleureux et fervent des années 2000. Pour libérer tant d'énergie et de fougue, il fallait bien qu'un revival électrique et énergique ait rallumé les guitares.
Bluerberry Boat - The Fiery Furnaces
En quelque sorte une aberration plaisante du retour du rock, qui a ramené avec lui des éléments de musique progressive. Blueberry Boat est un collage musical qui se veut arty et qui, dans cette optique, est un échec dont on perçoit vite la vanité. Dès qu'on a pris conscience que ce qui demeure bon avec cet album n'est pas son concept, mais les bribes de mélodies et de rythmes qui accrochent l'oreille, on se dit qu'il eût mieux valu sortir directement un album au format pop.
2005
Apologies to the Queen Mary - Wolf Parade
Même commentaire qu'avec Arcade Fire. Si Wolf Parade ne représente plus grand chose aujourd'hui, en 2005 il était un nom étincelant à graver dans le marbre abimé du rock le plus sauvage. Bruyant, mal produit, sale, presque inaudible et pourtant ravageur. L'usure l'a malheureusement gâté.
Pretty In Black - The Raveonettes
Cet album est un condensé de l'esprit post-moderne: références appuyées à des objets sixties ringardisant et mignons, clin d'œil au cinéma, modernité de la mise en son. L'association est efficace. L'album est un peu trop sucré, comme toujours avec les Raveonettes. C'est une conséquence de cette volonté d'imiter qui flirte avec le pastiche et interdit les émotions brutes.
2006
Avatar - Comets On Fire
Considéré un peu trop vite comme un chef-d'œuvre du rock progressif, Avatar est, dans ces endroits les moins inspirés, une chose assez disgracieuse. Mais quel feu! A l'image de la pochette, Avatar est un nuage de fumée incendiaire, un orage foudroyant, une tempête aux cimes des montagnes. Le genre de musique "paysagiste" qui fait croire aux forces terribles de la nature.
Whatever People Say I Am... - The Arctic Monkeys
Au début, je ne les aimais pas. Comme j'ai la haine facile, je les détestais même un peu pour un succès qui me semblait usurpé. Comment avec des rythmiques si lourdes, de type 'marteau-piqueur' et avec un son de guitare si gras, les Arctic Monkeys pouvaient-ils séduire les foules? Je ne voyais qu'une raison à cela: les jeunes se reconnaissaient dans ce qui me semblait être des zonards boutonneux mangeurs de pizzas. Mais "When the sun goes down" me rendait fébrile dans mon jugement. Je trouvais ce morceau si puissant, si habilement construit! Depuis que j'écoute les Last Shadow Puppets, l'autre groupe d'Alex Turner, j'ai décidé de donner une énième chance aux Arctic Monkeys. Qui n'a pas fait comme moi d'ailleurs?
Standing In The Way Of Control - Gossip

Après les FF, voici Gossip. Les deux groupes ont signé la renaissance du disco avant Mgmt, mais que les vieux punk se rassurent: on ne prétend pas encore les achever et ils pourront continuer à vivre sous assistance respiratoire un certain temps puisque, tout en étant disco, Gossip n'en est pas moins un authentique groupe de rock, décomplexé, puissant et rythmique.
Passover - The Black Angels
Une bombe de rock psychédélique sous influence Doors+Joy Division. Un troisième album est à paraître. Il m'est toujours difficile d'avouer que je les aime, car le chanteur est horriblement théâtral dans son interprétation de Jim Morrison, qui lui-même n'était pas un modèle de finesse... Les Black Angels sont si sombres qu'ils en deviennent vite caricaturaux, mais les guitares ont un effet 'rouleau compresseur' qui écrase l'auditeur et provoque sa virilité.
2007
Myths of the near future - Klaxons
Le retour du rock s'achève ici mais la décennie continue et pendant qu'une génération ayant biberonné les Libertines cultive l'élitisme bourgeois et déliquescent d'une vénération pour les années 50, se pâme devant des œuvrettes minuscules et dépassées, vire de plus en plus réac', l'âge aidant, et ne jure plus que par le rétro-chic, autrement dit, pendant qu'elle se dirige droit vers le cul-de-sac du passéisme, des très jeunes, habillés de couleurs fluos, développent une micro-mode assez ridicule mais rafraichissante et surtout moins péremptoire que le ton pris par les vieux rockeurs pontifiants. Le rock est mort, la preuve par son érudition de plus en plus asphyxiante, signal toujours critique qui me fait dire que, plus tôt il sera enterré, meilleur ce sera pour lui. Les Klaxons sont tape-à-l'œil, mais au moins ils essaient quelque chose.
In The Future - Black Mountain

Le retour du rock ne fut pas qu'une déclaration d'intentions à l'usage des dandys et des 'gens de goût'. Ceux qui ne se préoccupent pas des codes vestimentaires ont pu, eux aussi, profiter des guitares électriques à leur manière, par une conjecture relativement favorable à une forme nouvelle de prog-rock. Black Mountain est resté très en retrait par rapport au succès formidable du romantisme urbain et arrogant incarné par le rock des années 00, mais In The Future est parfait pour les inconditionnels de Pink Floyd et pour les jeunes qui n'ont que faire de la désinvolture et de la "classe". In The Future, en effet, est souvent pompeux, parfois lourd, mais toujours tourné vers les étoiles, vers un fantasme d'épopée juvénile et cosmique.
2008
The Age Of The Understatement - The Last Shadow Puppets
C'est, puisqu'on en parle, un disque assez rétro. La pochette en avertit l'auditeur. Il n'empêche que c'est une réussite de maître. En quelques titres (Standing next to me, The chamber, My mistakes were made for you...), le groupe écrit la suite du premier album des Coral. Inespéré! Il est devenu fréquent d'inviter cet album dans les tops de la décennie. Certains en contreviennent. Eh bien! Qu'ils essaient de me trouver mieux!
Oracular Spectacular - Mgmt

Je crois que Mgmt, en 2008, a accompli le travail de sape entamé par les Klaxons un an plus tôt. Le paysage musical n'est plus le même; les guitares sont encore là mais leur usage a été détourné; les synthés sont revenus. Les authentiques fans de rock n'ont donc pas fini d'enrager. Personnellement, j'aime assez ce disque, même s'il est un peu trop brouillon et que les écoutes l'usent vite. Ce qu'il représente, en revanche, continue à me plaire car j'y vois un renouvellement. Sans doute n'est-il pas du meilleur goût, mais l'atmosphère devenait irrespirable à force de rock à frange. De la place pour les autres! avait-on envie de crier. Voilà, c'est fait.
Midnight Boom - The Kills
Un peu à part dans son sous-genre, The Kills est un groupe de rock légèrement teinté d'électro qui a fait profession de foi de la félinité et de l'érotisme sur-joué de VV. Pas toujours convaincants, ils méritent quand même une ligne dans cet espace consacré aux années 2000. Ce disque, en particulier, porte un peu plus loin que les autres leur esthétique.
2009
Album - Girls
Etrange année que cette année 2009, où tous les horizons d'un coup se déploient, avec la dream-pop neigeuse des Xx, le rock de stade à la Big Pink, les zigouigouis inaudibles que fait Micachu en triturant une guitare désaccordée, la pop doucereuse et parfois crève-cœur de Camera Obscura... Sans compter une sorte de micro-scène électro naissante en Californie, où les vaguelettes vous lèchent les pieds dans un été éternel... La Californie renferme trois des meilleurs albums de 2009. Le premier, le summum, est l'album des Mantles, mais comme il est inconnu je vous en fais grâce dans cette rétrospective et vous invite à lire mes articles sur le sujet; le deuxième est celui de Girls, Album, qui reprend le chemin des années 90, interrompu par dix ans de réaction rock. Il participe toutefois du même phénomène que les Strokes ou les Libertines, puisqu'il appert que Christopher Owen ne serait pas contre devenir un nouveau Pete Doherty. Il exagère un peu avec son timbre bêlant, mais on n'a pas résisté, ni vous ni moi, je crois, à Hellhole Ratrace et son petit air de 1979 des Smashing Pumpkins.
200 Million Thousand - The Black Lips
Et voici le troisième meilleur album de 2009. Du garage-rock, brut de décoffrage à un point où on ne le croyait même pas permis. C'est hirsute, ça beugle, ça râle, ça agonise dans la joie et la fureur, ça hurle et c'est tellement débraillé qu'on pourrait croire que les Black Lips n'en ont plus rien à faire de rien. Or, en général, quand on fait n'importe quoi, ça s'entend. Ce qui m'é
tonne donc, c'est qu'en ayant l'air de faire n'importe quoi, ils sortent un album réussi, efficace, dénué de faiblesses et jamais en rade de mélodies et de refrains qui tuent.Smith Westerns - The Smith Westerns

On finit la décennie sur une touche de glam-rock. C'est à peu près la seule chose qu'on n'ait pas entendue en 10 ans de revival, ça tombe donc plutôt bien. Les Smith Westerns sont très jeunes et s'apprêtent en 2010 ou 2011 à sortir leur deuxième album qui, contrairement au premier, sera produit. Ils ont toutes les vertus du rock des années 2000, avec les défauts qui leur sont associés, selon le point de vue duquel on se place: jeunesse, désinvolture, voix de morveux arrogants, style défroqué et braillard... Un bon album en tout cas.
Evidemment, cette rétrospective omet un certain nombre d'excellents albums, parfois supérieurs à ceux proposés ici. Mais c'est à dessein que j'ai écarté Tv On The Radio, Beach House ou les Xx, pour ne citer que quelques absents. Ils n'avaient pas leur place dans cette rétrospective particulière, puisqu'ils appartiennent à d'autres familles musicales. De plus, dans mon souci de ne retenir que les albums qui m'ont personnellement marqué ou simplement plu, j'ai traité à la légère des groupes comme Art Brut, Kasabian, les Rakes ou les Futureheads. Je laisse le soin aux amateurs d'en parler mieux que moi. Il se trouve que ce n'est pas, de loin, ma tasse de thé.
mercredi 17 mars 2010
Girls & Le Prince Miiaou à l'Aéronef (Lille)
Passer en première partie de Girls, ce n'était pas gagné. Surtout quand le public avisé (moi) aurait aimé voir les Smith Westerns ou une autre tuerie inconnue des Etats-Unis. Au lieu de cela, l'affiche nous met au parfum: ce sera une française qui, tenez-vous bien, se fait appeler Le Prince Miiaou. En arrivant dans la micro-salle de l'aeronef, je n'avais pas encore écouté une seule chanson de Le Prince Miiaou et n'était pas particulièrement pressé d'en entendre. C'est pourtant elle qui a fait le concert. Entendons-nous bien: Girls était présent, le set a duré le temps qu'il fallait, mais, comment dire, c'était... bien. Prenez le ton de la marionnette de Zidane chez les Guignols: c'était bien - sans plus, sans enthousiasme particulier, sans passion. Girls a enchaîné des chansons connues (et d'autres, comme Life in San Francisco, qui n'étaient pas sur l'album) comme une suite identique de ballades plaintives assez peu crédibles - ou alors c'était moi et mon rhume qui étions à l'ouest. L'ennui m'a gagné dès que j'ai entendu C.Owen manquer cruellement de caisse. Autant, lors du concert de Beach House, le petit public amassé comme un banc de moules semblait en transe, autant les gens présents dans la salle pour Girls étaient statiques et mous. Je parle des auteurs du meilleur album de l'an passé, ce n'est pas rien. Il est donc facile de conclure que la déception est venue de l'attente excessive. Mais les meilleurs morceaux eux-mêmes sont passés inaperçus dans la foulée d'une interprétation monotone. De Laura je n'ai entendu que la guitare rythmique. Le micro du second guitariste (d'apparence un iroquois narcotique) était-il défectueux ou ont-ils baissé son volume? Quand au final bruitiste de Hellhole Ratrace, il était trop brouillon pour nous mettre en apesanteur. La sono étant ce qu'elle est par ailleurs.
Un peu déçu, mais heureusement, Le Prince Miiaou a compensé. Comme souvent, on se laisse surprendre par une première partie, dans la mesure où on n'en attendait rien. Le public a eu l'air d'apprécier autant que moi, même si les deux chansons en français étaient inaudibles et que, pour le peu que j'en ai compris, elles étaient d'une tournure littéraire dramatico-existentielle embarrassante - c'était comme d'entrer dans la psychologie embrumée d'une personne à qui font défaut la pudeur, le recul et cette vitalité primaire qui permet à tant de gens de cacher la profondeur de leurs souffrances, ou de les suggérer accidentellement sans s'appesantir sur les détails.
Tourgueniev détestait le hamlétisme, cette tendance toujours très en vogue, notamment chez les étudiants, à se préoccuper beaucoup des variations subtiles de ses états d'âme. Mais il détestait cela dans la mesure où il en souffrait lui-même et paraissait, en écoutant ces créatures empêtrées dans leurs maux, voir sa propre image, crue et peu reluisante, dans un miroir de vérité. Il en est de même pour moi. J'ignore ce qu'en a pensé le public, mon embarras est peut-être lié, finalement, à ma pudeur. Mais quoi qu'il en soit, le plaisir n'était jamais ruiné, car lorsque les paroles semblaient absconses la musique quant à elle terminait sur un bouquet final héroïque et galvanisant. Pour ce qui est des chansons anglaises, majoritaires, elles étaient non seulement excellentes mais en plus troublantes de conviction. Le Prince Miiaou a beau être le nom de scène d'une jeune femme un peu nerveuse, vraisemblablement intimidée par ce public inconnu qui est venu pour Girls - "ce n'est jamais facile de faire une première partie", dit-elle - elle se livre totalement sur scène, mélangeant son anxiété à une émotion brute qui m'a paru éclatante. Plus le concert avançait, plus ses yeux s'arrondissaient et brillaient. Dès la fin de la première chanson, elle criait avec conviction. C'est ce qui l'a rendue plus touchante que Girls: peut-être parce qu'elle débute encore, on n'a décelé aucune routine, mais une envie hurlante d'exposer ses chansons au monde. Reste maintenant à écouter le disque en détail (je suis en train de le faire) mais l'étape du concert était en tout cas enthousiasmante.
(à droite: photo de Robert Gil empruntée au webzine Popnews; je la choisis parce que c'est dans cet accoutrement qu'elle a fini le concert)

A la décharge de Girls, n'oublions pas qu'ils ont une série de plus de quarante concerts et que se déplacer exprès à Lille pour jouer devant seulement 70 (?) personnes, ce doit être assez frustrant, pour ne pas dire pénible.
Un peu déçu, mais heureusement, Le Prince Miiaou a compensé. Comme souvent, on se laisse surprendre par une première partie, dans la mesure où on n'en attendait rien. Le public a eu l'air d'apprécier autant que moi, même si les deux chansons en français étaient inaudibles et que, pour le peu que j'en ai compris, elles étaient d'une tournure littéraire dramatico-existentielle embarrassante - c'était comme d'entrer dans la psychologie embrumée d'une personne à qui font défaut la pudeur, le recul et cette vitalité primaire qui permet à tant de gens de cacher la profondeur de leurs souffrances, ou de les suggérer accidentellement sans s'appesantir sur les détails.
Tourgueniev détestait le hamlétisme, cette tendance toujours très en vogue, notamment chez les étudiants, à se préoccuper beaucoup des variations subtiles de ses états d'âme. Mais il détestait cela dans la mesure où il en souffrait lui-même et paraissait, en écoutant ces créatures empêtrées dans leurs maux, voir sa propre image, crue et peu reluisante, dans un miroir de vérité. Il en est de même pour moi. J'ignore ce qu'en a pensé le public, mon embarras est peut-être lié, finalement, à ma pudeur. Mais quoi qu'il en soit, le plaisir n'était jamais ruiné, car lorsque les paroles semblaient absconses la musique quant à elle terminait sur un bouquet final héroïque et galvanisant. Pour ce qui est des chansons anglaises, majoritaires, elles étaient non seulement excellentes mais en plus troublantes de conviction. Le Prince Miiaou a beau être le nom de scène d'une jeune femme un peu nerveuse, vraisemblablement intimidée par ce public inconnu qui est venu pour Girls - "ce n'est jamais facile de faire une première partie", dit-elle - elle se livre totalement sur scène, mélangeant son anxiété à une émotion brute qui m'a paru éclatante. Plus le concert avançait, plus ses yeux s'arrondissaient et brillaient. Dès la fin de la première chanson, elle criait avec conviction. C'est ce qui l'a rendue plus touchante que Girls: peut-être parce qu'elle débute encore, on n'a décelé aucune routine, mais une envie hurlante d'exposer ses chansons au monde. Reste maintenant à écouter le disque en détail (je suis en train de le faire) mais l'étape du concert était en tout cas enthousiasmante.
(à droite: photo de Robert Gil empruntée au webzine Popnews; je la choisis parce que c'est dans cet accoutrement qu'elle a fini le concert)
A la décharge de Girls, n'oublions pas qu'ils ont une série de plus de quarante concerts et que se déplacer exprès à Lille pour jouer devant seulement 70 (?) personnes, ce doit être assez frustrant, pour ne pas dire pénible.
mercredi 17 février 2010
Les réminiscences cachées...
Vous l'aurez remarqué, les journalistes étalent souvent des références classieuses pour vous recommander un disque. Et le principe fonctionne à merveille. Les stickers relaient l'information sur les pochettes des albums et c'est ainsi que des dizaines de rejetons de ZZ Top se trouvent vendus dans les rayonnages sous la publicité mensongère d'un héritier de Neil Young, que chaque mois des dizaines de disques égalent théoriquement en valeur toute la rage des Stooges et le style incomparable du Velvet Underground. Mais une fois le disque dans le lecteur, vous prenez conscience de l'influence communément tue d'autres musiques, moins reluisantes, que la presse et le fan de musique alternative ont coutume de juger honteuses.
J'aimerais que vous m'aidiez à faire une liste de ces réminiscences cachées ou inattendues dans les albums étiquetés "indé", ces instants musicaux qui rappellent des chansons que les journalistes prennent soin de ne jamais rappeler ou qui tranchent avec l'image du groupe. Autrement dit, de constituer une liste d'influences véritables qui prenne à contre-pied la filiation revendiquée ou fantasmée.
Attention, ceci n'est pas pour insulter les groupes ni traquer leurs petits défauts, mais plutôt pour ironiser sur les habitudes laudatives de la presse. Par exemple, les trois morceaux que je vous propose me plaisent beaucoup et leurs influences ne sont honteuses que d'un point de vue critique supérieur, aucunement à mes oreilles.
Commençons donc avec la chanson Ghost Mouth de mes bien aimés Girls. Combien ont cité Pet Sounds, sans qu'on n'entende jamais une note de Brian Wilson? Pour ma part, je suis incapable de dire ce qui a pu objectivement influencer une telle merveille, mais j'ai au moins repéré un clin d'œil à... Sinead O'Conor! La phrase "Nothing compares to you" ne vous rappelle-t-elle rien?
On continue avec le très beau VCR des Xx. On ne compte plus les influences qu'on prête à ce très jeune groupe pour expliquer leur style. The Cure, Young Marble Giants... Mais qui a repéré le très discret hommage à 4 Non Blondes? Quand Oliver Sim se met à chanter, il suit bien la ligne mélodique de What's Up. C'est le même, mais en plus timide.
Enfin, pour le dernier exemple, les Strokes, je triche un peu car cette réminiscence fait partie des influences clairement revendiquées par le groupe. Mais ni la presse ni les fans n'ont voulu l'entendre, pensant peut-être que Tom Petty faisait un peu tâche auprès d'Iggy Pop et de Blondie... Julian Casablancas a reconnu s'être inspiré d'American Girl pour la chanson Last Nite, mais en vérité j'aurais pu en choisir d'autres, tant la couleur des morceaux des Strokes, sur leurs deux premiers albums, doit à l'association guitare/basse des Heartbreakers.
Bon, il y en a plein d'autres, j'attends maintenant vos propositions éclairées.
J'aimerais que vous m'aidiez à faire une liste de ces réminiscences cachées ou inattendues dans les albums étiquetés "indé", ces instants musicaux qui rappellent des chansons que les journalistes prennent soin de ne jamais rappeler ou qui tranchent avec l'image du groupe. Autrement dit, de constituer une liste d'influences véritables qui prenne à contre-pied la filiation revendiquée ou fantasmée.
Attention, ceci n'est pas pour insulter les groupes ni traquer leurs petits défauts, mais plutôt pour ironiser sur les habitudes laudatives de la presse. Par exemple, les trois morceaux que je vous propose me plaisent beaucoup et leurs influences ne sont honteuses que d'un point de vue critique supérieur, aucunement à mes oreilles.
Commençons donc avec la chanson Ghost Mouth de mes bien aimés Girls. Combien ont cité Pet Sounds, sans qu'on n'entende jamais une note de Brian Wilson? Pour ma part, je suis incapable de dire ce qui a pu objectivement influencer une telle merveille, mais j'ai au moins repéré un clin d'œil à... Sinead O'Conor! La phrase "Nothing compares to you" ne vous rappelle-t-elle rien?
On continue avec le très beau VCR des Xx. On ne compte plus les influences qu'on prête à ce très jeune groupe pour expliquer leur style. The Cure, Young Marble Giants... Mais qui a repéré le très discret hommage à 4 Non Blondes? Quand Oliver Sim se met à chanter, il suit bien la ligne mélodique de What's Up. C'est le même, mais en plus timide.
Enfin, pour le dernier exemple, les Strokes, je triche un peu car cette réminiscence fait partie des influences clairement revendiquées par le groupe. Mais ni la presse ni les fans n'ont voulu l'entendre, pensant peut-être que Tom Petty faisait un peu tâche auprès d'Iggy Pop et de Blondie... Julian Casablancas a reconnu s'être inspiré d'American Girl pour la chanson Last Nite, mais en vérité j'aurais pu en choisir d'autres, tant la couleur des morceaux des Strokes, sur leurs deux premiers albums, doit à l'association guitare/basse des Heartbreakers.
Bon, il y en a plein d'autres, j'attends maintenant vos propositions éclairées.
vendredi 5 février 2010
Top des chansons 2009 BIS

Quelle connerie les tops! Je m'étais dit que j'en ferais pas, mais j'en ai fait un, parce que ça ne servait à rien de se dire le contraire quand tant d'autres montrent l'exemple. J'espérais faire découvrir à la face du monde quelques morceaux formidables - et beaucoup le sont, oui, the Dutchess and the Duke, c'est très bon, Heartless Bastards a sorti un grand morceau, un magnifique morceau, que j'ai d'ailleurs placé en pole position, juste devant Shampoo d'Elvis Perkins, assurément le titre qui a le plus tourné dans l'i-pod. J'avais cité, à raison, une chanson très énergique des Felice Brothers. Enfin, c'est du passé, je vous renvoie au top...
Maintenant j'explique pourquoi les tops sont nazes: soit vous écoutez toutes les sorties au fil de l'année, mais au final vous n'avez rien digéré, voire rien aimer vraiment (parce que les journées sont trop courtes pour découvrir chaque jour un disque et dans le même temps vous repaître de ceux déjà parus). C'est la course à la nouveauté à laquelle s'adonnent certains et en général, on ne sait plus - et ils ne savent plus non plus - ce qu'ils ont aimé.
Deuxième hypothèse: vous faîtes comme moi, une trentaine de disques dans l'année à tout casser, et encore pas vraiment. Vous vous aiguillez au feeling, mais du coup à la fin de l'année vous ne savez pas encore que vos morceaux préférés vous les découvrirez l'an prochain. Je pensais vraiment qu'avec Girls et Kurt Vile découvert au dernier moment, ça n'allait pas arriver. Et c'est vrai que ces deux-là, ils ne risquent pas de se faire éclipser - d'ailleurs ils retournent dans le top (c'est de la triche, mais pas moyen de les ignorer, alors j'ai pris une autre chanson). Pour le reste, une fois encore je me rends compte que mon top était moyen, non parce qu'il comportait des chansons que je récuse, loin de là, mais parce qu'il manquait certaines parmi les meilleures, les plus touchantes ou les plus exaltantes. Par exemple, j'aime bien la chanson de Joe Henry mais face à Cass McCombs, il n'aurait pas fait le poids. J'aime beaucoup la chanson de God Help the Girls, mais Camera Obscura a fait mieux encore. Et si les Cave Singers me semblent attachants, j'aurais pu les remplacer par Pains Of Being Pure At Heart.
Alors voilà, les deux tops vont cohabiter. Le premier, c'est le top 2009 en 2009, le second c'est le top 2009 début 2010. Entre les deux, pas de retournement de veston, mais une valeur ajoutée, qui surpasse parfois la première (mais pas toujours quand même). Dans le cas où des artistes se retrouvent dans les deux tops c'est à cause de la convergence des styles.
10 - Future primitive (Papercuts)
9 - Can't get over you (Vivian Girls)
8 - Young adult friction (Pains of Being Pure at Heart)
7 - Tonight (Smith Westerns)
6 - James (Camera Obscura)
5 - Morning Light (Girls)
4 - Short fuze (the Black Lips)
3 - Dream-come-true girl (Cass McCombs)
2 - Monkey (Richard Hell covered by Kurt Vile)
1 - Don't Lie (the Mantles)
Je souhaite tout de même rappeler à votre bon souvenir le premier top, dans la mesure où certains titres restent incontournables: 15 - suite on a frame (Joe Henry) ; 14 - Leap (the Cave Singers) ; 13 - Ain't nothing like you (Blakroc) ; 12 - Run chicken run (the Felice Brothers) ; 11 - Andrew (Crystal Antlers) ; 10 - Tell my mom I miss her so (Ryan Bingham) ; 9 - Mr Mudd and Mr Gold (Townes Van Zandt covered by Steve & Justin Townes Earle) ; 8 - Hunchback (Kurt Vile) ; 7 - Hands (the Dutchess and the Duke) ; 6 - Perfection as a hipster (God Help the Girl) ; 5 - It ain't gonna save me (Jay Reatard) ; 4 - Standing between the lovers of Hell ; 3 - Laura (Girls) ; 2 - Shampoo (Elvis Perkins) ; 1 - The mountain (Heartless Bastards)
Libellés :
Camera Obscura,
Cass McCombs,
Girls,
Jay Reatard,
Kurt Vile,
Pains of Being Pure at Heart,
Papercuts,
Smith Westerns,
The Black Lips,
The Dutchess and The Duke,
The Mantles,
Vivian Girls
vendredi 15 janvier 2010
In 2009, You could have what you wanted
En dépit de la mort prématurée de Jay Reatard, notre époque reste, selon moi, la meilleure chose qui soit arrivée au rock indé depuis des lustres. Faisant le tour d'horizon des blogs et de leur top de fin d'année, je m'aperçois pourtant que l'enthousiasme est en berne et que personne ne s'accorde sur les gagnants de l'année, chacun y allant de son disque relativement mineur, faute de mieux. Le papillonnage supplante par ailleurs l'obsession pour un mouvement, un registre, une famille musicale, ce qui arrive toujours lorsque les cartes sont brouillées, que rien de marquant n'affleure. Le monde serait-il en décomposition? Je ne suis pas de cet avis. L'époque, il est vrai, est à la diversité, mais ce n'est pas parce qu'on ne s'y retrouve plus qu'il n'y a plus d'identité forte dans le monde de la musique indé. Peut-être suis-je isolé, mais cette année a été, de loin, ma préférée pour toute la décennie. Je m'empresse d'ajouter que je n'ai pas connu les trois premières, à peine la quatrième (à cette époque maintenant reculée, j'avais la tête ailleurs). Le milieu de la décennie ayant été accaparé par une brit-pop que je ne comprends pas toujours (exception faite des Coral) il est logique que la fin soit pour moi plus importante que le début, puisqu'elle signe le retour d'une certaine musique américaine qui fait la synthèse de toutes les époques, n'oubliant pas les nineties (la décennie boudée par les frangés et les slimés, en attendant que dès 2012 on méprise les héros de notre génération, logique implacable).
Je ne souhaitais pas faire de top de fin d'année, et je n'y cèderai d'ailleurs pas, mais seulement parler d'un phénomène qui me semble remarquable. Depuis quelques temps, on entend à nouveau parler de Kurt Cobain, l'icône un peu encombrante qu'il aura fallu détrôner un moment pour inviter les filles à danser (c'est selon moi la philosophie des noughties, qui se placent en porte-à-faux avec la musique assistée par ordinateur mais également avec la rage désespérée du grunge). Cette référence, parfois assez appuyée, n'est pas éparse et ne touche pas n'importe quel groupe. Les Arctic Monkeys, par exemple, sont assez peu susceptibles de parler de Nirvana en interview. Mgmt non plus ne doit pas être adepte. Il faut chercher du coté de la musique à guitares bruyantes, que le tempo soit rapide ou lent, pour trouver des signes patents de cette réhabilitation. C'est Girls qui m'a mis la puce à l'oreille. Dans le clip "Lust for Life", Owen brandit une pancarte où s'inscrit au marqueur le nom du défunt leader de Nirvana, entre autres noms qu'il nous invite à écouter. Plus intéressant: quelques mois auparavant, le groupe Crystal Antlers, avec son single Andrew, me donnait l'impression de réentendre une rage vocale pas entendue depuis 1994. Les très délicats Pains of Being Pure At Heart ont signé un titre référencé: Kurt Cobain's Cardigan. Les Vivian Girls s'avouent fans, et même Crystal Stilts, qu'on sent pourtant branché années 60. Sur le site officiel de Jay Reatard on peut entendre depuis aujourd'hui la reprise de Frances Farmer will have her revenge on Seattle. Et, pour finir, quand on regarde l'allure de Owen et Reatard, on ne peut s'empêcher de faire la comparaison. Cela faisait un bail que les longs cheveux n'étaient plus médiatisés... Quelles conclusions en tirer? Alors que tout un chacun cette année a parlé d'un revival shoegazing (parfois nommé shitgaze dans ses tendances borderline), est-ce que le phénomène n'est pas plus large? Le fait que Pains of Being Pure At Heart revendique plus de connexions avec Vivian Girls, Crystal Stilts, Girls et Nirvana qu'avec Jesus and Mary Chain ou Ride n'est-il pas le signe que nous ne vivons pas une époque étroitement repliée sur le souvenir d'un courant musical alternatif très souterrain mais plutôt bâtie sur de nombreuses fondations, capable de lier Nirvana aux Beach Boys, My Bloody Valentine aux Beatles?
Ce qu'on a appelé un peu négligemment le revival shoegazing, même s'il emprunte beaucoup aux guitares noisy de Ride, a finalement la vue large et risque bien de se déployer au-delà des limites ridicules dans lesquelles on veut parfois - condescendance oblige des critiques de plus de trente ans avec les petits jeunes - l'encercler.
Si je mets côte à côte ces groupes, qui ont tous sorti un disque cette année (du moins en France) : Vivian Girls, Crystal Stilts, Pains of Being Pure At Heart, Jay Reatard, Smith Westerns et Girls, j'obtiens alors un formidable condensé d'une année de rock indé américain, avec une identité homogène et forte malgré la diversité des registres. Cela crève l'écran. Je peux ajouter les Crystal Antlers, qui n'ont pas vraiment confirmé sur la longueur le bien que je pensais du single Andrew mais en qui on peut quand même placer quelques espoirs, même si leur credo semble excessivement psychédélique. Bien que Kurt Vile ne soit pas forcément adepte de Nirvana (il est plutôt obsédé par Neil Young et Pavement), il entre lui aussi dans le lot de cet indie-rock à guitares massives, condensant d'ailleurs ses nombreux aspects (pop, rock, psyché et folk).
Bien sûr ces disques ne sont pas d'absolus chef d'œuvre mais leur absence systématique des tops de fin d'année a quelque chose de suspect quand on sait qu'ils ont dans l'ensemble reçu un accueil favorable. C'est tout le problème de la génération zapping: à peine un disque jaugé, l'internaute s'en va en chercher un autre, sans prendre la peine de réitérer son plaisir, même quand celui-ci a bel et bien eu lieu. Pire: les découvertes s'enchaînant et l'internaute averti se faisant toujours le scrupule de donner une deuxième chance aux chansons qui ne l'ont pas renversé dès la première écoute, on en arrive à cette aberration qu'un disque médiocre mais bizarre sera forcément plus écouté qu'un disque simple et attachant, puisque le temps passé pour pénétrer l'univers de l'un aura été plus long que pour se débarrasser du plaisir facile de l'autre. Le plaisir se trouve ainsi dévalué au profit d'une tentative vaine de dénicher la perle rare.
Néanmoins, deux disques dont on peut supposer que leurs fans les ont adoptés d'instinct se retrouvent en haut des tops cette année : Animal Collective et Grizzly Bear semblent en effet accommoder beaucoup de gens sincères. Aussi incompréhensible que cela paraisse aux détracteurs, il y a un public qui raffole de ce genre de choses, comme il raffole d'ailleurs des sympathiques mais pas incroyables Vampire Weekend. Evidemment, le tableau que ces trois groupes dressent de la musique indé américaine diffère assez largement du mien, même si des connexions peuvent à l'occasion se retrouver (Kurt Vile a beaucoup écouté Animal Collective qui a fait signer Ariel Pink, mentor de Girls, sur son label). Pour le moment, tel que je définis la musique indé, je suis - sur le plan médiatique - à coté de la plaque. De plus en plus on tend à confondre le mot indie avec Animal Collective. Sur deezer, par exemple, un usager sceptique et visiblement décontenancé écrivait "décidément, je ne comprends rien à la musique indie". Oui, normal. C'est Animal Collective, un élément d'une galaxie bigarrée. Jay Z lui-même n'a pas l'air plus au fait de l'actualité lorsqu'il dit que l'indie-rock réussit sa mutation: il pense de toute évidence à Vampire Weekend. Ce qui m'intéresse et ce qui a fait le suc de mon année musicale (en dehors du folk-rock et de quelques petits événements extérieurs) se joue du coté du shoe/shitgaze, du garage-rock et de Kurt Cobain. On aura la suite bientôt, c'est certain (car ils ne vont pas tous mourir cette année). Et là, on en reparlera avec plus de recul: feu de paille ou future explosion?
Discographie de l'année:
S/t - Pains of Being Pure At Heart
Childish Prodigy - Kurt Vile
Album - Girls
Watch Me Fall - Jay Reatard
Everything is Wrong - Vivian Girls





2008 mais 2009 en France : Alight of Night - Crystal Stilts
****
Dans les autres sous-genres, il est inutile de dire que l'année comprend de bons moments, j'aurais à cœur de citer au moins quelques anglais: God Help the Girl (le projet de Stuart Murdoch) mais également la relève de Belle & Sebastian, assurée par Camera Obscura et leur dernier disque My Maudlin Career que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter en entier. Noah and the Whale m'a bien plu aussi, mais de là à citer leur disque parmi les favoris de l'année, cela me semble limiter la pop à une petite oraison amoureuse timide, pas plus conséquente que le beau disque de Bill Callahan - je dirais même que cette curieuse année aura fait porter des œillères à la critique. Alors, toujours de l'autre coté de la manche, il y aurait sans doute beaucoup à dire si seulement j'avais beaucoup écouté. L'indie-rock, là-bas, se diversifie également, mais tout y sonne plus timide, sauf ces Arctic Monkeys que je trouve lourds, trop lourds (faute à la production ou à la faiblesse mélodique?), les Horrors, qui ont tapé un grand coup et Jamie T, qui semble vraiment avoir un truc. Mais ce n'est pas, on l'aura compris, ma tasse de thé. Je désespère parfois de mon manque d'éclectisme - remède à toutes les névroses - mais voilà, les sympathique Bombay Bicycle Club ne me feront pas pleurer de joie ni d'enthousiasme alors que j'oublie toutes les nécessités de la vie en entendant les trois minutes de Young Adult Friction, de Can't Get Over You, de There Is No Sun, de Morning Light ou de Monkey (à vous de relier ces chansons aux bons artistes). J'ai l'impression que je vais exploser rien qu'en pensant à ces chansons. Comment expliquer de telles choses? Les gens qui aiment Jim Jones Revue éprouvent-ils le même sentiment? S'ennuient-ils en écoutant Pains of Being Pure At Heart comme je m'ennuie ferme en entendant ce showman grand-guignolesque prendre sa gratte et gueuler devant son parterre de petits hussards? Les mystères de la vie, de l'altérité, des goûts...
Je ne souhaitais pas faire de top de fin d'année, et je n'y cèderai d'ailleurs pas, mais seulement parler d'un phénomène qui me semble remarquable. Depuis quelques temps, on entend à nouveau parler de Kurt Cobain, l'icône un peu encombrante qu'il aura fallu détrôner un moment pour inviter les filles à danser (c'est selon moi la philosophie des noughties, qui se placent en porte-à-faux avec la musique assistée par ordinateur mais également avec la rage désespérée du grunge). Cette référence, parfois assez appuyée, n'est pas éparse et ne touche pas n'importe quel groupe. Les Arctic Monkeys, par exemple, sont assez peu susceptibles de parler de Nirvana en interview. Mgmt non plus ne doit pas être adepte. Il faut chercher du coté de la musique à guitares bruyantes, que le tempo soit rapide ou lent, pour trouver des signes patents de cette réhabilitation. C'est Girls qui m'a mis la puce à l'oreille. Dans le clip "Lust for Life", Owen brandit une pancarte où s'inscrit au marqueur le nom du défunt leader de Nirvana, entre autres noms qu'il nous invite à écouter. Plus intéressant: quelques mois auparavant, le groupe Crystal Antlers, avec son single Andrew, me donnait l'impression de réentendre une rage vocale pas entendue depuis 1994. Les très délicats Pains of Being Pure At Heart ont signé un titre référencé: Kurt Cobain's Cardigan. Les Vivian Girls s'avouent fans, et même Crystal Stilts, qu'on sent pourtant branché années 60. Sur le site officiel de Jay Reatard on peut entendre depuis aujourd'hui la reprise de Frances Farmer will have her revenge on Seattle. Et, pour finir, quand on regarde l'allure de Owen et Reatard, on ne peut s'empêcher de faire la comparaison. Cela faisait un bail que les longs cheveux n'étaient plus médiatisés... Quelles conclusions en tirer? Alors que tout un chacun cette année a parlé d'un revival shoegazing (parfois nommé shitgaze dans ses tendances borderline), est-ce que le phénomène n'est pas plus large? Le fait que Pains of Being Pure At Heart revendique plus de connexions avec Vivian Girls, Crystal Stilts, Girls et Nirvana qu'avec Jesus and Mary Chain ou Ride n'est-il pas le signe que nous ne vivons pas une époque étroitement repliée sur le souvenir d'un courant musical alternatif très souterrain mais plutôt bâtie sur de nombreuses fondations, capable de lier Nirvana aux Beach Boys, My Bloody Valentine aux Beatles?
Ce qu'on a appelé un peu négligemment le revival shoegazing, même s'il emprunte beaucoup aux guitares noisy de Ride, a finalement la vue large et risque bien de se déployer au-delà des limites ridicules dans lesquelles on veut parfois - condescendance oblige des critiques de plus de trente ans avec les petits jeunes - l'encercler.
Si je mets côte à côte ces groupes, qui ont tous sorti un disque cette année (du moins en France) : Vivian Girls, Crystal Stilts, Pains of Being Pure At Heart, Jay Reatard, Smith Westerns et Girls, j'obtiens alors un formidable condensé d'une année de rock indé américain, avec une identité homogène et forte malgré la diversité des registres. Cela crève l'écran. Je peux ajouter les Crystal Antlers, qui n'ont pas vraiment confirmé sur la longueur le bien que je pensais du single Andrew mais en qui on peut quand même placer quelques espoirs, même si leur credo semble excessivement psychédélique. Bien que Kurt Vile ne soit pas forcément adepte de Nirvana (il est plutôt obsédé par Neil Young et Pavement), il entre lui aussi dans le lot de cet indie-rock à guitares massives, condensant d'ailleurs ses nombreux aspects (pop, rock, psyché et folk).
Bien sûr ces disques ne sont pas d'absolus chef d'œuvre mais leur absence systématique des tops de fin d'année a quelque chose de suspect quand on sait qu'ils ont dans l'ensemble reçu un accueil favorable. C'est tout le problème de la génération zapping: à peine un disque jaugé, l'internaute s'en va en chercher un autre, sans prendre la peine de réitérer son plaisir, même quand celui-ci a bel et bien eu lieu. Pire: les découvertes s'enchaînant et l'internaute averti se faisant toujours le scrupule de donner une deuxième chance aux chansons qui ne l'ont pas renversé dès la première écoute, on en arrive à cette aberration qu'un disque médiocre mais bizarre sera forcément plus écouté qu'un disque simple et attachant, puisque le temps passé pour pénétrer l'univers de l'un aura été plus long que pour se débarrasser du plaisir facile de l'autre. Le plaisir se trouve ainsi dévalué au profit d'une tentative vaine de dénicher la perle rare.
Néanmoins, deux disques dont on peut supposer que leurs fans les ont adoptés d'instinct se retrouvent en haut des tops cette année : Animal Collective et Grizzly Bear semblent en effet accommoder beaucoup de gens sincères. Aussi incompréhensible que cela paraisse aux détracteurs, il y a un public qui raffole de ce genre de choses, comme il raffole d'ailleurs des sympathiques mais pas incroyables Vampire Weekend. Evidemment, le tableau que ces trois groupes dressent de la musique indé américaine diffère assez largement du mien, même si des connexions peuvent à l'occasion se retrouver (Kurt Vile a beaucoup écouté Animal Collective qui a fait signer Ariel Pink, mentor de Girls, sur son label). Pour le moment, tel que je définis la musique indé, je suis - sur le plan médiatique - à coté de la plaque. De plus en plus on tend à confondre le mot indie avec Animal Collective. Sur deezer, par exemple, un usager sceptique et visiblement décontenancé écrivait "décidément, je ne comprends rien à la musique indie". Oui, normal. C'est Animal Collective, un élément d'une galaxie bigarrée. Jay Z lui-même n'a pas l'air plus au fait de l'actualité lorsqu'il dit que l'indie-rock réussit sa mutation: il pense de toute évidence à Vampire Weekend. Ce qui m'intéresse et ce qui a fait le suc de mon année musicale (en dehors du folk-rock et de quelques petits événements extérieurs) se joue du coté du shoe/shitgaze, du garage-rock et de Kurt Cobain. On aura la suite bientôt, c'est certain (car ils ne vont pas tous mourir cette année). Et là, on en reparlera avec plus de recul: feu de paille ou future explosion?
Discographie de l'année:
S/t - Pains of Being Pure At Heart
Childish Prodigy - Kurt Vile
Album - Girls
Watch Me Fall - Jay Reatard
Everything is Wrong - Vivian Girls





2008 mais 2009 en France : Alight of Night - Crystal Stilts
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Dans les autres sous-genres, il est inutile de dire que l'année comprend de bons moments, j'aurais à cœur de citer au moins quelques anglais: God Help the Girl (le projet de Stuart Murdoch) mais également la relève de Belle & Sebastian, assurée par Camera Obscura et leur dernier disque My Maudlin Career que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter en entier. Noah and the Whale m'a bien plu aussi, mais de là à citer leur disque parmi les favoris de l'année, cela me semble limiter la pop à une petite oraison amoureuse timide, pas plus conséquente que le beau disque de Bill Callahan - je dirais même que cette curieuse année aura fait porter des œillères à la critique. Alors, toujours de l'autre coté de la manche, il y aurait sans doute beaucoup à dire si seulement j'avais beaucoup écouté. L'indie-rock, là-bas, se diversifie également, mais tout y sonne plus timide, sauf ces Arctic Monkeys que je trouve lourds, trop lourds (faute à la production ou à la faiblesse mélodique?), les Horrors, qui ont tapé un grand coup et Jamie T, qui semble vraiment avoir un truc. Mais ce n'est pas, on l'aura compris, ma tasse de thé. Je désespère parfois de mon manque d'éclectisme - remède à toutes les névroses - mais voilà, les sympathique Bombay Bicycle Club ne me feront pas pleurer de joie ni d'enthousiasme alors que j'oublie toutes les nécessités de la vie en entendant les trois minutes de Young Adult Friction, de Can't Get Over You, de There Is No Sun, de Morning Light ou de Monkey (à vous de relier ces chansons aux bons artistes). J'ai l'impression que je vais exploser rien qu'en pensant à ces chansons. Comment expliquer de telles choses? Les gens qui aiment Jim Jones Revue éprouvent-ils le même sentiment? S'ennuient-ils en écoutant Pains of Being Pure At Heart comme je m'ennuie ferme en entendant ce showman grand-guignolesque prendre sa gratte et gueuler devant son parterre de petits hussards? Les mystères de la vie, de l'altérité, des goûts...
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jeudi 17 décembre 2009
TOP QUINZE des chansons de l'année
Sensiblement différent de mon top myspace dans l'ordre des chansons (mais là, je chicane)
15 - Suit on a frame (Joe Henry)
Pas de vidéo pour le moment. Il faut guetter youtube, hélas.
14 - Leap (the Cave Singers)
Eh oui, il ne chante pas très bien, tout est en équilibre fragile.
13 - Ain't nothing like you (Blakroc)
Vous connaissez déjà, je vous avez présentés.
12 - Run Chicken Run (The Felice Brothers)
L'album est moyen, mais cette chanson est très énergique (surtout sur scène, comme en témoigne la vidéo)
11 - Andrew (Crystal Antlers)
Comment ça c'est inaudible?
10 - Tell my mom I miss her so (Ryan Bingham and the Dead Horse)
Je suis affligé par les commentaires des petits GI américains, heureusement ici, il y a des fans d'americana pour relever le niveau.
9 - Mr Mudd and Mr Gold (reprise de T.Van Zandt par Steve et Justin Townes Earle)
On écoute la version du fils Earle, Justin Townes, pour changer un peu.
8 - Hunchback (Kurt Vile)
Découvert il y a très peu de temps. C'est énorme!
7 - Hands (the Dutchess and the Duke)
Quans les albums seront-ils disponibles en France?
6 - Perfection as a hipster (God Help the Girl)
Très mignonne cette Catherine Ireton... Et Neil Hannon, ici, est impeccable.
5 - It ain't gonna save me (Jay Reatard)
Le grand absent des top 2009. L'album est un peu routinier, mais ce morceau est un hit.
4 - Standing between the lovers of Hell (the Warlocks)
La catharsis pure.
3 - Laura (Girls)
N'importe quel morceau de leur album en fait.
2 - Shampoo (Elvis Perkins)
Son meilleur titre. En un an il a dépassé le nombre d'écoutes de la plupart des chansons enregistrées sur mon i-pod depuis plus de deux ans.
1 - The mountain (Heartless Bastards)
ça fait rêver...
15 - Suit on a frame (Joe Henry)
Pas de vidéo pour le moment. Il faut guetter youtube, hélas.
14 - Leap (the Cave Singers)
Eh oui, il ne chante pas très bien, tout est en équilibre fragile.
13 - Ain't nothing like you (Blakroc)
Vous connaissez déjà, je vous avez présentés.
12 - Run Chicken Run (The Felice Brothers)
L'album est moyen, mais cette chanson est très énergique (surtout sur scène, comme en témoigne la vidéo)
11 - Andrew (Crystal Antlers)
Comment ça c'est inaudible?
10 - Tell my mom I miss her so (Ryan Bingham and the Dead Horse)
Je suis affligé par les commentaires des petits GI américains, heureusement ici, il y a des fans d'americana pour relever le niveau.
9 - Mr Mudd and Mr Gold (reprise de T.Van Zandt par Steve et Justin Townes Earle)
On écoute la version du fils Earle, Justin Townes, pour changer un peu.
8 - Hunchback (Kurt Vile)
Découvert il y a très peu de temps. C'est énorme!
7 - Hands (the Dutchess and the Duke)
Quans les albums seront-ils disponibles en France?
6 - Perfection as a hipster (God Help the Girl)
Très mignonne cette Catherine Ireton... Et Neil Hannon, ici, est impeccable.
5 - It ain't gonna save me (Jay Reatard)
Le grand absent des top 2009. L'album est un peu routinier, mais ce morceau est un hit.
4 - Standing between the lovers of Hell (the Warlocks)
La catharsis pure.
3 - Laura (Girls)
N'importe quel morceau de leur album en fait.
2 - Shampoo (Elvis Perkins)
Son meilleur titre. En un an il a dépassé le nombre d'écoutes de la plupart des chansons enregistrées sur mon i-pod depuis plus de deux ans.
1 - The mountain (Heartless Bastards)
ça fait rêver...
lundi 7 décembre 2009
GIRLS

Je m'aperçois qu'un mois s'est presque écoulé depuis le dernier post. Ce n'est pas que la matière manque. Prenons l'album des Girls. Je veux en parler depuis des semaines. Je pourrais tartiner cent lignes là-dessus. Mais toutes futiles, à coté du sujet ou redondantes. Quand on aime trop un disque, on se contente d'une exclamation. Ce post est donc une exclamation un peu longue, n'ayant pas trop en vue de parler musique.
En effet, l'écoute risque d'être tellement biaisée par les médias qu'il est peut-être judicieux de ne plus en rajouter. Ayant eu la chance de l'écouter sans passer par trop d'intermédiaires, j'ai pu me concentrer sur l'expérience musicale, sans l'associer à cette image de jeunes cancres obsédés par le sexe ni à aux louanges des distributeurs d'opinion. Depuis, l'engouement médiatique (quasi unanime: Pitchfork, Magic, R'n'F, the Guardians...) a entraîné son lot de positionnements contradictoires. Tout ce qui est unanimement médiatisé - encore plus dans un milieu indé qu'on suspecte fortement d'avoir ses petits codes trompeurs, ses propres miroirs aux alouettes - déchaîne les suspicions.
Or, il faut remettre les choses à plat: pour arriver à cet engouement, un groupe ne peut pas se contenter d'une notice d'attaché de presse ou d'un coup de pouce. La plupart des groupes qui sont parvenus à attirer l'attention le doivent à une certaine qualité, même si cette qualité peut n'être que la convenance à la mode. Kings Of Leon, Strokes, Killers, Franz Ferdinand... Je n'aime pas vraiment la moitié d'entre eux, mais ce n'est pas nul non plus. Girls est là, pas loin du sommet de la pyramide indé, et il y est parce qu'il le mérite. Il n'y a pas longtemps, j'écrivais de Joe Henry: "il a l'air crédible parce qu'il l'est". Pareil pour Girls. C'est le groupe qui est susceptible de donner envie de faire de la musique à un jeune de 18 ans. On a pris une guitare parce qu'on a écouté - quoi? Nirvana, les Smashing Pumpkins (références pour Girls)? Oasis? Eh bien, Girls se pose là. Et tout de suite. Avec un album pas parfait du tout, mais super. La perfection est une chose, genre œuvre de salon, l'apanage de Joe Henry par exemple; le disque super en est une autre. C'est ce genre d'album qu'on adopte dès la première écoute, sans même se poser la question à un moment ou à un autre de savoir si c'est vraiment bon, si ce n'est pas, somme toute, la décalque de quelque chose de plus ancien. C'est à l'usure, parce qu'on a éprouvé des sensations indélébiles mais aussi parce que l'accoutumance l'a rendu indispensable, que l'album acquiert sa valeur affective ET esthétique (l'album devient un objet esthétique après coup). Il serait donc trop tôt, si on me suit, pour vanter Girls. J'aurais pu attendre encore un an ou deux avant de laisser une chronique. Mais finir l'année sans avoir mentionné l'existence de ce disque ç'aurait été chicaner sur des détails sans évoquer les grandes lignes!
Pourquoi? Parce que c'est une cohabitation réussie entre l'amateurisme du chant et le professionnalisme d'une mise en son lo-fi par faute de moyens, mais talentueuse par son savoir-faire. Parce que c'est le printemps éternel, une vision musicale du bonheur (moyennant des paroles tristes), un rêve californien et adolescent, avec mélodies, harmonies vocales et rythmes entraînants (Lust for Life, Laura, God Damned). Parce que c'est un rappel des sensations originelles du rock indé, celles qu'on a éprouvées une première fois en écoutant les groupes marquants des nineties (notamment la noise de Morning Light ou le mur du son qui conclut Hellhole Ratrace). Surtout, parce que ce disque est ambigu, comme les meilleurs, louvoyant sans cesse entre le jour et la nuit, la joyeuse pop estivale nuancée par des paroles crues (Laura), le rock vite envoyé (Big Bad Mean Motherfucker) et la tristesse d'une complainte (Lauren Marie). C'est vraiment très bon et, tout jeunisme à part, on se demande si on n'aurait pas dû avoir 18 ans à sa sortie. En tout cas, une fois qu'on l'a, on n'a plus besoin de disques avant longtemps. Et ça, c'est très rare.
mercredi 4 novembre 2009
Seven Songs Shaping My Fall

Sept, nombre favori des superstitieux, moins ambigu que le treize et plus pratique pour une playlist rapide. Je joue le jeu, proposé par Thanu, du blog There's Always Someone Cooler Than You (ce qui est vrai). Le principe est simple: lister 7 chansons que vous écoutez beaucoup en ce moment. Pour plus de détails, voici l'intitulé exact:
List seven songs you are into right now. No matter what the genre, whether they have words, or even if they’re not any good, but they must be songs you’re really enjoying now, shaping your life. Post these instructions in your blog along with your 7 songs. Then tag 7 other people to see what they’re listening to.
Idéalement, je souhaitais proposer un lecteur regroupant les chansons mais l'une d'entre elle n'était pas présente dans la version désirée.
1 - Wedding Bell (Beach House)
Dans la suite logique de ce que j'écrivais récemment, voici le premier très beau morceau du très bel album de Beach House, Devotion. Vous comprendrez mieux pourquoi ma chronique était très métaphorique. C'est indescriptible.
2 - Tell My Mom I Miss Her So (Ryan Bingham)
Même si je n'aime pas autant son deuxième album, cette chanson, qui en est extraite, est pour moi l'une de ses meilleures, juste derrière Southside of Heaven.
3 - Anyway That You Want Me (Spiritualized)
Puisque je l'ai choisie pour figurer dans la section chansons en or (qui ne sont pour le moment qu'au nombre de cinq), vous vous en ferez vous-même une idée.
4 - Travelling Man (Bert Jansch)
Une bien vieille chanson (1973), remasterisée récemment pour la réédition de L.A.Turnaround. Aussi belle que, à tout hasard, Needle of death. Mais après avoir vu la vidéo de l'enregistrement en studio, celle-ci s'est attirée mes faveurs.
5 - Hellhole Ratrace (Girls)
Deux branleurs de première, avec pour obsession vraissemblable les filles, la gnole, les filles et un peu la gnole. D'habitude, ça m'indiffère. Mais ayant grandi dans les années 90, je me sens en territoire connu avec eux. Leur son me plaît beaucoup et, au-delà, mine de rien, il y a de la mélodie.
6 - More News From Nowhere (Nick Cave and the Bad Seeds)
Depuis trente ans, et après des débuts post-punk dont je suis moins friand, Nick Cave est toujours un caïd. Je fais partie de la proportion d'amateurs qui préfèrent justement des morceaux comme celui-ci à From Her to Eternity. Et il faut visionner le clip, c'est très bien fait.
7 - Catch the Wind (Donovan)
La voici la dernière, celle que je n'ai pas voulu faire écouter. Entendons-nous bien: la version single, celle qui fait deux minutes et quelques, est selon moi très moyenne. En plus, il essaie de chanter comme Dylan, alors qu'il a la chance d'avoir une voix très pure. Préférez la version de 5 minutes, celle des bonus de Hurdy Gurdy Man; le final est somptueux. On y entend de la batterie, de la passion et des envolées vocales.
Découvrez la playlist seven songs shaping my fall avec Spiritualized
Sont invités à poursuivre la chaîne:
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