Ils sont plusieurs à revenir en novembre. Et non des moindres. J'aurais aimé parlé de Kurt Vile, en solo bien sûr, mais rien ne me vient à l'esprit. Ses nouvelles chansons folk sont comme des face-b refourguées. C'est un vide sidéral, un ennui inacceptable. Il a gardé le meilleur pour the War On Drugs. Future Weather, du groupe de Philadelphie, s'annonce en effet du même tonneau que l'album de 2008. Comin' trough est radieux, svelte, élancé. Chose appréciable, Kurt Vile pose ses mots avec moins de paresse et de nonchalance que sur son dernier ep.
Puis, il y a les Crystal Stilts - j'allais écrire les Crystal Castles, car il y a presque autant de groupes dont le nom commence par Crystal que de groupes dont le nom commence par Black - ils ont eux aussi sorti un disque magnifique en 2008, trop peu médiatisé et parfois considéré à tort comme une fumisterie de snobinards prenant la pose cynique et inquiétante du Velvet Underground. En fait, c'est surtout un excellent groupe de garage-rock, dans la famille des Mantles et des Fresh and Onlys, mais en plus sombre. Les Fresh and Onlys, dont on parle aussi cette semaine, sortent également un nouveau disque. Avec ça, on a de quoi faire le mois.
La chanson de la semaine
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vendredi 22 octobre 2010
vendredi 1 octobre 2010
Harlem

En mars sortait un des albums que j'attendais le plus cette année. Qui plus est, il sortait sur le label Matador, auquel, contrairement aux évidences, je ne dois pas mon pseudonyme. Le hasard a en effet voulu que ma personne y soit associée dans l'esprit de mes quelques lecteurs. Or, c'est une bonne chose car ce label recèle de véritables trésors. Je ne vous ramène pas à l'ère de Pavement (que je n'aime pas beaucoup), ni même à Yo La Tengo, mais, pour ne prendre que les plus récents, songez à Jay Reatard, aux Ponys ou à Kurt Vile, dont je n'ai pas chroniqué le dernier (et hélas mauvais) ep. Belle brochette de talents, à laquelle vient de s'ajouter un nouveau nom.
Nul doute que Harlem ne se prépare à un avenir doré, aux cotés des Black Lips, des Soft Pack et des Strange Boys. La quadrature est ainsi parfaite. Au centre du carré, on placera les Mantles, ces modestes génies du garage-rock mélodieux. Avec cela, il est possible d'être heureux.
Harlem, pourtant, a commencé par me décevoir, tout comme ces Stranges Boys braillards et dégingandés, qui geignaient leur country dans la fumée d'un mauvais saloon. Mais, tout comme on n'enlève pas Be Brave à ceux qui l'ont créées, on ne retire pas non plus à Harlem le privilège d'avoir écrit Gay Human Bones ou Faces. L'album, pour un disque garage, est un peu long, ou disons qu'il y a trop de chansons, mais pourquoi s'en plaindre? A l'heure où l'i-pod a remplacé le cd, qui se soucie encore d'une juste répartition des morceaux, de leur quantité, de leur ressemblance? Aussi bien, il est possible, selon le jour ou l'humeur, de piocher par-ci par-là l'une ou l'autre de ces vignettes brillantes. Tout y est bon. Ce n'est bien sûr pas très innovant, d'autant que la promotion du disque, au moment de sa sortie, se donnait un petit air de "rébellion officielle", affichée en attrape-nigaud dans les pages publicitaires des journaux. La jeunesse désinvolte et désobéissante, dans la lignée de Pete Doherty, n'étant qu'une image de plus dans un monde d'images et de modèles, où l'objectif ultime est d'avoir la classe, il ne reste plus qu'à fermer les yeux sur ces vaines fanfaronnades. La naïveté idéologique, parfois, irrite. Mais Harlem n'en est pas responsable. Le groupe se contente de jouer avec un plaisir communicatif des chansonnettes simples et bien troussées. Je me contente, de mon coté, d'y prendre le mien sans trop chercher à en savoir plus sur ces larrons-là.
mercredi 22 septembre 2010
Crazy For You

Après avoir adoré le single "When I'm with you", l'hymne de Los Angeles qui en a rendu fou plus d'un, tout le monde, sur la blogosphère, semble s'être mis de connivence pour traiter Bethany Cosentino en pestiférée. Son tort, il est vrai, est d'avoir dupliqué la chanson sur douze petites plages moins enthousiasmantes. Pour s'attirer encore un peu plus d'opprobre, elle a eu la malchance d'être couverte de lauriers par Pitchfork et les Inrocks. C'est le pompon. Le blogueur lambda, scrupuleux comme il est, n'avait plus qu'à retourner sa veste: après avoir contribué largement à son éloge, avant que celui-ci ne soit récupéré par l'ennemi (la presse bobo), il décide, logiquement et avec beaucoup de bonne foi, de jeter le disque aux ordures. Il faut qu'il en fasse autant pour les Klaxons et Wavves, sinon il n'est plus crédible.
Mais enfin, au lieu de se regarder en chien de faïence, presse et blogs devraient s'accorder à marcher dans le même sens, puisque, dans le fond, il s'agit des mêmes personnes qui écrivent ici ou là, selon les aléas de la vie. Il semble difficile de cracher sur la soupe quand on en a aimé les ingrédients: ne retrouve-t-on pas dans Boyfriend ou Honey ce qui a chaviré nos cœurs avec When I'm With You? L'album est un peu en-deçà de l'été éternel auquel nous conviait ce single devenu archétype, mais il est bon, il crachote un peu le son de guitare réverbéré qui plaisait déjà chez les Dum Dum Girls ou les Vivian Girls. Il n'apporte plus rien, car la fleur, en l'espace d'un single parfait, a ouvert bien grand sa corole puis s'est refermée, après avoir arboré ses couleurs dans un éclat si vif qu'il a laissé une trace sur la rétine. Le reste est désormais un peu plus ou un peu moins, mais la perfection de la forme a connu son heure, trop brève. Gageons que tout disque supplémentaire, dans la même veine, sera désormais de trop aux grincheux et aux blasés - ainsi qu'à ceux qui, tout simplement, et c'est leur droit, n'ont jamais goûté à ce genre de plaisir. Le chapitre, destiné à se clore trop vite, devra néanmoins connaître une suite, car ces groupes, sans compter les déséquilibrés de Wavves, n'en sont qu'à leurs débuts.
lundi 26 avril 2010
Best Coast
Etant parfait, ce clip mérite bien sûr sa place ici. Best Coast - j'en avais déjà glissé un mot - est à la cote californienne (la meilleure) ce que sont les Vivian Girls à l'est. Mais pas seulement. A l'écoute de When I'm with you on comprend mieux en quoi Bethany Cosentino surclasse toutes les autres, Dum Dum Girls comprises, et pourquoi elle plait aussi à ceux à qui les autres ne plaisent pas. Pas franchement différente, elle utilise exactement les mêmes procédés (saturation et réverbération, ce qui procure aux chansons un étrange et suave mélange de braillardise et de profondeur) mais elle ajoute une touche surf, bien californienne et habilement fondue dans le reste. Dès le départ, vers 2008, ces rriot girls ont surpris par un son garage rétro mais teinté de shoegazing, presque mélancolique dans le fun, vaporeux à force de bruit indistinct, mais l'originalité de Best Coast, son audace, c'est d'accentuer encore un peu plus cet aspect, de le tendre jusqu'à l'extrême, en fait d'incarner radicalement l'esthétique qui se dessine, même si c'est par le truchement d'esquisses maladroites (car Best Coast sonne souvent moins pro que les Vivian Girls, c'est dire!). Du coup, le rejet peut être total; on pense notamment à ceux qu'indisposerait le courant shitgaze avec ses enregistrements volontairement (ou pas) approximatifs et violemment saturés. Mais le refrain pop de When I'm with you a la force fédératrice qui manque parfois au groupe. Ce qui le rend si enivrant, c'est d'abord la structure du morceau avec son introduction qui monte progressivement en puissance, preuve que Best Coast connait ses fondamentaux, puis ce son de guitare massif qui devrait plaire aux fans des années 90, enfin les chœurs, très en retrait, mais indispensables à l'esprit surf californien qui règne sur ces 3 petites minutes d'indécision des sentiments, où l'on ne sait plus bien ce qu'on éprouve entre espoir, gaieté, bien-être et un émoi indescriptible, une sorte de tristesse masquée qui est propre aux jours de soleil.
mercredi 21 avril 2010
Chanson de la semaine - Don't Lie (the Mantles)

Cette semaine, le choix est banal mais imparable. Je prends tout simplement la meilleure chanson de 2009, que j'ai déjà dû passer cent fois, et je la remets en en-tête pour les nouveaux. Il est dit que les Mantles ne finiront pas inconnus. Choix banal car je recycle mais ne vous y trompez pas, les Mantles, bien que j'en parle souvent (mais peut-être pas sur ce blog), sont fichtrement ignorés par les médias français - et pour cause! leur disque n'a pas encore traversé l'Atlantique. En attendant que l'un des plus beaux albums de garage-rock parvienne jusqu'à vos oreilles, écoutez donc ce Don't Lie, idéal pour un road-movie imaginaire, byrdsien comme les Byrds n'étaient finalement pas capables de l'être (car oui, les Byrds sont influents et même irremplaçables pour l'imaginaire collectif - le mien compris - mais tout compte fait, rares furent leurs grands morceaux - ce qui est grand ce sont les morceaux qu'ils n'ont pas écrits mais dont on les pense capables).
Mais pourquoi Don't Lie, ce morceau précisément et pas un autre, attendu que leur disque est si bon? Parce que Don't Lie est idéal en présentation: il donne le ton et ne fait pas attendre. Il a cette vertu précieuse d'entraîner tout de suite l'auditeur dans le vif du sujet, condensant l'ambiance qu'il décline sur le reste du disque. Il introduit le nouveau venu et résume en même temps l'esprit du groupe san franciscain. Don't Lie repose sur un duo de guitares saturées et mélodieuses comprenant des accords plaqués d'un coté et un arpège de l'autre, formule simple et redoutable lorsqu'il s'agit d'écrire un morceau entraînant à la manière de The House of the rising sun (mais Don't Lie, du fait de la saturation et de la deuxième guitare, est plus sale et plus dense). Les Mantles ressemblent à des Black Lips attendris, à un Brian Jonestown Massacre fleuri, c'est un grand bain de soleil et de liberté car en plus d'être touchante leur musique respire l'aisance. Mélangeant allègrement l'esprit garage et le flower power, les Mantles sont, comme les Black Lips, "trop punk pour être hippies, trop hippies pour être punk".
Par ailleurs, si un morceau ne suffit pas à vous tenter ou si vous avez le cœur lourd (les deux sont possibles conjointement), écoutez aussi Look Away, la ballade triste de l'album. Après, si vous n'êtes pas convaincus, c'est que vous êtes bien difficiles.
mercredi 10 février 2010
Des nouvelles de l'Ouest
Parmi les disques les plus attendus des mois à venir, en voici deux qui devraient plaire l'un aux amateurs de garage-rock, dans la plus pure tradition des Seeds, l'autre aux fans d'indie-rock allumé qui ne crachent pas sur un classic-rock barbu et costaud. Etrange mélange entre les Pixies, les Clash (la voix ne me trompe pas) et la musique folk-rock américaine, toujours l'un des piliers de ce blog - pour ceux qui penseraient que j'ai abjuré -, Titus Andronicus, ami myspace des délicats Pains of Being Pure At Heart et des punkettes des Vivian Girls, revient en mars prochain avec un disque (the Monitor) magnifiquement présenté et dont le premier extrait, Four Score and Seven, long de huit minutes (pas mal pour un groupe qui prétend jouer du punk-rock) annonce une promenade curative dans la musique roots américaine. Titus Andronicus, qui revendique inexplicablement l'influence de Galaxie 500 (je ne l'entend pas beaucoup...), pourrait donc réunir l
es tendances complémentaires du blog (le folk-rock et le garage indé) et fédérer les deux types de lecteur. Mais il faut encore attendre - le 21 mars, on saura.

D'ici là, nous aurons écouté le deuxième album des Strange Boys, et le premier distribué en France dès sa sortie: Be Brave, premier single d'un album éponyme, porte déjà fièrement les couleurs du groupe d'Austin. Ceux qui avaient annoncé Soft Pack comme parangon du garage-rock cette année - sans doute inspirés par les communiqués des attachés de presse - ne vont rien comprendre au hold-up qui se prépare. Même si personnellement j'aime bien Soft Pack, il faut reconnaître aux Strange Boys un brio plus éclatant, une verve de petite frappe qui semble plus naturelle, découlant sans doute d'une prédisposition ontologique pour ce genre d'activité insouciante et régressive. ça arrive. De toute façon, ils ont le style qu'on a tout de suite, dès le plus jeune âge, ou qu'on n'acquiert jamais. Ces petites affaires sont contraires à la maturité. Ce qui n'empêche pas les jeunes d'avoir une culture: la pochette de leur album, par exemple, n'est pas sans évoquer quelque souvenir stonien...
es tendances complémentaires du blog (le folk-rock et le garage indé) et fédérer les deux types de lecteur. Mais il faut encore attendre - le 21 mars, on saura.
D'ici là, nous aurons écouté le deuxième album des Strange Boys, et le premier distribué en France dès sa sortie: Be Brave, premier single d'un album éponyme, porte déjà fièrement les couleurs du groupe d'Austin. Ceux qui avaient annoncé Soft Pack comme parangon du garage-rock cette année - sans doute inspirés par les communiqués des attachés de presse - ne vont rien comprendre au hold-up qui se prépare. Même si personnellement j'aime bien Soft Pack, il faut reconnaître aux Strange Boys un brio plus éclatant, une verve de petite frappe qui semble plus naturelle, découlant sans doute d'une prédisposition ontologique pour ce genre d'activité insouciante et régressive. ça arrive. De toute façon, ils ont le style qu'on a tout de suite, dès le plus jeune âge, ou qu'on n'acquiert jamais. Ces petites affaires sont contraires à la maturité. Ce qui n'empêche pas les jeunes d'avoir une culture: la pochette de leur album, par exemple, n'est pas sans évoquer quelque souvenir stonien...
dimanche 7 février 2010
The Black Lips

On ne va pas y aller par le dos de la petite cuillère: 200 Million Thousand compte parmi les trois disques les plus violents, les plus bruts et les plus déglingués qu'il m'ait été donné d'entendre: exception faite des Sex Pistols que je n'ai jamais réussi à encaisser, il y a Kick Out the Jams et Raw Power. On arrête là. Si les deux autres ne vous plaisent pas, il trônera tout seul, comme unique sensation rock'n'roll isolée, bien au-dessus du reste. Vous voulez un disque de rock? Point n'est besoin d'en avoir deux (à moins d'être un fan obsessionnel du genre). Quand tout l'esprit, la fureur, le rythme et la hargne se trouvent condensés dans un même brûlot vous pouvez faire les frais de tous les autres.
De la première jusqu'à la dernière minute, 200 Million Thousand explose, craque, déborde de partout. Il ne tient pas en place, se fiche de tout, même de l'enregistrement - très limite, oui, mais le rock a toujours eu un avantage considérable sur la pop: alors que celle-ci est dépendante des studios et de leur orfèvrerie, le rock n'a quant à lui besoin que d'une interprétation convaincante.
Alors, qu'est-ce qu'il a cet album? Au vu de certaines chroniques, j'osais à peine l'écouter. Le précédent m'avait paru agaçant avec ses rythmes au hachoir, son petit son sec et sa nervosité oppressante, ce que j'appelle le style pantalon serré. Seul Cold Hands, géniale chanson dans le style des Seeds, me semblait ouvrir des espaces, laisser l'auditeur respirer tout en lançant la cavalcade. Se profilait enfin une musique de road-movie speed, quelque chose qui, tout en étant rock, changeait de la faconde punk habituelle.

200 Million Thousand reprend le garage rock sixties de cette chanson et le pousse plus loin, plus loin en arrière pour commencer, car le groupe, déjà pas innovant à la base, a décidé de se la jouer rétro sans complexe; plus loin dans l'intensité, la furia, la démence même - les cris sur The Drop I Hold, la violence inouïe du chant sur Again and Again. Il n'y a que Mc5 gueulant "Kick out the jams motherfucker" sur leur premier disque pour produire un effet aussi absolument libérateur. Sauf que Mc5 peut éventuellement saouler certains quand les Black Lips - peut-être simplement parce qu'ils sont d'aujourd'hui - vont les emmener jusqu'au bout du trip. Pourquoi eux et pas d'autres? Ecoutons Old Man et son refrain magnifique - mais maltraité. Comment savoir si ce morceau aurait été mieux avec plus d'application? Il y a dans cette démo - car le disque est une démo - une sorte de beauté en hardes. Starting Over, Short Fuze... Mince! Oubliez les Seeds, les Sonics, les 13th Floor Elevators, c'est-à-dire les instigateurs, et même une partie de la concurrence, car 200 Million Thousand enterre presque tout.
Maintenant, il sort au bon et au mauvais moment à la fois: quand le garage-rock se refait une santé outre-Atlantique, mais aussi à une époque où tout le monde écoute encore du rock, où donc le rock n'est pas assez mort pour surprendre. Il aurait fallu attendre que les synthés ringardisent la musique, dans le même esprit rétro-futuriste qu'en 85, ou que l'électronique reprenne sa part de marché comme dans les nineties, ensuite seulement ce disque serait arrivé, comme un pavé dans la marre.
200 MillionThousand
The Black Lips
2009, Vice Music
samedi 30 janvier 2010
The Ex-Muslims

Beaucoup de leurs fans ne s'y retrouvent plus. Les Soft Pack, depuis qu'ils ont changé de nom, semblent plus... soft. On va pouvoir juger sur pièce dès lundi. Leur premier album en tant que nouveau groupe sort en effet le 1er février et ce sera l'occasion de vérifier qu'un groupe anciennement prometteur va tenir, même sous un autre nom, ses promesses. Les premiers extraits malheureusement ne semblent pas à la hauteur de ce petit tube garage-rock, extrait de leur premier disque, the Muslims:
Je vais me pencher sur le nouveau disque, parce qu'un disque de garage-rock, ça ne peut pas faire de mal, mais gardez en têtes deux choses: dans le genre les Black Lips restent meilleurs - malgré un enregistrement toujours proche d'une démo - et les Mantles surclassent tout le monde. Je suis prêt à soutenir cette thèse devant un jury. Pas d'argument, juste la musique.
jeudi 28 janvier 2010
Right Now

J'ai parlé des Smith Westerns, mais pas assez. Leur premier disque est sorti en 2009 (celui avec la pochette de Nevermind à l'envers). A première écoute ils semblaient juste bordélique, comme Wavves. Mais au-delà du plaisir pris à sentir vrombir les guitares, il y a surtout des mélodies d'enfer. Pas très originaux, les Smith Westerns empruntent beaucoup, à T-Rex par exemple. Mais dans leur cas, l'énergie suffit à la fraîcheur. Trouvez le disque, pas disponible en France, car il en vaut la peine.
Elles, j'aurais dû vous en parler. Ce sont les Vivian Girls. Ce nom m'était inconnu jus
qu'à ce qu'une visite du myspace de Girls me mène droit à leur page. Elles sont brouillonnes, mais leurs mélodies sont attachantes et le son noisy emprunte parfois sa couleur au shoegaze. On tient donc un étrange groupe punk-rock, classique dans les mélodies, mais moderne pour la mise en son. Leur dernier album, en plus d'être très bon, est très bien présenté. Cela vaut la peine de se le procurer en vinyle. Un coup de cœur auquel leur simplicité ne me prédisposait pourtant pas.
Ceux-là sont très rétros. On pourrait croire à un groupe de la cote ouest des sixties. Pour peu qu'on ne s'offusque pas de ce décalage temporel les Crystal Stilts devraient ravir tout amateur de chansons se donnant volontairement des atours underground (en tant que pose pour faire fuir les minets, comme Spacemen 3 le faisait très bien). Leur premier album est sorti en 2008 et il comporte quelques morceaux psyché noirâtres et noyés dans la réverb. Avec un enregistrement lo-fi, ils ne sont pas sans rappeler le Brian Jonestown Massacre des début.

Voici encore un groupe lo-fi dans le genre de Crystal Stilts, mais sans l'obscurité. Ce serait plutôt la face lumineuse, avec des chansons pop-rock accrocheuses, dans l'esprit San Franciscain qui en ce moment tape à la porte du monde de la musique. On espère que des oreilles sensibles sauront l'entendre. Excellent groupe, ces Mantles, dont le premier essai est sorti l'an passé.

Et pour terminer, Best Coast, encore un projet lo-fi, mais encore une fois un concentré de jolies mélodies cachées sous un punk-rock cradingue. L'esprit des Vivian Girls avec l'ambiance de la sunshine pop, quelque chose de Californien dans la culture et d'indie-rock dans la présentation. C'en est presque triste malgré l'énergie. Un premier album est prévu pour 2010. Personnellement, au vu de leurs magnifiques pochettes, je ne crois pas me contenter de myspace et youtube pour continuer d'écouter les premiers eps.
mardi 19 janvier 2010
Borderline
Voici la frange extrémiste du rock, la lisière entre l'audible et l'inaudible. ça se passe aux USA, c'est violent à souhait et pour trouver ça génial, je pense qu'il faut vraiment en avoir marre de la chanson pop, des mélodies lignes claires, des refrains et des arrangements soignés. Soit une négation de dix ans de chansons rock formatées qu'on peut néanmoins siffloter. Est-ce qu'on en a vraiment besoin, là, à l'instant? Un peu, mais faut pas exagérer. Dans le genre shoegaze (mot légèrement usurpé), je prends Pains Of Being Pure At Heart (si c'est bien du shoegaze, ce dont je doute) et je vous laisse le vacarme. Pourtant, il y a quelque chose d'assez fascinant dans les morceaux qui suivent, l'impression que les gars s'en foutent joliment, qu'ils sont borderline et adressent au monde un doigt d'honneur. Très punk dans le fond, donc pas pérenne sur le plan artistique mais sans doute historique. Gageons qu'ils auront leur quart d'heure warholien.
Times New Viking
Smith Westerns
Wavves
Après, si ça ne devient pas aussi universel que les Strokes, il ne faut pas s'étonner. C'est quand même bien défoulant, même si Wavves est largement surestimé. Les Smith Westerns sont les meilleurs.
Times New Viking
Smith Westerns
Wavves
Après, si ça ne devient pas aussi universel que les Strokes, il ne faut pas s'étonner. C'est quand même bien défoulant, même si Wavves est largement surestimé. Les Smith Westerns sont les meilleurs.
jeudi 14 janvier 2010
Jay Reatard mort? Mauvaise blague?

Ce doit être une plaisanterie... A la veille d'un succès peut-être planétaire (dont il n'aurait sans doute rien eu à foutre), à la veille surtout d'enchanter la jeunesse en mal de bonnes guitares...
Cela fait bien 8 ans que Pete Doherty et Anton Newcombe sont à l'agonie. La presse s'amuse. Les destins fabriqués à l'avance par la mythologie rock'n'roll fascinent le public. Les gens voudraient bien qu'on aille au casse-pipe, pensait Jeff Buckley. C'est vrai, le rock est malsain jusqu'au bout, il concentre tellement de frustrations cachées et inavouables. Dans le fond, même la mort de Jay Reatard, si ça se trouve, aura l'avantage de faire parler du rock et sous couvert d'être affecté certains s'en trouveront excités quand même - de fait, l'écriture de cet article, un peu prématurée, qui est certes un hommage, mais aussi, comme pour un papparazzi de la critique rock, un scoop, me parait presque saugrenue et j'hésite à en retarder la parution par simple décence.
Parce que, tout de même, il s'agit d'une vraie mort et, sur le coup, c'est moins romantique. Surtout concernant un gars qui, tout en ayant mené une courte vie de patachon, n'était absolument pas de ceux qui esthétisent la mort ou avec qui on peut se permettre de le faire.
Evidemment, de notre point de vue d'auditeur, ce n'est pas le décès de l'homme qui importe. C'est ce goût d'inachevé qu'il laisse. Cette impression de voir une histoire se finir en queue de poisson alors qu'on ne la pensait qu'à ses débuts, en particulier quand on vient de découvrir ces albums cette année. Jackson, Bashung, Mano Solo, ce n'est pas la même affaire. Eux avaient (presque) tout dit. Les admirateurs sont déçus, oui, pour ne pas dire tristes, mais d'un point de vue supérieur, qu'est-ce qu'un nouveau concert de Jackson aurait pu changer à l'histoire de la musique? C'est dommage pour celui qui en rêvait, mais la pop ne change pas son cours. Avec Jay Reatard, une perspective se bouscule. Même si les vrais punks n'attendaient rien d'autre de lui qu'une suite d'albums comme il savait déjà les faire, c'est-à-dire une résistance indécrottable au changement et à la diversité, d'autres, comme nous peut-être, pressentaient le coup d'éclat. Il faut dire que sa popularité montait en flèche, par exemple en France où son passage à Rennes avait été remarqué. Petit à petit, après quelques années d'un punk-rock sans fioriture ni prise de tête, Jay Reatard avait les cartes en main pour attirer le vaste monde et redonner un sens populaire - et plus seulement underground - à un rock qui soignait un peu trop sa frange et se souciait plus de godasses que de guitare.
J'aime bien Jack White ou les Yeah Yeah Yeahs, mais vous connaissez l'histoire: on commence dans le ghetto (pauvre ou riche) et on finit par faire la promotion de Calvin Klein ou à se dandiner sur les plateaux télé. Il n'y a que les éternels naïfs pour s'en étonner toujours, refaisant à chaque fois le coup de la désillusion, pourtant programmée dès l'apparition d'un embryon de rockeur dans le ventre de sa mère. L'implacable destin du rock est, tel l'enfant prodigue, de rentrer au bercail. Rechapant au destin d'entertaineur, qu'il n'aurait sans doute pas honoré de façon conventionnelle, Jay Reatard a malheureusement fait pire: il a avorté du rock. Toute proportion gardée c'est un peu comme si Franck Black avait crevé avant Doolittle. C'est un pressentiment que plus rien ne pourra confirmer, mais je crois que ce décès est réellement marquant, dans le sens d'une rupture. Maintenant, le bonhomme a eu la bonne idée d'être prolifique. A lui seul, sans compter les groupes - nombreux - dans lesquels il a joué, il aura sorti pas moins de quatre disques, car il faut compter les compilations de single - remplies à ras bord. Watch Me Fall, son dernier, n'était pas le meilleur mais il présentait quelques signes distinctifs inattendus de la part de ses fans puristes. Ainsi, le disque se clôt sur une ballade, there is no sun, où pour la première et dernière fois de sa vie, il fait la surprise d'ajouter du violon. De là à dire que c'était son requiem...
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