La chanson de la semaine

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jeudi 19 août 2010

2010, A suivre...


C'est terrible comme 2010 est pauvre. Terrible et rassurant à la fois. Qui voudrait d'une année où chaque semaine signifierait la sortie d'un disque imparable? Qui voudrait voir sa discothèque remplie d'indispensables qu'on n'aurait même plus le temps d'épuiser? Avec l'embarras du choix, le plaisir plein et absolu de la possession d'un disque longtemps convoité cède la place à une façon désordonnée et obsessionnelle de butiner la musique. On se consolera donc ainsi de cette année de disette où le second meilleur disque, à mes yeux, est le plus mauvais album des Coral, où le troisième de la liste sera vraisemblablement le solide mais trop banal Soft Pack. Pour le reste, c'est une quasi plaisanterie. L'année commençait pourtant fort bien avec Teen Dream, de Beach House, qui est d'ores et déjà assuré d'être élu meilleur album de l'année par mes soins. Avec une telle réussite, franchement inespérée, quand depuis des années on attendait en vain un grand disque de dream-pop, l'année 2010 restera curieusement dans les annales de ce blog. Mais à ce titre seulement, car en aout aucun signe d'amélioration n'est à signaler. Avec la sortie prévue de Phosphene Dream des Black Angels et d'un nouveau Black Mountain - dont je vous proposerai les premiers extraits - les fans de néo-psychédélisme vont peut-être avoir l'eau à la bouche. Sauf que, malgré une excellente pochette, le groupe de Stephen McBean a l'air de s'être paumé dans les dédales en carton-pâte du hard à la Black Sabbath. Déjà que Black Mountain n'était pas un groupe de première finesse, le Söderling de la pop, à la droite de puncheur, va nous revenir avec des jambes encore plus lourdes.
Revenons à janvier: These New Puritans signaient la première cochonnerie high-tech de l'année. Elle fut appréciée par certains pendant quelques mois, le temps qu'il fallait à Mgmt pour sortir l'autre flop de 2010. Si la sortie du disque vaut qu'on en parle, on ne sait toujours pas si le disque en lui-même vaut qu'on l'écoute. A chaque fois, l'avis oscille entre "bof" et "pas mal!". Depuis, Arcade Fire a pris le relais, mais comme les choses vont vite et que la qualité des disques décroit, les Klaxons sont déjà au taquet, près à relancer l'intérêt des jeunes pour la pop. Hélas, eux aussi ont un petit air de perdants cette année. Bref, les "gros" s'écroulent gentiment et pendant ce temps, les petits tardent au démarrage.
Par exemple, j'aurais aimé pouvoir parler plus longuement des Strange Boys ou de Best Coast. Problème: les premiers sont archi-décevants, la deuxième indisponible en France et, pour ce que j'en ai entendu dire, bien en-dessous des allégations flatteuses l'ayant concernée pendant les quelques mois où l'excellent single When I'm With You avait alléché le public. Waaves peut-il laisser espérer quelque chose? A première écoute, les morceaux ont un air de punk-rock collégial. Déjà déclaré nouveau Blink123, Waaves risque de ne pas vraiment nous contenter. Le pire, c'est que les Dum Dum Girls, dans le même registre garage, ne sont pas si bonnes qu'indiquées par la presse. Pas mal, ok, mais dans le genre, je préfère les Vivian Girls.

Tout n'est pas fini. Il existe d'autres gros titres. Ariel Pink, par exemple. Oui, tiens, Ariel Pink, le gourou de la scène californienne. Il a signé, il est vrai, quelques morceaux délirants et bien sentis. Mais c'était avant de sortir son nouveau disque. Les moyens mis à sa disposition font mentir les zélateurs qui le voyaient devenir énorme pour peu qu'il s'adjoigne les services d'un vrai studio: pourvu du matériel nécessaire, Ariel Pink sonne tout au plus comme un deuxième Mgmt. Décidément, 2010 ne réussit à personne. Ah si, peut-être! J'oubliais que les amateurs d'electro ont tout le loisir de célébrer Four Tet, auteur d'un album très réussi et souvent captivant. Ce n'est, hélas, pas ma tasse de thé. Pas plus que les Magnetic Fields, toujours aussi mutins et capricieux. Cette impression d'écouter le manège enchanté, avec une petite distance ironique dans la voix, m'agace assez vite. Dommage, car ils ont écrit, dans leur carrière, de belles petites choses.

Dans la catégorie "retour du rock" et ses reliquats, on peut signaler deux efforts louables: Black Rebel Mortocycle Club et les Black Keys. Mais les impressions fortes des premières écoutes trahissent une application d'écolier, dénoncent même un génie factice, comme si ces groupes, devenus professionnels, savaient maintenant quelles ficelles utiliser pour donner l'illusion des "classiques".

On n'en dira pas autant, dans un autre genre, indéfinissable, de Crystal Castles, qui essaie, imparfaitement, de faire des choses. Quoi donc? On ne sait pas bien encore, mais c'est rafraichissant et parfois imprégné d'une violence ravageuse (Doe Deer). Cela dit, ce groupe indique assez clairement la direction que prend le rock à l'aube de la décennie: plus électronique qu'électrique... Ah, vous trouvez ça cool, vous? Il est vrai que beaucoup apprécient Gonjasufi et LCD Soundsystem...

Parlons maintenant des disques insignifiants, médiocres, quelconques, dont je n'ai rien à secouer, malgré d'éventuelles qualités: Broken Bells, Gorillaz, Foals, Gush, Liars, Local Natives (que je vais pourtant voir en concert vu qu'ils passent avec les Coral), Midlake, She and Him, The Black Box Revelation, The Dead Weather, The National, The Tallest Man On Earth, Two Door Cinema Club, Yeasayer... Je serai un peu moins dur avec les Surfer Blood, même s'ils ne cassent pas un aileron aux requins de Floride.

Il est temps de finir sur les oublis de cette rétrospective. Les Drums sont plaisants et leur album est réussi, plus que l'ep sorti en 2009. C'est un des quelques bons points de 2010 avec Fool's Gold. Mais n'exagérons rien, on reste en-deçà du niveau requis pour figurer durablement dans nos cœurs. Scoutt Niblett et Archie Bronson Outfit méritent, dans ce panorama très terne, une petite mention, même si tout le monde ne la leur accorde pas. J'ignore ce que valent réellement Joanna Newsom et Owen Pallett, car on ne peut pas dire que je me sois fait un devoir de réécouter une deuxième fois leurs chansons. Ce que je peux dire, c'est que la première, sur Ys, devenait pénible au bout des quinze jours durant lesquels, émerveillés par la découverte, l'audace et le sérieux naïf de cette pastorale médiévale, j'avais failli trouver cela génial, un peu par esprit de contradiction, il faut l'avouer, pour en découdre avec ceux qui raillent systématiquement la douceur diaphane et la limpidité sereine du folk. Peu scrupuleux, inconstant comme tous les critiques, j'ai retourné ma veste aussi vite que j'ai senti mon début d'admiration précoce tourner à la lassitude. Ce n'est pas tant parce que j'aurais eu du mal à soutenir Joanna Newsom contre ses détracteurs que parce que moi-même, n'y tenant plus, je ne l'écoutais plus assez pour en penser quoi que ce soit de profond.
Je m'aperçois que j'ai omis un disque soi-disant marquant du paragraphe où il aurait eu sa place, preuve s'il en est qu'il passe plus vite inaperçu qu'on ne l'aurait cru. Il s'agit de Vampire Weekend. Ah, que les gros vendeurs se sont trouvés mal cette année! Pas plus qu'Arcade Fire ou Mgmt, Vampire Weekend ne convainc ses propres fans. Alors, ne parlons pas des autres, n'est-ce pas...

mardi 9 mars 2010

Coconut


Quiconque joue de la guitare sait comme moi qu'en enchaînant trois accords - pratique lassante et étonnamment répandue - il vous vient à l'esprit une ribambelle de chansons déjà enregistrées, voire déclinées sous d'autres versions taisant plus ou moins leur modèle. A moins d'avoir la mémoire courte, tout sonne comme du déjà entendu. La solution à l'impasse - et c'est pour ça que le rock se porte toujours bien - c'est la production. Avec des cycles réguliers, elle affiche des prétentions revues à la hausse: volontairement effacée lorsque reviennent les puritains du son (punk, retour du rock, etc) avec leur authenticité portée en étendard; étoffée lorsqu'à force de rejouer à dix ans d'intervalle les mêmes rythmes binaires on est bien obligé d'en admettre la relative pauvreté et de laisser alors au producteur le soin de prendre en charge une partie du boulot. Or, en ce moment, l'heure est à la mise en son, la prod' travaille daredare. Le rock des Hives, ça a bien fait marrer deux minutes, mais il montre vite ses limites; on ne remue pas 20 ans du popotin sur le même tempo. Après la fête vient donc un moment étrange, où la direction étriquée que certains évangélistes du punk avaient choisi vire au cul-de-sac. Alors, on dit que le rock est mort, sous-entendu qu'il reviendra dans 10 ans mais que pour le moment il faut aviser. Archie Bronson Outfit sort son 3ème album sur ces entrefaites, succédant à un Derdang Derdang pataud mais plébiscité.

Sont-ils conscients de la nécessité de s'adapter ou n'est-ce qu'un symptôme? En tout cas, les barbus d'Archie Bronson Outfit, qu'on croyait pourtant très humbles, ont laissé les commandes à un ancien de DFA, label électro, Tim Goldsworthy. D'où un son disco-punk, toujours agressif, mais largement plus élaboré qu'avant et globalement plus dansant. Mis au diapason de Mgmt et de cette époque très voyante, Archie Bronson Outfit vient d'offrir au même rock viril et laborieux ses nouvelles guêtres et parviennent - un comble en 2010 - à surprendre. Ils ne devraient pourtant pas: remis dans le contexte, ils ne font que suivre l'évolution attendue de l'époque. Ce n'est pas une totale révolution, mais un simple changement de teint, comme au revenir d'un séjour à l'étranger. Cependant, ils semblaient doués d'une si faible marge d'évolution qu'on en reste sans voix. Le groupe n'aurait jamais été capable, en 2006, de sortir un morceau atmosphérique aussi subtil que Hunt You Down. Mais prenons bien garde qu'il leur aura fallu 4 bonnes années pour refaire un disque. Rien n'a dû aller de soi: il a fallu commencer, pour accoucher d'un objet homogène qui ne soit pas qu'une tentative hasardeuse de rénovation, par penser un projet sur le long terme, le soupeser et le peaufiner. La réussite est là, pas absolument géniale - ABO reste un groupe de bûcherons dans l'âme - mais surclassant définitivement les anciennetés du groupe. Quand on sait que certains vouent un culte à Derdang Derdang (meilleur album de l'année 2006 pour eux), on se demande jusqu'où ira leur passion au sujet de Coconut. A moins qu'ils se soient lassés depuis. C'est notamment mon cas. En me procurant Coconut, je n'attends d'ailleurs rien de plus qu'un plaisir passager, puissant, compact, mais pas durable. Il est trop tôt bien sûr pour valider ce sage a priori. Mais, même en tenant à la prudence qui m'a manqué alors que j'affichais un peu vite mon amour de Derdang Derdang - que je n'écoute plus guère - il faut convenir que Coconut est garni. Globalement, la seconde moitié de l'album est meilleure que la première, ce qui est l'exact opposé du précédent, mais sur la première il y a Shark's Tooth qui annonce déjà la teneur du disque. Du rock héroï-comique gonflé aux amphétamines et lorgnant sur le dance-floor fantasmé des grottes de Lascaux. Le meilleur titre de l'album, Bite it and Believe it, a ce pouvoir de catharsis qu'on attend généralement d'Archie Bronson Outfit mais qui, auparavant, peinait à se réaliser complétement - or rien n'est pire qu'une catharsis inachevée. Le groupe a conservé ses rythmiques lourdes, son mid-tempo écrasant et le son rampant des guitares mais la production joue avec les effets comme un gosse avec les commandes imaginaires d'une navette spatiale. On se trouve bien vite propulsés sur orbite et ça, ça n'était jamais arrivé avec Archie Bronson Outfit. Excellent disque, donc, qui va permettre au groupe d'accéder à une plus large audience - ou une autre, tout simplement. Il fait bon de voir que les mots progrès et innovations ont un sens, dans un monde du rock toujours tiraillé par son complexe des trois accords.


mercredi 3 février 2010

Archie Bronson Outfit

Le 1er mars sortira le nouveau disque d'Archie Bronson Outfit, le trio de barbus un peu patauds qui avait sorti en 2007 un très bon disque de rock massif et fin comme un hippopotame. L'emballement, de mon coté, avait été immédiat. On le comprendra aisément: à l'époque le monde n'avait d'yeux que pour les Arctic Monkeys ou les Babyshambles. Un disque presque stoner venant d'Angleterre, c'était comme une aberration géographique et cela valait son pesant d'or. Sauf qu'aujourd'hui je n'écoute plus beaucoup Dart For My Sweetheart. Le groupe avait le son, c'est sûr, un son qui aplatit l'auditeur comme une crêpe mais les compos ne suivaient pas toujours. Ils nous reviennent heureusement avec une petite surprise. L'époque l'exige, ils l'ont fait: ils ont ajouté de l'électronique. Et ce nouvel habillage sonore leur sied à merveille. Premier single, Shark's Tooth, en écoute sur leur myspace.