La chanson de la semaine

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samedi 11 février 2012

X-Rock... vous souvenez-vous?



Je viens de retrouver un véritable trésor dans mes archives, et pour une fois il ne s'agit pas d'un disque... mais d'un magazine!


Vous souvenez-vous de X-Rock? Au mois d'aout 2003, l'éditeur français Pierre Veillet lançait le premier numéro d'une aventure qui était vouée à une trop prompte disparition*. Non seulement le web commençait déjà sa marche involontaire contre le monde de l'édition, mais de plus le marché était largement occupé par Rock'n'Folk, les Inrocks et Magic! (le triumvirat contre lequel il serait vain de lutter dans un pays qui ne compte pas tant d'adeptes de rock indé). Ces dix dernières années, plusieurs publications ont ainsi fait les frais de l'engorgement de la presse française. La dernière en date, Rock First, apparaît dans un contexte qui est encore moins favorable au journalisme rock que ne l'était l'époque assez faste de X-Rock.

Quand le premier numéro de X-Rock est apparu, le monde de la musique était en plein boom rock, avec le succès balbutiant des groupes en "the". C'est précisément cette effervescence créatrice qui a motivé la création du journal. Tablant sur l'apparition d'une nouvelle cible, l'éditeur a sans doute cru que le phénomène revivaliste serait pérenne et qu'une frange généralement jeune de la population éprouverait un besoin d'information exclusivement orienté sur cette nouvelle musique.
On pourrait croire qu'il avait eu du flair, on ne saurait d'ailleurs en avoir plus. Si l'affaire n'a pas marché comme prévu, ce n'est en aucun cas la faute du journal qui était bel et bien excellent. Tandis que Magic! snobait la nouvelle musique, que Rock'n'Folk recyclait ses vieilles marottes et que les Inrocks restaient trop généralistes, X-Rock adoptait une ligne éditoriale 100% revival rock agrémentée d'un sampler rempli de nouveautés excitantes. Le premier numéro, que j'ai entre les mains, est ainsi une vraie perle du genre et mérite que je m'attarde sur son contenu.

La Une du mag'

A l'occasion de l'événement de la sortie d'Elephant, c'est Jack et Meg White qui posent en couverture, avec la mention "éléphantesque!"

On apprend, entre autres choses, que le magazine renferme un dossier sur la scène new-yorkaise de 2003 et un documentaire sur Queens Of The Stone Age alors qu'ils sont de passage à Paris. En quatrième de couverture, une énorme pub pour BRMC, l'autre favori du journal, ne laisse planer aucun doute sur les choix musicaux de X-Rock.

 Le cd

Pour ceux qui aiment, la tracklist est alléchante. Je passe sous silence les groupes tombés aux oubliettes et ne retiens pour vous que ceux qui sont passés à postérité. Jugez-en par vous-mêmes:

1 - The Raveonettes, The Great Love Sound
3 - Black Rebel Motorcycle Club - High/Low
5 - Interpol - Obstacle 1 (Black Session Live)
6 - The Warlocks - Stickman Blues
8 - Yeah Yeah Yeahs - Black Tongue
9 - The Libertines - The Delanay
21 - The Black Keys - Hard Row

Certes, sur 21 titres, cela en fait beaucoup de dispensables et peu sont finalement parvenus jusqu'à nous. Mais observez la tracklist des Rock'n'Folk des dernières années et dîtes-moi combien ont cette tenue, ce coté d'anthologie.
A l'époque, je me souviens avoir finalement assez peu apprécié, hormis la b-side des Libertines et le morceau d'Interpol. Des groupes évoqués, je n'en connaissais aucun et pas un seul ne m'a incité à pousser l'investigation plus loin. Je préférais écouter Neil Young, Death In Vegas, Beth Gibbons et m'essayer un peu au jazz. J'aimais aussi les White Stripes, mais je n'avais aucune idée de leur appartenance à un quelconque renouveau du rock; je les assimilais plutôt à Nirvana, comme le suggère d'ailleurs l'édito de X-Rock.

Les interviews et les brèves

Dans le même numéro, on peut recueillir les paroles d'un grand nombre d'acteurs de la musique, qui ignoraient encore qu'ils seraient bientôt incontournables. Ainsi, on apprend que les Raveonettes, dont le premier album devait bientôt paraître, étaient fans de Suicide; que les Kings Of Leon écoutaient les Pixies, Built To Spill et les Go-Betweens (!) avant de découvrir le groupe qui allait changer leur vie, les White Stripes; que Pat Carney, des Black Keys, se mettait en colère à la seule évocation de Cream ou du Grateful Dead; que les White Stripes, qui venaient tout juste de sortir Elephant et qui faisaient la une du mag (ce pourquoi je l'avais acheté) se considèraient comme un groupe de folk; que Black Rebel Motorcycle Club prévoyait de passer 7 à 10 ans à Londres par solidarité envers un des leurs qui, s'il quittait le sol américain, n'avait plus le droit d'y rentrer.
Puis les Yeah Yeah Yeahs enchaînaient avec leur rapport au succès, les espoirs vite fondés en eux, tandis qu'un tour d'horizon des groupes new-yorkais était l'occasion pour certains d'exprimer leur avis sur une éventuelle scène rock (Interpol, The Rapture, James Murphy, Liars).
Enfin, deux dernières interviews, non des moindres, viennent clore cette partie: les Libertines, en pleine implosion, et the Kills, qui expliquaient pourquoi ils avaient pris VV et Hotel pour surnom.


Les chroniques

Là aussi, c'est plutôt riche. A croire que les mois d'aout et septembre 2003 ont été particulièrement prolixes. Je pense plutôt, sans avoir pris le temps de vérifier les dates de sortie, que la rédaction a fait le choix de passer en revue les disques parus aux alentours de l'été 2003, en repêchant parfois des albums légèrement antérieurs.

Au choix:

Take Them On, On Your Own (Black Rebel Motorcycle Club) 9/10
Chain Gang Of Love (The Raveonettes) 9/10
Magic And Medicine (The Coral) 8/10 (selon moi sous-noté, si on considère toutefois que les autres albums chroniqués n'ont pas été, eux, surcotés)
Lovers (The Sleepy Jacksons) 9/10
Movement (Gossip) 7/10

Welcome To The Monkey House (The Dandy Warhols) 7/10
Youth And Young Manhood (Kings Of Leon) 8/10
Phoenix (The Warlocks) 8/10

Bien entendu, j'en ai laissé certains de coté, parce qu'ils n'appartenaient pas vraiment à la même génération (Super Furry Animals, The National...) ou parce qu'ils sont moins importants (Hot Hot Heat, British Sea Power...)


Conclusion: le premier numéro de X-Rock devrait faire office de collector. Il semblerait que le magazine ne soit pas allé au-delà du 8ème numéro, après une première interruption à cause des pertes d'argent. Les suivants possèdent des unes au diapason de ce premier sommaire: The Strokes, BRMC, Kings Of Leon... De tous les magazines que j'ai achetés inutilement pendant la décennie, si je ne devais en garder qu'un, ce serait bien sûr celui-là. Et vous, vous en souvenez-vous? L'avez-vous acheté, lu ou bien simplement feuilleté? Et qu'en pensez-vous?

*Pour un descriptif précis, vous pouvez vous reporter au lien suivant.

mercredi 1 février 2012

Got It All, Portugal.the Man

Le premier événement musical de la nouvelle année n'a pas été pour moi la sortie d'un album (ça, c'est le deuxième), mais un concert. Les Black Keys, malgré leur succès, nous ont fait l'honneur de rattraper leur date annulée à Lille en janvier 2011. A l'époque, ils avaient argué de leur fatigue (en vérité, ils en ont surtout profiter pour composer El Camino...). Difficile de leur en vouloir, surtout quand on voit l'énergie qu'ils dépensent quotidiennement sur scène. Mais ils sont revenus et, cette fois, malgré une renommée grandissante, n'ont pas rechigné à donner le meilleur d'eux-mêmes devant un public sans doute moins considérable que dans une capitale quelconque d'Europe.
En effet, le Zénith n'était pas archi-plein: l'arc de cercle qui entoure la fosse laissait une bonne marge pour s'ébattre et même se promener tranquillement. Cela n'a pas empêché Dan Auberach et surtout Patrick Carney (dont je suis devenu un admirateur) de se dépenser sans compter. Placé du coté de la batterie, j'ai essayé, à force de coups d'œil, de mieux regarder le guitariste (tout en regrettant de l'entendre moins que la caisse et les cymbales) avant de comprendre la chance que j'avais de pouvoir observer derrière les fûts un batteur aussi admirable que Pat Carney. Si certains ont appris la guitare après avoir écouté un concert de rock, nul doute que Pat Carney ne déclenche des vocations de batteur.



Si vous y étiez, sachez que vous pouvez écouter l'intégralité du concert sur Youtube grâce à quelques internautes qui, pour la bonne cause, ont passé le concert caméra en main (les pauvres...)

Mais ce n'est pas le sujet de l'article. Le concert des Black Keys a permis à l'assistance de découvrir un groupe méconnu, tout comme le pays dont il est originaire: l'Alaska. Je ne suis pas sûr que beaucoup y aient pris plaisir. Si les gens s'amassent pour les Black Keys, ils font la queue à la buvette lors de la première partie. Moi-même je regrette l'organisation des concerts: au lieu de mettre dans l'ambiance, la première partie épuise mon capital écoute et atténue l'effet de la tête d'affiche. Le choc d'un concert vient souvent, en premier lieu, du volume sonore écrasant. La première impression est celle du sol qui tremble. C'est pourquoi le groupe qui sert de hors-d'œuvre a toutes les chances de provoquer une libération d'adrénaline, tandis qu'au moment où les techniciens préparent la scène pour le second, vous êtes déjà rassasiés; l'accoutumance a émoussé vos sensations.

Le groupe qui a ouvert la soirée s'appelait Portugal. The Man. Un nom repoussoir comme l'indie-rock en a pris la fâcheuse habitude. Un nom qui veut dire quelque chose, bien sûr, mais dont le principe est fumeux (le motif invoqué pour le choix de ce nom improbable est qu'un groupe peut être perçu comme l'union de plusieurs hommes en vue d'en former un seul, de même que n'importe quel pays peut, à l'échelle mondiale, compter pour une voix). Ils trouvaient que ça sonnait bien; ils ont eu tort. Peut-être est-ce pour cette raison qu'au bout de huit ans de tournée et d'albums (ils en sont au 6ème), le groupe n'a toujours pas récolté le fruit de ses efforts. Personnellement, avec un nom pareil, je n'aurais jamais écouté.



Le morceau d'entame a distillé une ambiance stoner, pesante et dangereuse, comme Black Rebel Motorcycle Club. Petit à petit le groupe a évolué vers un son plus pop et une chanson mélodique s'est révélée entre toutes: Got It All. A coup sûr un single, me suis-je dit. Il avait un air de déjà-entendu, comme un truc des Beatles ou de T.Rex auquel j'aurais volontiers ajouté un chœur de gospel. La version studio me fait le même effet familier et immédiatement enchanteur. J'apprends que le groupe est fan de Bowie, de Pink Floyd et qu'il s'est adjoint les services d'un mixeur ayant orienté l'album vers un son pop-rock. Cela conforte mes impressions: à partir d'une culture psyché, Portugal.The Man a accepté le moule de la pop. Et le résultat est bon. On commencera donc l'année nouvelle avec un tube oublié de la précédente. N'est-ce pas souvent le cas?






samedi 3 décembre 2011

El Camino, The Black Keys

Honnêtement, si l'album des Black Keys ne devait pas sortir le 6 décembre j'aurais bouclé mon top de fin d'année dès le mois de novembre - et encore, en octobre il était prêt. Pour moi, la page est tournée. Depuis Girls en fait. Et je ne dis pas que ce dernier est un chef d'œuvre, ou même un grand disque, mais c'est le seul album à présenter aussi bien, le seul qui me fasse dire "ça, c'est un album". A l'ancienne, si vous voulez, avec un début, une fin, et un parcours entre les deux qui soit cohérent. Le reste, c'est du mp3. Pourquoi? N'est-ce pas "vite emballé, vite pesé"? Je reconnais que ce sont des jugements à l'emporte-pièce, mais il y a un truc dans l'album de Girls qui me rappelle ce que j'ai toujours attendu d'un disque de rock: non seulement des morceaux qu'on réécoute dans le détail, des soli de guitare (c'est un impératif pour moi), mais aussi ce coté "monolithe" de l'ensemble qui rend la sortie d'un album plus événementielle. Eh bien, le nouveau Black Keys, arrivé à grand renfort de propagande, est de ceux-là. La réputation du groupe est telle, désormais, que de toute manière l'arrivée d'El Camino ne pouvait pas se faire en catimini. Mais au-delà de l'attente d'un public nombreux, il y a cette série de hits, des morceaux préparés exprès pour frapper un grand coup, intimider, désarmer, conquérir les radios.



Lonely Boy nous y a mal préparés. Cette chanson, bonne mais banale, ne faisait que perpétuer de façon routinière la faconde des Black Keys depuis qu'ils ont décidé de groover. Les cinq chansons offertes en streaming par le groupe, en échange d'une inscription sur sa weblist, n'étaient d'ailleurs pas toutes excellentes. Gold On The Ceiling, comme Run Right Back, sont empreintes d'une lourdeur blues-rock seventies assez lassante. Quand on sait que les Black Keys ont fricoté avec ZZ Top, on ne s'en étonne pas. Heureusement deux morceaux se hissaient au-dessus du lot: Sister, imparable, et surtout Little Black Submarine. Pour cette dernière, l'impression d'un calque de Stairway To Heaven laissait quand même présager d'une panne d'inspiration. Mais après de nombreuses écoutes et après comparaison avec Led Zeppelin, j'en suis venu à la conclusion que Little Black Submarine est un très grand morceau de guitare, un modèle pour apprentis. Que les Black Keys soient devenus des pros, comme les Stones en leur temps, est ce dont cette chanson atteste.



La suite est parfois démentielle. Le site Grooveshark a révélé que Dan Auerbach et Patrick Carney avaient gardé le meilleur pour la fin. Pour le prochain single, le duo d'Akron aura l'embarras du choix: Dead and Gone, Mind Eraser, Stop Stop, Money Maker? Les deux premières sont les chef d'œuvres de l'album - et je n'ai pas encore écouté Nova Baby ni Hell Of A Season.
Maintenant je peux boucler mon top, et je ne crois pas prématuré de dire que El Camino sera sur la plus haute marche.

mercredi 22 décembre 2010

2010, en un clin d'oeil


Vous avez vu, lu, et peut-être approuvé le top des blogueurs 2010. Un classement dont la réalisation a été un plaisir, puisqu'elle a permis de satisfaire un de ces vices inoffensifs - plutôt devrais-je dire une fantaisie - qui frappe unanimement les blogueurs: le goût des listes, des notations et des comparaisons. Pour autant, il n'y a sur mon blog aucun barème, aucune note, rien qui permette de poser une échelle de valeurs. Ici règne la confusion. Voici donc la rétrospective de l'année, en vrac, sans classement. Avec néanmoins deux héros.

L'hiver de Beach House
Je n'ai, au sujet de l'année écoulée, qu'une seule opinion claire: c'est que Teen Dream en reste mon sommet personnel. L'enchantement est identique une dizaine de mois après. Il faut dire que j'ai bénéficié de conditions d'écoute exceptionnelles et optimales. A qui voulait bien l'entendre, j'expliquais qu'à l'époque où sortait le disque était (re)diffusée la saga de La Guerre des étoiles. Comprenne qui pourra: alors que ses détracteurs n'entendent autre chose qu'un long et vague ennui, j'ai perçu dans Teen Dream comme une épopée miniature, une épopée de chambre, certes, mais une épopée quand même, avec sa verve intarissable, son sens des grandeurs, son emphase, son accomplissement héroïque et galvanisant. Une musique de Jedi. Rien de comparable à l'album précédent, Devotion, lui-même excellent, mais plus fantaisiste, plus capricieux. Teen Dream, à la longue, révèle un certain classicisme, c'est une couche de neige froide, mais comme dans le conte de Grimm, l'enfant frigorifié y trouve un petit coffret et dans ce coffret une clé en or. Maintenant, attendons qu'il la porte à la serrure et nous verrons ce qui sortira de la boîte... Pour moi, c'est tout vu: un trésor!

Les rigolos de Mgmt

L'année commençait donc bien. Il n'y avait guère que Beach House, mais c'était énorme. Peu de temps après, c'était au tour de Mgmt. L'affaire était pourtant mal engagée: le duo, déjà vilipendé pour sa disco clinquante de 2008, fut cette fois cloué au pilori. Avec une suite rococo vite jugée décadente par les puristes du rock, Mgmt devint la bête à abattre, l'incarnation de tout ce que la pop, en 2010, pouvait avoir d'irritant pour un partisan de la ligne dure. Dans la lignée des Klaxons et de leur breloques fluorescentes, le duo de Brooklyn mélangeait tous les styles sans se soucier aucunement du bon goût ni même de la clarté de ses intentions. Tout un chacun d'être embrouillé et, sans réfléchir, de crier haro sur le baudet. Force est de constater, quelques mois plus tard, que le disque de Mgmt n'était pas si brouillon qu'on a bien voulu le dire. Baroque, excessif, libre - oui! Mais sans queue ni tête, non. Avec le temps il ne révèle qu'une faille: il est trop court. Les ficelles mises à nues, le disque est digéré. Mais pour en arriver là, il aura fallu l'écouter des dizaines de fois. Ce qui justifie une telle insistance c'est qu'on l'a absous, aimé puis adoré. La chanson éponyme de l'album (Congratulations) n'y est pas pour rien...


Les meilleurs clips

Forever and ever amen, the Drums
Avant qu'on me jette aux oubliettes, je tiens à préciser, pour les avoir vus sur scène, que les Drums c'est avant tout une esthétique, une mode - et bientôt, quand Slimane l'aura déclaré, la mode.
En live, c'est (jusqu'à présent) inaudible et le chant n'est pas en rythme. Il faut dire que Jonathan Pierce est très occupé à danser et qu'on ne peut pas tout faire en même temps. L'hystérie collective s'explique donc plutôt par le visuel et l'art de bouger, qui est un art de vivre, que par la musique. Quiconque veut associer l'image au son doit regarder les clips. C'est là que brille le groupe dans toute sa splendeur. Cette vidéo, je la trouve excellente, pour les couleurs, les vêtements, la danse (d'automates), les images qu'on dirait capturées à Manchester dans les années 80-90 et pour la lumière (notamment sur les toits). Il y a un langage fort, concentré, précis, vif - et néanmoins une incurable nostalgie. Mais je vais vous surprendre, peut-être, en vous disant que la musique me plait également. Les Drums, ne vous déplaise, ont sorti l'un des meilleurs disques de l'année.


Tighten Up, the Black Keys
On l'a sans doute tous regardée, quoiqu'on pense des Black Keys et notamment de leur dernier album, ce Brothers dont le titre à lui seul plagie le langage de la soul. Les Black Keys sont sortis du bourbier dans lequel ils s'enlisaient. Il y a quatre ans de cela, ils abusaient des larsens, leur son était écrasant et disgracieux. Aujourd'hui, après un détour par le rap et son flow ininterrompu, les Black Keys ont gagné en fluidité; leurs rythmes balancent plus. C'est parce qu'ils ont appris de la musique black. Ce n'est pas encore du blues, ni de la soul, mais ces écoliers laborieux qui copiaient sagement les classiques, à force de vouloir être cool, finissent par le devenir. Ils crânent, mais c'est bon enfant.

La meilleure prise de live

L'an prochain sortira le nouvel album des Smith Westerns qui, s'il est à l'image de cette chanson, sera dantesque. En attendant, cette vidéo, capturée au festival de Pitchfork cet été, est un moment de classe inédit, qui réussit le tour de force de faire croire à l'existence d'une génération secrète, clandestine et sidérante de fraîcheur, de nouveauté.


Chansons Soul/R'n'b

Without a heart, Sharon Jones and the Dap-Kings
La publication, cette année, de l'Odyssée de la soul, réplique r'n'b de l'Odyssée du rock parue en 2008, est un signe des temps. Ce genre de livre n'arrive jamais par hasard, ni à contre-courant. Il consacre en fait le retour de la musique black comme nouvelle tendance dominante. Même s'il faudra quelques années pour que l'ébullition devienne phénomène et que le phénomène devienne, à son tour, moment historique, il est d'ores et déjà certain que la population noire connaîtra son revival, comme les blancs ont vécu le leur en 2001. La preuve, s'il en faut une, c'est le succès critique que connaissent Kanye West ou Janelle Monae auprès des webzines et des médias jusqu'alors spécialisés dans le rock indé. Sharon Jones, quant à elle, à rebours de ces démarches modernistes, a ressuscité la soul à l'ancienne, de l'old-school sans concessions qui trouve, en 2010, un public plus large qu'auparavant. Et doucement, les fans de musique indé finissent par s'y mettre...*


I need a dollar, Aloe Blacc
Encore de l'old-school. Un classique instantané, comme il y en a à peine cinq par an. A noter que sur l'album, on trouve une reprise du Velvet Underground - Femme fatale. La musique soul, à son tour, s'inspirerait-elle du rock comme le rock s'est inspiré du r'n'b?

A l'écart des projecteurs

Comin' Through, The War On Drugs
Kurt Vile, le retour. Que ce type me fascine, c'est peu dire. Mais il me désole aussi. Son ep est catastrophique - ou presque - et le single qui a suivi ne vaut pas grand chose non plus. Mon échelle de comparaison se base en tout cas sur Freeway, ce qui place bien sûr la barre très haut. Mais j'espère qu'il attendra à nouveau ces sommets en solo. S'il ne le fait, son copain Adam s'en occupera: à deux, pour le groupe the War On Drugs, ils déroulent des tapis de merveilles. 


Good To Be, Magic Kids
Avec un patrimoine aussi léger que les Beach Boys (qui sont surestimés, non?) et une ambiance festive nourrie aux violons, les Magic Kids de Memphis ont virtuellement l'un des défauts majeurs de la musique indé: l'infantilisme gaga et la niaiserie volontaire. Mais bon, quand on voit le niveau de songwriting, on s'écrase. En plus, en cette période de Noël, Hey Boy sera idéale pour les soirées en famille. Cela remplacera les sempiternelles chorales et les brass-bands. Un jour, peut-être, on expliquera pourquoi cet album n'a pas eu à sa sortie l'impact mérité.

Summer Holiday, Wild Nothing
Cela aurait pu être un nouveau single de Pains of Being Pure At Heart. On y trouve la même atmosphère diffuse qui touche les enfants des années 90.


folk-rock

Twenty Miles, Deer Tick
Un crève-cœur par un canard.


It's a shame, it's a pity, the Moondoggies
Observez le succès d'un groupe et vous connaîtrez les fantasmes de la foule. Les Moondoggies, confidentiels et bornés à l'anonymat, n'en suscitent visiblement aucun. Il est parfois désespérant de constater qu'on ne partage pas tous les mêmes rêves. Il leur manque sans doute le sex-appeal, la clé de voûte de la musique moderne.


Garage-rock


More or Less, the Soft Pack
Le garage-rock US (forcément US) est en forme. Depuis deux ans, il est même à son meilleur. D'ici peu on pourra éditer un nouveau coffret de Nuggets. Comme avant, le style peine à accoucher d'un grand album; on se contente donc de quelques chansons, à droite, à gauche. Mais c'est comme ça, c'est inscrit dans le code génétique du genre: l'inaptitude à sortir un chef-d'œuvre ne date pas d'hier. En compensation, des dizaines de groupes offrent annuellement des petites pépites. Les Soft Pack ont déjà donné avec Extinction, mais More or Less n'est pas mal non plus. L'album est un peu fade, mais ils sont tellement sympathiques que je l'écoute quand même.

I'm a thief, The Fresh & Onlys
Réplique exacte de l'album des Mantles et cousin proche des Crystal Stilts, Play It Strange est encore un bon disque de garage-rock. Les Fresh & Onlys pondent des morceaux comme les poules: c'est régulier. Ils ont toujours un bon petit lot à écouler. Je suis preneur.



Be Brave, the Strange Boys
Grosse déception, les Strange Boys, avec leur mauvaise country nasillarde, sont loin, très loin d'être à la hauteur de leur réputation. D'ailleurs l'album a fait un flop. Mais Be Brave, le single qui l'annonçait, reste très bon.



World

Surprise Hotel, Fool's Gold
Drôle de truc, ce Fool's Gold. L'album n'est pas extraordinaire - pas vraiment meilleur que Vampire Weekend - mais il est porté par un hit estival qui a répandu la bonne humeur.


Le reste

D'autres chansons ont déposé leur message sur le rebord de la fenêtre. J'en ai oublié, sans doute. Hoola, d'Archie Bronson Outfit, a rythmé le mois de février. Mais la charge héroïque de leur album m'a trop abruti. When I'm with you, de Best Coast laissait présager un été radieux; le disque est si décevant que j'en ai oublié le single mirifique qui l'annonçait. What's in it for d'Avi Buffalo est le meilleur Mgmt de rechange. Mais puisqu'on a l'original... Enfin, il y a le nouvel ep de Girls, les meilleurs san franciscains. Je n'ai pas eu le loisir de beaucoup l'écouter. Dans l'ensemble, il m'a manqué du temps, cette année, pour entrer dans les détails. Tant mieux, peut-être: au lieu de survoler des dizaines de disques, j'ai savouré pleinement une poignée d'entre eux.



* Reste que la façon dont revival rock et revival soul se sont logiquement succédés dans les médias laisse planer un doute: n'était-ce pas programmé à l'avance (d'autant que Sharon Jones, par exemple, n'est pas un perdreau de l'année)? Mais on sait, de toute façon, que l'opinion publique dépend en grande partie de ceux qui la créent.

lundi 13 décembre 2010

Top des Blogueurs 2010

Le Top Blogueurs 2010 : La sélection des meilleurs albums de l’année

15 en 2008, 37 en 2009, nous sommes cette année 60 blogueurs musiques francophones à vous présenter au travers d'un classement commun les 20 albums qui nous auront collectivement le plus marqué en 2010. En espérant en toute humilité vous permettre de redécouvrir certains disques ou mieux d'en découvrir de nouveaux...

The Radio Dept - Clinging To A SchemeThe Radio Dept - Clinging To A Scheme

Branche Ton Sonotone : Les suédois de The Radio Dept. creusent le sillon d'une pop douce et fantomatique avec un acharnement de surdoués. Leur dernier opus a la couleur d'un coucher de soleil sur un lac scandinave : mélodies diaphanes, tourbillons distordus et rythmiques hypnotiques sont au rendez-vous d'un album qui a un goût d'insaisissable. Un charme nordique, à la fois enjoué et nostalgique, distant et incroyablement émouvant. A lire la critique du Golb et de Branche Ton Sonotone
En écoute sur Spotify

Syd Matters - BrotheroceanSyd Matters - Brotherocean

La musique à Papa : Mon histoire avec Syd Matters ? Cela me rappelle ces filles que l'on rencontre comme ça au hasard d'une soirée et auxquelles on n'attache d'abord pas vraiment d'importance. Pas qu'elles soient moches, loin de là, mais on les trouve un peu ...chiantes, manquant de fantaisie. Et puis, un jour, c'est la révélation. On ne comprend pas vraiment pourquoi : est-ce nous qui avons changé ou est-ce elles ? En tout cas, "Brotherocean" a résonné comme une évidence. Comme s'il n'y avait rien eu avant. Et tant pis, s'il n'y a rien après... "A moment in time ", comme disent les anglais. A lire la critique de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes et de So Why One More Music Blog
En écoute sur Deezer

Deerhunter - Halcyon DigestDeerhunter - Halcyon Digest

Esprits Critiques : Réussir un mélange est une chose compliquée. Si vous mélangez des couleurs dans un verre, il y a des chances que vous obteniez un cocktail maronnasse peu appétissant. La musique de Deerhunter, ça pourrait être ça. En mêlant de la noirceur, du son brut, du kraut, des mélodies presque pop et un son aquatique, le risque de gloubiboulga est présent. Pourtant, la bande à Bradfortd Cox a (encore) livré une œuvre subtile et unique, et arrive (encore) à polir un genre qu'il faudrait créer pour eux. Ils savent en tout cas faire monter une ambiance en neige, profiter de ce son vaporeux pour que le brouillard précipite en averse et mener vers une fusion encore plus fluide entre l'écriture et le son. A lire les critiques de Tasca Potosina et de Ears Of Panda
En écoute sur Spotify

Pantha du Prince - Black NoisePantha du Prince - Black Noise

Playlist Society : "Black Noise" est un lac perdu dans les montagnes : derrière son romantisme pictural et ses sonorités enivrantes et apaisantes se cachent les traits des tornades à venir et des rayons du soleil qui comme chez Turner caressent les tragédies. Les mélodies électroniques de Hendrik Weber nous guident alors dans la taïga, se dérobent et nous abandonnent face à l'aurore boréale. A lire la critique de Pop Revue Express et le live report de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Joanna Newsom - Have One On MeJoanna Newsom - Have One On Me

Brainfeeders & Mindfuckers : Joanna Newsom ne s'impose jamais nulle part. Elle se fraie un chemin délicatement, avec grâce, avec le temps de son côté. Elle effleure du son de sa harpe, comme une caresse derrière l'oreille, sa voix est devenue satin, mais au fond, rien n'a changé. Elle reste impossible à apprivoiser, toujours insaisissable. Elle s'échappe par tous les détours, dans cette forêt qu'elle dessine en trois disques et quelques chansons. Il suffit donc d'être patient, de la laisser s'approcher peu à peu, puis de se plonger entièrement dans la mystique lumineuse de "Have One On Me". Alors Joanna Newsom devient cette amie imaginaire qui ne peut sortir que d'un rêve. Mais tout est bien réel. A lire les critiques de Playlist Society et de Listen See Feel

Mount Kimbie - Crooks & LoversMount Kimbie - Crooks & Lovers

Chroniques Automatiques : "Crooks & Lovers", trop court, bancal mais pourtant tellement maitrisé, contient des morceaux frisant la perfection, qui dragueront tous les cœurs sensibles. Mélancolie electronica matinée de rythmes 2-step, Mount Kimbie, c'est surtout mini-jupes et arcs-en-ciel, bitume et claquements de doigts. Bonheur. A lire les articles de Brainfeeders & Mindfuckers et de Musik Please

Cougar - PatriotMGMT - Congratulations

Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ? : MGMT avait réussi à prouver sa capacité à coller quelques tubes imparables au milieu d'un album fadasse. Le "toujours difficile deuxième album" en est l'antithèse : pas de morceau direct (hormis l'imparable Brian Eno) mais un album fabuleux de complexité, de richesse, une pièce montée de folie(s) et de "plus" qui jamais ne touchent au "trop". Si c'est ça l'avenir du space-rock (ou du prog), on signe des deux mains, et on attend la synthèse en sifflotant "Flash Delirium". A lire les critiques de Des Oreilles dans Babylones et du Golb
En écoute sur Spotify

Zola Jesus - StridulumZola Jesus - Stridulum

Unsung : Pour la première fois, Zola Jesus s'est enregistrée en studio, entourée de musiciens professionnels. Cette production soignée met surtout en valeur sa voix profonde, ce timbre légèrement rauque à donner des frissons, renforcé par la réverbération, l'atmosphère angoissante entre rythmiques 80's, piano entêtant, et des textes emprunts de doutes, d'espoirs fragiles, et de complaintes mélancoliques. Cet émouvant "Stridulum" révèle une jeune artiste talentueuse. A lire les articles de Little Reviews et Toujours Un Coup d'Avance !

Gil Scott Heron - I'm New HereGil Scott Heron - I'm New Here

Arbobo : Une histoire d'ange déchu, une histoire vraie. Une histoire de phoenix, de père putatif du rap extrait de tôle par un producteur aux doigts d'or. Il a serré la main du diable, le bougre. Gil Scott-Heron vient peut-être de publier son plus bel album, le plus noir, creusé à mains nues dans le bitume crasseux de New York. Ca saigne, ça saigne mais c'est vivant. C'est palpitant. A lire les critiques de My(Good)Zik et du Choix de Mlle Eddie
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LCD Soundsystem - This is HappeningLCD Soundsystem - This is Happening

I Left Without My Hat : James Murphy a beau s'en amuser et assurer le contraire ("You wanted a hit, but that's not what we do"), ses Lcd Soundsystem, tout en popisant leur propos, n'auront pas franchement changé leur fusil d'épaules avec "This is Happening", troisième et ultime album du groupe. Continuant de rendre hommage à la musique contemporaine par divers emprunts voulus ou fortuits (du Velvet Underground par ci, du Bowie par là), "This is Happening" est un disque aux contours rock, aux beats toujours synthétiques, mais à la vision globale très pop. Surtout, il n'est rien de moins qu'une belle épitaphe pour une des aventures discographiques les plus passionnantes et emballantes de ces dix dernières années, au fronton de laquelle le mot plaisir semble avoir été gravé en lettres d'or. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et La Musique à Papa
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Sufjan Stevens - The Age of Adz Sufjan Stevens - The Age of Adz

Ears of Panda : 5 ans après Illinois, Sufjan Stevens nous revient, non sans quelques doutes, avec son projet le plus personnel et sûrement le plus risqué. Retrouvant ses premières amours pour la musique électronique sans abandonner pour autant son goût pour la pop baroque, le compositeur de 35 ans accouche d'un disque pour le moins étonnant. Le génie détruit pour mieux reconstruire et nous offre cet album d'un genre nouveau; à l'ambition démesurée, aux sons hachés, rugueux, épileptiques même, sans perdre jamais de sa superbe. On retrouve alors, dans l'essence même de ce disque, ce doux rêveur toujours en perpétuel mouvement, qui nous avait laissés sans nouvelles depuis bien trop longtemps. A lire les critiques de Esprits Critiques et Brainfeeders & Mindfuckers

Flying Lotus - CosmogrammaFlying Lotus - Cosmogramma

So Why One More Music Blog : Le prodige originaire de la Cité des Anges s'affranchit sur ce troisième album des formats classiques en terme de durée et des carcans trop étroits d'un genre que l'on définissait comme l'abstract hip-hop. Entouré de musiciens talentueux et confirmés, élégant dans son costume de chef d'orchestre qui lui sied à merveille, il dirige des micro-symphonies aussi organiques qu'électroniques, laissant parler son héritage et s'exprimer sa fibre jazz. A lire les critiques de De La Lune On Entend Tout et de Nuage Noir
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Caribou - SwimCaribou - Swim

Pomme de Pin : Hypnotique et viscéral, réfléchi et instinctif, cérébral et dansant, sur "Swim", Caribou mêle boucles électroniques et rythmiques tribales et en profite pour réconcilier la tête et les jambes. L'expression Intelligent Dance Music reprend des couleurs et en une tournée tellurique, toutes batteries dehors, Dan Snaith fait mentir tous les clichés sur les mathématiciens. A lire les critiques de Five Minutes et So Why One More Music Blog
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Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett - Heartland

C'est entendu : Débarrassé de son pseudo geek à souhait (Final Fantasy), Owen Pallett brandit l'étendard de son patronyme civil comme le symbole d'une ambition enfin assouvie. Auto-proclamé Seigneur Divin du Royaume de "Heartland", il décore cet univers d'arrangements subtilement magnifiques et réalise un chef d'oeuvre pop dont la "lecture" révèle une mise en abyme homo-érotico-créatrice digne de tous nos louanges. A lire les critiques de Feu à Volonté et de Ears Of Panda
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Janelle Monae - The ArchAndroidJanelle Monae - The ArchAndroid

Le Gueusif Online : Une torpille de soul-funk qui n'oublie pas d'être outracière, voire parfois un peu kitsch, mais qui détonne certainement dans le paysage musical monochrome de cette année 2010. Une voix, une présence et un talent à suivre, que ce soit en studio ou en live, où toute la classe de Janelle Monàe resplendit. A lire les critiques de With Music In My Minds et Music Lodge
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The Black Keys - BrothersThe Black Keys - Brothers

Le Choix de Mlle Eddie : Ô Dan Auerbach que ta voix est belle ! "C'est pour mieux te régaler", pourrait-il me répondre. Le duo d'Akron s'autorise tout sur cet album : rock, blues, pop et même soul, avec une production qui n'a jamais été aussi bonne. Un poil trop lisse, diront certains, par rapport à ses prédécesseurs. C'est vrai, mais ce qu'ils perdent en abrasivité ils le gagnent en diversité. Et Auerbach n'a jamais aussi bien chanté. Ce Brothers, c'est la grande classe. A lire les critiques de La Quenelle Culturelle et du Gueusif Online
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Beach House - Teen Dream.Beach House - Teen Dream

Hop : Beach House tutoie enfin les sommets avec ce troisième album. Plus faciles d'accès, plus immédiates que par le passé, les chansons de Beach House brillent ici par l'éclat des mélodies, par la beauté triste et bouleversante des arrangements assez somptueux que l'on trouve tout au long de ces dix hymnes à la mélancolie qui évoquent la froideur d'une piste de danse au petit matin. A lire les critiques de Between The Line Of Age et du Choix de Mlle Eddie
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Four Tet - There is Love in YouFour Tet - There is Love in You

Good Karma : Obsédant : c'est le moins que l'on puisse dire de ce cinquième album de Kieran Hedben. Très loin de son groupe de post-rock Fridge, l'Anglais a choisi la musique électronique pour s'exprimer en solo. En résulte un disque inspiré par le jazz, la house et l'electronica. Il y livre des compositions aussi bien dansantes qu'introspectives, à l'inspiration et la production impeccables. Lumineux. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et de I Left Without My Hat
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Swans - My Father Will Guide Me Up A Rope To The SkySwans - My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky

Where Is My Song : A l'heure des come backs périmés et après 13 ans de silence, les Swans réactivés offrent un album magistral, oppressant, monolithique, volontiers misanthrope, beau comme un mensonge et sale comme la vérité. Une rigoureuse apocalypse. Bande son idéale pour la fin du monde civilisé, que l'on peut désormais attendre avec sérénité. A lire les critiques de Playlist Society et du Golb
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Gonjasufi - A Sufi and a KillerGonjasufi - A Sufi and a Killer

Des Oreilles Dans Babylone : Sans aucun doute possible l'ovni musical de 2010, Sumach Ecks a surpris tout le monde. Débarqué de nulle part bien qu'actif depuis les années 90, il est sorti de son désert de Mojave parrainé par Warp pour nous livrer un disque intemporel et inclassable. Soul chamanique, hip hop dérangeant, rock bordélique, chaque plage de cet objet unique accouche d'un genre nouveau. Il y a tant d'inventivité et d'imagination dans cet album qu'il est impossible d'en faire le tour en moins de cent écoutes. Passer à côté serait une erreur monumentale. A lire les critiques de Chroniques Electroniques et de Les Insectes sont nos amis

Les participants au Top des Blogueurs 2010 :

Alain de Soul Kitchen, Anakin de Attica Webzine, Arbobo de Arbobo, Benjamin F de Playlist Society et de Ricard SA Live Music, Benjamin L de Le Transistor, Benoit de Pop Revue Express et de Hop, Catnatt de Heaven can wait, Cedric de So Why One More Music Blog, Daniel de Listen See Feel, Dat' de Chroniques Automatiques, Dr Franknfurter de The Rocky Horror Critic Show, Dragibus de Les insectes sont nos amis, Eddie de Le Choix de Mlle Eddie, Edouard de Ears of Panda, Ed Loxapaq de Chroniques Electroniques, Elliott de Weirdbrowser, Neska de Adiktblog, Fabien de Kdbuzz, GT de Music Lodge, Gui Gui de Les Bons Skeudis et du Mellotron, Guic'The Old de Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ?, Jimmy de Nuage Noir, Joanny de Discobloguons, Joe Gonzalez de C'est entendu, Joris de Tasca Potosina, JS de Good Karma, Ju de Des Oreilles Dans Babylone, Julien LL de Des Chibres et Des Lettres, Junko de Unsung, Laure de Not For Tourists, Laurent de Rocktrotteur, Leroy Brown de I'll give her mélodies, Marc de Esprits Critiques, Martin de Branche Ton Sonotone, Matador de Between The Lines Of Age, Michael de Crystal Frontier, Mmarsup de Little Reviews, Myriam de Ma mère était hipster, Nathan de Brainfeeders & Mindfuckers, Nicolas de Soul Brotha Music, Olivier de Feu à Volonté, Olivier R de Where Is My Song, Paco de De La Lune On Entend Tout, Paul de Pomme de Pin, Pauline de E-Pop, Pierre de Musik Please, Rod de Le Hiboo, Romink de My(Good)Zik, Sabine de With Music In My Mind, Sfar de Toujours un coup d'avance !, Ska de 7 and 7 is, Sunalee de Bruxelles Bangkok Brasilia, Sylphe de Five-Minutes, Systool de Le Gueusif Online, Thibault de La Quenelle Culturelle, Thomas de Le Golb, Twist de I Left Without My Ha, Vincent de La musique à Papa, Violette de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes, Xavier de Blinking Lights
Chef de projet : Benjamin F / Identité visuelle et design : Laurent / Communication : Romink, Sylvie et les Waaa / Porte-paroles : Arbobo et JS
Plus de tops : le classement de GT sur Music Lodge

mardi 13 juillet 2010

Vieillir


Pour tous ceux qui ont grandi à cette époque, il va falloir se faire à l'idée que les années 2000 se conjuguent désormais au prétérit. En musique indé, dix ans ne pardonnent pas. Les groupes apparus à l'aube de la décennie précédente viennent d'entrer dans la phase critique de résistance et doivent maintenant faire face à leur propre vieillissement comme à l'ingratitude d'une population sans mémoire butinant la musique au gré de l'irrégularité des modes. Lourde tâche pour des groupes de rock, par définition flanqués d'une imprévoyante imbécilité et coincés dans une philosophie de l'instant adéquate au jeune âge.

Certains réussissent haut la main. Il existe des cas d'école reproductibles tous les dix ans. Des groupes, consciemment ou pas, les suivent à la lettre. Tout d'abord, le modèle emprunté par Julian Casablancas, avec son album synthétique et kitsch: il s'adapte au temps présent comme aiguillé par un indicateur interne, sorte d'antenne invisible dont les plus populaires semblent toujours pourvus (David Bowie). A l'inverse, un Radiohead, en 2000, prenait le futur en contresens et optait pour l'électro avant que les guitares ne viennent secouer le marasme ambiant. Voilà deux possibilités diamétralement opposées. Celle du leader des Strokes fonctionne rarement: au-delà d'un succès temporaire, nourri par la renommée de l'artiste, les albums d'adaptation au présent tombent vite dans l'oubli ou demeurent les derniers wagons. Qui se souvient des albums de Neil Young dans les années 80 par exemple? Personne, Dieu merci. Récemment Eels, dont les fans appréciaient la sobriété, a voulu, avec Humbre Lobo, se lancer dans la mode des albums rock sexy. Ce genre de renouvellement, outre qu'il passe aux yeux des personnes subtiles pour une infidélité à une conviction première, ne marque généralement aucune amélioration dans le style du groupe, bien au contraire.

Pour bien vieillir, il faut en fait avoir eu des commencements modestes. C'est alors que tout reste possible. Pour illustrer cette thèse, l'année 2010 nous a gratifié d'un excellent album des Black Keys, Brothers, peut-être leur meilleur. Mais pour mieux montrer la différence de parcours entre des groupes de qualité diverses, je vous parlerai dans le même temps d'un autre disque fraîchement paru, qui est un échec total: Butterfly House, des Coral.

Les deux groupes sont apparus au même moment sur la scène internationale, avec un premier album en 2002 et ont été classés dans la rubrique "retour du rock". La comparaison s'arrête là. L'un est américain, l'autre anglais: pendant que les Black Keys, obsédés par le blues, tentent de ressusciter une certaine tradition roots, les Coral, au début très anglophiles, jouent un brit-rock déglingué et magnifique, brassant toutes les influences de l'île, jusqu'au ska. A l'époque, il n'y a pas photo: les Coral non seulement sont les plus forts mais il s'agit même du meilleur groupe au monde. Cependant, les temps changent. Les meilleurs périclitent souvent tandis qu'un groupe modeste mais travailleur comme les Black Keys a des chances de s'en sortir. A force d'huile de coude, le duo d'Akron finit par fluidifier son jeu, même si ce n'est pas sans mal. Au début peu doués pour le blues des noirs - qui s'en étonnerait? - les yankees comprennent qu'il faut y mettre aussi un peu du leur: la mélodie, la pop, le mélo, l'atmosphère, tout ce qui fait qu'ils ne seront jamais des bluesmen. "Apprends à te connaître"... et ne te renie pas. Le projet Blakroc aura été de bon secours: en voyant la force de conviction des rappeurs, Dan Auerbach a senti ce qui lui manquait. Fort de cet aquis, Brothers est un bon disque, prêt à remporter un certain succès populaire. D'abord travailleurs de l'ombre, les Black Keys pourraient devenir des dinosaures respectés. On ne saurait en dire autant, par exemple, des White Stripes, qui n'intéressent plus personne.

Les Coral, trop forts, trop bons, auraient dû, comme les meilleurs, s'arrêter plus tôt. Cinq ans et puis s'en va. Cela aurait été juste parfait. Roots and Echoes aurait fait un dernier album tolérable car, en dépit de sa tiédeur, il contient son lot de bonnes chansons. Mais Butterfly House est le pas en trop: insipide, mou, répétitif et brumeux, le dernier disque des Coral ne pose pas seulement problème parce qu'il est mauvais - auquel cas il suffit de ne pas l'écouter - mais parce qu'il renouvelle la réputation du groupe en mal. C'est donc à dessein que j'ai choisi une photo en totale contradiction avec leurs dernières productions: j'espère ainsi rétablir la plus juste image du groupe, celle qui mérite, en tout cas, de passer à postérité.
Etant donné le mauvais sort que réservent le temps et la mémoire collective à ses œuvres, un groupe est presque toujours jugé sur la foi de ses derniers disques, ce qui entraîne en conséquence une perte subite de crédibilité en cas d'échec. On ne pourra plus brandir les Coral en étendard sans avoir à se justifier auprès des nouveaux-venus, des curieux sceptiques et des moqueurs patentés. C'est un tort considérable qu'ils ont fait à leur propre légende.
Penser que leur premier album, the Coral, dont je vais publier tout le bien que j'en ai écrit à droite et à gauche, n'aura peut-être jamais l'exposition qu'il mérite tandis que, publicité oblige, des milliers de gens vont écouter ce Butterfly House inutile est un motif d'agacement constant pour moi.

La conclusion à tout cela c'est que les Black Keys, ces copistes dont on n'attendait pas grand chose, ont profité de leur vieillissement pour enfin sortir un grand disque - même si les amateurs de blues et, plus généralement, les adeptes de musique black vont logiquement crier à l'imposture. Pendant ce temps, un authentique bon groupe, un des meilleurs que l'Angleterre ait connu, se prend les pieds dans le tapis en copiant le folk-rock sixties de C,S & N alors qu'il s'était auparavant distingué sur un premier album parfait en n'imitant rien ni personne (sauf l'auteur d'une marche russe) et avait témoigné du don incomparable d'être lui-même... Les aléas du vieillissement en pop music...

mardi 4 mai 2010

Brothers, the Black Keys


Pour la reprise en main totale du blog, il faudra encore attendre. D'ici là, à un rythme homéopathique, je proposerai quelques articles brefs sur les nouveautés puis, si j'en ai le temps, des articles de fond sur la musique.

L'actualité musicale a beau être riche, elle est paradoxalement aigrelette, voire dénuée de saveur, dans la mesure où chaque mois sortent des dizaines de disques corrects et sympathiques qu'une ou deux lignes suffiraient à crocheter sur la page d'un webzine. On les oublie très vite, à moins d'être atteint de myopie. Heureusement, quelques disques annoncent des débats plus chauds: celui des Black Keys, Brothers, méritera peut-être un véritable article. Voici les vidéos de Tighten Up et Next Girl.



Les Black Keys, forts d'une crédibilité à son sommet, se prennent désormais très au sérieux. Les clips vous donneront peut-être l'illusion du contraire, mais observez la pochette de l'album, lisez les sous-titres des vidéos: la dérision n'est-elle pas un peu trop lourdement appuyée? Ceci est un nouvel album des Black Keys, cet album s'appelle Brothers, etc. Ou, encore, pour enfoncer le clou: achetez notre disque. Le second degré, à un certain point, confine au sérieux. Il faut dire que les Black Keys sont confiants, ils jouent du blues électrique, du vrai, à une époque où Jack White s'est fourvoyé avec les Dead Weather et où les jeunes écoutent Mgmt. Alors forcément, ils se prennent pour des véridiques, des patrons de l'authenticité (ce qui est faux). Par delà leur statut semi-culte, qui sait si malgré leur tronche de geek ils n'ont pas le désir de la voir en une des mag' pour une fois? Le clip avec les blondes à la piscine n'est pas qu'ironie: les Black Keys, ce sont les premiers de classe qui veulent montrer au monde qu'ils sont cool. Leur nouvel album est en cela vraiment rock: l'attitude allume le flambeau.
En leur faveur, je reconnais qu'ils n'ont jamais été aussi bons. Leur progrès étaient déjà patent avec Blakroc: rythmique impeccable, guitare lourde, léger balancement, la formule était en place.