La chanson de la semaine

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mercredi 22 décembre 2010

2010, en un clin d'oeil


Vous avez vu, lu, et peut-être approuvé le top des blogueurs 2010. Un classement dont la réalisation a été un plaisir, puisqu'elle a permis de satisfaire un de ces vices inoffensifs - plutôt devrais-je dire une fantaisie - qui frappe unanimement les blogueurs: le goût des listes, des notations et des comparaisons. Pour autant, il n'y a sur mon blog aucun barème, aucune note, rien qui permette de poser une échelle de valeurs. Ici règne la confusion. Voici donc la rétrospective de l'année, en vrac, sans classement. Avec néanmoins deux héros.

L'hiver de Beach House
Je n'ai, au sujet de l'année écoulée, qu'une seule opinion claire: c'est que Teen Dream en reste mon sommet personnel. L'enchantement est identique une dizaine de mois après. Il faut dire que j'ai bénéficié de conditions d'écoute exceptionnelles et optimales. A qui voulait bien l'entendre, j'expliquais qu'à l'époque où sortait le disque était (re)diffusée la saga de La Guerre des étoiles. Comprenne qui pourra: alors que ses détracteurs n'entendent autre chose qu'un long et vague ennui, j'ai perçu dans Teen Dream comme une épopée miniature, une épopée de chambre, certes, mais une épopée quand même, avec sa verve intarissable, son sens des grandeurs, son emphase, son accomplissement héroïque et galvanisant. Une musique de Jedi. Rien de comparable à l'album précédent, Devotion, lui-même excellent, mais plus fantaisiste, plus capricieux. Teen Dream, à la longue, révèle un certain classicisme, c'est une couche de neige froide, mais comme dans le conte de Grimm, l'enfant frigorifié y trouve un petit coffret et dans ce coffret une clé en or. Maintenant, attendons qu'il la porte à la serrure et nous verrons ce qui sortira de la boîte... Pour moi, c'est tout vu: un trésor!

Les rigolos de Mgmt

L'année commençait donc bien. Il n'y avait guère que Beach House, mais c'était énorme. Peu de temps après, c'était au tour de Mgmt. L'affaire était pourtant mal engagée: le duo, déjà vilipendé pour sa disco clinquante de 2008, fut cette fois cloué au pilori. Avec une suite rococo vite jugée décadente par les puristes du rock, Mgmt devint la bête à abattre, l'incarnation de tout ce que la pop, en 2010, pouvait avoir d'irritant pour un partisan de la ligne dure. Dans la lignée des Klaxons et de leur breloques fluorescentes, le duo de Brooklyn mélangeait tous les styles sans se soucier aucunement du bon goût ni même de la clarté de ses intentions. Tout un chacun d'être embrouillé et, sans réfléchir, de crier haro sur le baudet. Force est de constater, quelques mois plus tard, que le disque de Mgmt n'était pas si brouillon qu'on a bien voulu le dire. Baroque, excessif, libre - oui! Mais sans queue ni tête, non. Avec le temps il ne révèle qu'une faille: il est trop court. Les ficelles mises à nues, le disque est digéré. Mais pour en arriver là, il aura fallu l'écouter des dizaines de fois. Ce qui justifie une telle insistance c'est qu'on l'a absous, aimé puis adoré. La chanson éponyme de l'album (Congratulations) n'y est pas pour rien...


Les meilleurs clips

Forever and ever amen, the Drums
Avant qu'on me jette aux oubliettes, je tiens à préciser, pour les avoir vus sur scène, que les Drums c'est avant tout une esthétique, une mode - et bientôt, quand Slimane l'aura déclaré, la mode.
En live, c'est (jusqu'à présent) inaudible et le chant n'est pas en rythme. Il faut dire que Jonathan Pierce est très occupé à danser et qu'on ne peut pas tout faire en même temps. L'hystérie collective s'explique donc plutôt par le visuel et l'art de bouger, qui est un art de vivre, que par la musique. Quiconque veut associer l'image au son doit regarder les clips. C'est là que brille le groupe dans toute sa splendeur. Cette vidéo, je la trouve excellente, pour les couleurs, les vêtements, la danse (d'automates), les images qu'on dirait capturées à Manchester dans les années 80-90 et pour la lumière (notamment sur les toits). Il y a un langage fort, concentré, précis, vif - et néanmoins une incurable nostalgie. Mais je vais vous surprendre, peut-être, en vous disant que la musique me plait également. Les Drums, ne vous déplaise, ont sorti l'un des meilleurs disques de l'année.


Tighten Up, the Black Keys
On l'a sans doute tous regardée, quoiqu'on pense des Black Keys et notamment de leur dernier album, ce Brothers dont le titre à lui seul plagie le langage de la soul. Les Black Keys sont sortis du bourbier dans lequel ils s'enlisaient. Il y a quatre ans de cela, ils abusaient des larsens, leur son était écrasant et disgracieux. Aujourd'hui, après un détour par le rap et son flow ininterrompu, les Black Keys ont gagné en fluidité; leurs rythmes balancent plus. C'est parce qu'ils ont appris de la musique black. Ce n'est pas encore du blues, ni de la soul, mais ces écoliers laborieux qui copiaient sagement les classiques, à force de vouloir être cool, finissent par le devenir. Ils crânent, mais c'est bon enfant.

La meilleure prise de live

L'an prochain sortira le nouvel album des Smith Westerns qui, s'il est à l'image de cette chanson, sera dantesque. En attendant, cette vidéo, capturée au festival de Pitchfork cet été, est un moment de classe inédit, qui réussit le tour de force de faire croire à l'existence d'une génération secrète, clandestine et sidérante de fraîcheur, de nouveauté.


Chansons Soul/R'n'b

Without a heart, Sharon Jones and the Dap-Kings
La publication, cette année, de l'Odyssée de la soul, réplique r'n'b de l'Odyssée du rock parue en 2008, est un signe des temps. Ce genre de livre n'arrive jamais par hasard, ni à contre-courant. Il consacre en fait le retour de la musique black comme nouvelle tendance dominante. Même s'il faudra quelques années pour que l'ébullition devienne phénomène et que le phénomène devienne, à son tour, moment historique, il est d'ores et déjà certain que la population noire connaîtra son revival, comme les blancs ont vécu le leur en 2001. La preuve, s'il en faut une, c'est le succès critique que connaissent Kanye West ou Janelle Monae auprès des webzines et des médias jusqu'alors spécialisés dans le rock indé. Sharon Jones, quant à elle, à rebours de ces démarches modernistes, a ressuscité la soul à l'ancienne, de l'old-school sans concessions qui trouve, en 2010, un public plus large qu'auparavant. Et doucement, les fans de musique indé finissent par s'y mettre...*


I need a dollar, Aloe Blacc
Encore de l'old-school. Un classique instantané, comme il y en a à peine cinq par an. A noter que sur l'album, on trouve une reprise du Velvet Underground - Femme fatale. La musique soul, à son tour, s'inspirerait-elle du rock comme le rock s'est inspiré du r'n'b?

A l'écart des projecteurs

Comin' Through, The War On Drugs
Kurt Vile, le retour. Que ce type me fascine, c'est peu dire. Mais il me désole aussi. Son ep est catastrophique - ou presque - et le single qui a suivi ne vaut pas grand chose non plus. Mon échelle de comparaison se base en tout cas sur Freeway, ce qui place bien sûr la barre très haut. Mais j'espère qu'il attendra à nouveau ces sommets en solo. S'il ne le fait, son copain Adam s'en occupera: à deux, pour le groupe the War On Drugs, ils déroulent des tapis de merveilles. 


Good To Be, Magic Kids
Avec un patrimoine aussi léger que les Beach Boys (qui sont surestimés, non?) et une ambiance festive nourrie aux violons, les Magic Kids de Memphis ont virtuellement l'un des défauts majeurs de la musique indé: l'infantilisme gaga et la niaiserie volontaire. Mais bon, quand on voit le niveau de songwriting, on s'écrase. En plus, en cette période de Noël, Hey Boy sera idéale pour les soirées en famille. Cela remplacera les sempiternelles chorales et les brass-bands. Un jour, peut-être, on expliquera pourquoi cet album n'a pas eu à sa sortie l'impact mérité.

Summer Holiday, Wild Nothing
Cela aurait pu être un nouveau single de Pains of Being Pure At Heart. On y trouve la même atmosphère diffuse qui touche les enfants des années 90.


folk-rock

Twenty Miles, Deer Tick
Un crève-cœur par un canard.


It's a shame, it's a pity, the Moondoggies
Observez le succès d'un groupe et vous connaîtrez les fantasmes de la foule. Les Moondoggies, confidentiels et bornés à l'anonymat, n'en suscitent visiblement aucun. Il est parfois désespérant de constater qu'on ne partage pas tous les mêmes rêves. Il leur manque sans doute le sex-appeal, la clé de voûte de la musique moderne.


Garage-rock


More or Less, the Soft Pack
Le garage-rock US (forcément US) est en forme. Depuis deux ans, il est même à son meilleur. D'ici peu on pourra éditer un nouveau coffret de Nuggets. Comme avant, le style peine à accoucher d'un grand album; on se contente donc de quelques chansons, à droite, à gauche. Mais c'est comme ça, c'est inscrit dans le code génétique du genre: l'inaptitude à sortir un chef-d'œuvre ne date pas d'hier. En compensation, des dizaines de groupes offrent annuellement des petites pépites. Les Soft Pack ont déjà donné avec Extinction, mais More or Less n'est pas mal non plus. L'album est un peu fade, mais ils sont tellement sympathiques que je l'écoute quand même.

I'm a thief, The Fresh & Onlys
Réplique exacte de l'album des Mantles et cousin proche des Crystal Stilts, Play It Strange est encore un bon disque de garage-rock. Les Fresh & Onlys pondent des morceaux comme les poules: c'est régulier. Ils ont toujours un bon petit lot à écouler. Je suis preneur.



Be Brave, the Strange Boys
Grosse déception, les Strange Boys, avec leur mauvaise country nasillarde, sont loin, très loin d'être à la hauteur de leur réputation. D'ailleurs l'album a fait un flop. Mais Be Brave, le single qui l'annonçait, reste très bon.



World

Surprise Hotel, Fool's Gold
Drôle de truc, ce Fool's Gold. L'album n'est pas extraordinaire - pas vraiment meilleur que Vampire Weekend - mais il est porté par un hit estival qui a répandu la bonne humeur.


Le reste

D'autres chansons ont déposé leur message sur le rebord de la fenêtre. J'en ai oublié, sans doute. Hoola, d'Archie Bronson Outfit, a rythmé le mois de février. Mais la charge héroïque de leur album m'a trop abruti. When I'm with you, de Best Coast laissait présager un été radieux; le disque est si décevant que j'en ai oublié le single mirifique qui l'annonçait. What's in it for d'Avi Buffalo est le meilleur Mgmt de rechange. Mais puisqu'on a l'original... Enfin, il y a le nouvel ep de Girls, les meilleurs san franciscains. Je n'ai pas eu le loisir de beaucoup l'écouter. Dans l'ensemble, il m'a manqué du temps, cette année, pour entrer dans les détails. Tant mieux, peut-être: au lieu de survoler des dizaines de disques, j'ai savouré pleinement une poignée d'entre eux.



* Reste que la façon dont revival rock et revival soul se sont logiquement succédés dans les médias laisse planer un doute: n'était-ce pas programmé à l'avance (d'autant que Sharon Jones, par exemple, n'est pas un perdreau de l'année)? Mais on sait, de toute façon, que l'opinion publique dépend en grande partie de ceux qui la créent.

lundi 13 décembre 2010

Top des Blogueurs 2010

Le Top Blogueurs 2010 : La sélection des meilleurs albums de l’année

15 en 2008, 37 en 2009, nous sommes cette année 60 blogueurs musiques francophones à vous présenter au travers d'un classement commun les 20 albums qui nous auront collectivement le plus marqué en 2010. En espérant en toute humilité vous permettre de redécouvrir certains disques ou mieux d'en découvrir de nouveaux...

The Radio Dept - Clinging To A SchemeThe Radio Dept - Clinging To A Scheme

Branche Ton Sonotone : Les suédois de The Radio Dept. creusent le sillon d'une pop douce et fantomatique avec un acharnement de surdoués. Leur dernier opus a la couleur d'un coucher de soleil sur un lac scandinave : mélodies diaphanes, tourbillons distordus et rythmiques hypnotiques sont au rendez-vous d'un album qui a un goût d'insaisissable. Un charme nordique, à la fois enjoué et nostalgique, distant et incroyablement émouvant. A lire la critique du Golb et de Branche Ton Sonotone
En écoute sur Spotify

Syd Matters - BrotheroceanSyd Matters - Brotherocean

La musique à Papa : Mon histoire avec Syd Matters ? Cela me rappelle ces filles que l'on rencontre comme ça au hasard d'une soirée et auxquelles on n'attache d'abord pas vraiment d'importance. Pas qu'elles soient moches, loin de là, mais on les trouve un peu ...chiantes, manquant de fantaisie. Et puis, un jour, c'est la révélation. On ne comprend pas vraiment pourquoi : est-ce nous qui avons changé ou est-ce elles ? En tout cas, "Brotherocean" a résonné comme une évidence. Comme s'il n'y avait rien eu avant. Et tant pis, s'il n'y a rien après... "A moment in time ", comme disent les anglais. A lire la critique de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes et de So Why One More Music Blog
En écoute sur Deezer

Deerhunter - Halcyon DigestDeerhunter - Halcyon Digest

Esprits Critiques : Réussir un mélange est une chose compliquée. Si vous mélangez des couleurs dans un verre, il y a des chances que vous obteniez un cocktail maronnasse peu appétissant. La musique de Deerhunter, ça pourrait être ça. En mêlant de la noirceur, du son brut, du kraut, des mélodies presque pop et un son aquatique, le risque de gloubiboulga est présent. Pourtant, la bande à Bradfortd Cox a (encore) livré une œuvre subtile et unique, et arrive (encore) à polir un genre qu'il faudrait créer pour eux. Ils savent en tout cas faire monter une ambiance en neige, profiter de ce son vaporeux pour que le brouillard précipite en averse et mener vers une fusion encore plus fluide entre l'écriture et le son. A lire les critiques de Tasca Potosina et de Ears Of Panda
En écoute sur Spotify

Pantha du Prince - Black NoisePantha du Prince - Black Noise

Playlist Society : "Black Noise" est un lac perdu dans les montagnes : derrière son romantisme pictural et ses sonorités enivrantes et apaisantes se cachent les traits des tornades à venir et des rayons du soleil qui comme chez Turner caressent les tragédies. Les mélodies électroniques de Hendrik Weber nous guident alors dans la taïga, se dérobent et nous abandonnent face à l'aurore boréale. A lire la critique de Pop Revue Express et le live report de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Joanna Newsom - Have One On MeJoanna Newsom - Have One On Me

Brainfeeders & Mindfuckers : Joanna Newsom ne s'impose jamais nulle part. Elle se fraie un chemin délicatement, avec grâce, avec le temps de son côté. Elle effleure du son de sa harpe, comme une caresse derrière l'oreille, sa voix est devenue satin, mais au fond, rien n'a changé. Elle reste impossible à apprivoiser, toujours insaisissable. Elle s'échappe par tous les détours, dans cette forêt qu'elle dessine en trois disques et quelques chansons. Il suffit donc d'être patient, de la laisser s'approcher peu à peu, puis de se plonger entièrement dans la mystique lumineuse de "Have One On Me". Alors Joanna Newsom devient cette amie imaginaire qui ne peut sortir que d'un rêve. Mais tout est bien réel. A lire les critiques de Playlist Society et de Listen See Feel

Mount Kimbie - Crooks & LoversMount Kimbie - Crooks & Lovers

Chroniques Automatiques : "Crooks & Lovers", trop court, bancal mais pourtant tellement maitrisé, contient des morceaux frisant la perfection, qui dragueront tous les cœurs sensibles. Mélancolie electronica matinée de rythmes 2-step, Mount Kimbie, c'est surtout mini-jupes et arcs-en-ciel, bitume et claquements de doigts. Bonheur. A lire les articles de Brainfeeders & Mindfuckers et de Musik Please

Cougar - PatriotMGMT - Congratulations

Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ? : MGMT avait réussi à prouver sa capacité à coller quelques tubes imparables au milieu d'un album fadasse. Le "toujours difficile deuxième album" en est l'antithèse : pas de morceau direct (hormis l'imparable Brian Eno) mais un album fabuleux de complexité, de richesse, une pièce montée de folie(s) et de "plus" qui jamais ne touchent au "trop". Si c'est ça l'avenir du space-rock (ou du prog), on signe des deux mains, et on attend la synthèse en sifflotant "Flash Delirium". A lire les critiques de Des Oreilles dans Babylones et du Golb
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Zola Jesus - StridulumZola Jesus - Stridulum

Unsung : Pour la première fois, Zola Jesus s'est enregistrée en studio, entourée de musiciens professionnels. Cette production soignée met surtout en valeur sa voix profonde, ce timbre légèrement rauque à donner des frissons, renforcé par la réverbération, l'atmosphère angoissante entre rythmiques 80's, piano entêtant, et des textes emprunts de doutes, d'espoirs fragiles, et de complaintes mélancoliques. Cet émouvant "Stridulum" révèle une jeune artiste talentueuse. A lire les articles de Little Reviews et Toujours Un Coup d'Avance !

Gil Scott Heron - I'm New HereGil Scott Heron - I'm New Here

Arbobo : Une histoire d'ange déchu, une histoire vraie. Une histoire de phoenix, de père putatif du rap extrait de tôle par un producteur aux doigts d'or. Il a serré la main du diable, le bougre. Gil Scott-Heron vient peut-être de publier son plus bel album, le plus noir, creusé à mains nues dans le bitume crasseux de New York. Ca saigne, ça saigne mais c'est vivant. C'est palpitant. A lire les critiques de My(Good)Zik et du Choix de Mlle Eddie
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LCD Soundsystem - This is HappeningLCD Soundsystem - This is Happening

I Left Without My Hat : James Murphy a beau s'en amuser et assurer le contraire ("You wanted a hit, but that's not what we do"), ses Lcd Soundsystem, tout en popisant leur propos, n'auront pas franchement changé leur fusil d'épaules avec "This is Happening", troisième et ultime album du groupe. Continuant de rendre hommage à la musique contemporaine par divers emprunts voulus ou fortuits (du Velvet Underground par ci, du Bowie par là), "This is Happening" est un disque aux contours rock, aux beats toujours synthétiques, mais à la vision globale très pop. Surtout, il n'est rien de moins qu'une belle épitaphe pour une des aventures discographiques les plus passionnantes et emballantes de ces dix dernières années, au fronton de laquelle le mot plaisir semble avoir été gravé en lettres d'or. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et La Musique à Papa
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Sufjan Stevens - The Age of Adz Sufjan Stevens - The Age of Adz

Ears of Panda : 5 ans après Illinois, Sufjan Stevens nous revient, non sans quelques doutes, avec son projet le plus personnel et sûrement le plus risqué. Retrouvant ses premières amours pour la musique électronique sans abandonner pour autant son goût pour la pop baroque, le compositeur de 35 ans accouche d'un disque pour le moins étonnant. Le génie détruit pour mieux reconstruire et nous offre cet album d'un genre nouveau; à l'ambition démesurée, aux sons hachés, rugueux, épileptiques même, sans perdre jamais de sa superbe. On retrouve alors, dans l'essence même de ce disque, ce doux rêveur toujours en perpétuel mouvement, qui nous avait laissés sans nouvelles depuis bien trop longtemps. A lire les critiques de Esprits Critiques et Brainfeeders & Mindfuckers

Flying Lotus - CosmogrammaFlying Lotus - Cosmogramma

So Why One More Music Blog : Le prodige originaire de la Cité des Anges s'affranchit sur ce troisième album des formats classiques en terme de durée et des carcans trop étroits d'un genre que l'on définissait comme l'abstract hip-hop. Entouré de musiciens talentueux et confirmés, élégant dans son costume de chef d'orchestre qui lui sied à merveille, il dirige des micro-symphonies aussi organiques qu'électroniques, laissant parler son héritage et s'exprimer sa fibre jazz. A lire les critiques de De La Lune On Entend Tout et de Nuage Noir
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Caribou - SwimCaribou - Swim

Pomme de Pin : Hypnotique et viscéral, réfléchi et instinctif, cérébral et dansant, sur "Swim", Caribou mêle boucles électroniques et rythmiques tribales et en profite pour réconcilier la tête et les jambes. L'expression Intelligent Dance Music reprend des couleurs et en une tournée tellurique, toutes batteries dehors, Dan Snaith fait mentir tous les clichés sur les mathématiciens. A lire les critiques de Five Minutes et So Why One More Music Blog
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Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett - Heartland

C'est entendu : Débarrassé de son pseudo geek à souhait (Final Fantasy), Owen Pallett brandit l'étendard de son patronyme civil comme le symbole d'une ambition enfin assouvie. Auto-proclamé Seigneur Divin du Royaume de "Heartland", il décore cet univers d'arrangements subtilement magnifiques et réalise un chef d'oeuvre pop dont la "lecture" révèle une mise en abyme homo-érotico-créatrice digne de tous nos louanges. A lire les critiques de Feu à Volonté et de Ears Of Panda
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Janelle Monae - The ArchAndroidJanelle Monae - The ArchAndroid

Le Gueusif Online : Une torpille de soul-funk qui n'oublie pas d'être outracière, voire parfois un peu kitsch, mais qui détonne certainement dans le paysage musical monochrome de cette année 2010. Une voix, une présence et un talent à suivre, que ce soit en studio ou en live, où toute la classe de Janelle Monàe resplendit. A lire les critiques de With Music In My Minds et Music Lodge
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The Black Keys - BrothersThe Black Keys - Brothers

Le Choix de Mlle Eddie : Ô Dan Auerbach que ta voix est belle ! "C'est pour mieux te régaler", pourrait-il me répondre. Le duo d'Akron s'autorise tout sur cet album : rock, blues, pop et même soul, avec une production qui n'a jamais été aussi bonne. Un poil trop lisse, diront certains, par rapport à ses prédécesseurs. C'est vrai, mais ce qu'ils perdent en abrasivité ils le gagnent en diversité. Et Auerbach n'a jamais aussi bien chanté. Ce Brothers, c'est la grande classe. A lire les critiques de La Quenelle Culturelle et du Gueusif Online
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Beach House - Teen Dream.Beach House - Teen Dream

Hop : Beach House tutoie enfin les sommets avec ce troisième album. Plus faciles d'accès, plus immédiates que par le passé, les chansons de Beach House brillent ici par l'éclat des mélodies, par la beauté triste et bouleversante des arrangements assez somptueux que l'on trouve tout au long de ces dix hymnes à la mélancolie qui évoquent la froideur d'une piste de danse au petit matin. A lire les critiques de Between The Line Of Age et du Choix de Mlle Eddie
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Four Tet - There is Love in YouFour Tet - There is Love in You

Good Karma : Obsédant : c'est le moins que l'on puisse dire de ce cinquième album de Kieran Hedben. Très loin de son groupe de post-rock Fridge, l'Anglais a choisi la musique électronique pour s'exprimer en solo. En résulte un disque inspiré par le jazz, la house et l'electronica. Il y livre des compositions aussi bien dansantes qu'introspectives, à l'inspiration et la production impeccables. Lumineux. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et de I Left Without My Hat
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Swans - My Father Will Guide Me Up A Rope To The SkySwans - My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky

Where Is My Song : A l'heure des come backs périmés et après 13 ans de silence, les Swans réactivés offrent un album magistral, oppressant, monolithique, volontiers misanthrope, beau comme un mensonge et sale comme la vérité. Une rigoureuse apocalypse. Bande son idéale pour la fin du monde civilisé, que l'on peut désormais attendre avec sérénité. A lire les critiques de Playlist Society et du Golb
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Gonjasufi - A Sufi and a KillerGonjasufi - A Sufi and a Killer

Des Oreilles Dans Babylone : Sans aucun doute possible l'ovni musical de 2010, Sumach Ecks a surpris tout le monde. Débarqué de nulle part bien qu'actif depuis les années 90, il est sorti de son désert de Mojave parrainé par Warp pour nous livrer un disque intemporel et inclassable. Soul chamanique, hip hop dérangeant, rock bordélique, chaque plage de cet objet unique accouche d'un genre nouveau. Il y a tant d'inventivité et d'imagination dans cet album qu'il est impossible d'en faire le tour en moins de cent écoutes. Passer à côté serait une erreur monumentale. A lire les critiques de Chroniques Electroniques et de Les Insectes sont nos amis

Les participants au Top des Blogueurs 2010 :

Alain de Soul Kitchen, Anakin de Attica Webzine, Arbobo de Arbobo, Benjamin F de Playlist Society et de Ricard SA Live Music, Benjamin L de Le Transistor, Benoit de Pop Revue Express et de Hop, Catnatt de Heaven can wait, Cedric de So Why One More Music Blog, Daniel de Listen See Feel, Dat' de Chroniques Automatiques, Dr Franknfurter de The Rocky Horror Critic Show, Dragibus de Les insectes sont nos amis, Eddie de Le Choix de Mlle Eddie, Edouard de Ears of Panda, Ed Loxapaq de Chroniques Electroniques, Elliott de Weirdbrowser, Neska de Adiktblog, Fabien de Kdbuzz, GT de Music Lodge, Gui Gui de Les Bons Skeudis et du Mellotron, Guic'The Old de Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ?, Jimmy de Nuage Noir, Joanny de Discobloguons, Joe Gonzalez de C'est entendu, Joris de Tasca Potosina, JS de Good Karma, Ju de Des Oreilles Dans Babylone, Julien LL de Des Chibres et Des Lettres, Junko de Unsung, Laure de Not For Tourists, Laurent de Rocktrotteur, Leroy Brown de I'll give her mélodies, Marc de Esprits Critiques, Martin de Branche Ton Sonotone, Matador de Between The Lines Of Age, Michael de Crystal Frontier, Mmarsup de Little Reviews, Myriam de Ma mère était hipster, Nathan de Brainfeeders & Mindfuckers, Nicolas de Soul Brotha Music, Olivier de Feu à Volonté, Olivier R de Where Is My Song, Paco de De La Lune On Entend Tout, Paul de Pomme de Pin, Pauline de E-Pop, Pierre de Musik Please, Rod de Le Hiboo, Romink de My(Good)Zik, Sabine de With Music In My Mind, Sfar de Toujours un coup d'avance !, Ska de 7 and 7 is, Sunalee de Bruxelles Bangkok Brasilia, Sylphe de Five-Minutes, Systool de Le Gueusif Online, Thibault de La Quenelle Culturelle, Thomas de Le Golb, Twist de I Left Without My Ha, Vincent de La musique à Papa, Violette de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes, Xavier de Blinking Lights
Chef de projet : Benjamin F / Identité visuelle et design : Laurent / Communication : Romink, Sylvie et les Waaa / Porte-paroles : Arbobo et JS
Plus de tops : le classement de GT sur Music Lodge

jeudi 19 août 2010

2010, A suivre...


C'est terrible comme 2010 est pauvre. Terrible et rassurant à la fois. Qui voudrait d'une année où chaque semaine signifierait la sortie d'un disque imparable? Qui voudrait voir sa discothèque remplie d'indispensables qu'on n'aurait même plus le temps d'épuiser? Avec l'embarras du choix, le plaisir plein et absolu de la possession d'un disque longtemps convoité cède la place à une façon désordonnée et obsessionnelle de butiner la musique. On se consolera donc ainsi de cette année de disette où le second meilleur disque, à mes yeux, est le plus mauvais album des Coral, où le troisième de la liste sera vraisemblablement le solide mais trop banal Soft Pack. Pour le reste, c'est une quasi plaisanterie. L'année commençait pourtant fort bien avec Teen Dream, de Beach House, qui est d'ores et déjà assuré d'être élu meilleur album de l'année par mes soins. Avec une telle réussite, franchement inespérée, quand depuis des années on attendait en vain un grand disque de dream-pop, l'année 2010 restera curieusement dans les annales de ce blog. Mais à ce titre seulement, car en aout aucun signe d'amélioration n'est à signaler. Avec la sortie prévue de Phosphene Dream des Black Angels et d'un nouveau Black Mountain - dont je vous proposerai les premiers extraits - les fans de néo-psychédélisme vont peut-être avoir l'eau à la bouche. Sauf que, malgré une excellente pochette, le groupe de Stephen McBean a l'air de s'être paumé dans les dédales en carton-pâte du hard à la Black Sabbath. Déjà que Black Mountain n'était pas un groupe de première finesse, le Söderling de la pop, à la droite de puncheur, va nous revenir avec des jambes encore plus lourdes.
Revenons à janvier: These New Puritans signaient la première cochonnerie high-tech de l'année. Elle fut appréciée par certains pendant quelques mois, le temps qu'il fallait à Mgmt pour sortir l'autre flop de 2010. Si la sortie du disque vaut qu'on en parle, on ne sait toujours pas si le disque en lui-même vaut qu'on l'écoute. A chaque fois, l'avis oscille entre "bof" et "pas mal!". Depuis, Arcade Fire a pris le relais, mais comme les choses vont vite et que la qualité des disques décroit, les Klaxons sont déjà au taquet, près à relancer l'intérêt des jeunes pour la pop. Hélas, eux aussi ont un petit air de perdants cette année. Bref, les "gros" s'écroulent gentiment et pendant ce temps, les petits tardent au démarrage.
Par exemple, j'aurais aimé pouvoir parler plus longuement des Strange Boys ou de Best Coast. Problème: les premiers sont archi-décevants, la deuxième indisponible en France et, pour ce que j'en ai entendu dire, bien en-dessous des allégations flatteuses l'ayant concernée pendant les quelques mois où l'excellent single When I'm With You avait alléché le public. Waaves peut-il laisser espérer quelque chose? A première écoute, les morceaux ont un air de punk-rock collégial. Déjà déclaré nouveau Blink123, Waaves risque de ne pas vraiment nous contenter. Le pire, c'est que les Dum Dum Girls, dans le même registre garage, ne sont pas si bonnes qu'indiquées par la presse. Pas mal, ok, mais dans le genre, je préfère les Vivian Girls.

Tout n'est pas fini. Il existe d'autres gros titres. Ariel Pink, par exemple. Oui, tiens, Ariel Pink, le gourou de la scène californienne. Il a signé, il est vrai, quelques morceaux délirants et bien sentis. Mais c'était avant de sortir son nouveau disque. Les moyens mis à sa disposition font mentir les zélateurs qui le voyaient devenir énorme pour peu qu'il s'adjoigne les services d'un vrai studio: pourvu du matériel nécessaire, Ariel Pink sonne tout au plus comme un deuxième Mgmt. Décidément, 2010 ne réussit à personne. Ah si, peut-être! J'oubliais que les amateurs d'electro ont tout le loisir de célébrer Four Tet, auteur d'un album très réussi et souvent captivant. Ce n'est, hélas, pas ma tasse de thé. Pas plus que les Magnetic Fields, toujours aussi mutins et capricieux. Cette impression d'écouter le manège enchanté, avec une petite distance ironique dans la voix, m'agace assez vite. Dommage, car ils ont écrit, dans leur carrière, de belles petites choses.

Dans la catégorie "retour du rock" et ses reliquats, on peut signaler deux efforts louables: Black Rebel Mortocycle Club et les Black Keys. Mais les impressions fortes des premières écoutes trahissent une application d'écolier, dénoncent même un génie factice, comme si ces groupes, devenus professionnels, savaient maintenant quelles ficelles utiliser pour donner l'illusion des "classiques".

On n'en dira pas autant, dans un autre genre, indéfinissable, de Crystal Castles, qui essaie, imparfaitement, de faire des choses. Quoi donc? On ne sait pas bien encore, mais c'est rafraichissant et parfois imprégné d'une violence ravageuse (Doe Deer). Cela dit, ce groupe indique assez clairement la direction que prend le rock à l'aube de la décennie: plus électronique qu'électrique... Ah, vous trouvez ça cool, vous? Il est vrai que beaucoup apprécient Gonjasufi et LCD Soundsystem...

Parlons maintenant des disques insignifiants, médiocres, quelconques, dont je n'ai rien à secouer, malgré d'éventuelles qualités: Broken Bells, Gorillaz, Foals, Gush, Liars, Local Natives (que je vais pourtant voir en concert vu qu'ils passent avec les Coral), Midlake, She and Him, The Black Box Revelation, The Dead Weather, The National, The Tallest Man On Earth, Two Door Cinema Club, Yeasayer... Je serai un peu moins dur avec les Surfer Blood, même s'ils ne cassent pas un aileron aux requins de Floride.

Il est temps de finir sur les oublis de cette rétrospective. Les Drums sont plaisants et leur album est réussi, plus que l'ep sorti en 2009. C'est un des quelques bons points de 2010 avec Fool's Gold. Mais n'exagérons rien, on reste en-deçà du niveau requis pour figurer durablement dans nos cœurs. Scoutt Niblett et Archie Bronson Outfit méritent, dans ce panorama très terne, une petite mention, même si tout le monde ne la leur accorde pas. J'ignore ce que valent réellement Joanna Newsom et Owen Pallett, car on ne peut pas dire que je me sois fait un devoir de réécouter une deuxième fois leurs chansons. Ce que je peux dire, c'est que la première, sur Ys, devenait pénible au bout des quinze jours durant lesquels, émerveillés par la découverte, l'audace et le sérieux naïf de cette pastorale médiévale, j'avais failli trouver cela génial, un peu par esprit de contradiction, il faut l'avouer, pour en découdre avec ceux qui raillent systématiquement la douceur diaphane et la limpidité sereine du folk. Peu scrupuleux, inconstant comme tous les critiques, j'ai retourné ma veste aussi vite que j'ai senti mon début d'admiration précoce tourner à la lassitude. Ce n'est pas tant parce que j'aurais eu du mal à soutenir Joanna Newsom contre ses détracteurs que parce que moi-même, n'y tenant plus, je ne l'écoutais plus assez pour en penser quoi que ce soit de profond.
Je m'aperçois que j'ai omis un disque soi-disant marquant du paragraphe où il aurait eu sa place, preuve s'il en est qu'il passe plus vite inaperçu qu'on ne l'aurait cru. Il s'agit de Vampire Weekend. Ah, que les gros vendeurs se sont trouvés mal cette année! Pas plus qu'Arcade Fire ou Mgmt, Vampire Weekend ne convainc ses propres fans. Alors, ne parlons pas des autres, n'est-ce pas...

samedi 20 février 2010

Beach House, le 18 février, l'Aéronef de Lille

Si une chose peut sembler affligeante dans ce bas monde, c'est bien de détester l'alcool. La fumée passe encore, mais il semblerait qu'il faille venir d'un autre système solaire pour ne jamais poser les lèvres sur une chope de bière. Au cas où vous seriez dans cette situation inédite, apprêtez-vous à paraître suspect. On semble toujours un peu coupable quand on ne partage pas les usages du peuple. D'ailleurs, un homme qui ne buvait ni ne fumait, dans notre entourage historique, il y en a un dont les ivrognes s'empressent d'invoquer le souvenir, pour diaboliser l'austérité. Ils oublient du même coup que Lénine contrecarre Hitler. Peu importe. Ce n'est pas le sujet. Il se trouve que sans boire un verre, j'ai obtenu des effets plus proches de l'ivresse que de la santé. Généralement, ayant le taux d'alcoolémie d'un taliban, je me souviens de ce que j'ai fait la veille. Or, quelque chose me trouble ces deux derniers jours. C'est à cause d'un concert de Beach House. Dans une petite salle, une centaine de personnes tout au plus s'étaient réunies. L'aéronef, pourtant capable d'accueillir une marée humaine, était cette fois réduit à sa plus petite configuration. Papercuts, pressenti pour la première partie, était remplacé au pied lever par Lawrence Arabia. Je me souviens assez bien de leur set, deux fois supérieur, au bas mot, à l'album, dont les arrangements très pop masquent un peu l'énergie. Pourquoi n'entend-on pas sur disque ces finals électriques et noise? Pourquoi le produit fini est-il si équilibré alors que sur scène le groupe peut s'acharner sur ses guitares et ses pédales à effets? Mystère. Passons. Le grand moment était l'arrivée de Victoria Legrand. On avait déjà vu Alex Scally traverser la salle avant le concert, incognito. Jusque là je me rappelle de tout. C'est le set lui-même qui m'apparait comme en rêve. Quelque chose m'a échappé - l'instant, comme toujours. Je ne serais pas surpris que beaucoup de gens aient ce défaut ou fassent cette expérience de la scène : à trop vouloir profiter d'un instant qu'on sait unique, l'auditeur de disques, pour qui l'éducation musicale a reposé sur la répétition du même, se trouve d'un coup propulsé au cœur d'un événement ponctuel dont il n'arrive pas à jouir pleinement, absolument. Il ne parvient pas à épuiser la sensation, comme il le fait généralement avec le disque et la vénérable touche repeat. Il sort donc du concert avec la sensation étrange de s'être extirpé d'un rêve. Une parenthèse enchantée se referme. Sur le coup, malgré une légère frustration, l'expérience reste roborative et, dans un sens, assez puissante. Beach House ce soir-là a - autant être cash - joué magnifiquement. Ou plutôt devrais-je dire que Victoria Legrand était magnifique. Pour toutes les raisons qui peuvent magnifier quelqu'un. Elle chantait comme sur disque, mais avec une nuance en plus, une envergure mieux révélée, s'il en était besoin. Un petit bémol gâchait néanmoins le plaisir: le volume, comme toujours, était trop fort, même pour ce genre de chansons. En cela, les amateurs de musique classique ne peuvent comprendre tout à fait la préférence des fans de pop pour l'enregistrement; eux qui bénéficient d'une acoustique parfaite et d'une performance travaillée des mois durant à la manière d'une orfèvrerie ont toutes les raisons de penser que la musique, au sens plein du terme, n'existe pas en dehors des concerts. Il n'en va pas de même pour nous qui subissons les aléas de la sono, des interprétations d'amateurs et une ambiance agitée où tout le monde est debout et serré. Beaucoup de facteurs peuvent en effet détourner notre attention de la musique elle-même et, de fait, un grand nombre de personnes sont là pour l'ambiance. Quelques filles, au premier rang, dansaient avec une passion réelle - leur visage était radieux, l'une d'elle gardait les yeux fermés et souriait, se dandinant avec nonchalance et d'amples mouvements sensuels. Son sourire exprimait l'amour. Legrand elle-même s'agitait parfois sur son clavier. Malgré l'admiration, je restais statique. En cela bien français, je me demandais s'il fallait danser ou pas. C'est un choix cornélien. D'un coté, ce n'est pas exactement le genre de musique qui favorise l'agitation (Lawrence Arabia était, de ce point de vue, plus adéquat), de l'autre je suis trop cérébral pour ne pas avoir l'impression, ce faisant, d'être un singe savant. Il y a des attitudes qui ne nous vont pas, aussi désirables soient-elles. En outre, la désagréable image de Proust applaudissant la cantatrice avec les autres spectateurs me vient parfois à l'esprit. C'est étrange comme il y a un point d'isolement (ou de lucidité, ou simplement de recul) où le naturel n'est plus jamais possible dans votre vie. La seule présence des gens autour de vous suffit à créer des interférences avec votre ressenti. Pourtant, quoi qu'en eussent pensé ceux qui ont la chance de ce rapport direct au monde - mais existent-ils vraiment? - quoi qu'ils eussent pu dire devant tant de réserve, il est indubitable que j'ai aimé - à ma façon, c'est-à-dire en vérifiant intellectuellement que ce que j'éprouvais était à un certain degré au dessus de la tiédeur, à une latitude de l'aveuglement, mais pas loin de le passion, dans une région à vrai dire obscure du sentiment. Si obscure que je ne m'en souviens plus. Je ne veux pas dire, en filigrane, que ce concert n'était pas mémorable. Si c'est là tout ce que vous comprenez, je vous recommande de lire la suite: ce concert était presque grandiose, même s'il était tout petit. C'était, pour reprendre mes expressions, une épopée miniature. En une heure à peine, l'affaire était pliée (et pas de Real Love, seule chanson passée sous un odieux silence). En cela, l'impression qu'il laisse est fatalement sur-réelle. Il n'a pas duré assez pour que l'amateur de disques, le répétiteur, puisse s'en lasser en aucune façon, ni même lui trouver une place toute désignée dans sa vie quotidienne. Il n'y a pas de portion congrue, de place bien ajustée dans la mémoire pour un concert de Beach House. Peut-être est-ce le but inavoué du groupe: laisser l'impression d'un rêve à demi-éveillé, d'une séquence d'images fugitives qui vous est passé à l'esprit sans s'y arrêter, sans graver véritablement une marque claire et bien définie. Vous vous levez le lendemain avec des rumeurs dans les oreilles, des sons, des voix, des synthétiseurs, mais tout est vague et par là même intensément désirable. Le souvenir à demi éteint du concert creuse votre faim, vous voulez le revoir. C'est comme quelque chose qui n'est pas métabolisé. Que s'est-il donc passé ce soir-là, qui n'était pas absolument parfait sur le moment, mais pour lequel vous nourrissez le regret de ne pas avoir assez profité? Qu'était-ce donc que cette petite scène bleue si proche de vous et pourtant hors de votre portée? Où est-elle cette voix magique? Où sont-ils passés ces claviers puissants et ces guitares océanes? Vite! Revenez!

mercredi 27 janvier 2010

Teen Dream

On peut aimer Beach House puis, un jour, se raviser. Presque pas de la faute du groupe. Il suffit d'avoir un auto-radio. Mauvaise bête qui assassine les disques qu'on croyait aimer. Certains critiques, pour ne pas se gourer, jugent les disques en voiture. Nick Cave lui-même pense que c'est la solution. Pour paraphraser un élu de gauche reprochant aux umpistes d'être capables d'élire une chèvre, je dirais que les critiques seraient capables de laisser un levier de vitesse évaluer un disque. Avec Beach House, c'est très simple, la note sera diamétralement opposée à la vitesse choisie: 5/5 si vous êtes à l'arrêt, 0 si vous poussez au rouge. Je parle en tout cas de leur premier album.

Oui, j'avoue, il était terne. J'ai eu la malchance de l'écouter dans l'auto-radio, qui pire est avec des passagers à bord. D'un coup c'était comme s'il pleuvait sous le capot, le monde semblait tirer la gueule. Je me sentais nu sous le regard de tous, presque pris en flagrant délit de quelque chose. Ce genre de situation fausse nous met en contradiction avec nous-mêmes. C'est très désagréable. Bien sûr, on essaie, par fierté, de ne pas reculer ("la nuit, dans le lit, c'est bien"), mais qui y croit? Nous-mêmes, on dégrise.

Et les Arctic Monkeys de ramener la joie et la bonne humeur entre les quatre portes. On oublie tout. Beach House n'a jamais existé. Putain de monde moderne, nos goûts sont ravalés par des jantes et une boîte de vitesses. On ne peut rêver et croire à nos propres rêves plus de quelques jours. Dès qu'on sort du commun, on se sent ridicule.
Heureusement, Teen Dreams est là. Et celui-là, qu'on l'écoute dans l'auto ou dans son lit, il met le monde à plat ventre. Il devrait en tout cas. Prenez deux chansons: Silver Soul et Real Love; je n'ai rien entendu d'aussi beau et intense, vraiment intense, dans la musique pop depuis peut-être 5 ans. C'est presque de la white soul, comme Portishead ou Cat Power à leur meilleur niveau. Silver Soul, moment charnel, implicitement érotique, renvoie les Kills et les Raveonettes à leurs études sans jamais pousser le son au rouge.

Verdict: le fantôme a pris chair, il ne s'adresse plus seulement aux incurables rêveurs au teint pale, mais invite tout le monde à sa table. Cela valait la peine de défendre Beach House. Rien n'était parfait - même si de mon point de vue, Gila passait très bien sur l'autoroute la nuit - mais ils avaient quelque chose, un sens de l'étrange, du décalage, un esprit mutin et capricieux, délicieusement infantile, capable de vous faire passer des perles en toc pour des vrais bijoux avec la naïveté d'un gosse. Ils semblaient vivre dans un ailleurs où les algues font office de verts pâturages, ou la mer offre un abris improbable aux égarés. On aurait dit la fanfare des Beach Boys sur une barque flottant à l'horizon. Bizarre, mais charmeur. Aujourd'hui, ce n'est plus tout à fait cela. C'est devenu sérieux, mais on ne s'en offusque pas, car c'est sérieux dans le bon sens du terme: ils imposent leur talent et donnent raison à nos rêves par la même occasion. C'est pour cela qu'il nous fallait ce disque presque mainstream: il est hors du commun sans jamais se mettre à l'écart.

mardi 12 janvier 2010

On enfile les baskets!


La sortie imminente d'un nouveau disque des Good Shoes, mine de rien, cela vous refile un petit frisson de plaisir anticipé. Vous sentez que l'attente elle-même est une joie, que le disque une fois en mains, c'est la perspective d'une bonne journée qui s'annonce. Bref, c'est un horizon d'attente minuscule, qui permet de faire passer les jours avec moins d'amertume, voire même de garder le sourire aux lèvres (comme une fille à qui on propose de faire les galeries marchandes somme toute). Si la somme de ces plaisirs futiles constituaient le bonheur, à défaut d'être parfait, je serais néanmoins preneur. Léger matérialisme, nuancé toutefois d'une pointe d'émotion vraie - mais pas trop quand même car on n'attend pas des Good Shoes qu'ils nous convertissent à une nouvelle religion, ni même qu'ils cultivent en nous de nobles sentiments comme l'indifférence à la mort, chose que seuls peuvent les grands groupes.
Alors certes, il y a plus important, mais quand l'important ne se manifeste pas, il reste un disque des Good Shoes. C'est encore mieux qu'un diabolo grenadine et à peu près aussi sucré. En fait, il y en a d'autres des plaisirs du même ordre. La sortie de Teen Dreams, de Beach House, avec leur single avant-coureur, déroutant à la première écoute mais vite aguichant et même - comme on dit sur la blogosphère - addictif (un mot que le dico ne reconnaissait pas il y a quelques années, avant internet - tirez-en les conclusions que vous voudrez).
Mais Teen Dreams c'est une autre affaire. Quelque chose d'envergure. Il semblerait qu'internet ait contribué à faire mousser la nouvelle de sa parution. Le passage sur un label important comme SubPop a évidemment son effet mais si on considère la densité du chant de Victoria Legrand sur Norway on comprend que le groupe acquiert du poids. C'est tout simplement une des meilleures chansons du groupe et la première susceptible d'embrasser un large publique.
L'autre sortie attendue, c'est celle du nouveau Brian Jonestown Massacre, qui sera sans doute en dents de scie, comme d'habitude. Mais ce qui compte, c'est que ma place de concert est réservée pour le 28 avril, comme celle de Beach House (18 février) et celle de Girls (16 mars). Rendez-vous est pris.

Je vous épargne l'atroce vidéo du nouveau single des Good Shoes:

the way my heart beats

mercredi 4 novembre 2009

Seven Songs Shaping My Fall


Sept, nombre favori des superstitieux, moins ambigu que le treize et plus pratique pour une playlist rapide. Je joue le jeu, proposé par Thanu, du blog There's Always Someone Cooler Than You (ce qui est vrai). Le principe est simple: lister 7 chansons que vous écoutez beaucoup en ce moment. Pour plus de détails, voici l'intitulé exact:

List seven songs you are into right now. No matter what the genre, whether they have words, or even if they’re not any good, but they must be songs you’re really enjoying now, shaping your life. Post these instructions in your blog along with your 7 songs. Then tag 7 other people to see what they’re listening to.

Idéalement, je souhaitais proposer un lecteur regroupant les chansons mais l'une d'entre elle n'était pas présente dans la version désirée.

1 - Wedding Bell (Beach House)

Dans la suite logique de ce que j'écrivais récemment, voici le premier très beau morceau du très bel album de Beach House, Devotion. Vous comprendrez mieux pourquoi ma chronique était très métaphorique. C'est indescriptible.

2 - Tell My Mom I Miss Her So (Ryan Bingham)

Même si je n'aime pas autant son deuxième album, cette chanson, qui en est extraite, est pour moi l'une de ses meilleures, juste derrière Southside of Heaven.

3 - Anyway That You Want Me (Spiritualized)

Puisque je l'ai choisie pour figurer dans la section chansons en or (qui ne sont pour le moment qu'au nombre de cinq), vous vous en ferez vous-même une idée.

4 - Travelling Man (Bert Jansch)

Une bien vieille chanson (1973), remasterisée récemment pour la réédition de L.A.Turnaround. Aussi belle que, à tout hasard, Needle of death. Mais après avoir vu la vidéo de l'enregistrement en studio, celle-ci s'est attirée mes faveurs.

5 - Hellhole Ratrace (Girls)

Deux branleurs de première, avec pour obsession vraissemblable les filles, la gnole, les filles et un peu la gnole. D'habitude, ça m'indiffère. Mais ayant grandi dans les années 90, je me sens en territoire connu avec eux. Leur son me plaît beaucoup et, au-delà, mine de rien, il y a de la mélodie.

6 - More News From Nowhere (Nick Cave and the Bad Seeds)

Depuis trente ans, et après des débuts post-punk dont je suis moins friand, Nick Cave est toujours un caïd. Je fais partie de la proportion d'amateurs qui préfèrent justement des morceaux comme celui-ci à From Her to Eternity. Et il faut visionner le clip, c'est très bien fait.

7 - Catch the Wind (Donovan)

La voici la dernière, celle que je n'ai pas voulu faire écouter. Entendons-nous bien: la version single, celle qui fait deux minutes et quelques, est selon moi très moyenne. En plus, il essaie de chanter comme Dylan, alors qu'il a la chance d'avoir une voix très pure. Préférez la version de 5 minutes, celle des bonus de Hurdy Gurdy Man; le final est somptueux. On y entend de la batterie, de la passion et des envolées vocales.

Découvrez la playlist seven songs shaping my fall avec Spiritualized


Sont invités à poursuivre la chaîne:

hanskilledwildcat
the music rainbow
la musique à papa
le choix de Mlle Eddie
musique-indie
windingtree
homesick in paradise

samedi 24 octobre 2009

Beach House, les vagues sont tristes


Trois disques résument idéalement la vie d'un garçon de plage: Pet Sounds des Beach Boys, pour l'après-midi, The Wolfking of LA, de John Phillips, pour le coucher du soleil, et enfin, Devotion, de Beach House, lorsque la nuit est tombée. Le premier rayonne de l'enjouement des plaisanciers, le second accompagne le marcheur solitaire le long de la plage, au crépuscule, le troisième achève de le plonger dans la nuit. Devotion est comme un rêve habité par l'absence d'un être cher, ou encore un visage incertain de son émotion, figé entre le sourire et la tristesse. C'est un disque parfois douloureux à l'écoute - mais aussi l'un des plus beaux, ce qui arrive parfois de paire.

Je ne sais pas exactement ce qui incite à découvrir Beach House, au-delà d'une écoute timide et décevante sur youtube. Le bouche à oreille y est pour quelque chose, mais peut-être aussi les chansons font-elles insidieusement leur effet, tranquille et durable, pas assez pour emballer du premier coup, mais suffisamment pour tenter d'y revenir, avec la même curiosité insatisfaite. Le bien qu'en pensent les gens de Mgmt m'a, au passage, définitivement résolu. On peut jaser sur l'innovante vulgarité de leur concept, mais leurs influences, quant à elles, sont non seulement propres mais rares. Citer Let It Flow (Spiritualized) comme chanson préférée, c'est me tendre la main. J'ai donc décidé d'écouter en entier, pour de vrai, un album de Beach House. Je l'ai même acheté.

Tout d'abord, je peux confirmer que les premières impressions n'ont rien de renversant. Mais Devotion n'est pas un disque à écouter nécessairement d'une oreille attentive. Il appartient à cette catégorie précieuse des albums qui vous prennent par surprise et changent votre vie sans fracas. Vous ne saviez pas pourquoi vous l'achetiez, vous ne saviez pas pourquoi, exactement, vous vouliez en savoir plus sur ses créateurs. Et pourtant, il est dans votre tourne-disque et il vous enchante. Vous prenez conscience, au fil des morceaux, de sentir quelque chose se creuser en vous, une résistance fondre. C'est un sentiment que vous n'aviez pas éprouvé depuis longtemps, peut-être depuis l'adolescence: celui d'une tristesse non motivée, totalement décalée par rapport aux choses concrètes qui vous entourent. Le monde vient de passer dans un trou d'air...

Ces bizarres sélénites ont l'art de créer des mélodies étranges, lunaires et floutées, qui recèlent pourtant en leur fond un je-ne-sais-quoi de joyeux, comme une rumeur lointaine de Beach Boys voguant sur l'horizon. Si enfant, vous vous amusiez à porter les coquillages à votre oreille pour y entendre la mer, Beach House est à coup sûr le havre de paix où vous souhaiterez bientôt vous reposer.
Victoria Legrand et Alex Scaly sont sans doute des gens bizarres, un peu tristes et en même temps facétieux. On pense à des artisans discrets qui propagent un savoir-faire inédit, hors-temps et indifférent au reste du monde. C'est un peu comme si deux dresseurs de marionnettes, doux dingues itinérants, nous conviaient à leur ballet nocturne, plein de curiosités, de vaguelettes mélodiques qui vous lèchent gentiment les pieds en passant, de valses tristes et bleutées. Ou encore deux souffleurs de verre aguerris, occupés à la fabrication d'une bulle parfaitement ronde et miroitante. Vous les observez faire, bluffés, avec le sentiment fugace que ce n'est pas plus vain qu'écrire un chef d'oeuvre.
Complètement abandonné à son charme, l'auditeur repasse en boucle ce bouquet de chansons pourtant trop uni. Il n'y a pas variété de couleurs, mais une teinte si nuancée qu'elle offre au regard mille effets moirés, mille miroitements insaisissables. La seule chose qui doit vous mettre en garde contre ce disque, c'est l'impression douloureusement triste qu'il laisse parfois sur l'esprit. Influençable ou pas, on ne garde pas intactes nos humeurs quand on écoute un disque aussi impressif.

DEVOTION
Beach House
Bella Union, 2008