
Mais revenons en arrière, en ces années 60 où, semble-t-il, le talent le plus anodin se voyait transfiguré par le bon goût ambiant. A cette époque de flower pop triomphante, Cher chantait en compagnie de son mari, Sony, un tube parfait, à l'ambiance magique, proche du premier Velvet Underground (qui a pu s'en inspirer): I got you babe. Cher, le temps de cette chanson, ressemblait à Nico, mais avant l'heure. Elle en avait l'étrangeté, dans la voix, froide et grave, comme dans l'allure, tout en maintien digne, ténébreuse, le regard absent. Elle ne ressemblait pas encore à un travesti. Son mari faisait son Zimmerman, trouvait l'alchimie idéale, jamais réitérée, et à eux deux ils enregistraient cette chanson folk-pop digne des anthologies sixties sur lesquelles elle figure d'ailleurs.
C'est malheureusement leur unique vraie réussite. Un best-of est un achat inutile, sauf dans une bouffée débilitante de réhabilitation. Ces chansonnettes à moitié ratées son

Cher, depuis cette étincelle fugace, s'est singulièrement métamorphosée. C'est peu dire en fait. Devenue laide, elle a moins bien chanté, ou chanté des choses assommantes. Elle a aussi préféré un public à un autre, plus facile, et des repères esthétiques qui ailleurs seraient des critères discriminatoires. Un tel revirement était difficilement prévisible mais il faut compter avec l'instabilité du talent, sa dépendance étroite à des facteurs extérieurs qui le façonnent au gré des modes. En gros, et pour être clair, elle a mal tourné.
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